LE SITE DE NOUÂTRE DANS L’ANTIQUITÉ
Dès la plus haute antiquité un gué permettant de traverser la Vienne au niveau du village actuel de Nouâtre est attesté ; de ce fait le site a été occupé depuis très longtemps et les plus anciennes pierres taillées trouvées dans la région remontent au paléolithique inférieur.
1- Époque néolithique
Plusieurs traces archéologiques et plusieurs monuments mégalithiques témoignent de la présence d’une civilisation qui s’est développée dans la région à l’époque néolithique mais dont, il faut bien l’avouer, nous ne savons pas grand-chose.
Au Bec-des-Deux-Eaux, (confluent de la Vienne et de la Creuse sur la commune de Ports-sur-Vienne) une importante sépulture collective datant du néolithique récent (-3 500 ans) a été découverte fortuitement en 1946 ; une grande partie du mobilier funéraire, peu ou non utilisé avant d’être déposé, se trouve maintenant au très beau musée préhistorique du Grand Pressigny.
Près de ce Bec-des-Deux-Eaux, lors de la construction du pont sur la Vienne en 1876, on trouva dans le lit de la rivière un casse-tête naviforme, en granit, de 23 cm de longueur et datant du néolithique ; (voir E. Montrot dans BAVC IV. 4 et 5. 1939/1940)
Les photographies aériennes, faites par Alain Kermorvant (université de Tours) accompagné de Philippe Delauné, originaire de Ports-sur-Vienne, ou par Jacques Dubois (voir Bulletin de la Société Archéologique de Touraine, notamment le n° 50) révèlent de nombreux vestiges du néolithique final (- 2 500 ans), en particulier des « cercles protohistoriques » à la Fontaine blanche (route allant de Noyers à La-Celle-Saint-Avant, rive droite de la Vienne), sur un site détruit ensuite par l’autoroute A10 ainsi qu’une « nécropole protohistorique » au lieu-dit la Grippe, sur le territoire de Noyers, près d’un petit pont sur le Réveillon.
Louis Bousrez signale en 1894 dans le Bulletin de la Société archéologique de Touraine une pierre allongée sur le bord d’un chemin non loin de la route allant de Noyers à La-Celle-Saint-Avant ; il la considère comme un menhir couché et l’identifie avec la Petra fixa, citée en 1032 dans la charte 4 du cartulaire de l’abbaye de Noyers. Ce menhir couché (fixa venant du latin figere = enfoncer) est connu dans la région sous le nom de la Pierre Fitte ; c’est un bloc de grès ayant 4,60 mètres de long (hauteur), 1,60 m. de large et 0,80 m. d’épaisseur, soit un volume de 6m³ environ et un poids estimé entre 12 et 18 tonnes. Il se trouve sur une propriété privée non loin de l’autoroute A10.
De son côté L’archéologue Gérard Cordier indique dans son Inventaire des mégalithes d’Indre-et-Loire (1984): un dolmen situé à Nouâtre, après le Moulin du Temple et juste avant le petit pont sur le Réveillon, près de la Grippe et appelé « le gros Chillou » ; il le décrit ainsi : « dolmen ruiné, dont il ne subsiste qu’un support debout, de 2 m de longueur et de 1,90 m de hauteur (…) Il devait s’agir d’un dolmen rectangulaire d’environ 6 m de longueur et 4 m de largeur ». Le mot « chillou » est un équivalent local de « caillou » et de nombreux dolmens, comme celui de Briançon (commune de Cravant), par exemple, sont ainsi nommés.
Sur la commune de Sainte-Maure-de-Touraine, à droite après l’autoroute quand on vient de Nouâtre, au lieu dit Les Raudières se trouve le dolmen des Bommiers, connu aussi sous le nom de Pierre Fondue ; il s’agit d’un dolmen de 1,90 x 2,65 x 3,20 mètres. Il fut signalé en 1842 à la Société archéologique de Touraine par l’abbé J.J. Bourassé (né à Sainte-Maure en 1813 et mort à Tours en 1872). Fait de craie spathique et de grès, roches qui se trouvent abondamment aux alentours, il est ouvert à l’est, comme tous les dolmens de la région. Ce dolmen se trouve à un km environ de la route Nouâtre/Sainte-Maure, d’où il peut être vu parfaitement et à moins de deux km de la Pierre Percée, que l’on peut rejoindre par le GR 655.
Plus connue et classée aux monuments historiques depuis 1911, sur la commune de Draché, la Pierre Percée, appelée aussi menhir des Érables ou menhir des Arabes, est caractérisée par un trou ovale de 25 cm sur 20 cm. C’est un menhir de 4 m. de haut sur 1,50 m. de large auquel plusieurs légendes sont rattachées ; on dit que les enfants qui passent leur tête dans le trou sont protégés des maladies ; on dit aussi que les jeunes mariés qui y passent un bouquet de fleurs ne divorceront jamais ; on dit enfin qu’une partie de la fameuse « bataille de Poitiers » se serait déroulée dans la région et on précise même qu’elle se serait passée entre deux anciennes croix (qui n’existent plus) se trouvant sur la petite route allant de Sainte-Maure à Maillé. Selon certains archéologues, cette pierre serait un « menhir indicateur sud » d’un dolmen détruit situé à 500 m. au nord et appelé « le gros caillou ».
2- Âge du bronze et âge du fer (- 2 000/- 500 ans)
Le docteur Michel Camboulives qui exerça longtemps à Nouâtre, dont il fut le maire (de 1971 à 1983), et qui était passionné par l’archéologie possédait une épée de l’âge de bronze qui avait été trouvée dans la Vienne en 1958 en aval de Nouâtre, près des Mariaux ; la lame était sectionnée en son milieu et la poignée, en bois ou en os, avait disparu mais il restait trois rivets en bronze. Cette épée avait été découverte par une drague près d’un gué ce qui, écrit Michel Camboulives, « semblerait prouver l’importance que nos ancêtres attachaient à la possession des gués de rivières et l’acharnement qu’ils mettaient à les défendre contre des bandes rivales ; »
3- Époque gallo-romaine
À la fin du 19ème s. le propriétaire de La Richardière (peu après le confluent du Réveillon et de la Vienne), Monsieur Pagé découvrit de nombreux débris de poteries gallo-romaines, notamment des moules servant à la fabrication de poteries sigillées (céramique rouge portant des estampilles) et représentant « des tableaux mythologiques et des sacrifices païens » (voir Philippe Delauné : le vicus de Nouâtre dans Caesarodunum. 11. 1976) mais on ne sait pas si moules avaient été fabriqués sur place ou venaient de Mougon (commune de Crouzilles) car pour l’instant il n’est pas certain que l’on ait trouvé des traces de four sur le territoire de la commune alors que de nombreux fours de potiers ont été découverts à Mougon. Lors de fouilles ultérieures M. Pagé dégagea le soubassement d’une petite salle devant un hangar au sud de sa propriété et trouva « deux vases en forme de burette, rouge vif, avec de jolis dessins » (voir Carte archéologique de la Gaule romaine. CNRS, 1960). Cette propriété s’appelait antérieurement Les Loges (du germanique laubja = cabane) et il est possible que l’ancien port de Nouâtre ait été situé à ce niveau.
Dans les années 1970, le docteur Leclésiau, alors propriétaire de la Richardière, découvrit, en faisant creuser un étang près de la fontaine Saint-Révérend, un amoncellement de débris de poteries, dont la pièce ci-dessous, reconstituée par sa fille.
À la sortie de Nouâtre en direction de Maillé, sur la gauche, au lieu-dit Nardugeon des poteries intactes furent découvertes vers 1954 par Claude Houdier ; la plupart étaient faites en argile blanche provenant de l’Allier ; l’une d’elles était un petit vase bifrons (représentant deux têtes accolées) (voir Comte de Rilly : La nécropole gallo-romaine de Nouâtre dans le Bulletin des Amis du Vieux Chinon. 6. 7. 1962/63). Ces poteries, situées dans une couche de cendres, indiquent l’existence et la place d’une nécropole.
Pour sa part, Bernard Houdier, le fils de Claude Houdier, découvrit en 1978 un magifique petit vase en pâte de verre, miraculeusement intact (voir ci-dessous) :
Ces poteries étaient transportées soit par voie fluviale soit par voie terrestre ; en effet la voie romaine allant de Tours (Caesarodunum) à Poitiers (Lemonum) passait par Pont de Ruan (Rotomagus) et Saint-Épain (Brigogalus) avant de rejoindre Nouâtre (Nogastrum) puis Port-de-piles (Portus ad pilas).
Sur la commune, cette voie antique est le GR 48 qui passe par Chenevelles et Talvois puis, dans le bourg, la rue de Talvois, la rue Saint-Jean-du-bois et l’Allée romaine connue aussi sous le nom de Chemin du temple. Ce GR 48 est également une portion de la via Turonensis, appelée aussi Grand chemin de Saint-Jacques, qui va de Paris à Saint-Jacques de Compostelle. Plusieurs murs ont été repérés par prospection électrique dans l’ancien stade de Nouâtre.
Selon Raymond Mauny (voir La voie romaine de Tours à Poitiers dans Bulletin de la Société Archéologique de Touraine. 33.1963) cette voie avait été aménagée au milieu du second siècle après J.C. par amélioration d’un tracé gaulois comme l’indiquent les huit bornes milliaires trouvées dans le cimetière de Cenon-sur-Vienne (86) dont 4 sont datées de 140. Il est même possible que ce tracé gaulois ait repris un plus ancien tracé car le « gros chillou » et la « pierre fitte » se trouvent au bord de cette voie.
Cette voie romaine passait par les Maisons Rouges, toponyme qui indique souvent des gites d’époque gallo-romaine, comme l’indique Pierre Leveel dans un texte manuscrit écrit en 2006 pour le Trait d’union de Nouâtre, car « les marchands et soldats romains arrivés en Gaule préféraient souvent la brique et la tuile à la pierre pour des raisons d’économie et de rapidité dans les constructions. »
Elle était ensuite rejointe par la voie romaine venant d’Amboise (Ambacia) et passant par Sepmes (Septimus) avant de franchir la Creuse ; Ces voies existaient encore au Moyen-âge car la charte 4 (1032) du Cartulaire de Noyers parle d’une terre « quae est inter duas vias ad Transitorium » (qui est entre les deux chemins, près du Passage). Ce franchissement de la Creuse en-dessous de Port-de-piles, près d’un lieu appelé Le Quart, en amont du Bec-des-deux-eaux, où la Creuse rejoint la Vienne, est attesté par les photographies aériennes d’Alain Kermorvant et Philippe Delauné, alors qu’on pensait auparavant qu’il se situait en amont de Port-de-piles.

























