Talvois et Chenevelles
La charte 173 du Cartulaire de l’abbaye de Noyers, en date de 1089, cite un lieu nommé Thalevaia, près de Nouâtre, où un certain Gautier, clerc de Nouâtre, possédait des vignes. Il est probable que ce nom ait un rapport avec la latin via car la voie romaine Poitiers-Le Mans passait près de cet endroit.
Un château fortifié et entouré de douves y est construit au 15ème s. Le seigneur en est Sylvain des Aubuis, vassal de Jean du Fou. Les armoiries des Aubuis : « D’azur à 3 pots de 2 anses d’or » étaient peintes sur le mur nord de la 3ème travée de l’église de Nouâtre et cette famille est considérée comme la donatrice de la fresque de Saint-Révérend (voir l’église de Nouâtre).
Le bâtiment principal actuel, orienté nord-sud, présente sa façade au soleil levant. C’est une construction du 17ème s. À cette époque les propriétaires sont François de Messemé, gouverneur de Carcassonne, puis Charles-Joseph, comte de Rochefort (1650-1686), époux de Nerée de Messemé , fille de François de Messemé ; le polémiste Henri de Rochefort (1831-1913), fondateur en 1868 du journal La lanterne, dont le premier éditorial est resté célèbre par cette phrase : « La France compte 36 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentements » était membre de cette famille et fils de Claude Louis Marie de Rochefort-Luçay (1790-1871), comme le précise un des commentaires ci-dessous.
À la fin du 17ème s. René de Voyer, comte d’Argenson acheta le fief de Talvois pour agrandir la paroisse d’Argenson, qu’il avait créée. En 1700, Talvois fut réuni aux propriétés d’Argenson pour former une châtellenie, érigée en marquisat au profit du fils de René de Voyer : Marc-René de Voyer (1652-1721), 1er marquis d’Argenson, qui fut Garde des Sceaux de 1718 à 1720 ; son arrière-petit-fils : Marc-René-Marie de Voyer (1771-1842), 4ème marquis d’Argenson passa la Révolution sans trop d’ennuis grâce à l’amitié de son notaire : le jacobin tourangeau Louis-François de Vaulivert (voir chapitres Argenson et Fontaine Saint-Révérend)
Un des montants de la fenêtre droite de la mansarde porte sur une pierre une inscription, gravée sans doute par un ouvrier, où l’on peut lire : « Aujourd’hui mesme 1 juillet 1640 ».
Le nom de Chenevelles apparaît 17 fois dans le cartulaire de l’abbaye de Noyers, sous les formes Canavellae, Canevellae et Genevellae, à mettre en relation avec canabis, le nom latin du chanvre, qui était cultivé dans la région. Il y avait un moulin (voir charte 195 de 1090) alimenté par des ruisseaux (voir charte 292 de 1101) ; il s’agit du ruisseau de l’Âne mort et du ruisseau des Gaudeberts, qui se rejoignent à Chenevelles ; il s’agissait sans doute d’un moulin à chanvre, destiné à assouplir la fibre.
Il y avait aussi un établissement religieux dépendant de l’abbaye de Noyers ; en effet le cartulaire indique plusieurs fois que la dîme doit être payée au « prieur de Chenevelles » et la charte 526 de 1140 parle du « moine de Chenevelles ». Ce prieur était Barthélémy en 1140 (charte 521) puis Rainaud Dimart (voir charte 621 de 1183, 637 de 1187 et 641 de 1188). Cet établissement était peut-être destiné à accueillir les pèlerins se rendant à Compostelle car Chenevelles se trouvait au bord de la via Turonensis (aujourd’hui GR 48), allant de Paris à Saint-Jacques de Compostelle, et reprenant le tracé de la voie romaine Tours-Poitiers, qui, venant de Saint-Épain, rejoignait la Vienne au « carrefour de Chenevelles » où passait aussi une voie allant vers Chinon. (voir aussi Nouâtre dans l’antiquité)
On trouvera ci-après quelques chartes parlant de Chenevelles et permettant d’apprécier la teneur savoureuse de ces textes. Ces chartes ont été traduites en français par Paul Letort en 1992 ; cette traduction vient d’être publiée et peut être commandée ici.
Charte 195 (1090) : « Sachent tous qu’Alexandre de Coime a donné à Dieu et à Sainte Marie, et aux moines de Noyers, dix-huit deniers que les susdits moines lui devaient chaque année sur la touche d’Artaud, de telle sorte qu’ils eussent en alleu la déjà-dite terre qu’ils avaient auparavant à cens. De la même manière leur donna-t-il neuf deniers que lui devaient de même les susdits moines pour la terre qu’on appelle Capètes de telle sorte qu’ils possédassent désormais cette terre en alleu. Il leur donna le cours de l’eau qui va au moulin de Chenevelles (…) »
Charte 292 (1101) : « Puisque les choses passées s’effacent rapidement de la mémoire des hommes dans la suite des temps, nous avons donc décidé de les recommander à la mémoire par écrit. Donc, Alexandre de Nouâtre, renonçant au monde et voulant devenir moine, a donné à Dieu et à Sainte-Marie de Noyers, et aux moines de ce même lieu, dix-huit deniers de cens sur la Carte d’Artaud, et neuf deniers sur Capètes, et les ruisseaux du moulin de Chenevelles, qui courent au travers de sa terre, en aumône (…). »
Charte 589 (1161) : « On loue les actions bien réalisées si, confirmées par écrit et par témoins, elles ne craignent pas l’intrusion par la suite de dépravés qui les contestent. C’est pourquoi nous, moines de Noyers, avons décidé qu’il fallait insérer dans la présente page qu’Hugues de Sainte-Maure, fils de Goscelin, a acheté à Aubry et Philippe, fils de Bordet des Aubiers, certaine dîme qu’ils avaient eux-mêmes à Chenevelles ; ».
Charte 637 (1187) : «Par la description de la présente page, attestée par la signature, sachent présents et à venir qu’Henri, abbé de Noyers, avec l’assentiment et la concession du chapitre, a donné à Rainaud Oram et à Simon, son fils, (…) une sienne terre qu’il avait en la paroisse de Pouzay, au lieu qu’on appelle « aux Vignobles des moines »; ceux-là mêmes en rendaient chaque année, (…)au prieur de Chenevelles, huit setiers de blé, deux de froment, deux de seigle, quatre d’orge. »

La charte 126 de 1085 parle d’une vigne « entre Chenevelles et Nouâtre » et la charte 527 de 1140 d’ « un pré qui se trouve à Chenevelles et qu’on appelle pré de la Pierre ». Il s’agit d’un pré situé au lieu-dit la Pierre levée, à 750 mètres en aval de Chenevelles (commune de Pouzay) où se trouvent un grand chêne et un dolmen.
Ce dolmen est aujourd’hui quasiment enterré mais Jean Archambault, un ancien habitant de Nouâtre, qui habite toujours à Talvois, se souvient être passé dessous quand il était enfant.
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