‘Fontaine Saint-Révérend’

La Fontaine Saint-Révérend

Selon dom Guy Oury (voir Les pérégrinations des reliques : Saint Révérend de Nouâtre dans BSAT.35.1968) le corps de Saint Révérend, originaire de Bayeux, fut transporté vers 850 par un groupe de moines de Cérisy qui fuyaient les Normands et qui se fixèrent à Nouâtre « peut-être parce qu’il y avait déjà là à cette époque un lieu fortifié capable de protéger le corps saint ».

Mais il existe aussi une légende (rapportée par le Bréviaire de Tours et par la fresque de l’église), selon laquelle « né et ordonné prêtre à Bayeux, saint Révérend serait venu prêcher l’évangile en Touraine et se serait retiré à Nouâtre, où il serait mort. (…) dans un endroit situé non loin de la Vienne, à la source d’une fontaine, dont les eaux, sanctifiées par l’apôtre du pays, guérissaient de la folie. (…) On y montrait au siècle dernier, un gros caillou qui avait servi au saint pour reposer sa tête ; on prétendait que le jour de sa fête, ce caillou se couvrait d’une matière rougeâtre comme du sang, et qui se coagulait à l’air » (cité par André Salmon).

 

En 1869, l’abbé Chevalier écrit dans ses Promenades pittoresques en Touraine : « La réputation [de saint Révérend] subsiste encore comme aux siècles de vive foi et quand, dans les cantons voisins, une personne est atteinte d’aliénation mentale, on a encore recours à saint Révérend. C’est même une grave injure de conseiller à quelqu’un « le voyage de Nouâtre ». Carré de Busserolle, pour sa part, indique que les reliques de saint Révérend se trouvaient encore dans l’église de Nouâtre en 1789 et, citant le recueil de dom Housseau, que « Messieurs d’Argenson ont érigé un petit monument sur la fontaine de saint Révérend. Il a une forme d’autel et une croix dessus, le tout de pierre, sous lequel autel coulent les eaux de la fontaine. On a gravé sur le devant de l’autel du côté de l’orient, ces lettres D.U.P.V.M. et S. Reverentio Argensonis devovebant » puis il ajoute : « le monument dont parle D. Housseau a été détruit en 1793 ».

 

En 1968, dans une communication faite à la Société archéologique de Touraine (voir Bulletin de la Société Archéologique de Touraine. 35), l’abbé Bourderioux précisa que « l’édicule et l’autel furent détruits par les révolutionnaires à la fin du 18ème s. et les pierres servirent à construire la maison de Louis-François de Volivert, notaire du pays et ardent jacobin. Des restes d’inscription se lisent encore sur certaines de ses pierres ». Dans BSAT 43. 1993 Pierre Leveel fait le compte-rendu de la carrière de ce Louis-François de Vaulivert, né à Sainte-Maure en 1764 dont la maison se trouvait juste en face de la mairie actuelle.

 

L’abbé Bourderioux parle aussi d’ « un assez grand bassin rectangulaire de pierre qui porte en belles capitales sur son rebord méridional l’inscription suivante : PRIEZ DIEV POUR MESS ET MESD DARGESON » ; il s’agit, selon lui, de René de Voyer, seigneur d’Argenson, qui, à la fin du 17ème siècle, avait acheté la propriété de Talvois dont la fontaine faisait partie et de son épouse Marguerite Houillé de la Poyade.

L’abbé Bourderioux signale enfin « un barrage et un bélier hydraulique » qui ont été installés au 19ème s. « un peu plus bas vers la rivière, sur le ruisseau qui sert d’égout à la fontaine. » Un grand nettoyage de la fontaine fut réalisé en 1968 ; il permit à Jack Chazal, photographe à Noyers et membre de la Société archéologique de Touraine, de prendre une série de photographies. Ce lieu est aujourd’hui une propriété privée et, s’il conserve un grand charme, on ne voit plus grand-chose des installations signalées.

la Fontaine Saint-Révérend

Mercredi 12 mai 2010