‘ÉCRITS SUR NOUATRE (Indre-et-Loire)’

Film muet de 6 mn réalisé en 1965

par Didier et Gilles Gouset avec le Foyer des jeunes de Sainte-Maure.

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Film sonore de 5 mn réalisé en 2011

par la Nouvelle République

à l’occasion de la Fête de Saint Coin organisée le 25 septembre 2011

par la compagnie du Coin (Tours)

avec Cindy Dalle et Sarah Zertiha (les cousines)

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Films sur Nouâtre

Dimanche 9 décembre 2012

Le 15ème siècle est sans doute l’âge d’or de la seigneurie de Nouâtre, qui depuis Philippe Auguste faisait partie du duché de Touraine et était rattaché à la couronne de France, ceci grâce à Jean du Fou (ou Faou) et son épouse.

En 1450, Aymar IV de La Rochefoucauld vend pour 15 000 écus (l’écu valait 3,5 gr. d’or à cette époque) sa seigneurie de Nouâtre à son gendre Jean d’Estouteville, prévôt de Paris, grand-maître des arbalétriers de France, conseiller et chambellan du roi Charles VII, qui l’autorise, en 1453, à relever les fortifications de son château de Nouâtre, alors en fort mauvais état. Ces travaux lui coûtèrent alors 1314 livres.

 

Mais cette vente est dénoncée par un autre gendre d’Aymar IV : Jean du Fou, époux de Jeanne de la Rochefoucauld, et elle est annulée en 1467 par un arrêt du Parlement ; la même année Jean du Fou dédommage son beau-frère et obtient du roi Louis XI le droit de guet et de garde sur les habitants de la seigneurie de Nouâtre « à cause que les dits chastel et place fort de Nouastre sont de présent en bon état et réparation pour le retrait et reffuge des habitans de la chastellenie » ; après la mort des sœurs de Jeanne de la Rochefoucauld, Jean du Fou et son épouse deviennent les seuls propriétaires du château dont ils terminent la restauration.

 

L’histoire n’a pas gardé un grand souvenir de ce Jean du Fou (mort en juin 1492), seigneur de Rostrenen et de Rustéphan, de Montbazon, de Sainte-Maure et de Nouâtre, qui fut pourtant capitaine de Cherbourg, sénéchal de Bretagne, chambellan du roi Louis XI, grand échanson de France et grand-bailli de Touraine de 1480 à 1483 puis de 1489 à 1492. Son blason était d’azur à la fleur de lys d’or, à deux éperviers affrontés, perchés et arrêtés sur les deux feuilles recourbées de la fleur de lys.

 

Néanmoins dans Maître Cornélius Balzac met en scène un Jean Dufou « sire de Montbazon et grand échanson de France » qui est bien sûr le même homme. Notons aussi, pour être complet, que le peintre nabi Émile Bernard découvrit en 1889 les ruines abandonnées du château de Rustéphan, construit au 15ème s. pour Jean du Fou, et en fit un tableau qui se trouve au musée départemental Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye.

En 1469 Jean du Fou obtint du roi Louis XI l’autorisation d’établir à Nouâtre un marché tous les lundis et quatre foires par an : l’une la veille de la fête de saint Révérend (donc le 11 septembre), une autre le jour de la fête de saint Brice (le 13 novembre), la troisième le second jeudi de Carême et la dernière le jour de la fête de saint Jean-Porte-Latine (le 6 mai).

Ce roi Louis XI, qui séjournait volontiers dans son château de Plessis-lez-Tours, vint à Nouâtre le 8 juillet 1471 ; il alla prier devant les reliques de saint Révérend dans l’église paroissiale puis rendit visite à Jean du Fou. Il avait déjà passé une nuit dans l’abbaye de Noyers en 1446, alors qu’il n’était que le dauphin.

Emplacement de l'ancienne commanderie des Templiers

En 1483, un aveu de Jean du Fou à Louis XI parle de « la ville de Noastre » qui « anciennement était close et fermée » et qui contenait, outre l’enceinte du château, « l’hostel de Pierre de Faon », nommé « Saint Pierre du faon » dans l’arrêt de 1467, qui était lui-même « entièrement fermé, vallé et circuité de grandes murailles », avec des chapelles et un pigeonnier. Il est possible qu’un temple (fanum) gallo-romain se soit trouvé à cet endroit et que faon soit une déformation de fan < fanum.

 

Il y avait aussi, dans le centre du bourg (aujourd’hui rue des templiers) une commanderie des Hospitaliers, qui prirent la suite des Templiers au 14ème s. Le commandeur (Guillaume Hommereau en 1447) avait droit de justice sur quelques maisons du bourg, sur la métairie de Tantan à Draché et sur le moulin du Temple (aujourd’hui en prolongement de l’Allée Romaine)

 

Le système défensif était constitué par le château proprement dit ainsi que par le donjon entourés de murailles et de douves alimentées par un cours d’eau : le Réveillon ; l’enceinte ainsi formée englobait une «  basse-cour (contenant) l’église parrochiale, des halles, fuyes (pigeonniers) et granges et autres manoirs et édifices » (aveu de 1483). Ce système défensif était complété, de l’autre côté de la Vienne, par le château de La Motte, actuellement sur la commune de Marcilly-sur-Vienne. Les ruines actuelles, au bord de la Vienne, sont celles du château reconstruit au 15ème s. par Jean d’Estouteville et Jean du Fou ; on yvoyait, au-dessus de la porte d’entrée (à l’opposé de la Vienne), les armes accotées de Jean du Fou et de son épouse Jeanne de la Rochefoucauld ; Laissé pratiquement à l’abandon au 18ème siècle, le château servit de carrière de pierre et fut vendu comme bien national après la Révolution.

Sur son site internet consacré à Nouâtre, Philippe Gautron donne une description détaillée de ces ruines malheureusement inaccessibles pour le moment : « Trois tours circulaires flanquent les angles et deux tours jumelées se dressent sur la face sud. Les trois tours existent encore quoique diminuées de hauteur comme les murailles d’enceinte. À la base de la muraille et entre les deux tours de flanquement du pont-levis est grossièrement percée une porte donnant accès à une vaste salle rectangulaire de 9 mètres sur 5,60, voutée sur près de 3 mètres d’un berceau à doubleaux parfaitement appareillé et jointoyé. Cette salle, qui n’est initialement reliée à l’extérieur que par un puits rectangulaire ouvert dans l’épaisseur de la voûte, ne doit sans doute servir que de lieu de stockage ou d’ultime réduit défensif. »

Le donjon se trouvait à la pointe sud du triangle formé par les douves ; il avait été édifié sur une butte de terre (appelée à l’origine motte de Nouâtre) considérée jadis comme un tumulus et constituée, peut-être, avec les terres provenant du creusement de l’étang voisin ; encore très visible sur le cadastre napoléonien, cette butte a été nivelée durant l’hiver 1929-1930 pour aménager la route menant à l’ancien pont et il n’en reste plus que quelques traces dans une ancienne ferme appelée aujourd’hui, sans raison me semble-t-il, la Ferme du Temple.

L’étang, bien visible aussi sur ce cadastre, a été réduit à sa plus simple expression, au fil des siècles un lavoir (détruit en 1982), une fontaine publique (disparue), des bassins en pierre destinés à l’élevage des poissons, une station d’épuration (abandonnée) occupèrent l’espace entre cet étang et le Réveillon qui n’est plus aujourd’hui qu’un mince et triste filet d’eau. 

Voir aussi château et église de Nouâtre

L’église actuelle, en forme de croix latine, est celle construite au 15ème s. par Jean du Fou, dont les armes étaient peintes des deux côtés de l’ancien maitre-autel. Elle est dédiée à saint Léger. Les portes, refaites au 19ème s. avec le bois d’un pressoir de l’abbaye de Noyers, sont surmontées d’une accolade amortie par un fleuron et d’une grande fenêtre en tiers-point. Malheureusement fermée au public cette église contient notamment :

 

Un petit vitrail du 15ème s. placé en médaillon en haut du vitrail de la Vierge et représentant saint Nicolas ressuscitant les trois enfants coupés en morceaux et mis au saloir. (Chapelle de la Vierge, à droite).

 

Saint Nicolas

  Des vestiges d’une ancienne litre seigneuriale peinte tout autour de la nef et détériorée pendant la Révolution.

intérieur de l'église avec litre seigneuriale

Également autour de la nef, de beaux restes d’une fresque murale du 15ème ou du 16ème s. illustrant, en douze tableaux accompagnés de légendes explicatives, la vie de saint Révérend. Cette fresque fut offerte par Sylvain des Aubuis, vassal de Jean du Fou, et seigneur de Talvois, où se trouvait la fontaine Saint-Révérend. Cette famille était originaire de Bayeux, ce qui explique sans doute son intérêt pour Saint-Révérend.

 
 

fresque Saint-Révérend

Un magnifique triptyque du 15ème s. appelé la Judée avec sept scènes représentant la passion du Christ et contenant 43 fines sculptures en albâtre ; lors des travaux de restauration, en 1872, les visages des ennemis du Christ furent noircis tandis que la barbe et la chevelure des saints furent dorés. On dit que les habitants de Nouâtre s’insurgèrent contre leur curé qui avait vendu ce triptyque pour 200 francs à des marchands d’antiquité et ceux-ci furent obligés de le restituer. Ce triptyque (dans la chapelle saint-Joseph, à gauche), a été inscrit sur la liste des monuments historiques le 12 mars 1907.

 
 

Triptyque la Judée

Il y a aussi, dans la nef, au-dessus du chemin de croix, des anneaux de fer, qui, selon la tradition, servaient à attacher les fous devant assister à la messe avant d’être conduit à la fontaine Saint-Révérend ; d’autres pensent que ces anneaux auraient été fixés au mur après chaque guérison miraculeuse obtenue par l’intercession de saint Révérend ; tout ceci paraît bien invraisemblable étant donné la hauteur de ces anneaux et il est beaucoup plus probable que ces anneaux, qui se trouvent presque exactement au-dessous des écussons de la litre seigneuriale, permettaient de porter des cierges ou les oriflammes des seigneurs défunts.

 

Sur la rive gauche de la Vienne le château de la Motte, appelé à l’origine La Motte Yvon ou La Motte-au-fils Yvon, était lui aussi entouré de fortifications et de fossés. Au 15ème siècle, le seigneur en est Charles II de La Jaille (… 1453), « seigneur des Roches, de la Mothe, de Draché et de la Tour-Saint-Gelin », fils de Pierre III de La Jaille (1360-1420), père de Pierre IV de La Jaille (… 1490) et grand-père de Catherine de La Jaille (… 1528), « dame de la Motte sous Nouastre ». 

À cette époque la châtellenie de Nouâtre comprend aussi les bourgs suivants (énumérés dans l’aveu de 1483) « Marçay (Marcé-sur-Esves), La Scelle-Saint-Avant (La Celle-Saint-Avant), Maillé-Lailler (Maillé), Pouzay, Poizay le Jolly (Poizay-le-Joly, qui fait aujourd’hui partie de la commune des Ormes, dans la Vienne), Anthoigné (Antogny-le-Tillac), Pucigné (Pussigny), Pors (Ports-sur-Vienne) et Marcillé (Marcilly).

 

Proche de Nouâtre, le fief d’Argenson relevait de la seigneurie de Nouâtre « à foi et hommage lige ». En 1430, Jean Gueffault, seigneur d’Argenson, qui avait obtenu du roi Charles VII des lettres patentes l’autorisant à fortifier sa demeure, rendit à Marguerite de Craon, dame de Nouâtre, un aveu, qui stipulait 15 jours de garde au château de Nouâtre et le versement de 6 sols « aux loyaux aides ».

 

Nouâtre au 15ème siècle

Vendredi 14 janvier 2011

Le nom de Nouâtre est mentionné pour la première fois sous la forme Nogastrum castrum à propos d’un synode diocésain réuni à Tours en 925 par l’archevêque Robert afin de régler un conflit entre deux curés.

Nogastrum castrum, c’est-à-dire le château (appelé) Nogastrum peut être traduit, selon certains, par le château des Noyers sauvages, Nogastrum étant alors une déformation de nucastrum dérivé du latin nux, nucis = la noix ou le noyer ; mais selon d’autres, par le Nouveau château ou Châteauneuf, Nogastrum étant alors une contraction de novum castrum.

Voici les circonstances du synode de 925 : il existait depuis longtemps un conflit entre les curés de Pussigny et d’Antogny-le-Tillac  au sujet de la moitié des dîmes de Faye-la-vineuse ; l’archevêque de Tours décida que le curé d’Antogny devait justifier son bon droit au moyen de l’ordalie du fer chaud : un jugement de Dieu qui consistait à parcourir 9 pieds (3 m. environ) en tenant dans sa main un fer rougi au feu et qui eut lieu dans une salle du château de Nouâtre en présence de Régnier, archidiacre de Tours, de Baudilon, trésorier de la cathédrale et de trois chanoines délégués par l’archevêque.

Comme la loi l’y autorisait, le curé d’Antogny désigna un champion qui, après avoir été enfermé pendant trois jours dans une cellule du château, se soumit à l’épreuve ; sa main fut ensuite enveloppée de bandelettes et il fut de nouveau enfermé trois jours dans un cachot ; on constata ensuite qu’il n’y avait aucune trace de brûlure, ni même une simple rougeur de la peau et le curé d’Antogny fut déclaré légitime propriétaire de la moitié des dîmes !

Mais nous avons des preuves d’une existence plus ancienne de la bourgade qui deviendra  Nouâtre.

À la fin du 7ème siècle le corps de Leodegarius (Saint Léger), qui avait été évêque d’Autun et conseiller du roi mérovingien Childéric II (roi de 662 à 675) puis assassiné  en 678 sur ordre du maire du palais Ébroïn avec lequel il était en conflit depuis longtemps, fut transféré d’Artois jusqu’au monastère poitevin de Saint-Maixent, dont il avait été abbé ; le corps du saint passa et séjourna à Nouâtre, où des reliques furent conservée. Pierre Leveel pense qu’une première église, la plus ancienne des églises de la région dans ce cas, aurait pu avoir été érigée alors, ce qui expliquerait que l’église actuelle de Nouâtre soit dédiée à Saint Léger alors que le cartulaire de l’abbaye de Noyers parle à plusieurs reprises d’une église de Nouâtre dédiée à Saint Révérend (ou Révérent), qui aurait alors été une autre église. Voir Pierre Leveel : Miracles en Touraine au VIIème siècle (BSAT, 37. 1972)

Le premier témoignage d’une relation entre Nouâtre et saint Révérend date de 940. Le cartulaire de l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers indique que Aimeri, abbé de Saint-Cyprien fonda une église à Nouâtre, dédiée à saint Révérend. Le cartulaire de l’abbaye de Noyers en parle dans plusieurs chartes et indique aussi qu’il y avait alors une autre église dont il ne donne pas le nom.

Les historiens pensent que le corps de saint Révérend (saint peu connu par ailleurs), inhumé à sa mort dans l’abbaye Saint-Vigor près de Bayeux, fut déplacé vers 850 pour être protégé des invasions normandes ; à cette occasion, son corps resta une centaine d’années à Nouâtre où il y avait vraisemblablement un château pour les protéger car les Normands remontèrent alors la Loire, la Vienne et le Clain jusqu’à Poitiers. Voir Guy Oury : Les pérégrinations des reliques (BSAT, 35. 1968)

Cette église Saint-Révérend aurait été fondée pour garder une partie des ossements du saint quand, en 940, la stabilité étant revenue, son corps fut transféré à Poitiers ; elles constituèrent des reliques, qui, par la suite, donnèrent lieu à la légende d’un saint Révérend ayant terminé sa vie comme ermite à Nouâtre près d’une source tiède, appelée aujourd’hui la fontaine Saint-Révérend, devenue ensuite miraculeuse et soignant les fous que l’on plongeait dans l’eau.

On montrait encore, au 17ème s. un gros caillou ayant servi d’oreiller au saint et se couvrant d’une matière rougeâtre comme du sang coagulé le jour de sa fête (le 12 septembre) où il y avait un pèlerinage ; on dit que, jusqu’au 19ème siècle, c’était une grave injure, dans la région de conseiller à quelqu’un « le voyage de Nouâtre ».

Par la suite, Foulques III Nerra, qui selon les Gesta consulum Andegavorum  traversa les terres de Guenon, « premier seigneur de Noastrum », après avoir attaqué L’Île-Bouchard, devint le suzerain de Guenon et reconstruisit un château préexistant (ce qui expliquerait le novum castrum).

 
 

Foulques Nerra

Ce comte d’Anjou Foulques III (970-1040), surnommé Nerra à cause de son teint sombre, était un personnage violent et énergique ; après avoir battu et tué le comte de Bretagne Conan 1er, qui dominait aussi le Maine et la Touraine, il s’empara de ses domaines et y fit construire de nombreux châteaux, notamment à Sainte-Maure, à Montbazon et à Langeais où se trouve encore le plus ancien donjon en pierres de France ; pour expier ses nombreux crimes il fit trois pèlerinages en Terre sainte et multiplia les abbayes, comme celle de Beaulieu-lès-Loches, fondée en 1007, où il fut inhumé après sa mort.

Selon le dictionnaire de Carré de Busserolle  les premiers seigneurs de Nouâtre furent Malran I fils de Guenon,  puis Malran II, fils du précédent et Guanilon, fils du précédent  mais selon d’autres sources ce furent, après Foulques III Nerra, son petit-fils Foulques l’oison (mort en 1066) puis le fils de ce dernier : Bouchard III le jeune ; ces derniers, en fait, furent sans doute les suzerains des seigneurs cités par Carré de Busserolle, qui sont le plus souvent qualifiés de « toparchos » (mot grec que l’on peut traduire par « gouverneur ») dans les documents anciens. 

Près de Nouâtre, l’abbaye bénédictine de Noyers fut fondée en 1030 par Hubert, seigneur de Noyant, avec l’approbation de  Foulques III Nerra et du roi de France Robert II le pieux, à la place d’une chapelle consacrée à la Sainte Trinité et à la mémoire de Sainte Marie mère de Dieu, située au bord de la Vienne, à Noyers. Ébrard, abbé de Marmoutier, fut également nommé abbé de cette nouvelle abbaye, et entreprit la construction du monastère avec des pierres extraites d’une carrière ouverte sur le coteau de l’autre côté de la Vienne ; l’abbatiale fut terminée en 1032 et fut consacrée par Arnoul, archevêque de Tours. Le cartulaire de cette abbaye, qui contient plus de 600 chartes, datée de 1030 à 1435, sont une mine d’informations pour l’histoire de la région. (sur cette abbaye voir le site, très complet : http://www.noyers-nouatre.fr

Ces chartes nous montrent combien la vie était rude à cette époque ; les meurtres sont nombreux, comme celui de Jean des Aubiers tué « au pied de la motte de Nouâtre » par Hulie et ses compagnons, tandis que les guerres entre les seigneurs locaux se multiplient, telle la guerre de Boson de Châtellerault, Barthélémy de l’Isle-Bouchard et Hugues de Sainte-Maure d’un côté contre le seigneur de Faye-la-Vineuse.

 
 

Restes de La Motte de Nouâtre

Elles nous apprennent aussi qu’il y avait des « écluses » (barrages flottants) sur la Vienne, comme « l’écluse des moines » à Noyers ou « l’écluse de Marcilly » ainsi que des « villa rurales » comme celle des « Capetae entre Nouâtre et Chenevelles » avec de très nombreuses vignes, cultivées par des serfs ou des « colliberts » (intermédiaires entre les serfs et les hommes libres) comme « les vignes de Beaulieu, entre Nouâtre et Noyers » qui appartenaient à « Landry, cordonnier, de Nouâtre », « les vignes des Cerisaies » à Noyers ou « les vignes de Talvois (appartenant à) « Gautier, clerc, de Nouâtre ».

 
 

Entre le bourg et Talvois : la dernière vigne

Elles nous informent également qu’il existait un moulin à Chenevelles, sans doute destiné à assoupir la fibre du chanvre, qui a donné son nom à ce hameau, ainsi qu’un prieuré, destiné peut-être à accueillir les personnes accomplissant le pèlerinage de Compostelle, qui se met en place au cours des 10ème/11ème s. et qui, dans la région, empruntait la via Turonensis c’est-à-dire l’ancienne voie romaine, passant précisément à Chenevelles.

La charte 85 (de 1081) nous raconte l’anecdote suivante : sur le point de mourir, Ingelger, habitant près de Noyers, donne à l’abbé Étienne, avec le consentement de son épouse Serra, une terre située près du « très grand chemin qui va de Nouâtre à Port-de-Piles » ; mais après la mort d’Ingelger, Serra, qui est enceinte, conteste ce don ; or, un jour d’hiver, alors qu’elle se rend au château de Nouâtre pour récupérer des brebis égarées, elle tombe et accouche prématurément ; prenant cela pour un avertissement du ciel, elle confirme le don fait par son défunt mari !

La charte 562 de 1149 parle aussi d’ « un château nommé Groin », au confluent de la Vienne et de la Creuse (actuellement le Bec-des-deux-eaux) , construit par Hugues I de Sainte-Maure. Cet endroit a effectivement la forme d’un museau de porc et le nom est resté. Ce château existait déjà en 1050 comme l’indique la charte 562 du cartulaire de Marmoutier.

 
 

le Bec-des-deux-eaux (juin 2010)

À la mort de Foulques l’oison, son fils Bouchard III le jeune, n’avait que 11 ans et Guy de Nevers, cousin de Foulques l’oison ainsi que petit-fils du roi Robert II le pieux, devint seigneur de Nouâtre dans l’attente de la majorité de Bouchard. Ce Guy de Nevers mourut sans enfant en 1084 et fut enterré à l’abbaye de Noyers. Il légua tous ses biens à Bouchard III le jeune, comte de Vendôme, qui mourut lui-même sans enfant l’année suivante ; par la suite, la seigneurie de Nouâtre passa entre les mains des seigneurs de Sainte-Maure, sans doute après les guerres qui opposèrent les comtes de Vendôme à Hugues 1er de Sainte-Maure (dit Hugues l’ancien).

Aux 11ème/12ème siècles fut construit à Noyers l’église paroissiale Saint-Jean, édifice roman avec un clocher-mur à deux baies. On peut voir à l’intérieur de l’église (quand elle est ouverte) des fonts baptismaux du 12ème s. et une partie du pavement de la salle capitulaire de l’abbaye, en terre cuite émaillée, découvert en 1962.

Dans le cimetière, à droite de l’église, on peut admirer, sur le mur de l’église, de remarquables graffitis du moyen-âge : cavalier avec heaume et lance, bateaux, oiseaux et formes géométriques.

La présence de cette église indique qu’il y eut très tôt un bourg à côté de l’abbaye et Noyers conserve de belles et anciennes maisons, dont l’une est du 13ème siècle.

À partir de cette époque l’histoire du fief de Nouâtre, qui est une châtellenie, se confond avec celle de la châtellenie de Sainte-Maure qui sera elle-même jointe à la seigneurie de Montbazon pour former, en 1547, le comté de Montbazon puis, en 1588, le duché de Montbazon.

En 1372 Isabelle de Craon, dame de Nouâtre, donna aux moines de l’abbaye de Noyers l’autorisation de déplacer leurs fourches patibulaires, qui étaient près du bourg de Nouâtre, et de les transporter à Noyers au lieu appelé le Bois-aux-Moines. En contrepartie l’abbaye devait verser chaque année 18 deniers au seigneur de Nouâtre en lui offrant un chapeau de roses ainsi que deux paires de gants en peau de chien (une pour hommes et une pour femmes).

 

UN FAIT DIVERS AU 11ème SIÈCLE

 

La charte 334 du cartulaire de l’abbaye de Noyers, datée de 1105, relate un meurtre et un procès ayant eu lieu dans la région de Nouâtre au 11ème siècle.

Voici d’abord un résumé de cette charte, fait à partir de la traduction française de Paul Letort.

Un noble nommé Jean Franciscus et vivant à Nouâtre fut blessé à mort par des ennemis ; après sa mort, son épouse Ameline envoya son écuyer Richard de Bagneux à l’abbaye de Noyers pour demander aux moines d’enterrer son mari dans l’enceinte de l’abbaye ; ce qui fut fait ; en contrepartie Ameline donna à l’abbaye l’alleu d’Avrigny ( près de Faye-la-Vineuse) et l’alleu de Chenevelles (près de Nouâtre) que son mari avait obtenus de son père, avec la clause suivante : si le père de Jean, qui séjournait alors en France n’approuvait pas cette donation, il paierait 20 sous  aux moines, sinon les moines posséderaient ces alleux en dotation perpétuelle ; quand le père de Jean revint de France, il confirma cette donation.

Cependant 30 ans après environ, la fille de Jean et son second mari Guillaume Norman contestèrent la donation et voulurent reprendre les terres, ceci avec l’assentiment de Guy de Nevers et d’Aimery, seigneur de Faye (dont dépendait l’alleu d’Avrigny) ; il y eut plusieurs procès et finalement un procès général fut organisé à la cour d’Hugues 1er de Sainte-Maure ; Guillaume Norman cita comme témoin Richard de Bagneux mais celui-ci confirma la version des moines. Hugues de Sainte-Maure et toute sa cour décidèrent que la contestation était injuste et que les terres devaient revenir aux moines.

Après la mort de Guillaume Norman, les moines vinrent voir son épouse pour lui demander de rendre ce que son mari leur avait pris. Après avoir pris conseil, celle-ci accepta et rendit les terres à l’abbé Etienne ; en contrepartie les moines lui donnèrent 50 sous.

On peut constater que les actes officiels (ventes, achats, donations, affranchissements, etc.) reposaient généralement sur des paroles ou des témoins et que les chartes des abbayes étaient écrites pour servir, en quelque sorte, d’actes notariés

Deux  faits semblent un peu étonnants :

* Les terres, qui sont estimés à 20 sous vers 1050, valent 50 sous vers 1080.

* Les moines gagnent leur procès mais d’abord Guillaume Norman ne rend pas les terres puis sa veuve obtient 50 sous en contrepartie de la restitution.

Nouâtre au moyen-âge

Samedi 4 décembre 2010

Talvois et Chenevelles

La charte 173 du Cartulaire de l’abbaye de Noyers, en date de 1089, cite un lieu nommé Thalevaia, près de Nouâtre, où un certain Gautier, clerc de Nouâtre, possédait des vignes. Il est probable que ce nom ait un rapport avec la latin via car la voie romaine Poitiers-Le Mans passait près de cet endroit.

Un château fortifié et entouré de douves y est construit au 15ème s. Le seigneur en est Sylvain des Aubuis, vassal de Jean du Fou. Les armoiries des Aubuis : « D’azur à 3 pots de 2 anses d’or » étaient peintes sur le mur nord de la 3ème travée de l’église de Nouâtre et cette famille est considérée comme la donatrice de la fresque de Saint-Révérend (voir l’église de Nouâtre).

 

Le bâtiment principal actuel, orienté nord-sud, présente sa façade au soleil levant. C’est une construction du 17ème s. À cette époque les propriétaires sont François de Messemé, gouverneur de Carcassonne, puis Charles-Joseph, comte de Rochefort (1650-1686), époux de Nerée de Messemé , fille de François de Messemé ; le polémiste Henri de Rochefort (1831-1913), fondateur en 1868 du journal La lanterne, dont le premier éditorial est resté célèbre par cette phrase : « La France compte 36 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentements » était membre de cette famille et fils de Claude Louis Marie de Rochefort-Luçay (1790-1871), comme le précise un des commentaires ci-dessous.

 

À la fin du 17ème s. René de Voyer, comte d’Argenson acheta le fief de Talvois pour agrandir la paroisse d’Argenson, qu’il avait créée. En 1700, Talvois fut réuni aux propriétés d’Argenson pour former une châtellenie, érigée en marquisat au profit du fils de René de Voyer  : Marc-René de Voyer (1652-1721), 1er marquis d’Argenson, qui fut Garde des Sceaux de 1718 à 1720 ; son arrière-petit-fils : Marc-René-Marie de Voyer (1771-1842), 4ème marquis d’Argenson passa la Révolution sans trop d’ennuis grâce à l’amitié de son notaire : le jacobin tourangeau Louis-François de Vaulivert (voir chapitres Argenson et Fontaine Saint-Révérend)

Un des montants de la fenêtre droite de la mansarde porte sur une pierre une inscription, gravée sans doute par un ouvrier, où l’on peut lire : « Aujourd’hui mesme 1 juillet 1640 ».

 

Le nom de Chenevelles apparaît 17 fois dans le cartulaire de l’abbaye de Noyers, sous les formes Canavellae, Canevellae et Genevellae, à mettre en relation avec canabis, le nom latin du chanvre, qui était cultivé dans la région. Il y avait un moulin (voir charte 195 de 1090) alimenté par des ruisseaux (voir charte 292 de 1101) ; il s’agit du ruisseau de l’Âne mort et du ruisseau des Gaudeberts, qui se rejoignent à Chenevelles ; il s’agissait sans doute d’un moulin à chanvre, destiné à assouplir la fibre.

Il y avait aussi un établissement religieux dépendant de l’abbaye de Noyers ; en effet le cartulaire indique plusieurs fois que la dîme doit être payée au « prieur de Chenevelles » et la charte 526 de 1140 parle du « moine de Chenevelles ». Ce prieur était Barthélémy en 1140 (charte 521) puis Rainaud Dimart (voir charte 621 de 1183, 637 de 1187 et 641 de 1188). Cet établissement était peut-être destiné à accueillir les pèlerins se rendant à Compostelle car Chenevelles se trouvait au bord de la via Turonensis (aujourd’hui GR 48), allant de Paris à Saint-Jacques de Compostelle, et reprenant le tracé de la voie romaine Tours-Poitiers, qui, venant de Saint-Épain, rejoignait la Vienne au « carrefour de Chenevelles » où passait aussi une voie allant vers Chinon. (voir aussi Nouâtre dans l’antiquité)

 

On trouvera ci-après quelques chartes parlant de Chenevelles et permettant d’apprécier la teneur savoureuse de ces textes. Ces chartes ont été traduites en français par Paul Letort en 1992 ; cette traduction vient d’être publiée et peut être commandée ici.

Charte 195 (1090) : « Sachent tous qu’Alexandre de Coime a donné à Dieu et à Sainte Marie, et aux moines de Noyers, dix-huit deniers que les susdits moines lui devaient chaque année sur la touche d’Artaud, de telle sorte qu’ils eussent en alleu la déjà-dite terre qu’ils avaient auparavant à cens. De la même manière leur donna-t-il neuf deniers que lui devaient de même les susdits moines pour la terre qu’on appelle Capètes de telle sorte qu’ils possédassent désormais cette terre en alleu. Il leur donna le cours de l’eau qui va au moulin de Chenevelles (…) »

Charte 292 (1101) : « Puisque les choses passées s’effacent rapidement de la mémoire des hommes dans la suite des temps, nous avons donc décidé de les recommander à la mémoire par écrit. Donc, Alexandre de Nouâtre, renonçant au monde et voulant devenir moine, a donné à Dieu et à Sainte-Marie de Noyers, et aux moines de ce même lieu, dix-huit deniers de cens sur la Carte d’Artaud, et neuf deniers sur Capètes, et les ruisseaux du moulin de Chenevelles, qui courent au travers de sa terre, en aumône (…). »

Charte 589 (1161) : « On loue les actions bien réalisées si, confirmées par écrit et par témoins, elles ne craignent pas l’intrusion par la suite de dépravés qui les contestent. C’est pourquoi nous, moines de Noyers, avons décidé qu’il fallait insérer dans la présente page qu’Hugues de Sainte-Maure, fils de Goscelin, a acheté à Aubry et Philippe, fils de Bordet des Aubiers, certaine dîme qu’ils avaient eux-mêmes à Chenevelles ; ».

Charte 637 (1187) : «Par la description de la présente page, attestée par la signature, sachent présents et à venir qu’Henri, abbé de Noyers, avec l’assentiment et la concession du chapitre, a donné à Rainaud Oram et à Simon, son fils, (…) une sienne terre qu’il avait en la paroisse de Pouzay, au lieu qu’on appelle « aux Vignobles des moines »;  ceux-là mêmes en rendaient chaque année, (…)au prieur de Chenevelles, huit setiers de blé, deux de froment, deux de seigle, quatre d’orge. »

 

La charte 126 de 1085 parle d’une vigne « entre Chenevelles et Nouâtre » et la charte 527 de 1140 d’ « un pré qui se trouve à Chenevelles et qu’on appelle pré de la Pierre ». Il s’agit d’un pré situé au lieu-dit la Pierre levée,  à 750 mètres en aval de Chenevelles (commune de Pouzay) où se trouvent un grand chêne et un dolmen.

 

Chenevelle : la Pierre levée

 

Ce dolmen est aujourd’hui quasiment enterré mais Jean Archambault, un ancien habitant de Nouâtre, qui habite toujours à Talvois, se souvient être passé dessous quand il était enfant.

Voir les commentaires ci-dessous


Talvois et Chenevelles

Mercredi 12 mai 2010

La Vienne à Nouâtre

L’importance du bourg de Nouâtre, dans l’antiquité, venait du fait qu’à cet endroit un gué, probablement, au niveau de la Richardière, dont la dénomination antérieure : Les Loges, qui vient du celtique Lautja (les cabanes), indique l’ancienneté, permettait de franchir la Vienne et de gagner le sud. Utilisé avec certitude dès l’époque romaine et sans doute bien avant, ce gué fut ensuite remplacé par un bac qui fonctionna jusqu’à la mise en service d’un pont en 1932.

On voit encore, du côté de Nouâtre, la chaussée empierrée qui permettait aux véhicules de rejoindre ce bac et, du côté de Marcilly, la maison du passeur (qui date du 15ème s.). Les derniers passeurs furent M. Bourreau de Marcilly, surnommé le père Ratapoil, qui tenait buvette et vendait ses poissons dans cette maison, puis MM. Bernon et Bouchet de Nouâtre.

 Pendant des siècles la Vienne fut utilisée pour transporter êtres humains et marchandises ; dans La navigation sur la Vienne à travers les âges (Bulletin des Amis du Vieux Chinon 6. 8, 9, 10 et 7.1), André Boucher indique qu’il y avait des péages à Chinon, L’Île-Bouchard, Nouâtre ainsi qu’à Châtellerault  et que « les fascines établies entre Nouâtre et Chinon par les bureaux de contrôle des douanes intérieures ne laissaient aux bateaux qu’une voie étroite et dangereuse. » La Déclaration du prétendu péage de Nouastre sur la rivière de Vienne, imprimée à Orléans en 1571, indique les tarifs du péage de Nouâtre : 16 deniers tournois, par exemple, pour chaque caque de hareng, somme relativement modeste puisque le denier, 240ème partie de la livre tournois (frappée à Tours) peut être estimé à 8 cents d’euro (environ). 

Les bateaux utilisés étaient généralement des toues cabanées (pour les passagers) ou des toues sapines (pour les marchandises). Dans Naufrage sur la Vienne. Noyers 1779 (BAVC 6. 8) M. Bourderioux raconte qu’une « sapine » allant de Châtellerault à Saumur fut prise dans une tempête devant la tuilerie de Ports et fit naufrage après avoir été jetée « contre le rocher bordant la rivière du côté de Noyers ». Pierre-Émery Forest, alors notaire royal au grenier à sel de Sainte-Maure mais résidant à Nouâtre, fit un constat avec, pour témoins, Jacques Chantelou, lieutenant de gabelle à Noyers et René Bredier, tailleur de pierre à Nouâtre.

 Cette voie navigable fut utilisée jusqu’au début du 20ème s. et dans le BAVC 7.1 André Boucher commente ainsi la photographie ci-contre : « L’un des derniers chalands de la Loire, venant de Nantes, ancré vers 1900 au Vieux-Ports, en face de l’abbaye de Noyers, que l’on aperçoit à droite (…). Les mariniers le délestent de sa cargaison de charbon destinée aux fours à chaux. Ces transports s’effectuaient aux hautes eaux, en hiver. Ils ont cessé le jour où le dernier chaland s’est ensablé pendant 6 mois dans la région de Crouzilles. (Photo Champigny à Noyers. Aimablement communiqué par son petit-fils Jack Chazal, photographe à Noyers, par Nouâtre). »

Les toues cabanées étaient aussi utilisées pour la pêche en rivière et il y avait, sur les rives, de très nombreuses pêcheries alimentées par des canaux et des barrages (appelés écluses dans le cartulaire de Noyers).

 Il y avait également un bac à Noyers ; au 19ème s. ce bac était surtout utilisé pour acheminer vers la gare de Port-de-piles la chaux fabriquée dans l’usine de Ports-sur-Vienne et dans Les bacs sur le Cher, la Vienne et la Creuse … (BSAT 49. 2003), Fanny Coirard indique que ce bac connut des difficultés financières après l’éboulement du coteau et la destruction des premiers fours à chaux le 11 mai 1880. Elle précise également que sous l’ancien régime le droit de bac et de voiture d’eau était un droit féodal attaché à une terre appartenant à des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques mais que les lois du 6 frimaire an VII (26 nov. 1798) et du 14  floréal an X (4 mai 1802) mirent sous l’autorité unique de l’État tous les bacs servant à traverser les fleuves, rivières ou canaux navigables. Ceux-ci furent ensuite affermés à des particuliers.

La Creuse rejoint la Vienne en amont de Nouâtre, au Bec-des-deux-eaux (commune de Ports-sur-Vienne). Un barrage y fut construit en 1924 pour les besoins des Papeteries de la Haye-Descartes (aujourd’hui Descartes). Ce barrage comprenait un batardeau de 70 m et une petite usine hydro-électrique ; il passa sous le contrôle de l’EDF en 1946. L’effacement de ce barrage, décidé en 1994 dans le cadre du plan Loire grandeur nature, fut réalisé en 1998, malgré l’opposition des élus locaux qui y voyaient une perte de ressources fiscales importantes ; il semble avoir eu un impact positif sur le développement des poissons migrateurs (aloses, lamproies, saumons).

Entre 1929 et 1932, un premier pont, aux arches caractéristiques, fut construit entre Nouâtre et Marcilly pour remplacer le bac, que les lourds chargements ne pouvaient pas emprunter ; devenu vétuste ce pont a été remplacé par un autre, plus moderne, entre 2005 et 2007 puis a été « déconstruit« , avec beaucoup de précautions, cependant, pour protéger la grande mulette (margaritifera auricularia), une grande moule perlière qui ne se trouve plus que dans la Charente et dans la Vienne.

 

Le bac est resté présent dans la mémoire de Nouâtre et de nombreuses cartes postales en gardent un souvenir pittoresque. Les tarifs étaient les suivants (en 1802) : 7 centimes pour une personne et 10 centimes pour un cheval lorsque la Vienne était basse, 15 centimes pour une personnes et 20 centimes pour un cheval lorsque la rivière était haute. Le travail de passeur n’était pas sans danger et en 1879 la veuve Burgault demanda un secours à la mairie car son mari, adjudicataire du passage d’eau de Nouâtre, s’était noyé en janvier 1878. Le passage, lui aussi, présentait des risques et en 1929, le jeune Roger Potrel se noya, étant tombé dans la Vienne, en embarquant avec son vélo ; sa mère Eugénie Guitton attaqua le passeur Fouquet, qui, malgré la nuit, n’avait pas de lanterne.

Dans La Touraine disparue (CDL. 1994), Pierre Leveel décrit ainsi cette dernière carte postale : « ce bac transporte une charrette attelée ; les deux passagers restent assis, alors que le passeur (qui est ici une forte grand-mère à bonnet de Tourangelle) navigue à la perche, les eaux étant fort basses. Au premier plan, deux laveuses rincent leur linge sur la rive gauche. À l’arrière-plan l’ancien port de Nouâtre dont le « perré » subsiste en pente douce. Aux temps anciens on payait péage sous les murs d’une puissante forteresse.

La Vienne à Nouâtre

Mercredi 12 mai 2010

Les seigneurs de Nouâtre

Guenon (10 ème s.) : premier seigneur connu

Foulques III Nerra (970-1040) : comte d’Anjou

Foulques Nerra

Foulques l’oison (mort en 1066) : petit-fils de Foulques Nerra

Guy de Nevers (mort en 1084) : cousin de Foulques l’oison

Bouchard III de Vendôme (mort en 1085) : fils de Foulques l’oison

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Hugues II de Sainte-Maure (mort en 1180) : fils d’Hugues I, dit l’ancien

Guillaume I de Sainte-Maure (mort vers 1205) : fils d’Hugues II

Avoïse, fille de Guillaume I  et son époux Guillaume de Pressigny ( qui prend le nom de Guillaume II de Sainte-Maure) 

Guillaume III de Sainte-Maure (mort vers 1223) : fils de Guillaume II

Josbert de Sainte-Maure (vers 1229) : autre fils de Guillaume II

Guillaume IV de Sainte-Maure (mort en 1271) : fils de Josbert

Guillaume V de Sainte-Maure (né vers 1255, mort avant 1300) : fils de Guillaume IV

Isabelle de Sainte-Maure (morte en 1310), petite-fille de Guillaume V et son époux : Amaury III de Craon (1280-1333)

Maurice VII de Craon (1309-1330) : fils d’Amaury III

Amaury IV de Craon (1326-1373) : fils de Maurice de Craon

Isabelle de Craon (morte en 1394) : fille Maurice de Craon et son époux Louis de Sully

Jeanne de Montbazon, petite-fille de Maurice de Craon et son époux Guillaume II de Craon (mort en 1409) 

Jean de Craon, fils de Guillaume II ; mort sans enfant

Marguerite de Craon, fille de Guillaume II et son époux : Guy VIII de la Rochefoucauld (1355-1427)

Aymar de la Rochefoucauld (mort en 1455) : fils de Guy VIII, seigneur de Montbazon, de Sainte-Maure et de Nouâtre

Jean de la Rochefoucauld (mort en 1465) : fils d’Aymar de la Rochefoucauld

Françoise de la Rochefoucauld : fille d’Aymar avec son époux Jean d’Estouteville (mort en 1494)

Louis d’Estouteville, fils de Jean d’Estouteville

Jeanne de la Rochefoucauld : fille d’Aymar avec son époux Jean du Fou (mort en 1492)

Renée du Fou, fille de Jean du Fou, avec son premier époux Louis III de Rohan-Guémené (mort en 1498) puis avec son second époux Guillaume de la Marck (mort en 1516)

Louis IV de Rohan, (mort en 1527), fils de Renée du Fou et de Louis III de Rohan

Louis V de Rohan (1513-1557), fils de Louis IV

Louis VI de Rohan (1540-1611), fils de Louis V

Louis VII de Rohan : fils de Louis VI, mort sans enfant en 1589

Hercule de Rohan (1568-1654), fils de Louis VI et compagnon d’Henri IV

Louis VIII de Rohan (1598-1667), fils d’Hercule  puis son épouse : Anne de Rohan (morte en 1685)

Anne de Rohan

Charles II de Rohan (1633-1699), fils de Louis VII ; mort fou.

Charles III de Rohan (1655-1727), fils de Charles II

Hercule-Mériadec de Rohan (1688-1757), fils de Charles III

Jules-Hercule-Mériadec de Rohan (1726-1800) fils du précédent fut le dernier seigneur de Nouâtre. Henri-Louis-Marie de Rohan (1745-1809), fils du précédent perdit ses titres pour avoir émigré et Charles-Alain-Gabriel de Rohan (1764-1836), fils du précédent, retrouva son titre de pair en 1814 mais quitta définitivement la France en 1830.

Les seigneurs de Nouâtre

Mercredi 12 mai 2010

La Commanderie des Templiers et la Pierre du Faon

 

L’ordre du Temple était un ordre religieux créé au début du 12ème s. pour participer aux croisades et notamment défendre le Temple de Jérusalem. Pour assurer le financement de ses missions, l’ordre créa un réseau d’établissements religieux, appelés d’abord préceptories puis commanderies quand les biens des Templiers passèrent à l’ordre des Hospitaliers, après le procès et la condamnation de ces premiers en 1312.

 

Il y avait à Nouâtre une commanderie de Templiers qui ne fut réunie à l’importante commanderie de l’Île-Bouchard qu’après 1447 ; cette année-là en effet une déclaration d’héritage est faite au profit du commandeur de Nouâtre : Guillaume Hommereau et il semble bien que la commanderie soit encore indépendante à ce moment là.

Cette commanderie possédait aussi le moulin du temple à Nouâtre, un autre moulin à Balesmes et des biens à Draché. Le moulin de Nouâtre se situait près de l’ancienne voie romaine (actuellement Allée romaine) et des bâtiments gallo-romains y ont été repérés par des photographies aériennes ; il était alimenté par le ruisseau de Maillé : un petit cours d’eau se jetant dans le Réveillon tout proche ; il fut remplacé par une ferme, aujourd’hui restaurée.

 

La commanderie se trouvait dans le centre du bourg et le commandeur avait droit de justice sur quelques maisons de ce bourg. Cette commanderie a été remplacée par une ancienne maison dont l’entrée principale se trouve 6 rue des templiers.

 

Dans ce quartier existe aussi une vieille demeure qui est encore appelée La Pierre du Faon ; Un arrêt du Parlement de 1467 parle de Saint Pierre du faon et dans un aveu de 1483 le seigneur de Nouâtre Jean  du Fou énumère ses possessions en indiquant notamment : « mon hostel de Pierre de Faon, entièrement fermé, vallé et circuité à grandes murailles et ou soulait avoir chapelles qui de présent sont démolies et ruinées par terre avecque la fuye assise au-dedans du dit circuit et droit de garenne ». (cité par Carré de Busserolle dans son dictionnaire).

 

Le même aveu nous apprend que : « ma dicte ville de Noastre qui anciennement étoit close et fermée » était séparée du château par le Réveillon ; la route actuelle passe encore sur un ancien pont.

Le nom « Pierre du Faon » n’a pas eu d’explication satisfaisante jusqu’à ce jour ; il se pourrait que « faon » soit une déformation de « fan » venant du latin « fanum » signifiant « temple ; en effet ce même toponyme existe à Marcé-sur-Esves et des restes d’un temple y sont avérés ; par ailleurs, cet endroit est situé en haut du bourg et il est fort possible qu’il y ait eu un temple à l’époque gallo-romaine car les templiers s’implantaient très souvent à l’emplacement des anciens cultes paëns.

 

Il reste dans ce quartier, de chaque côté de la rue, diverses constructions dont une bâtisse du 15ème siècle, occupée actuellement par un sympathique café-restaurant : La Pierre du Faon, où l’on mange bien dans un cadre agréable (Tél. 02 47 65 33 04).

Templiers et Pierre du Faon

Mercredi 12 mai 2010

La Fontaine Saint-Révérend

Selon dom Guy Oury (voir Les pérégrinations des reliques : Saint Révérend de Nouâtre dans BSAT.35.1968) le corps de Saint Révérend, originaire de Bayeux, fut transporté vers 850 par un groupe de moines de Cérisy qui fuyaient les Normands et qui se fixèrent à Nouâtre « peut-être parce qu’il y avait déjà là à cette époque un lieu fortifié capable de protéger le corps saint ».

Mais il existe aussi une légende (rapportée par le Bréviaire de Tours et par la fresque de l’église), selon laquelle « né et ordonné prêtre à Bayeux, saint Révérend serait venu prêcher l’évangile en Touraine et se serait retiré à Nouâtre, où il serait mort. (…) dans un endroit situé non loin de la Vienne, à la source d’une fontaine, dont les eaux, sanctifiées par l’apôtre du pays, guérissaient de la folie. (…) On y montrait au siècle dernier, un gros caillou qui avait servi au saint pour reposer sa tête ; on prétendait que le jour de sa fête, ce caillou se couvrait d’une matière rougeâtre comme du sang, et qui se coagulait à l’air » (cité par André Salmon).

 

En 1869, l’abbé Chevalier écrit dans ses Promenades pittoresques en Touraine : « La réputation [de saint Révérend] subsiste encore comme aux siècles de vive foi et quand, dans les cantons voisins, une personne est atteinte d’aliénation mentale, on a encore recours à saint Révérend. C’est même une grave injure de conseiller à quelqu’un « le voyage de Nouâtre ». Carré de Busserolle, pour sa part, indique que les reliques de saint Révérend se trouvaient encore dans l’église de Nouâtre en 1789 et, citant le recueil de dom Housseau, que « Messieurs d’Argenson ont érigé un petit monument sur la fontaine de saint Révérend. Il a une forme d’autel et une croix dessus, le tout de pierre, sous lequel autel coulent les eaux de la fontaine. On a gravé sur le devant de l’autel du côté de l’orient, ces lettres D.U.P.V.M. et S. Reverentio Argensonis devovebant » puis il ajoute : « le monument dont parle D. Housseau a été détruit en 1793 ».

 

En 1968, dans une communication faite à la Société archéologique de Touraine (voir Bulletin de la Société Archéologique de Touraine. 35), l’abbé Bourderioux précisa que « l’édicule et l’autel furent détruits par les révolutionnaires à la fin du 18ème s. et les pierres servirent à construire la maison de Louis-François de Volivert, notaire du pays et ardent jacobin. Des restes d’inscription se lisent encore sur certaines de ses pierres ». Dans BSAT 43. 1993 Pierre Leveel fait le compte-rendu de la carrière de ce Louis-François de Vaulivert, né à Sainte-Maure en 1764 dont la maison se trouvait juste en face de la mairie actuelle.

 

L’abbé Bourderioux parle aussi d’ « un assez grand bassin rectangulaire de pierre qui porte en belles capitales sur son rebord méridional l’inscription suivante : PRIEZ DIEV POUR MESS ET MESD DARGESON » ; il s’agit, selon lui, de René de Voyer, seigneur d’Argenson, qui, à la fin du 17ème siècle, avait acheté la propriété de Talvois dont la fontaine faisait partie et de son épouse Marguerite Houillé de la Poyade.

L’abbé Bourderioux signale enfin « un barrage et un bélier hydraulique » qui ont été installés au 19ème s. « un peu plus bas vers la rivière, sur le ruisseau qui sert d’égout à la fontaine. » Un grand nettoyage de la fontaine fut réalisé en 1968 ; il permit à Jack Chazal, photographe à Noyers et membre de la Société archéologique de Touraine, de prendre une série de photographies. Ce lieu est aujourd’hui une propriété privée et, s’il conserve un grand charme, on ne voit plus grand-chose des installations signalées.

la Fontaine Saint-Révérend

Mercredi 12 mai 2010

(texte écrit par mon frère : Bernard Danquigny)

L’abbaye et l’église de Noyers

La création de l’Abbaye

Au début du 11e siècle,  Hubert, seigneur de Noyant, souhaite créer,  pour le salut de son âme et de celles de ses parents, une abbaye selon les règles de Saint Benoit. Afin de réaliser son projet, il acquiert de Malran, gouverneur de Nouâtre, une chapelle située à Noyers, au bord de la rivière, consacrée à la Sainte Trinité et à la mémoire de Sainte Marie Mère de Dieu. Afin d’asseoir durablement la création de cette nouvelle abbaye, Hubert avait recueilli préalablement l’assentiment du comte d’Anjou Foulques Nerra. Il réclama également la confirmation de cette création au Roi Robert II dit le Pieux qui concéda son diplôme de fondation à la fin de l’année 1030.

De plus le Roi Robert prescrivit que celui qui viendrait à forcer ou violer le cloître du monastère ou du cimetière, ou encore à voler quoi que ce soit des terres de l’église, devrait s’acquitter d’une amende de 100 livres au profit du trésor des moines. Il déclara aussi que s’il n’avait pas cette somme, il devrait se livrer aux moines avec tout ce qu’il possédait. Ebrard, Abbé de Marmoutier, fut également nommé en 1031 Abbé de cette nouvelle Abbaye et avec quelques moines de Marmoutier il entreprit la construction du monastère avec des pierres extraites de la carrière ouverte sur le coteau de l’autre côté de la Vienne. L’Abbatiale fut terminée en 1032 et consacrée par Arnoul, archevêque de Tours.

L’Abbatiale

Le premier bâtiment fut construit sur les restes de la chapelle rurale dédiée à La Sainte Trinité et à la Vierge Marie. L’abbatiale fut consacrée à Beata Maria de Nuchariis. Gravement endommagée par les guerres des petits seigneurs locaux, l’abbatiale dut souvent être réparée et même rebâtie vers 1120. Au cours du 12ème siècle, l’abbatiale s’agrandit et s’embellit et pour échapper à de nouvelles calamités, le monastère fut fortifié et l’église prit l’aspect d’une forteresse militaire. Une nouvelle consécration intervient en 1176. Cette consécration est indiquée par Jean Maan, dans son étude sur les évêques de Tours publiée en 1667 qui cite « la consécration que fit l’archevêque Barthélemy en 1176 de l’église monastique récemment édifiée avec magnificence ».

Vers 1544, l’Abbé François de Mauny termina le Jubé (tribune entre la nef et le chœur). Il était orné d’un grand crucifix et des images peintes des quatre évangélistes. Le plus ancien document officiel est un plan de 1658. Il accompagnait la lettre que Dom Plouvier adressait au supérieur de la Congrégation de Saint Maur. À sa lecture, on peut en déduire qu’il s’agit de l’état des lieux de l’abbaye avant qu’elle n’entre dans cette congrégation le 4 avril 1659, puisque Dom Plouvier indique les travaux à réaliser.

Un dessin plus explicite date des environs de 1687. Il figure dans le célèbre Monasticon Gallicanum, recueil de 168 planches représentant en élévation-perspective les principaux prieurés et abbayes bénédictines affiliés à la Congrégation de Saint Maur. Il est l’œuvre de Dom Gilbert Gérard. Il est cohérent avec le plan de Dom Plouvier.

La description la plus complète de l’abbatiale est faite par l’abbé Bourassé (1813-1872) qui la décrit ainsi : note reproduite par l’abbé Chevalier dans son Histoire de l’abbaye de Noyers au XIe et XIIe siècle (Mémoires de la Société archéologique de Touraine, tome 23, 1872) : «  L’église abbatiale de Notre- Dame de Noyers avait été bâtie, agrandie et restaurée à différentes époques. C’était un édifice remarquable, quoiqu’il manquât d’unité. On apercevait distinctement, dans les principales parties du monument, la trace des divers styles d’architecture usités au moyen âge. L’abside datait du XIe siècle. La nef et les chapelles, avec leurs arceaux en ogive, leurs colonnes élancées et leurs chapiteaux à feuillages, indiquaient la première moitié du XIIe siècle. Un narthex (espace situé à l’entrée avant la nef) de la même époque, où avaient été ensevelis plusieurs membres de la famille de Sainte-Maure, fut supprimé à la fin du XIIe siècle ou au commencement du XIIIe, pour donner place aux fondations du clocher. 

De 1542 à 1544, l’église fut ornée d’un splendide jubé (tribune séparant le chœur de la nef) ciselé dans le goût de la Renaissance. Ce fut l’œuvre de l’abbé François de Mauny, qui réédifia le logis abbatial et les cloîtres. En 1544, ce prélat fut nommé évêque de Saint-Brieuc. Transféré ensuite au siège de Tréguier, il fut enfin élu archevêque de Bordeaux, où il mourut en 1588.

De tous ces beaux ouvrages, il ne reste qu’une vague mention; l’église a été emportée par la Révolution, et les bâtiments claustraux furent rebâtis dans le cours du dernier siècle (1760). Nous savons que l’église offrait dans sa structure de très curieux détails. Par une disposition dont l’archéologie a signalé quelques exemples, l’édifice sacré présentait, à l’extérieur, l’aspect d’une forteresse militaire. Des tourelles ou hauts contreforts assuraient la solidité des murailles; le comble des nefs et des chapelles était surmonté de créneaux. En ce temps de guerres intestines et de querelles sans cesse renaissantes, ces créneaux et ces courtines n’étaient pas un ornement de luxe, mais une nécessité de la défense. »

De nombreux membres de la famille de Sainte Maure furent inhumés dans l’abbaye et il restait autrefois quatre figures de pierre adhérentes aux murailles de l’église, deux du côté septentrional et deux du côté méridional. C’étaient les images de Hugues l’ancien, d’Adénorde, sa femme, de Hugues le jeune et de sa femme Cassimote. L’abbatiale fut vendue avec le reste des bâtiments le 6 mai 1791, elle servit de carrière de pierre et disparut au cours des ans. Elle était située perpendiculairement à la Vienne, à environ 100 m en retrait, l’entrée face à la rivière. Les deux piliers situés à gauche au bout de la rue de l’abbaye semblent être le reste des premiers piliers du porche. L’implantation précise de l’abbatiale subsiste encore sur le premier plan cadastral de la commune de Noyers, dressé par Delaunay en 1827.

 

L’abbaye à travers les siècles

Dès sa création l’Abbaye étendit ses possessions dans la région. Selon la coutume de l’époque, de nombreux seigneurs, nobles, soldats, propriétaires donnèrent des terres, églises, prieurés, droits, dîmes, serfs, etc. soit « pour le salut de leur âme », soit pour se faire enterrer dans l’enceinte de l’abbaye, ce qui était très recherché, soit pour se faire pardonner diverses fautes, jusqu’au meurtre. Sur ces terres l’abbaye créait des villages. Ainsi très vite l’abbaye posséda des terres, en plus de celles de Nouâtre, notamment à Ports-sur-Vienne, Pouzay, Pussigny, Sauvage, Antogny, Dangé, Port-de-piles, L’Île-Bouchard, Crouzilles, Draché, Sainte-Maure, Rilly, Sepmes, La Haye (aujourd’hui Descartes) La Celle, La Roche Clermault, Marcilly, Crissay, Parilly, Manthelan, Châtellerault, Montsoreau, Saint-Épain, Chinon, Loudun, etc.

Confrontée au Nord à la puissance de la collégiale Saint Martin de Tours et aux possessions de l’abbaye de Marmoutier, l’action des Abbés de Noyers se concentra sur les bords de Vienne depuis Port-de-piles jusqu’à L’Île-Bouchard, de Sainte-Maure à la Creuse, dans l’espace situé entre la Creuse et La Vienne, et enfin sur la rive gauche de la Vienne entre Châtellerault et Champigny. Ces dons ou acquisitions sont connus grâce aux chartes (actes juridiques que rédigeaient les moines) de l’abbaye. On a retrouvé 662 chartes. Rédigées en latin, elles ont été publiées par l’abbé Chevalier (Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, tome XXII, 1872). Elles ont été traduites en français par Paul Letort en 1992. La plupart de ces chartes datent des 11ème et 12ème siècles. Dans la charte 662 (non datée)  il est précisé que Noyers possédait dans le diocèse de Tours, 19 églises paroissiales, 8 prieurés et 5 chapelles et dans le diocèse de Poitiers 7 églises paroissiales et 10 prieurés.

 

À la fin du 12ème siècle, le monastère était très important ; Richard 1er Cœur de Lion confirma la liberté de l’Abbaye et demanda à son Sénéchal de la prendre sous sa protection. L’Abbaye avait droit de Haute justice (c’est-à-dire pouvait prononcer des peines capitales) et on note que par lettre du 26 juillet 1372, Isabeau de Craon, dame de Sainte Maure et de Nouâtre, permit aux religieux de transférer leur fourches patibulaires (gibet) au Bois aux Moines, à condition que l’abbé lui offrît chaque année un chapeau de fleurs. En 1446, Louis XI, qui avait 23 ans mais n’était encore que le dauphin passa la nuit du 5 octobre à l’abbaye de Noyers. Il reviendra à Nouâtre en tant que Roi le 8 juin 1471. L’invasion anglaise au 14ème et 15ème siècles fut source de calamités et le monastère en souffrit. L’abbé Raoul du Fou du Vigean dut reconstruire le cloître vers 1474 et fit apposer sur les piliers les armoiries de sa famille. Au sein de la cour du cloître, il y avait un puits coiffé d’une pyramide.

 

Vers 1544 l’abbé François de Mauny reconstruisit le logis de l’abbé ; il reste encore des traces de ses armoiries sur quelques pierres de ce bâtiment. L’abbaye fut aussi touchée par les guerres de religion. Dès le début de ces troubles qui opposèrent protestants et catholiques pendant plus de 30 ans, les abbayes de la région furent ravagées par les protestants, Noyers en 1562. En novembre 1589, on ne sait pourquoi disent les textes, des catholiques des troupes du Duc de Mayenne qui dirigeait la Sainte Ligue après l’assassinat du Duc de Guise, profanent l’église, brûlent des titres, volent le trésor et tuent un moine. Était-ce pour punir le monastère d’avoir hébergé, en 1587, à l’occasion du siège de la Haye en Touraine, Henri IV, qui n’était encore que Roi de Navarre ? En effet il dormit à l’abbaye de Noyers les 5 et 6 septembre et y dina le 7.

Malmené par les guerres de religion, Noyers n’échappa pas non plus à la peste en 1586 année durant laquelle 60 à 80 personnes moururent, ce qui est considérable car si on n’a pas de statistiques sur le nombre d’habitants de l’époque, on sait que cent ans plus tard, en 1687, il n’y avait  que 78 foyers. Ces calamités étaient l’occasion d’implorer Saint Gratien, regardé après Notre Dame, comme le principal patron de l’abbaye qui conservait une partie de son corps et qui était le but d’un pèlerinage actif. Le 14 Août 1659 Louis XIV, passant par Port-de-piles pour aller épouser l’infante d’Espagne dîna dans le pré du Prieuré Saint Nicolas de Port-de-piles dépendant de l’abbaye.

Le relâchement des mœurs et de la discipline monastique, conjugué à l’apparition des Abbés commendataires (abbé qui jouit des produits de l’abbaye sans la diriger) entrainèrent un affaiblissement des abbayes. Une réforme fut initiée par certains moines pour restaurer les usages anciens. C’est ainsi que l’abbaye de Noyers entra le 4 avril 1659 dans la congrégation de Saint Maur. Malgré cela, l’abbaye perdit de son influence et en 1697 il ne restait que 9 religieux.

 

Pour des raisons que nous ignorons, une importante reconstruction intervint en 1760 et tous les bâtiments claustraux furent rebâtis. La révolution sonna le glas de l’abbaye et le 6 mai 1791, les bâtiments claustraux, l’église et les métairies, furent vendus aux enchères comme bien national pour 100 200 livres au lieutenant-colonel Jacques Sonolet qui vint s’installer à l’abbaye ; son fils Jules fréquenta la pension Le Guay à Tours en même temps que Balzac ; on peut penser que les deux familles se connaissaient, ce qui pourrait expliquer pourquoi Balzac parle de l’abbaye de Noyers dans Eugénie Grandet. Sonolet revendit l’abbaye en 1827 à un dénommé Baillan de la Brosse et les derniers vestiges de l’abbatiale, qui servit de carrière de pierres, disparurent en 1834.

Les bâtiments parallèles à la Vienne qui figurent encore sur le cadastre de 1827 disparurent pour leur part au début du XXe siècle et il ne reste aujourd’hui que 3 corps de bâtiments  tous perpendiculaires à la rivière. Depuis la révolution aucun religieux n’occupa ces bâtiments ainsi qu’en attestent les archives de l’administration des cultes.

 

On ne peut aujourd’hui qu’imaginer ce que fut cette importante abbaye mais sans doute le sous sol recèle-t-il encore des restes des fondations ; en 1962 on découvrit une parcelle du pavage de la salle du chapitre, dont un fragment est dans l’église paroissiale.

Le souvenir le plus caractéristique de l’abbaye est la porte monumentale  qui porte l’écu royal. L’abbé Chevalier précise qu’en raison de sa fondation royale, l’abbaye s’était parée des armes de France. L’écusson fut  mutilé à  la révolution mais reconstruit par le propriétaire actuel du bâtiment auquel il a ajouté la couronne dont il dit avoir vu la trace.

 

L’église saint-Jean de Noyers

L’église paroissiale de Noyers est un petit édifice roman qui porte les caractères des constructions des 11ème et 12ème siècles. La façade et le chœur ont été refaits au 18ème siècle. La nef est éclairée de chaque côté par quatre petites fenêtres en plein cintre accompagnées à l’intérieur de deux colonnettes engagées dont les chapiteaux sont décorés de feuillages ou d’animaux fantastiques. Cette nef était autrefois voutée comme en témoignent les colonnes engagées dans ses murailles, colonnes qui ont perdu leurs chapiteaux et qui divisent le vaisseau en quatre travées. La poussée de ces voutes fit incliner en dehors le mur méridional , inclinaison encore visible, et elles durent s’écrouler car ces voutes en pierre ont été remplacées par une couverture en charpente lambrissée.

Il n’est pas douteux que le grand arc en tiers-point, visible au chevet de l’église reliait la nef au chœur, terminé sans doute par une abside en cul de four. Ce chœur et cette abside ont disparu et un mur plat, condamnant cette arcade, ferme l’église à l’est probablement depuis le 18ème  siècle.  Le clocher très simple ressemble à celui de Ports-sur-Vienne, c’est un clocher-mur à deux baies constituant l’amortissement du mur de façade. Les fonds baptismaux datent du 12ème siècle. Il s’agit d’une cuve en tronc de pyramide renversée et d’une piscine de même forme montée sur une colonnette. Dans le clocher se trouve une des six cloches de l’église abbatiale ; elle porte l’inscription « CONFLATA SVM ADVSUM ABBATIAE MARIAE DE NVCERIIS ANNO 1738 » (J’ai été coulée à l’usage de l’abbaye Marie de Noyers en 1738). La cloche est inscrite aux Monuments Historiques depuis 1942, l’église depuis 1971, et le pavement depuis 1963. Sur le mur, côté cimetière, on peut voir de remarquables graffitis: cavalier avec heaume et lance, bateaux de Vienne, oiseaux et formes géométriques du Moyen Age.

Cette église montre qu’il y eut très tôt un bourg à côté de l’abbaye et on trouve dans le village de belles et anciennes maisons. La maison ci-dessous, 23 rue Pierre Cantault, est datée du 13ème siècle dans le Patrimoine des communes d’Indre et Loire.

Noyers : l’abbaye et l’église

Mercredi 12 mai 2010

Le château et l’église de Nouâtre

Voir aussi Nouâtre au 15ème s.

Selon la Chronique des comtes d’Anjou Foulques III Nerra traversa les terres de Guennon, seigneur de Nouâtre, et mit en place un système défensif pour protéger le passage de la Vienne. Ce comte d’Anjou Foulques III (970-1040) surnommé Nerra à cause de son teint sombre était un personnage violent et énergique ; après avoir battu et tué le comte de Bretagne Conan I, qui dominait aussi le Maine et la Touraine, Foulques Nerra s’empara de ses domaines ; il y multiplia châteaux et abbayes, faisant construire notamment le donjon de Langeais.

Le système défensif établi par Foulques Nerra comprenait au moins trois éléments construits chacun sur une motte de terre (dite « motte castrale ») : le donjon, le château de Nouâtre, sur la rive droite de la Vienne et le château de la Motte, de l’autre côté de la Vienne.

L’abbé Chevalier, président de la société archéologique de Touraine au 19ème siècle,  écrit dans Promenades pittoresques en Touraine « le ruisseau de Maillé [le Réveillon] a été divisé, au pied même de la motte, en deux ruisseaux qui l’entourent (…) et de là vont se jeter dans la Vienne (…) en enveloppant ainsi dans cet espace triangulaire tout le bourg, l’église et le château actuel. La motte ou donjon occupait la pointe de ce triangle (…).»

Sur son site, très riche, consacré à Nouâtre, Philippe Gautron écrit : « Trois tours circulaires flanquent les angles et deux tours jumelées se dressent sur la face sud. Les trois tours existent encore quoique diminuées de hauteur comme les murailles d’enceinte. À la base de la muraille et entre les deux tours de flan-quement du pont-levis est grossièrement percée une porte donnant accès à une vaste salle rectangulaire de 9 mètres sur 5,60, voutée sur près de 3 mètres d’un berceau à doubleaux parfaitement appareillé et jointoyé. Cette salle, qui n’est initialement reliée à l’extérieur que par un puits rectangulaire ouvert dans l’épaisseur de la voûte, ne doit sans doute servir que de lieu de stockage ou d’ultime réduit défensif. » Voir http://www.nouatre.com/

Les ruines actuelles, au bord de la Vienne, sont celles du château reconstruit au 15ème s. par Jean d’Estouteville puis terminé par Jean du Fou. On voyait, au-dessus de la porte d’entrée, les armes accotées de Jean du Fou et de son épouse Jeanne de la Rochefoucauld, qui possédèrent le château de 1467 à 1494. Ce Jean du Fou ou du Faou  est nommé, selon différentes sources,  « seigneur de Nouastre et de Rusteffan » (Rustéphan dans le Finistère),  « seigneur de Nouâtre et de Rustrenan » (Rostrenen dans les Côtes d’Armor), « seigneur de Rustrenan et de Hérisson » (aveu de 1483). En 1467, il obtient du roi Louis XI des lettres qui lui confèrent « le droit de guet et de garde sur les habitants de la seigneurie de Nouâtre » ; dans ces lettres, il est qualifié de « premier échanson (…) et capitaine de Cherbourg ». En 1469 il obtient du roi (qui vient à Nouâtre le 8 juin 1471) l’autorisation d’établir à Nouâtre un marché tous les lundis et  quatre foires par an, l’une à la veille de la fête de Saint-Révérend en septembre, l’autre le jour de la fête de Saint-Brice en novembre, la troisième, le second jeudi de Carême et la quatrième, le jour de la fête de Saint-Jean-Porte-Latine. Selon d’autres documents, il fut aussi chambellan du roi, sénéchal de Bretagne et bailli-gouverneur de Touraine de 1480 à 1483 puis de 1489 à 1492. Il mourut en juin 1492. Son blason était d’azur à la fleur de lys d’or, à deux éperviers affrontés, perchés et arrêtés sur les deux feuilles recourbées de la fleur de lys (Voir les seigneurs de Nouâtre).

 

Ce château était vraisemblablement entouré de plusieurs enceintes, dont une protégée par des douves alimentées par le Réveillon ; cette enceinte englobait l’église ainsi que des basses-cours avec des logements, des granges, un moulin banal, etc. ; il est possible que la dernière enceinte se soit trouvée au niveau du chemin qui va à la Richardière car au-delà l’habitat se densifie et les façades sont majoritairement tournées vers le château. Laissé à l’abandon au 18ème s. le château servit de carrière de pierre et fut vendu comme bien national après la Révolution.

 

Le donjon se trouvait à la pointe du triangle formé par les douves. L’abbé Chevalier avait constaté la présence à cet endroit d’une « motte énorme », prise jadis pour un tumulus mais où il trouva des tuiles à rebord et des poteries gallo-romaines. Cette motte, encore très visible sur le cadastre napoléonien  a été détruite lors de la construction du premier pont et on ne voit plus maintenant que quelques traces dans une ancienne ferme appelée aujourd’hui La Ferme du temple. Sur ce château, Isabelle Boutault, fille d’un ancien maire de Nouâtre, a écrit un excellent travail intitulé : Nouâtre : site fortifié,  qui, malheureusement, n’a pas été édité. Il reste aussi, derrière la boulangerie actuelle, quelques ruines d’un moulin à huile situé sur le Réveillon.

 

L’église actuelle de Nouâtre, dédiée à Saint Léger, fut construite vers 1483 par Jean du Fou et son épouse Jeanne de la Rochefoucauld ; c’est une église en forme de croix latine, inscrite dans l’inventaire des monuments historiques depuis 1971 et protégée depuis 2002. Les armes de Jean du Fou  étaient peintes aux deux côtés du maître-autel.

 

On sait par le cartulaire de l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers (Tome VI, col. de dom Fonteneau) qu’une église, dédiée à Saint Révérend, avait été fondée en 940 à Nouâtre par Aimeri, abbé de Saint-Cyprien. Le cartulaire de l’abbaye de Noyers en parle à plusieurs reprises, notamment dans la charte 296 (de 1101) qui cite « l’atrium de l’église de Saint-Révérent ». Ce cartulaire nous a également conservé les noms de plusieurs prêtres de cette église : Gimon en 1065 (charte 38), Bigot en 1134 (charte 483), Robert en 1140 (charte 523) et Guillaume en 1177 (charte 605).

 

Selon la légende Saint Révérend, né à Bayeux,  serait mort à Nouâtre où il était devenu ermite et où il s’était installé près d’une source devenue miraculeuse à son contact (voir La fontaine Saint-Révérend). En réalité, comme l’écrit dom Guy Oury dans le n° 35 du Bulletin de la société archéologique de Touraine, les reliques de Saint Révérend, transportées de Bayeux à Poitiers pour échapper aux invasions normandes, transitèrent assez longtemps à Nouâtre, qui conserva une partie de ces reliques,  jusqu’à la Révolution selon Carré de Busserole.

 

Mais cette église Saint-Révérend était peut-être une seconde église car, selon Pierre Leveel (voir Bulletin de la Société Archéologique de Touraine 37. 1972) une première église, déjà dédiée à Saint Léger, aurait pu avoir été érigée au 7ème s. lors de la translation du corps de ce saint. Il s’agirait, dans ce cas, de la plus ancienne des églises de la région. Ancien abbé du monastère Saint-Maixent de Poitiers puis évêque d’Autun, Leodegarius (Léger) fut faussement accusé de complicité dans l’assassinat de Childéric II et mis à mort en 678 sur l’ordre d’Ebroïn, maire du palais de Neustrie. Après la mort d’Ebroïn (vers 681) le corps de Saint Léger fut transféré d’Artois, où il avait été tué, jusqu’au monastère poitevin de Saint-Maixent ; c’est alors que ses reliques passèrent à Nouâtre, où une partie fut conservée. L’église, malheureusement fermée au public, est particulièrement intéressante par la fresque murale réalisée en 12 tableaux à la fin du 15ème s. ou au début du 16ème sur les parois de la nef et représentant, accompagnée de légendes explicatives, la vie de Saint Révérend . L’un des tableaux montre Nouâtre au 10ème s. avec 6 mottes juxtaposées (4 grandes et 2 petites). Cette fresque, actuellement très dégradée, a été reproduite par le peintre Henri Burin, qui habite à Nouâtre (voir ci-dessus).

 

L’archiviste de Tours : André Salmon fit, au milieu du 19ème siècle, une excursion à Nouâtre, avec la Société archéologique de Touraine (voir MSAT 5. 1855) et il nous donne une description très complète de l’église telle qu’elle était à cette époque : « Dans la chapelle de la Vierge, on remarque un beau triptyque du 15ème s. dont les sculptures en marbre blanc sont appliquées sur des panneaux en bois. On y a représenté l’arrestation de N.S., sa flagellation, sa mort, sa mise au tombeau, et sa résurrection ; aux deux extrémités, saint Jacques le Majeur et sainte Barbe. Dans le bourg, on me raconta l’histoire d’une émeute des habitants contre le curé qui avait vendu ce triptyque moyennant deux cents francs, à des marchands d’antiquités qui furent obligés de le restituer. » Ces 43 sculptures représentent en effet la passion de Jésus Christ et on peut remarquer que « les méchants » ont le visage noir. Ce retable est classé depuis 1907. André Salmon ajoute : « Tout autour de la nef, on voit des anneaux en fer qui servaient à attacher les fous qu’on amenait dans l’église de Nouâtre pour obtenir du saint leur guérison. ».

Près de l’église un arbre de la Liberté a été planté le 14 juillet 1790 pour célébrer la Fête de la Fédération (premier anniversaire de la prise de la Bastille) ; cet arbre, un chêne pédonculé de 3,50 m. de diamètre et 25 m. de haut, est le plus ancien de l’Indre-et-Loire.

Sur la place du village, entre l’épicerie et le bar-tabac, on peut voir une petite porte ancienne, qui conduisait dans l’église et qui était peut-être l’entrée privée des châtelains. Derrière cette porte, dans le couloir, une marque, à 2 m. environ du sol, indique la hauteur de la Vienne le 17 juillet 1792 ! Ce fut, depuis que les crues sont recensées, la plus importante et l’eau s’éleva ce jour-là à 10,50 mètres au-dessus du lit.

 

Château et église

Mercredi 12 mai 2010