‘vsB1 : Nouâtre-Chinon-Candes’

De Nouâtre à Candes via Chinon : voie B1

Nous avons vu que la voie Poitiers*/Le Mans* (voir VP2) passait à Chenevelles*, hameau à cheval sur Nouâtre* et Pouzay* puis continuait  vers Saint-Épain* ; il y avait là une bifurcation et une voie secondaire suivait la rive droite de la Vienne* pour se diriger vers Candes* via Chinon*.

Près de cet embranchement on peut encore voir, non loin de la rivière et d’un gros chêne isolé, les restes enfouis d’un grand dolmen appelé la Pierre levée.

À l’est se trouvait la grande villa gallo-romaine de Soulangé*, sur la commune de Pouzay*.

Très vite la voie arrivait dans un vicus important situé au lieu-dit Les Varennes*, entre Pouzay* et Trogues*. Repérée par les photographies aériennes, cette agglomération a été fouillée et son plan a été dressé mais, à notre connaissance, la fouille n’a pas donné lieu à d’importantes découvertes. Peu après, à droite de la voie, se trouvait la villa gallo-romaine de Lantigny(< Lantiniacum), sur la commune de Trogues*.

Après Trogues*, l’usine Parex Lanko qui fabrique des enduits, des colles et des mortiers a, en quelque sorte, pris la succession d’un des plus importants sites de production de poteries des Turons, avec Tasciaca ; situé à Mougon*, ancienne commune rattachée à Crouzilles* en 1833, ce site a aussi été un des premiers lieux de viticulture en Gaule  et son nom ancien, qui est Mediconnum, peut être mis en relation avec Medos, un dieu celtique de l’ivresse.

Pendant longtemps Mougon* fut une agglomération importante et eut une église dès le 5ème siècle ; le site archéologique s’étend sur 10 hectares le long de la Vienne* et une quarantaine de fours de potiers ont été découverts ; ils produisaient dès le 1er siècle ap. JC des amphores, dont certaines étaient des amphores vinaires, ce qui montre évidemment que la vigne était cultivée dans cette région dès cette époque.

Quatre de ces amphores portent le nom SACROVIR qui était sans doute un fabricant de poteries doublé d’un grand producteur de vin et nous avons peut-être là, vers l’an 60, l’appellation du premier Chinon ! Il ne s’agit pas, bien sûr, de l’éduen Julius Sacrovir, originaire d’Autun (Augustodunum), qui fut, au 1er s. ap. JC, le chef de la dernière révolte gauloise contre les romains.

De nombreux objets en verre ont été trouvés ainsi que des fragments de dolia, de cruches, de figurines et de moules en terre cuite permettant de fabriquer des statuettes (lions, déesses-mères, chevaux, etc.).

Le comte de Rilly a également découvert un petit couteau gaulois avec une poignée en bronze terminée par une tête d’animal ainsi qu’une rouelle gauloise et un poisson en os de la même époque (voir Bibliographie).

L’ancienne église Saint-Pierre a été construite sur un édifice profane du bas-empire, dont on peut encore voir un grand pan de mur en petit appareil.

Il y avait aussi un gué sur la Vienne*, conduisant à Mougon* rive gauche (commune de Parçay-sur-Vienne) et un port car les poteries étaient de préférence (cela se comprend) transportées par voie d’eau.

Après Mougon* la voie montait vers Chézelle* (lieu-dit de Crouzilles*), franchissait les trois bras de la Manse*, passait aux Portes Rouges puis, entre la D8 et la D221, se dirigeait vers Chèzelet* (commune de Panzoult*), les Maisons Bourdeaux (commune de Cravant*) et les Loges* (commune de Chinon*).

Aux Loges* un embranchement permettait d’aller, au nord, vers Pont-de-Ruan* et la voie VP2 (voie B4), à l’est, vers Cravant* et Panzoult* (voie A6/B6), et au sud, vers le gué de la Motte* (commune de Cravant*), qui permettait de rejoindre Rivière* et la voie Dangé*/Candes* (voie B2). 

La voie B1 est bien marquée entre les Loges et Chinon ; elle passait par Noiré < Nuceratum (lieu planté de noyers) ou < Nigracum (domaine du Noir) puis par l’Olive, la Grange Lienard et les Bas de Sainte-Radegonde ; dans ces trois derniers endroits Gérard Cordier a repéré et fouillé huit habitats datant du premier âge du fer (vers – 800) ; distants de la Vienne* de 800 à 1 200 mètres, protégés des crues  par leur altitude de 34 à 40 mètres, ces habitats ont livré de nombreux fragments de céramiques communes (vases, jarres) et de céramiques fines (urnes, coupelles, terrines).

          

Un de ces habitats devint ensuite une villa gallo-romaine ; située à la Grange-Liénard, à l’est de l’ancienne usine de meubles Cousin-Malbrant, la villa de Bessé (< Bettiacum) fut découverte en 1954 puis fouillée par Raymond Mauny et Jean Zochetti, qui y découvrirent un hypocauste dallé, un morceau de 70 cm d’une colonne dorique ainsi que de nombreux fragments de poteries communes et sigillées, dont six morceaux d’une belle coupe avec un intérieur décoré de personnages en relief (le dieu Pan est bien reconnaissable), où se trouve aussi la marque du potier Croesus, qui travaillait à Lezoux au milieu du 3ème siècle.

Dans Chinon*, la rue Diderot continue sans doute l’ancienne voie ; au n°23, se trouvait, au 15ème siècle, la porte de Bessé, dont il reste un petit pan de mur. La rue Diderot est prolongée par la rue Jean-Jacques Rousseau, et à côté de l’église Saint-Étienne, il y a un carrefour avec la rue du Collège qui reprend l’ancienne voie vers Huismes* (voir voie B3).

Au-dessus de ces rues, les rues du Coteau Sainte-Radegonde et du Coteau Saint-Martin représentent probablement la suite d’un ancien chemin gallo-romain.

Ce vaste promontoire de tuffeau, aux flancs creusés de profondes grottes, a sans doute été occupé depuis les temps les plus reculés mais les preuves matérielles manquent et les premières traces tangibles sont celles d’une forteresse gauloise, entourée de fossés, à l’emplacement du fort Saint-Georges, où une grande épée et un beau vase gaulois ont été découverts (actuellement au musée du château).

Cette forteresse fut occupée par les Romains, qui, à la fin de l’empire, aménagèrent à la hâte un camp fortifié, comme le montrent les blocs de pierre récupérés sur les constructions précédentes : c’est le castrum Cainonense mentionné par Grégoire de Tours, qui fut pris par les Wisigoths puis assiégé, en 446 par le général romain Aegidius ; c’est pendant ce siège, alors que l’unique puits avait été asséché par les Romains, qu’aurait éclaté l’orage provoqué par les prières de saint Mexme. Une vingtaine de mètres des remparts de ce castrum ont été découverts en 2009.

Saint Brice y fonda en 425 l’église Saint-Martin, dont l’abside peut être vue rue du coteau Saint-Martin. Les Wisigoths resteront à Chinon* jusqu’en 507, date de la bataille de VouilléClovis tua Alaric II et s’empara de ses territoires.

Le château actuel, édifié par Henri II Plantagenêt et par son fils Richard Cœur de Lion, remplaça un premier château construit par Thibaud le Tricheur. Conquis en 1205 par Philippe-Auguste, il appartint dès lors à la couronne de France et c’est dans une salle de ce château que, selon la tradition, Jeanne d’Arc rencontra Charles VII en 1429.

La voie continue ensuite sur la rive droite de la Vienne* en passant par Saint-Louand où un certain sanctus Lupantius fonda au 7ème siècle un oratoire à l’emplacement d’une ancienne villa gallo-romaine. Il fut inhumé dans ce lieu, où s’éleva ensuite une abbaye, qui, si l’on en croit Rabelais (le Quart Livre, chapitre 12), n’avait pas bonne réputation au 16ème siècle. Cette voie est aujourd’hui une piste cyclable fort tranquille et porte le nom de voie romaine.

Elle passe sur la commune de Beaumont-en-Véron*, où il y avait six domaines : Turpenay < Turpiniacum,  Coulaine*, Danzay < Damatiacum, où la villa gallo-romaine, qui appartenait en 974 à l’abbaye Saint-Florent de Saumur, fut remplacée par un château édifié au 15ème s. par Jean de Guarguesalle, grand écuyer de Louis XI, gouverneur du château de Chinon*, également seigneur de Coulaine*, Razilly <Rasiliacum, où un château est mentionné dès le 12ème siècle, Isoré < Isuriacum et Détilly < Destilliacum.

On trouve aussi, sur cette commune, la Haute Rue* et, près de la Vienne*, le dolmen de la Grosse Pierre, où des débris de poterie grossière et des ossements furent trouvés.

Après Beaumont-en-Véron*, la voie arrivait sur la commune de Savigny-en-Véron*, où existaient aussi plusieurs domaines : Cheviré < Caviriacum, Chouzé* et Les Maillés* ; là se trouvent également la Rue* Chabot et la Rue* Guillot.

Devant la mairie, on peut admirer une belle borne milliaire qui fut découverte dans le pont de l’arche de Candes, sur la voie B1 et qui était peut-être au carrefour avec la voie suivant la rive gauche de la Loire* (voir voie vs1b).

De la pointe du confluent de la Vienne* et de la Loire*, appelée la Coue du pré (la Queue du prè), un pont permettait de traverser la Vienne* pour rejoindre Candes*. Selon Jean-Paul Lecompte, qui a étudié la question d’une façon approfondie, un premier pont fut édifié en 14 av. JC et un second pont, plus solide, fut aménagé entre 10 et 20 ap. JC, au moment de la réorganisation de la Gaule ; une partie des pieux de ces ponts est encore visible, quand les eaux sont basses. 

 

Candes*, maintenant Candes-Saint-Martin, est surtout connu pour sa collégiale où est mort saint Martin avant d’être ramené à Tours* mais ce fut aussi une importante cité gallo-romaine, où il y avait un temple, dont les vestiges ont été découverts en 1856 dans le parc du château avec deux monnaies d’Auguste et de Tibère ; cet édifice fut sans doute détruit en 387 quand saint Martin édifia son église, dédiée à Saint-Maurice ; un domaine se trouvait également à Crissay*.

Il est probable que de Candes* partît aussi une voie vers Loudun*, qui passait par Couziers*, où existe le toponyme Les caves d’Ingrande*.

La borne des Trois évêchés, au carrefour de la D947 et de la D7, indiquait  le point de jonction de  trois territoires gaulois : celui des Turons, des Andécaves et des Pictons, comme cela est indiqué sur la borne reconstituée.

De Nouâtre à Candes via Chinon (voie B1)

Jeudi 17 mars 2011