‘Château et église’

Le château et l’église de Nouâtre

Voir aussi Nouâtre au 15ème s.

Selon la Chronique des comtes d’Anjou Foulques III Nerra traversa les terres de Guennon, seigneur de Nouâtre, et mit en place un système défensif pour protéger le passage de la Vienne. Ce comte d’Anjou Foulques III (970-1040) surnommé Nerra à cause de son teint sombre était un personnage violent et énergique ; après avoir battu et tué le comte de Bretagne Conan I, qui dominait aussi le Maine et la Touraine, Foulques Nerra s’empara de ses domaines ; il y multiplia châteaux et abbayes, faisant construire notamment le donjon de Langeais.

Le système défensif établi par Foulques Nerra comprenait au moins trois éléments construits chacun sur une motte de terre (dite « motte castrale ») : le donjon, le château de Nouâtre, sur la rive droite de la Vienne et le château de la Motte, de l’autre côté de la Vienne.

L’abbé Chevalier, président de la société archéologique de Touraine au 19ème siècle,  écrit dans Promenades pittoresques en Touraine « le ruisseau de Maillé [le Réveillon] a été divisé, au pied même de la motte, en deux ruisseaux qui l’entourent (…) et de là vont se jeter dans la Vienne (…) en enveloppant ainsi dans cet espace triangulaire tout le bourg, l’église et le château actuel. La motte ou donjon occupait la pointe de ce triangle (…).»

Sur son site, très riche, consacré à Nouâtre, Philippe Gautron écrit : « Trois tours circulaires flanquent les angles et deux tours jumelées se dressent sur la face sud. Les trois tours existent encore quoique diminuées de hauteur comme les murailles d’enceinte. À la base de la muraille et entre les deux tours de flan-quement du pont-levis est grossièrement percée une porte donnant accès à une vaste salle rectangulaire de 9 mètres sur 5,60, voutée sur près de 3 mètres d’un berceau à doubleaux parfaitement appareillé et jointoyé. Cette salle, qui n’est initialement reliée à l’extérieur que par un puits rectangulaire ouvert dans l’épaisseur de la voûte, ne doit sans doute servir que de lieu de stockage ou d’ultime réduit défensif. » Voir http://www.nouatre.com/

Les ruines actuelles, au bord de la Vienne, sont celles du château reconstruit au 15ème s. par Jean d’Estouteville puis terminé par Jean du Fou. On voyait, au-dessus de la porte d’entrée, les armes accotées de Jean du Fou et de son épouse Jeanne de la Rochefoucauld, qui possédèrent le château de 1467 à 1494. Ce Jean du Fou ou du Faou  est nommé, selon différentes sources,  « seigneur de Nouastre et de Rusteffan » (Rustéphan dans le Finistère),  « seigneur de Nouâtre et de Rustrenan » (Rostrenen dans les Côtes d’Armor), « seigneur de Rustrenan et de Hérisson » (aveu de 1483). En 1467, il obtient du roi Louis XI des lettres qui lui confèrent « le droit de guet et de garde sur les habitants de la seigneurie de Nouâtre » ; dans ces lettres, il est qualifié de « premier échanson (…) et capitaine de Cherbourg ». En 1469 il obtient du roi (qui vient à Nouâtre le 8 juin 1471) l’autorisation d’établir à Nouâtre un marché tous les lundis et  quatre foires par an, l’une à la veille de la fête de Saint-Révérend en septembre, l’autre le jour de la fête de Saint-Brice en novembre, la troisième, le second jeudi de Carême et la quatrième, le jour de la fête de Saint-Jean-Porte-Latine. Selon d’autres documents, il fut aussi chambellan du roi, sénéchal de Bretagne et bailli-gouverneur de Touraine de 1480 à 1483 puis de 1489 à 1492. Il mourut en juin 1492. Son blason était d’azur à la fleur de lys d’or, à deux éperviers affrontés, perchés et arrêtés sur les deux feuilles recourbées de la fleur de lys (Voir les seigneurs de Nouâtre).

 

Ce château était vraisemblablement entouré de plusieurs enceintes, dont une protégée par des douves alimentées par le Réveillon ; cette enceinte englobait l’église ainsi que des basses-cours avec des logements, des granges, un moulin banal, etc. ; il est possible que la dernière enceinte se soit trouvée au niveau du chemin qui va à la Richardière car au-delà l’habitat se densifie et les façades sont majoritairement tournées vers le château. Laissé à l’abandon au 18ème s. le château servit de carrière de pierre et fut vendu comme bien national après la Révolution.

 

Le donjon se trouvait à la pointe du triangle formé par les douves. L’abbé Chevalier avait constaté la présence à cet endroit d’une « motte énorme », prise jadis pour un tumulus mais où il trouva des tuiles à rebord et des poteries gallo-romaines. Cette motte, encore très visible sur le cadastre napoléonien  a été détruite lors de la construction du premier pont et on ne voit plus maintenant que quelques traces dans une ancienne ferme appelée aujourd’hui La Ferme du temple. Sur ce château, Isabelle Boutault, fille d’un ancien maire de Nouâtre, a écrit un excellent travail intitulé : Nouâtre : site fortifié,  qui, malheureusement, n’a pas été édité. Il reste aussi, derrière la boulangerie actuelle, quelques ruines d’un moulin à huile situé sur le Réveillon.

 

L’église actuelle de Nouâtre, dédiée à Saint Léger, fut construite vers 1483 par Jean du Fou et son épouse Jeanne de la Rochefoucauld ; c’est une église en forme de croix latine, inscrite dans l’inventaire des monuments historiques depuis 1971 et protégée depuis 2002. Les armes de Jean du Fou  étaient peintes aux deux côtés du maître-autel.

 

On sait par le cartulaire de l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers (Tome VI, col. de dom Fonteneau) qu’une église, dédiée à Saint Révérend, avait été fondée en 940 à Nouâtre par Aimeri, abbé de Saint-Cyprien. Le cartulaire de l’abbaye de Noyers en parle à plusieurs reprises, notamment dans la charte 296 (de 1101) qui cite « l’atrium de l’église de Saint-Révérent ». Ce cartulaire nous a également conservé les noms de plusieurs prêtres de cette église : Gimon en 1065 (charte 38), Bigot en 1134 (charte 483), Robert en 1140 (charte 523) et Guillaume en 1177 (charte 605).

 

Selon la légende Saint Révérend, né à Bayeux,  serait mort à Nouâtre où il était devenu ermite et où il s’était installé près d’une source devenue miraculeuse à son contact (voir La fontaine Saint-Révérend). En réalité, comme l’écrit dom Guy Oury dans le n° 35 du Bulletin de la société archéologique de Touraine, les reliques de Saint Révérend, transportées de Bayeux à Poitiers pour échapper aux invasions normandes, transitèrent assez longtemps à Nouâtre, qui conserva une partie de ces reliques,  jusqu’à la Révolution selon Carré de Busserole.

 

Mais cette église Saint-Révérend était peut-être une seconde église car, selon Pierre Leveel (voir Bulletin de la Société Archéologique de Touraine 37. 1972) une première église, déjà dédiée à Saint Léger, aurait pu avoir été érigée au 7ème s. lors de la translation du corps de ce saint. Il s’agirait, dans ce cas, de la plus ancienne des églises de la région. Ancien abbé du monastère Saint-Maixent de Poitiers puis évêque d’Autun, Leodegarius (Léger) fut faussement accusé de complicité dans l’assassinat de Childéric II et mis à mort en 678 sur l’ordre d’Ebroïn, maire du palais de Neustrie. Après la mort d’Ebroïn (vers 681) le corps de Saint Léger fut transféré d’Artois, où il avait été tué, jusqu’au monastère poitevin de Saint-Maixent ; c’est alors que ses reliques passèrent à Nouâtre, où une partie fut conservée. L’église, malheureusement fermée au public, est particulièrement intéressante par la fresque murale réalisée en 12 tableaux à la fin du 15ème s. ou au début du 16ème sur les parois de la nef et représentant, accompagnée de légendes explicatives, la vie de Saint Révérend . L’un des tableaux montre Nouâtre au 10ème s. avec 6 mottes juxtaposées (4 grandes et 2 petites). Cette fresque, actuellement très dégradée, a été reproduite par le peintre Henri Burin, qui habite à Nouâtre (voir ci-dessus).

 

L’archiviste de Tours : André Salmon fit, au milieu du 19ème siècle, une excursion à Nouâtre, avec la Société archéologique de Touraine (voir MSAT 5. 1855) et il nous donne une description très complète de l’église telle qu’elle était à cette époque : « Dans la chapelle de la Vierge, on remarque un beau triptyque du 15ème s. dont les sculptures en marbre blanc sont appliquées sur des panneaux en bois. On y a représenté l’arrestation de N.S., sa flagellation, sa mort, sa mise au tombeau, et sa résurrection ; aux deux extrémités, saint Jacques le Majeur et sainte Barbe. Dans le bourg, on me raconta l’histoire d’une émeute des habitants contre le curé qui avait vendu ce triptyque moyennant deux cents francs, à des marchands d’antiquités qui furent obligés de le restituer. » Ces 43 sculptures représentent en effet la passion de Jésus Christ et on peut remarquer que « les méchants » ont le visage noir. Ce retable est classé depuis 1907. André Salmon ajoute : « Tout autour de la nef, on voit des anneaux en fer qui servaient à attacher les fous qu’on amenait dans l’église de Nouâtre pour obtenir du saint leur guérison. ».

Près de l’église un arbre de la Liberté a été planté le 14 juillet 1790 pour célébrer la Fête de la Fédération (premier anniversaire de la prise de la Bastille) ; cet arbre, un chêne pédonculé de 3,50 m. de diamètre et 25 m. de haut, est le plus ancien de l’Indre-et-Loire.

Sur la place du village, entre l’épicerie et le bar-tabac, on peut voir une petite porte ancienne, qui conduisait dans l’église et qui était peut-être l’entrée privée des châtelains. Derrière cette porte, dans le couloir, une marque, à 2 m. environ du sol, indique la hauteur de la Vienne le 17 juillet 1792 ! Ce fut, depuis que les crues sont recensées, la plus importante et l’eau s’éleva ce jour-là à 10,50 mètres au-dessus du lit.

 

Château et église

Mercredi 12 mai 2010