‘A- Introduction’

LES VOIES GALLO-ROMAINES AU PAYS DES TURONS

Le Pays des Turons correspond, grosso-modo, au département de l’Indre-et-Loire, qui reprend, avec quelques modifications, les frontières de la Province de Touraine, qui, elle-même, continuait l’évêché de Tours*, constitué dès le 4ème siècle sur le territoire gaulois puis gallo-romain des Turons. Remarque ; les toponymes suivis d’un * sont commentés dans la partie Étymologie.

C’est là en effet qu’au 5ème siècle avant notre ère, la tribu celte des Turons s’installe dans les vallées de la Loire*, du Cher*, de l’Indre* et de la Vienne*. On pense généralement qu’ils venaient de la haute vallée du Main, en Bavière, et que le nom de la ville de Thurnau a la même origine que celui de Tours : civitas Turonorum (la cité des Turons).

Les Turons occupent et renforcent les cinq places-fortes (oppida) protohistoriques (voir la partie Chronologie) qui existaient dans la région : les Châtelliers* à Amboise* (voie A1), Montboyau* à Fondettes* (voie VP1), Château-Chevrier à Rochecorbon* (voie VP3), l’oppidum des deux Manses à Sainte-Maure-de-Touraine* (voie A4), la Châtre* à Betz-le-Château* (voie A3a) ; sans doute y avait-il aussi des oppida à Chinon* (voie B1) et à Loches* (voie A2).

Ces camps fortifiés étaient en général des éperons barrés, au confluent de deux cours d’eau, protégeant des agglomérations et des domaines agricoles installés dans les vallées ; en effet dès leur arrivée, les Turons exploitent les riches terres des plaines alluviales et, à ce jour, une vingtaine d’établissements ruraux turons, souvent très étendus, ont été repérés.

Combien étaient-ils ? Étant donné qu’ils envoient 8 000 hommes au secours de Vercingétorix assiégé dans Alésia, on estime que la population totale des Turons, à cette époque, était d’une trentaine de milliers de personnes mais si l’on tient compte des chiffres habituellement donnés pour la population de la Gaule (20 hab./km²) on arrive à 120 000 environ.

Les Turons étaient entourés par les Bituriges au sud-est, par les Pictons au sud-ouest, par les Andécaves à l’ouest, par les Aulerques Cénomans au nord-ouest et par les Carnutes au nord-est.

Après la conquête de la Gaule chevelue, Caesarodunum* fut fondée et cette capitale des Turons, située au carrefour de deux grandes voies gallo-romaines allant de l’est à l’ouest et du sud au nord, devint rapidement une cité importante, étant donné que les romains développèrent les voies (viae) déjà nombreuses en Gaule avant leur arrivée.

Notre premier travail a été de dresser une carte précise et complète des voies gallo-romaines dans le pays des Turons ; pour cela, nous avons été aidés par :

Les travaux de plusieurs historiens, notamment ceux de Pierre Audin, Jean-Mary Couderc, Jacques Dubois, Jean-Paul Lecompte, Sylvain Livernet et Raymond Mauny, qui ont publié des études partielles très bien documentées (voir Bibliographie).

 La toponymie et l’odonymie car l’étude des noms de lieux ou de routes est souvent très révélatrice, voir, par exemple, les chemins appelés chemin ferré* ou chaussée de César* ainsi que les lieux appelés Ingrandes* et indiquant une frontière.

 La présence des mégalithes (dolmens et menhirs) ainsi que des anciennes agglomérations gauloises, qui, le plus souvent, étaient situées à proximité des oppida ou qui étaient des centres commerciaux dont le souvenir reste, par exemple, dans les communes dont l’ancien nom était terminé par le gaulois –magus = marché, comme Manthelan* ; en effet la plupart des voies gallo-romaines continuent des voies gauloises, qui, elles-mêmes, continuaient des voies préhistoriques. De la même façon, les routes mérovingiennes reprennent généralement des voies gallo-romaines et ont aussi été pour nous une indication (voir Saunay* et la voie A2, par exemple).

 Enfin, et surtout, la configuration du terrain car il est bien évident que ces voies ne passaient pas n’importe où et que leur tracé était déterminé par les courbes de niveau et par les cours d’eau que des ponts (rarement) ou des gués permettaient de franchir ; les plus importants de ces gués étaient empierrés et soutenus par des madriers.

 

Une ancienne voie gallo-romaine se reconnaît assez facilement : si l’on voit un large chemin, en partie rectiligne, parfois partiellement empierré, le plus souvent légèrement incurvé et bordé de fossés permettant de recueillir les eaux fluviales, situé sur une ligne de crêtes ou servant de limite entre deux communes, on peut être quasiment sûr qu’il s’agit d’un ancien chemin qui existait déjà du temps des gaulois !

Ces voies étaient très nombreuses dans notre département, surtout dans sa partie sud, étant donné qu’on y trouve de multiples vallées fluviales propices aux déplacements et à l’implantation de propriétés agricoles ; on sait qu’il y en avait plusieurs centaines sur le territoire des Turons (voir villae rusticae).

Les voies principales (viae publicae), qui reliaient les grandes cités, avaient une emprise totale de 32 pieds environ (10 m.), tandis que les voies secondaires (viae vicinales), dont l’emprise était de 16 pieds environ (5 mètres), permettaient de rejoindre les bourgs (vici).

À intervalles très réguliers, des bornes milliaires indiquaient la distance pour rejoindre un point donné (ville, carrefour, frontière, etc.), soit en milles romains (1,450 km environ), soit en lieues gallo-romaines (2,220 km environ) ou en lieues gauloises (2,450 km environ). Les voyageurs trouvaient le long de ces voies des relais (mutationes), tous les 10 à 15 km, où ils pouvaient éventuellement changer de monture et des lieux d’étape (mansiones), tous les 30 à 50 km,  où il était possible de manger et de dormir.

Le pays des Turons était traversé par  cinq routes importantes comme le montre la Table de Peutinger. Plusieurs voies secondaires donnaient accès à Chinon*, à Loches* ou à Loudun*.

Nous avons ensuite fait des photographies des tracés de ces voies ou de certaines agglomérations traversées et nous avons pris le parti de présenter notre travail sous la forme d’itinéraires allant d’un point à un autre et pouvant être suivis par toute personne que l’histoire, la géographie ou le tourisme intéressent.

Notre objectif en effet n’a pas été d’écrire une étude universitaire mais de présenter une sorte de guide permettant de découvrir autrement la Touraine. Nous espérons les lecteurs prendront autant de plaisir à le lire ou à le suivre que nous avons pris à le faire.

 

Pierre-Marie Danquigny : Agrégé de Lettres Classiques

Jacky Duvigneau : Ingénieur Travaux Publics.

 

Introduction

Mercredi 4 mai 2011