‘Maillé’

MAILLÉ (et DRACHÉ)

HISTOIRE

 La commune de Maillé, qui fut presque entièrement détruite par les allemands en 1944, se trouve à l’est de la Comcom. Son nom apparaît pour la première fois sous la forme Magittus en 903 dans les Actes de Charles III le simple puis sous la forme Malliacum en 1088 dans la charte 159 du cartulaire de Noyers. De ce fait on ne sait pas si ce toponyme vient du latin Magittus = le Petit mage ou du gallo-romain Malliacum = domaine de Mallius ; Maillé est aussi l’ancien nom de Luynes (37230), qui pour sa part apparaît sous la forme Malliacum au 6ème siècle.

On trouve ensuite les toponymes Maillé-Laillier (du gallo-romain Lalliacum = domaine de Lallius) en 1467 puis Maillé-Argenson en 1791, suite à la réunion, après la Révolution, des paroisses de Maillé et d’Argenson (voir ci-après).

À l’est de Maillé se trouve la commune de Draché, qui ne fait pas partie de la communauté de communes mais qui englobe, notamment à l’ouest de la D 910 (ancienne N 10 allant de Tours à Poitiers), des lieux (Beauvais, le Chêne, le menhir) proches de Maillé. Anciennement Dracciacum (1088) ou domaine de Draccos (patronyme gaulois), Draché fut au moyen-âge une seigneurie, relevant de Sainte-Maure, appartenant d’abord à la famille de la Jaille (voir Marcilly) puis aux Voyer d’Argenson (voir ci-après).

Un petit affluent de la Vienne : le Réveillon, traverse le territoire de la commune (à droite de la route allant vers Draché) ; sa vallée fut occupée dès l’époque néolithique et des pierres taillées ont été trouvées, notamment près de la Babinière et près de la Heurtelière. Deux mégalithes rappellent le souvenir de ces anciens temps : le très bien caché dolmen du gros Chillou, près des Éguets, qui, selon E. Montrot (voir bibliographie) faisait partie d’une allée couverte, et le bien connu menhir de la Pierre percée (voir ci-après), qui se trouve juste à la limite entre Maillé et Draché.

À l’époque gallo-romaine plusieurs domaines agricoles se partageaient les terres, comme l’indiquent les noms de la commune ainsi que les lieudits suivants : l’Écueillé, du gallo-romain Scopiliacum ou domaine de Scopilius (patronyme gaulois), les Merys, de Mariacum ou domaine de Marius, Nimbré, de Nambariacum ou domaine de Nambarius, Pessé (voir ci-après) et Villiers, à côté de la Roche, du latin villaris ou domaine rural. Sur la commune de Draché, on trouve les lieudits Meslay (à l’est), du gallo-romain Merulacum ou domaine de Merila (patronyme germanique) ainsi que Parigné (au nord), du gallo-romain Pariniacum ou domaine de Parinius.

De nombreux fiefs nobles, qui dépendaient ou de la seigneurie de Nouâtre ou de l’abbaye de Noyers, se trouvaient sur cette paroisse : à savoir Argenson (voir ci-après) la Bourrelière, la Chetallière (voir ci-après), la Heurtelière, la Roche (voir ci-après), la Rabaudière, l’Écueillé (aujourd’hui sur la commune de la Celle-Saint-Avant), le Pressoir et les Doucets.

La Heurtelière apparaît sous la forme Harotellaria (propriété de Heurtault : patronyme germanique) en 1158 dans la charte 581 du cartulaire de Noyers. Cette ferme a été la première détruite lors du massacre, à l’exception du pigeonnier cylindrique, dont les murs sont du 16ème siècle. En 1789, elle appartenait à Charles d’Aviau de Piolans ; elle fut alors saisie et vendue comme bien d’émigré.

Au 17ème siècle, la Rabaudière, ainsi que les fiefs de la Heurtelière et du Pressoir, appartenaient à Louise Daviau, veuve de Jean d’Armagnac, seigneur de la Motte à Marcilly.

La ferme du Pressoir se trouvait à côté du château d’eau actuel ; entièrement détruite lors du massacre, elle fut la seule à ne pas être reconstruite.

La vie de ce paisible petit village fut tragiquement bouleversée le 25 août 1944, jour de la Libération de Paris. Ce jour-là, suite à un accrochage avec les résistants, qui avait eu lieu la veille près de Nimbré, au cours duquel un officier allemand avait été blessé, une cinquantaine de soldats, dirigés par le sous-lieutenant Gustav Schlüter, responsable du poste allemand de Sainte-Maure-de-Touraine, investirent le village.

124 personnes : 48 enfants de moins de 15 ans dont 26 de moins de 5 ans et 2 nouveau-nés, 39 femmes et 37 hommes furent cruellement assassinés, soit par balle, soit à l’arme blanche ou au lance-flammes, soit lors des tirs d’artillerie et des incendies qui suivirent.

En effet après un premier massacre les troupes encerclèrent le village et le bombardèrent systématiquement, en détruisant la quasi-totalité du bourg et plusieurs fermes ; 52 habitations furent brûlées. Les unités allemandes responsables n’ont pas été identifiées avec précision à ce jour et une enquête allemande, menée par le juge Ulrich Maass, procureur général du parquet de Dortmund, est toujours en cours.

M. Serge Martin, Président de la maison du souvenir, qui avait dix ans à cette époque et qui a échappé au massacre du fait qu’il était chez ses grands-parents à Draché, n’a pas oublié le bruit du canon allemand qui était installé à la Villière, ni le souvenir de ses parents, de son frère et de ses deux sœurs, tous tués en août 44 ; la perte de sa famille ne lui fut annoncée que plusieurs jours plus tard et comme il le dit lui-même : « je savais depuis le premier jour qu’ils étaient morts mais je faisais semblant de ne pas le savoir ! »

 Une Maison du souvenir, inaugurée en 2006, évoque ce tragique épisode ainsi que l’histoire de la Résistance dans cette région qui était proche de la ligne de démarcation et où agissait le réseau Vengeance, animé notamment par l’abbé Péan, qui fut curé de Draché et de la Celle-Saint-Avant de 1930 à 1944.

Arrêté le 13 février 1944 alors qu’il célébrait la messe, l’abbé Péan mourut peu après suite aux tortures dirigées par la tristement célèbre Clara Knecht.

Maison du Souvenir : rue de la paix, 37 800 Maillé Tél. 02 47 65 24 89. maison-du-souvenir@maille.fr

Ouverte du mercredi au samedi de 10 h 30 à 13 h et de 14h à 18h. Dimanche et lundi de 14 h à 18 h (ou sur rendez-vous).

Voir aussi les sites internet

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr

http://www.maille.fr

http://www.maisondusouvenir.fr

http://acroy.perso.neuf.fr/

 

PLAN DE MAILLÉ

À VOIR À MAILLÉ

La Pierre percée : pour accéder à ce mégalithe, le plus simple, quand on vient de Sainte-Maure est de prendre d’abord l’ancienne Nationale 10 (aujourd’hui D910) en direction de Châtellerault, puis, après le dernier rond-point, une petite route à droite ; le menhir est indiqué à une centaine de mètres, à droite. Appelée aussi menhir des Érables ou menhir des Arabes, cette pierre de 4 m. de haut sur 1,50 m. de large est caractérisée par un trou ovale de 25 cm sur 20 cm ; plusieurs légendes y sont rattachées ; on dit que les enfants qui passent leur tête dans le trou sont protégés des maladies ; on dit aussi que les jeunes mariés qui y passent un bouquet de fleurs ne divorceront jamais.

Selon une tradition locale la dernière des « batailles de Poitiers » se serait déroulée près de là, à un endroit appelé autrefois les trois croix, sur la route allant de Maillé à Sainte-Maure après le lieu-dit Bommier (voir Sainte-Catherine et Sainte-Maure).

En continuant la route empruntée précédemment on passe devant une ferme qui continue l’ancien manoir fortifié de Pessé (16ème/17ème s.), dont il reste un pigeonnier et une tour carrée. Ce lieu apparaît aussi dans les archives sous les formes  Psé, Psai, ou Bessay ou Bessé ; ce toponyme vient du gallo-romain Bettiacum ou domaine de Bettius, patronyme formé sur le gaulois betula signifiant le bouleau.

En prenant une petite route, à gauche, après Pessé, on arrive à la Chetallière : ancienne gentilhommière fortifiée des 15ème et 16ème siècles qui a conservé ses murs de défense surmontés d’un chemin de ronde, son portail à mâchicoulis et ses quatre tours d’angle (trois tours rondes et une tour carrée) ; une des tours cylindriques a été transformée en pigeonnier.

Ancien fief noble dépendant du seigneur de Nouâtre, cette belle propriété est aujourd’hui une exploitation agricole en plein essor ; voir EARL Marcel Creuzon au 02 47 65 24 37.

     

De là, il faut rejoindre la D91 qui va de Maillé à Draché ; en tournant à gauche on peut aller voir l’ancienne entrée du domaine de la Roche.  « L’Hôtel et Maison fort de la Roche-Ramé » comme il est dit dans un texte de 1557 a disparu, à l’exception d’un pigeonnier carré du 16ème siècle ; pourtant, en 1787, on célébrait encore la messe dans la chapelle du château. Ce fief, qui apparaît sous le nom de la Roche en 1398 puis sous ceux de la Roche-Ramé en 1483 et de la Roche-Rancé en 1784, a appartenu à la famille de la Jaille (également propriétaire du château de la Motte à Marcilly) de 1395 à 1525 puis, au 18ème siècle aux Voyer d’Argenson (voir ci-après).

     

En continuant la D91 vers Draché on arrive au carrefour avec la D 910 où se dresse une stèle (entretenue par le conseil général d’Indre-et-Loire) en souvenir du massacre

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Par contre si, en revenant de la Roche, on tourne à droite, on arrive, après être passé à côté de la halte ferroviaire (pompeusement appelée « gare » sur la carte), dans le centre du village où se trouve l’église Saint-Martin.

Cette église a été construite au 11ème siècle. Sa façade romane, avec un porche à double voussure, date du 12ème siècle. Elle a été agrandie au 15ème siècle avec une chapelle seigneuriale Sainte-Barbe, construite par Aymar de la Jaille, seigneur de la Roche-Ramé. Pour visiter l’église, demander les clefs à la Maison du souvenir ; à l’intérieur on peut voir notamment un ancien bénitier et une stèle en souvenir du massacre ainsi qu’une plaque à la mémoire de l’abbé Payon, curé de Maillé de 1944 à 1952, et auteur du premier livre sur Maillé.

Pour on ne sait quelle raison, cette église fut le seul bâtiment, dans le centre du village, à ne pas avoir été détruit par les obus des canonniers allemands !

Du centre de Maillé, on peut rejoindre les Doucets puis le château d’Argenson (voir article ci-joint) 

INFORMATIONS ET RESSOURCES MAILLÉ

Mairie : 02 47 65 24 71 ; ouverte les lundis, jeudis et samedis de 10 h à 12 h, les mardis et vendredis de 14 h à 17 h 30.

Fêtes et Manifestations :

  • 14 juillet : retraite aux flambeaux et feu d’artifice       
  • 25 août : commémoration du massacre.
  • 2ème dimanche d’octobre : assemblée des vendanges et brocante  

Ressources :

  • Bar-Tabac le Relais vert, 5 rue de l’église : 02 47 65 22 12 ; ouvert tous les jours sauf dimanche ; fait aussi épicerie, presse, bazar et dépôt de pain.
  • Fromages de chèvre : Roy Sylvie et J.J. : la Chapelle. 02 47 65 11 71
  • Halte SNCF : ligne TER Tours-Poitiers ; dépliants-horaire à l’agence postale.
  • Plan d’eau avec jeu et aire de pique-nique (à gauche après la salle des fêtes, quand on vient du centre).
  • Salle des Fêtes : peut être louée (s’adresser à la mairie) ; 200 places, cuisine aménagée.
  • Toilettage canin : Sceutenaire Isabelle : les Doucets. 02 47 65 30 88

Bibliographie :

  • Baillargeat Jean : Maillé, j’avais 5 ans. Alan Sutton, 2009
  • Chédozeau J.L. : Mira, il fera beau demain. Anovi, 2009
  • De Santa Barbara à Maillé : les Hale (1886-1958). Maison du souvenir 2008
  • Dutardre J.G. : l’abbé  Péan. Anovi, 2010
  • Montoux André : Vieux logis de Touraine, tome 1. CLD 19744
  • Montrot Émile : Stations préhistoriques et monuments mégalithiques dans la région de Sainte-Maure. BAVC IV. 4 et 5 (1939-1940)
  • Payon André : Maillé Martyr. Réédition et Chronique, 1974, 1992 et 2007


Maillé

Jeudi 2 août 2012