Le 15ème siècle est sans doute l’âge d’or de la seigneurie de Nouâtre, qui depuis Philippe Auguste faisait partie du duché de Touraine et était rattaché à la couronne de France, ceci grâce à Jean du Fou (ou Faou) et son épouse.
En 1450, Aymar IV de La Rochefoucauld vend pour 15 000 écus (l’écu valait 3,5 gr. d’or à cette époque) sa seigneurie de Nouâtre à son gendre Jean d’Estouteville, prévôt de Paris, grand-maître des arbalétriers de France, conseiller et chambellan du roi Charles VII, qui l’autorise, en 1453, à relever les fortifications de son château de Nouâtre, alors en fort mauvais état. Ces travaux lui coûtèrent alors 1314 livres.
Mais cette vente est dénoncée par un autre gendre d’Aymar IV : Jean du Fou, époux de Jeanne de la Rochefoucauld, et elle est annulée en 1467 par un arrêt du Parlement ; la même année Jean du Fou dédommage son beau-frère et obtient du roi Louis XI le droit de guet et de garde sur les habitants de la seigneurie de Nouâtre « à cause que les dits chastel et place fort de Nouastre sont de présent en bon état et réparation pour le retrait et reffuge des habitans de la chastellenie » ; après la mort des sœurs de Jeanne de la Rochefoucauld, Jean du Fou et son épouse deviennent les seuls propriétaires du château dont ils terminent la restauration.
L’histoire n’a pas gardé un grand souvenir de ce Jean du Fou (mort en juin 1492), seigneur de Rostrenen et de Rustéphan, de Montbazon, de Sainte-Maure et de Nouâtre, qui fut pourtant capitaine de Cherbourg, sénéchal de Bretagne, chambellan du roi Louis XI, grand échanson de France et grand-bailli de Touraine de 1480 à 1483 puis de 1489 à 1492. Son blason était d’azur à la fleur de lys d’or, à deux éperviers affrontés, perchés et arrêtés sur les deux feuilles recourbées de la fleur de lys.
Néanmoins dans Maître Cornélius Balzac met en scène un Jean Dufou « sire de Montbazon et grand échanson de France » qui est bien sûr le même homme. Notons aussi, pour être complet, que le peintre nabi Émile Bernard découvrit en 1889 les ruines abandonnées du château de Rustéphan, construit au 15ème s. pour Jean du Fou, et en fit un tableau qui se trouve au musée départemental Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye.
En 1469 Jean du Fou obtint du roi Louis XI l’autorisation d’établir à Nouâtre un marché tous les lundis et quatre foires par an : l’une la veille de la fête de saint Révérend (donc le 11 septembre), une autre le jour de la fête de saint Brice (le 13 novembre), la troisième le second jeudi de Carême et la dernière le jour de la fête de saint Jean-Porte-Latine (le 6 mai).
Ce roi Louis XI, qui séjournait volontiers dans son château de Plessis-lez-Tours, vint à Nouâtre le 8 juillet 1471 ; il alla prier devant les reliques de saint Révérend dans l’église paroissiale puis rendit visite à Jean du Fou. Il avait déjà passé une nuit dans l’abbaye de Noyers en 1446, alors qu’il n’était que le dauphin.
En 1483, un aveu de Jean du Fou à Louis XI parle de « la ville de Noastre » qui « anciennement était close et fermée » et qui contenait, outre l’enceinte du château, « l’hostel de Pierre de Faon », nommé « Saint Pierre du faon » dans l’arrêt de 1467, qui était lui-même « entièrement fermé, vallé et circuité de grandes murailles », avec des chapelles et un pigeonnier. Il est possible qu’un temple (fanum) gallo-romain se soit trouvé à cet endroit et que faon soit une déformation de fan < fanum.
Il y avait aussi, dans le centre du bourg (aujourd’hui rue des templiers) une commanderie des Hospitaliers, qui prirent la suite des Templiers au 14ème s. Le commandeur (Guillaume Hommereau en 1447) avait droit de justice sur quelques maisons du bourg, sur la métairie de Tantan à Draché et sur le moulin du Temple (aujourd’hui en prolongement de l’Allée Romaine)
Le système défensif était constitué par le château proprement dit ainsi que par le donjon entourés de murailles et de douves alimentées par un cours d’eau : le Réveillon ; l’enceinte ainsi formée englobait une « basse-cour (contenant) l’église parrochiale, des halles, fuyes (pigeonniers) et granges et autres manoirs et édifices » (aveu de 1483). Ce système défensif était complété, de l’autre côté de la Vienne, par le château de La Motte, actuellement sur la commune de Marcilly-sur-Vienne. Les ruines actuelles, au bord de la Vienne, sont celles du château reconstruit au 15ème s. par Jean d’Estouteville et Jean du Fou ; on yvoyait, au-dessus de la porte d’entrée (à l’opposé de la Vienne), les armes accotées de Jean du Fou et de son épouse Jeanne de la Rochefoucauld ; Laissé pratiquement à l’abandon au 18ème siècle, le château servit de carrière de pierre et fut vendu comme bien national après la Révolution.
Sur son site internet consacré à Nouâtre, Philippe Gautron donne une description détaillée de ces ruines malheureusement inaccessibles pour le moment : « Trois tours circulaires flanquent les angles et deux tours jumelées se dressent sur la face sud. Les trois tours existent encore quoique diminuées de hauteur comme les murailles d’enceinte. À la base de la muraille et entre les deux tours de flanquement du pont-levis est grossièrement percée une porte donnant accès à une vaste salle rectangulaire de 9 mètres sur 5,60, voutée sur près de 3 mètres d’un berceau à doubleaux parfaitement appareillé et jointoyé. Cette salle, qui n’est initialement reliée à l’extérieur que par un puits rectangulaire ouvert dans l’épaisseur de la voûte, ne doit sans doute servir que de lieu de stockage ou d’ultime réduit défensif. »
Le donjon se trouvait à la pointe sud du triangle formé par les douves ; il avait été édifié sur une butte de terre (appelée à l’origine motte de Nouâtre) considérée jadis comme un tumulus et constituée, peut-être, avec les terres provenant du creusement de l’étang voisin ; encore très visible sur le cadastre napoléonien, cette butte a été nivelée durant l’hiver 1929-1930 pour aménager la route menant à l’ancien pont et il n’en reste plus que quelques traces dans une ancienne ferme appelée aujourd’hui, sans raison me semble-t-il, la Ferme du Temple.
L’étang, bien visible aussi sur ce cadastre, a été réduit à sa plus simple expression, au fil des siècles un lavoir (détruit en 1982), une fontaine publique (disparue), des bassins en pierre destinés à l’élevage des poissons, une station d’épuration (abandonnée) occupèrent l’espace entre cet étang et le Réveillon qui n’est plus aujourd’hui qu’un mince et triste filet d’eau.
Voir aussi château et église de Nouâtre
L’église actuelle, en forme de croix latine, est celle construite au 15ème s. par Jean du Fou, dont les armes étaient peintes des deux côtés de l’ancien maitre-autel. Elle est dédiée à saint Léger. Les portes, refaites au 19ème s. avec le bois d’un pressoir de l’abbaye de Noyers, sont surmontées d’une accolade amortie par un fleuron et d’une grande fenêtre en tiers-point. Malheureusement fermée au public cette église contient notamment :
Un petit vitrail du 15ème s. placé en médaillon en haut du vitrail de la Vierge et représentant saint Nicolas ressuscitant les trois enfants coupés en morceaux et mis au saloir. (Chapelle de la Vierge, à droite).
Des vestiges d’une ancienne litre seigneuriale peinte tout autour de la nef et détériorée pendant la Révolution.
Également autour de la nef, de beaux restes d’une fresque murale du 15ème ou du 16ème s. illustrant, en douze tableaux accompagnés de légendes explicatives, la vie de saint Révérend. Cette fresque fut offerte par Sylvain des Aubuis, vassal de Jean du Fou, et seigneur de Talvois, où se trouvait la fontaine Saint-Révérend. Cette famille était originaire de Bayeux, ce qui explique sans doute son intérêt pour Saint-Révérend.
Un magnifique triptyque du 15ème s. appelé la Judée avec sept scènes représentant la passion du Christ et contenant 43 fines sculptures en albâtre ; lors des travaux de restauration, en 1872, les visages des ennemis du Christ furent noircis tandis que la barbe et la chevelure des saints furent dorés. On dit que les habitants de Nouâtre s’insurgèrent contre leur curé qui avait vendu ce triptyque pour 200 francs à des marchands d’antiquité et ceux-ci furent obligés de le restituer. Ce triptyque (dans la chapelle saint-Joseph, à gauche), a été inscrit sur la liste des monuments historiques le 12 mars 1907.
Il y a aussi, dans la nef, au-dessus du chemin de croix, des anneaux de fer, qui, selon la tradition, servaient à attacher les fous devant assister à la messe avant d’être conduit à la fontaine Saint-Révérend ; d’autres pensent que ces anneaux auraient été fixés au mur après chaque guérison miraculeuse obtenue par l’intercession de saint Révérend ; tout ceci paraît bien invraisemblable étant donné la hauteur de ces anneaux et il est beaucoup plus probable que ces anneaux, qui se trouvent presque exactement au-dessous des écussons de la litre seigneuriale, permettaient de porter des cierges ou les oriflammes des seigneurs défunts.
Sur la rive gauche de la Vienne le château de la Motte, appelé à l’origine La Motte Yvon ou La Motte-au-fils Yvon, était lui aussi entouré de fortifications et de fossés. Au 15ème siècle, le seigneur en est Charles II de La Jaille ( 1453), « seigneur des Roches, de la Mothe, de Draché et de la Tour-Saint-Gelin », fils de Pierre III de La Jaille (1360-1420), père de Pierre IV de La Jaille ( 1490) et grand-père de Catherine de La Jaille ( 1528), « dame de la Motte sous Nouastre ».
À cette époque la châtellenie de Nouâtre comprend aussi les bourgs suivants (énumérés dans l’aveu de 1483) « Marçay (Marcé-sur-Esves), La Scelle-Saint-Avant (La Celle-Saint-Avant), Maillé-Lailler (Maillé), Pouzay, Poizay le Jolly (Poizay-le-Joly, qui fait aujourd’hui partie de la commune des Ormes, dans la Vienne), Anthoigné (Antogny-le-Tillac), Pucigné (Pussigny), Pors (Ports-sur-Vienne) et Marcillé (Marcilly).
Proche de Nouâtre, le fief d’Argenson relevait de la seigneurie de Nouâtre « à foi et hommage lige ». En 1430, Jean Gueffault, seigneur d’Argenson, qui avait obtenu du roi Charles VII des lettres patentes l’autorisant à fortifier sa demeure, rendit à Marguerite de Craon, dame de Nouâtre, un aveu, qui stipulait 15 jours de garde au château de Nouâtre et le versement de 6 sols « aux loyaux aides ».

























