VP3 : de Blois à Tours
Cette voie longeait la rive droite de la Loire* et, venant d’Orléans : la capitale des Carnutes, elle passait, avant d’arriver à Blois*, à La Chaussée-Saint-Victor*, où il y avait au 2ème siècle une villa gallo-romaine, à l’emplacement du cimetière actuel. Située au carrefour des voies Orléans-Angers* et Chartres-Bourges, Blois* fut d’abord un oppidum des Carnutes avant de devenir une importante cité gallo-romaine aux 2ème et 3ème siècles. Après être passée par Chouzy-sur-Cisse*, Onzain* et Monteaux, la voie arrivait sur le territoire des Turons à Cangey*, où un habitat gallo-romain a été trouvé, au nord de cette commune, au Bois de Lée, près duquel se dresse aussi la Pierre de David, menhir qui, selon la légende, tournerait sur lui-même pendant la nuit de Noël.
Entre Cangey* et Limeray*, il y avait au moyen-âge une léproserie, située au lieu-dit actuel la Maladrerie ; là est la limite entre les deux communes ; là était la limite entre le comté de Blois* et celui de Tours* et là était vraisemblablement la limite entre les Carnutes et les Turons.
Il est probable que la voie ancienne suivît le cours de la Cisse* et passât, sur la commune actuelle de Limeray*, au Chemin vert (du gaulois carminos = chemin) puis aux Mardelles (du latin margella = petite rive), où il y avait une villa gallo-romaine du 1er siècle ap. JC, dans laquelle des fragments de tuiles et de poteries ont été trouvés.
La voie continuait vers les Fougerets (= terrain où la fougère abonde), sur la commune de Pocé-sur-Cisse*, où une nécropole gauloise a été utilisée du 1er siècle av. JC jusqu’au 3ème siècle ap. JC ; près de là, un gué permettait de traverser la Cisse* puis la Loire* pour rejoindre l’oppidum des Châtelliers* à Amboise* (voir voie A1).
On arrive ensuite sur la commune de Nazelles-Négron. Entre Nazelles* (où il y eut, dit-on, un port romain sur la Cisse*, comme le suggère l’étymologie de cette commune) et Négron*, le chemin des Poulains est, dit-on, un vestige de la voie antique et en a gardé la rectitude.
À un kilomètre avant Noizay*, une ancienne voie secondaire partait à droite vers Chançay*, site occupé au paléolithique et au néolithique, où l’on a trouvé une villa gallo-romaine du 1er siècle ap. JC, avec un bassin à mosaïque. Cette voie passait au manoir d’Anzan*, à Gaugaine (domaine de Gauguin) et par les Champs Rouget, où elle a été vue, avec des restes de constructions gallo-romaines ; non loin de là, un lieu-dit, nommé la Grosse Pierre, est sans doute un ancien dolmen comme le montrent les pierres situées de côté et d’autre du chemin.
Après on arrive sur la commune de Vernou-sur-Brenne*, où il y avait un oppidum turon, connu sous le nom de Butte du Trésor. Situé à côté du lieu-dit la Folie, cet oppidum des 2ème et 1er siècles av. JC, où les photographies aériennes ont montré des traces de constructions, a aussi livré deux monnaies gauloises du 1er siècle av. JC : un potin des Carnutes et un potin des Turons.
Pour sa part, un fossé-dépotoir de la Tène III (voir Chronologie) a fourni plus de 10 000 fragments osseux d’animaux et ainsi que les restes de deux êtres humains : un nouveau-né et un adulte ; on y a aussi trouvé de nombreux fragments de céramiques et une fibule en bronze.
Après Vernou-sur-Brenne*, la voie, qui se dirigeait vers Vouvray*, est continuée soit par la D46, dite route de Vernou*, soit plus probablement par une série de rues situées légèrement au-dessus de cette départementale et aboutissant au lieu-dit la Croix Buisée, après lequel on arrive dans la rue Victor Hérault, qui constitue la plus ancienne rue de cette commune et qui passe le long de l’église (11ème s.) ainsi que le long de l’ancien oppidum de Vouvray* (actuellement le Vigneau). Devant cette église, on peut voir une ancienne pierre, où étaient exposés les cercueils et sur laquelle se négociaient les ventes jusqu’en 1792.
Il est bien évident qu’après Vouvray* l’ancienne voie n’est pas continuée par la N152, qui est une route-digue moderne, mais plutôt par une route au-dessus de cette nationale, qui passe au pied du château de Moncontour (= la maison du comte), bâti au 15ème siècle par Charles VII pour Agnès Sorel à la place d’une ancienne forteresse dépendant de l’évêché de Tours* au 4ème siècle. Elle continuait ensuite par l’actuel chemin de Sens, qui conduit directement à l’oppidum de Château-Chevrier.
Peu après le château de Moncontour, au lieu-dit les Pâtis, le confluent de la Cisse* et de la Loire*, se trouve exactement à la limite entre Vouvray* et Rochecorbon*.
Il est vraisemblable que c’est là qu’était le Portus Rupium, qui selon une charte de l’abbaye de Marmoutier, aurait été un ancien port gallo-romain sur la Loire*, situé entre Vouvray* et Rochecorbon*.
Rochecorbon* fut occupée dès l’antiquité et la place fortifiée de Château-Chevrier est considérée comme l’un des cinq grands oppida turons.
C’était un éperon barré entre la Loire* et la Bédoire, auquel on accède, soit en suivant l’ancienne voie, continuée par les rues de Mautauran, de Sens et du Peu Boulin, soit plus facilement, si on est sur la N152, en prenant à droite la rue Vauvert, qui passe devant le clos du Château-Chevrier et qui aboutit dans la rue du Peu Boulin ; dans cette rue, un chemin à gauche, en face du château d’eau permet d’arriver dans l’oppidum ; on peut aussi prendre la rue des Clouets puis la rue du Peu Boulin.
Découvert en 1871, cet oppidum, dont le rempart et le castrum sont encore nettement marqués dans le paysage, offre de belles vues sur la vallée de la Loire* ; des poteries et des pièces de monnaie y ont été trouvées.
Une voie secondaire partait à droite et remontait la vallée de la Bédoire en passant par le moulin de Touvoie* et par la Planche, en direction du nord (voir voie A2a).
Rochecorbon* est caractérisée par la Lanterne : une petite tour du 11ème siècle, construite par le fils de Corbon des Roches, qui donna son nom à cette commune qui s’appelait auparavant Vosnes* ; selon certains, ce toponyme vient du latin vadum = gué, ce qui sous-entend qu’il y avait là un gué sur la Loire*, peut-être au niveau du château des Basses-Rivières. De nombreux domaines agricoles permettaient d’exploiter les riches terres alluvionnaires de la région, notamment à Baugé*, les Rosnay (< Rutanacum), Mosny (< Mausonacum), Voligny (< Voliniacum) et Volney (< Volumniacum). À la sortie de Rochecorbon*, au lieu-dit Saint-Georges, ancienne commune rattachée à Rochecorbon* en 1808, certains ont vu, dans des caves du domaine Le Capitaine, les restes d’un aqueduc, peut-être gallo-romain.
La voie arrivait finalement à Saint-Symphorien*, qui fut une paroisse dès le 4ème siècle puis une commune jusqu’en 1964, date où elle fut rattachée à Tours* ; il y avait sans doute un oppidum (les Tourettes ?) sur une des nombreuses collines qui dominent la vallée de la Loire*. Peut-être s’agit-il de ce lieu appelé Altionus, qui était, selon un texte de 968, « medium de vinea, ad portum Ligeris, prope ecclesiam Sancti Symphoriani » (« au milieu des vignes, près du port sur la Loire et de l’église Saint-Symphorien » et que certains documents considèrent encore comme le site originel de Tours*.
Il y avait aussi plusieurs domaines (villae rusticae), à cheval sur l’actuelle commune de Saint-Cyr-sur-Loire*. De Saint-Symphorien*, le voyageur avait trois possibilités : il pouvait : soit continuer sur la rive droite de la Loire* pour aller à Angers*, via Saint-Cyr* (voir VP1), soit se diriger vers le nord par l’actuelle rue du Pas-Notre-Dame, qui va vers Notre-Dame-d’Oé* pour aller au Mans* (voir voie A2b), soit encore traverser la Loire* pour se rendre à Caesarodunum*. Ce pont, dont on peut encore voir les piliers quand les eaux sont basses, fut construit par les romains au 1er siècle ap. JC puis réparé et remanié jusqu’au moyen-âge ; de Saint-Symphorien*, il passait dans l’île Aucard et arrivait au niveau du château de Tours* ; depuis 1847, deux ponts suspendus, dits le Pont de Fil, permettent la même traversée.




























