‘Littell Jonathan’

Jonathan Littell, fils de l’écrivain américain Robert Littell, est né à New York en 1967, dans une famille d’origine juive émigrée de Pologne à la fin du 19ème siècle ; il a vécu une partie de sa vie en France, a passé son bac en France, a écrit son roman en français mais on lui a refusé par deux fois sa nationalité française et il est maintenant installé à Barcelone !


Je n’avais pas envie de lire Les Bienveillantes (Gallimard, 2006), ce roman sur le nazisme, dont j’avais entendu parler mais une de mes filles me l’a offert pour mon anniversaire ; il est resté une dizaine de jours sur ma table de nuit avant que je ne jette un coup d’œil sur la première page … et je ne l’ai plus lâché avant de l’avoir fini !


Ce journal fictif d’un officier supérieur SS, spécialisé dans l’élimination des juifs et des communistes, dégage en effet une telle impression d’authenticité que l’on en reste pantois, tant on a le sentiment de lire les vraies confessions d’un monstre ordinaire poursuivi par les Euménides, ces Furies que les grecs appelaient Bienveillantes par antiphrase superstitieuse ; à chaque page, on y sent le goût et l’odeur du réel, l’horreur et la boue du réel.


Il est étonnant de trouver dans un premier roman, écrit par un jeune homme d’une trentaine d’années, un tel mélange d’érudition (ah ! ces débats sur les langues du Caucase), d’analyse psychologique (on n’éprouve évidemment aucune sympathie pour Maximilien Aue mais on finit par avoir pitié de lui) et de dénonciation : la machine infernale de la solution finale est démontée dans tous ses rouages ; les débats, recherches et conférences que les nazis organisent, par exemple, pour savoir si les Bergjuden (Juifs des montagnes du Caucase) sont bien de vrais juifs et s’ils doivent être éliminés ou non en dit long sur cette folie rationnelle des nazis.


On songe, bien sûr au roman de Robert Merle : la mort est mon métier (1953), mémoires imaginaires de Rudolf Höss, commandant du camp d’Auschwitz ; on s’interroge, bien sûr, avec Hannah Arendt, sur la banalité du mal ; on se demande, bien sûr, avec Jean Cayrol, s’il est légitime de donner un corps romanesque à la monstruosité ; oui, bien sûr, mais il n’en demeure pas moins que ce livre passionnant contribue largement au devoir de mémoire et qu’il est préférable que ce soit lui qui soit le phénomène littéraire de la rentrée 2006 (170 000 exemplaires vendus à ce jour) plutôt que tel ou tel autre.

Jonathan Littell

Mercredi 24 septembre 2008