La voie secondaire A1 : de la Celle-Saint-Avant à Amboise
Venant de Poitiers*, le voyageur qui était sur la VP2 arrivait, après avoir traversé la Creuse* à Port-de-Piles*, à un embranchement ; la voie principale continuait vers Nouâtre* tandis qu’une voie secondaire partait vers Amboise*. La charte 4 (1032) du cartulaire de Noyers parle d’une terre située « entre les deux chemins, vers le Passage » ; il s’agit vraisemblablement de ces deux voies et du gué sur la Creuse*.
On arrivait alors à ce qui fut ensuite le Corps de Garde, vestige des fortifications médiévales, sur la commune de La Celle-Saint-Avant*, où un monastère aurait été fondé au 5ème siècle par un certain Aventinus ou Adventius ; il y a là des traces d’une occupation très ancienne : sépulture à incinération de l’âge bronze final (800 av. JC), sanctuaire et établissement rural turon de l’âge du fer (500 av. JC) ; une grande exploitation agricole gallo-romaine, avec des thermes, a aussi été repérée à côté du beau manoir de l’Aunaye (du latin alnus = aulne).
De là, on pouvait aller vers Descartes* en empruntant la voie vsA5b mais notre voie traversait ensuite le hameau appelé la Rue* Blondeau et arrivait sur le territoire de la commune actuelle de Marcé-sur-Esves*, où existaient plusieurs domaines agricoles : Jarcy (< Gerisiacum) et la Jaunaie (< Gallinacum) ainsi qu’un domaine appelé Marciacum ou domaine de Marcius qui a donné son nom à cette commune et qui correspond peut-être au lieu-dit les Clôtures, où on a photographié en 1976, les traces de deux carrés inscrits l’un dans l’autre, ce qui est une caractéristique des temples gaulois, et où on a découvert quatre poteries gallo-romaines.
La voie passait à côté du lieu-dit la Pierre du Faon, où l’on peut voir les restes d’une construction gallo-romaine ; on a longtemps pensé, vue la forme, qu’il s’agissait des vestiges d’une pile funéraire mais il semblerait en fait qu’il y eût là un temple et nous formulons l’hypothèse suivante : faon serait une déformation de fan, venant du latin fanum (temple) ; (voir aussi la Pierre du Faon à Nouâtre dans VP2).
On atteint ensuite le territoire de la commune de Sepmes*, anciennement Septimas ; le nom de cette commune a été interprété diversement ; si ce toponyme vient de « au septième milliaire », il s’agit, soit de 7 miles (10,5 km) par rapport à l’embranchement de La-Celle-Saint-Avant*, soit de 7 lieues gallo-romaines (15,5 km) par rapport à Dangé-Saint-Romain*, sur la voie Poitiers-Le Mans (VP1).
La voie passait près de la Thomassière, où un puits de 14 mètres avec deux galeries partant vers le nord-ouest et le sud-ouest indique la présence d’un aqueduc souterrain puis, à l’est de Sepmes,* elle se dirigeait ensuite vers Bossée* en passant à côté des lieudits Les Maisons Rouges* et La Tuilerie où il y avait une villa gallo-romaine.
Le tracé est connu et encore bien visible par endroits jusqu’au sud-ouest de Manthelan*, où les lieudits Aubigny (< Albiniacum), Azay (< Aviatiacum) ainsi que Fretay (< Frittiacum) gardent le souvenir de domaines agricoles et où une église fut fondée dès la fin du 5ème siècle ; cette agglomération était, dans l’antiquité, un marché et un carrefour important ; là en effet trois voies se croisaient : notre voie, la voie Loches-Chinon (A6/B6) et la voie Limoges-Tours (A5).
Après la Croix des bruyères (D760) plusieurs tracés ont été proposés ; selon certains la voie ancienne était l’actuelle D58, appelée « chemin de Paris à Bordeaux » dans un texte du 17ème siècle. Cette hypothèse n’est pas absurde.
Mais il est possible aussi que la voie antique se dirigeât vers Saint-Bauld* en passant non loin du dolmen néolithique situé près de la Roche, au nord-est de Manthelan*, et en franchissant l’Échandon, un affluent de l’Indre*, au Moulin du pré (Manthelan*), là où des traces anciennes peuvent encore être vues. Là arrive aussi un petit cours d’eau appelé le Quincampoix, alimenté par une souce : la fontaine Saint-Martin, considérée comme miraculeuse et aménagée à une époque ancienne.
La voie se dirigeait ensuite vers Reignac-sur-Indre* en passant à côté de Tressort, (du latin tres = trois et du gaulois ritum = passage) sur la commune de Dolus-le-Sec*, toponyme qui indiquerait un croisement de trois voies : la voie A1, la voie A2 et une voie secondaire allant de Manthelan* à Montrichard*.
Reignac-sur-Indre* était dans l’antiquité un lieu important, carrefour de la voie A1, qui y franchissait l’Indre* et de la voie A2 ; cette situation importante continua au Moyen-âge, la voie A1 devenant une partie de la route Paris-Bordeaux. Jusqu’au 17ème siècle l’Indre* était traversée par un gué, remplacé par un bac quand les eaux étaient hautes et situé en aval du pont actuel, lors de la construction duquel, en 1860, on trouva dans les pilotis de l’ancien pont du 17ème siècle des monnaies et des objets gallo-romains, notamment des hipposandales, ancêtres des fers à chevaux.
Une fois l’Indre* franchie, la voie remontait sur la rive droite, passant par les lieudits le Bray et les Brays, (du gaulois brixis = passage) qui maintiennent le souvenir de l’ancienne appelation de Reignac* (Bray), indiquant l’existence d’un gué, puis un peu à l’est de Cigogné* pour se diriger vers Bléré* par le Tertre (commune de Cigogné*) et le bois Gaulpied (commune de Sublaines*) ainsi que la Folie (commune de Bléré*).
Toute cette région est riche en vestiges néolithiques ; un important village de l’âge du bronze, occupé jusqu’à l’époque gallo-romaine, existait dans le bois Gaulpied près duquel un établissement rural turon a été trouvé, au lieu-dit le grand ormeau, et un atelier de taille de silex a été découvert à la Folie ; on sait, par ailleurs, que deux tumuli datés de 800 et de 500 avant JC se trouvant au lieu-dit les Danges (commune de Sublaines*) ont fourni de magnifiques objets néolithiques et celtiques qui peuvent être vus au musée des antiquités de Saint-Germain-en-Laye. Dans cette commune on a également trouvé les restes de 140 individus du néolithique, au dolmen de Villaine* .
Bléré* (voir VP1b) était un carrefour important, où notre voie croisait la voie allant de Bourges à Tours* par la rive gauche du Cher* (VP1b) ; c’était aussi un lieu de passage et il y avait peut-être un pont car le nom gaulois de cette cité : Briotreide, signifie le bout du pont, autrement dit Finispont, nom d’un lieu-dit de l’autre côté du Cher*, sur la commune de La Croix-en-Touraine*, anciennement Saint-Quentin-près-Bléré, village fondé par un certain Quintinus, (si l’on en croit le site de la mairie), au bord de la rivière, où se trouvent encore un château et l’ancienne église du 12ème siècle, là où devait passer l’autre voie Bourges-Tours par la rive droite (VP1), alors que le bourg actuel s’est développé plus au nord.
La suite du tracé, à travers la vaste forêt d’Amboise*, est mal connue mais il se peut que la D31, rectiligne, reprenne ce tracé qui aboutit au bord de la Loire*, non loin de l’antique oppidum des Châtelliers* : vaste éperon barré entre la Loire* et l’Amasse, qui s’étend sur 50 hectares, à l’est du château actuel ; cet oppidum, fortifié par les Turons, vers 400 avant notre ère, puis occupé par les Romains, sera détruit par les Bagaudes à la fin du 3ème siècle.
Ce lieu, occupé dès l’époque préhistorique, a livré un important matériel du Chasséen (4ème millénaire avant J.C.). Un sanctuaire de l’âge du fer (500 avant J.C.) a également fourni une poterie, contenant 8 potins, qui scellait une fosse contenant de remarquables objets en fer : chenet à tête de palmipède et tronçon d’épée ; dans un autre site des Châtelliers* on a trouvé la statuette d’un homme ou d’un dieu accroupi (1er s. avant J.C.) portant un torque et tenant un autre torque dans sa main droite avec un animal (mouton ou chien) sur les genoux (voir photo à la fin de cet article). Le centre de cet oppidum est occupé par une butte, appelée, sans réelle justification, la butte de César.
Amboise*, surtout connu aujourd’hui par son château (qui occupe la pointe ouest de l’oppidum), où le roi Charles VIII mourut en 1498 après avoir heurté de la tête le linteau d’une porte, où les « conjurés d’Amboise » furent pendus en 1560 et où l’émir Abd El Kader fut emprisonné de 1848 à 1852, fut aussi, en 504, le lieu de rencontre entre le roi des Francs Clovis et le roi des Wisigoths Alaric ainsi que le lieu de séjour de Léonard de Vinci qui mourut au Clos Lucé en 1519.
À Amboise*, notre voie croisait une voie qui suivait la rive gauche de la Loire* (VRGL) puis traversait ce fleuve pour rejoindre le Chemin des Poulains (Nazelles-Négron*) où passait l’importante voie allant d’Orléans à Tours* (VP3).
Le premier pont connu est un pont de bois, construit au 4ème siècle après J.C. par le comte de Tours Anicien, envoyé de l’empereur Gratien ; il traversait la grande Île d’or et aboutissait au Bout des Ponts.

























