‘ÉCRITS SUR Rabelais et la Touraine’

Index des noms de lieux en Touraine, cités par Rabelais

La lettre suivant le nom de lieu indique l’article où il est parlé de ce lieu

Arceau Gualeau (l’) (1-1) F

Basché (1-23 ; 4-12/15) G

Bessé (1-47) F

Beuxes (1-6 ; 3-17) E

Bois de Vède (le) (1-34, 36, 37) E

Bourgueil (1-47, 52) I

Bréhémont (1-7, 47 ; 3-25) I

Camp de Brûlevieille (le) (1-51) B

Candes Saint-Martin (1-27, 47, 51 ; 3-47 ; 4-19, 24, 29) H

Caves Peintes (les) [Chinon] (4-20 ; 5-36) F

Chavigny-en-vallée (1-47 ; 2-9) I

Chinon (1-12, 27 ; 3-31 ; 4-Prologue, 20 ; 5-4, 18, 36) F

Chouzé sur Loire (1-47) I

Cinais (1-4, 25, 27, 45 ; 2-9 [ ?] ; 3-20) B

Cinq-Mars-la-pile (1-16) I

Coulaine (1-39, 47) I

Cravant (1-47) G

Crissay-sur-Manse (3-42, 43) G

Dive (la) [rivière] (1-53) J

Faubourg Saint-Jacques (le) [Chinon] (1-47) F

Faye-la-vineuse (1-27)

Fontevraud [3-34) H

Grammont (1-37, 47) F

Grand Carroi (le) (1-25, 26) B

Gravot (1-47, 51 ; 2-9 ; 4-Prologue) I

Gué de Vède (le) (1-4, 27, 28, 36, 48 ; 3-23) E

Huismes (1-47 ; 3-26) I

L’Île-Bouchard (1-47, 49 ; 3-25 ; 4-12, 15 ; 5-4) G

L’Olive (1-1) G

La Bellonière (1-39) G

La Devinière (1-5, 47 ; 2-9 ; 3-32) B

La Maladrerie [Chinon] (1-43) F

La Pomardière (1-32 ; 2-9) I

La Roche-Clermault (1-4, 28, 30, 34, 46, 48, 51) E

Langeais (1-16 ; 4-13) I

Le Coudray (1-4, 38, 43, 51 ; 3-23) C

Le Croulay (1-47 ; 3-16/17 ; 4-20) G

Le Puy  (1-48 [Peu Girard ?]) E

Le Rivau [château] (1-51) G

Lerné (1-25, 26) D

Les Bourdes (1-47) G

Les Coudreaux (1-47) I

Les Essarts (1-37)

Les Noirettes (1-43, 51) C

Les Roches Saint-Paul (1-47) G

Ligré (1-47, 51) G

Loire (la) [rivière] (1-52, 53 ; 4-3)

Loudun (1-48) E

Marais (le) [de Taligny ?] (1-48) E

Maulévier (1-39 ; 4-Prologue) D

Montpensier (1-4, 51) C

Montsoreau (1-8, 21 [éd. 1535], 47, 51 ; 4-19, 24) H

Narçay (1-1, 21 [éd. 1535], 47) G

Panzoult (1-47 ; 2-1 ; 3-16, 18) G

Parilly (1-25, 34, 47 ; 3-6) F

Peu Girard E

Pont à nonnain (le) [Chinon] (1-34) F

Pont de Clan (le) (1-47) H

Pontille (1-7, 47 ; 5-15) F

Porte de Bessé (la) [Chinon] (1-21 [éd. 1535]) F

Port-Huault (1-49, 52) I

Pressoir Billard (le) [Chinon] (1-34) F

Quinquenais (le) [Chinon] (1-47, 51 ; 4-14, 44, 55) F

Raineau (le) [Chinon] (1-47) F

Rivière (1-27, 47, 49 ; 4-15) G

Sainte-Radegonde [chapelle de Chinon] (3-31) F

Saint-Epain (4-13) G

Saint-Florent [abbaye de Saumur] (1-52)

Saint-Louand (1-8, 47 ; 4-12) F

Saint-Mexme [église de Chinon] (1-27) F

Saulaie (la) (1-4, 42) B

Saumur (2-4 ; 4-13 ; 5-18)

Savigny en Véron (1-21 [éd. 1535]) I

Seuilly (1-4, 25, 26, 27, 43, 52 ; 4-20, 2 3, 50, 52) C

Taligny E

Thélème (1-52/57 ; 4-2) J

Touraine (la) (1-23 ; 2-9 ; 4-54 ; 5-6,18, 19, 36, 48)

Tours (2-26, 28 ; 5-1)

Turpenay [abbaye] (1-37) I

Ussé (1-47) I

Varennes sur Loire (1-47, 51 ; 3-6, 27) I

Vau Breton (le) (1-47 ; 3-46) G

Vaugaudry [château] (1-4, 34, 48) F

Vauguyon (la) [château] (1-34, 35, 43) F

Vède (la) [rivière] (1-37) E

Véron (le) (1-13, 47 ; 5-35) I

Vienne (la) [rivière] (1-1 ; 5-18, 36)

Vieux Marché (le) [Chinon] (1-47) F

Villaumaire (la) (1-47 ; 3-21, 24) I

Bourgueil. 0905c

         portrait de Rabelais à Bourgueil

K- Index des noms de lieux

Lundi 31 août 2009

On sait que Gargantua fait construire de toute pièce une abbaye (voir 1-52/58) pour récompenser un moine de l’abbaye de Seuilly : frère Jean des Entommeures, qui l’a bien aidé dans sa guerre contre Picrochole. Cette abbaye est connue sous le nom d’abbaye de Thélème car « Gargantua lui offrit tout son pays de Thélème, le long de la Loire, à deux lieux de la grande forêt de Port-Huault  » (1-52) ; « Le bâtiment était de forme hexagonale (…). La Loire coulait au nord …de grands canaux qui tous conduisaient à la rivière passant sous le logis » (1-53).

 

forêt de chinon 0908a

forêt de Chinon ou de Port-Huault

Voilà les seules indications précises que nous donne Rabelais. Est-il possible, à partir de ces indications, de situer ce lieu utopique, dont les magnifiques bâtiments évoquaient, pour les contemporains de Rabelais, le château de Bonnivet (16ème) dans le Poitou ?

Rabelais. abbaye de Thélème 

l’abbaye de Thélème

Généralement les spécialistes de Rabelais placent cette abbaye dans « le pays de Thélot » qui se trouve au nord du château d’Ussé, entre l’Indre et la Loire, dans un lieu sauvage, situé à l’île Saint-Martin et c’est ce nom de Thélot qui aurait suggéré à Rabelais le nom de Thélème.

Ussé 0909d 

la Loire à l’ile-saint-martin

Mais, d’une part, Rabelais n’avait aucune raison particulière (sauf erreur de ma part) de connaître ce coin perdu, qui, d’ailleurs, s’appelait à son époque Télot (sans le th) et qui était couvert d’une épaisse chênaie défrichée seulement au 17ème siècle ; d’autre part, la Loire, à cet endroit, se trouve à moins de 2 km de la lisière nord de la forêt de Chinon, qu’on appelait au 16ème siècle la forêt de Port-Huault (au nord d’Azay-le-Rideau, là où l’on franchissait l’Indre quand on allait de Chinon à Tours).

Ussé 0909a

                                                                  Plan de la région de l’île-saint-martin

De plus, pour Rabelais, ce nom de Thélème vient du grec θελημα (thelema) qui signifie  volonté, désir et il est surtout à mettre en relation avec le Fais ce que tu voudras qui était la seule règle de cette abbaye (1-57).

Que l’on me permette donc de faire une autre hypothèse.

 Il me semble logique que Rabelais se soit situé par rapport à Chinon et donc par rapport à la lisière ouest de cette forêt ; si l’on regarde ce qui, au bord de la Loire, se trouve à deux lieux (8 km) de cette lisière, on arrive au nord d’Avoine, près de Port Boulet (commune de Chouzé sur Loire), où l’on franchissait la Loire pour rejoindre Bourgueil.

Nous pouvons déjà noter que Rabelais connaissait bien cette région : il cite Chouzé, Varennes et Bourgueil dans le ch. 47 de Gargantua ; son père possédait des propriétés à Chavigny-en-vallée (commune de Varennes, à l’ouest de Chouzé) ainsi qu’au Gravot (commune de Bourgueil) (voir Dans le Véron et la forêt de Chinon). Il est donc très vraisemblable que Rabelais soit souvent passé dans cet endroit.

Chinon. Quinquenays 07

                  Quinquenais

Mais surtout, allons sur les hauteurs de Chinon, dans le quartier du Quinquenais, où le père de Rabelais possédait une vigne et que Rabelais cite souvent car il devait sans doute y aller avec grand plaisir, comme Pantagruel qui, dans le Quart Livre, s’écrie au milieu de la tempête : « Plût à Dieu  que je fusse maintenant à Quinquenais » (4-45).

Chinon. Quinquenays 03  Chinon. Quinquenays 02

                                                    Vues du Quinquenais

Ce lieu est encore aujourd’hui planté de vignes. Que voit-on au loin ? Au sud-ouest : la vallée de la Vienne et, à une dizaine de km, Cinais, Seuilly et la Devinière. Au nord-ouest : la vallée de la Loire et, à une dizaine de km, la centrale nucléaire d’Avoine, qui se trouve juste à côté de Port Boulet.

Par rapport à Quinquenais cette centrale est donc quasiment symétrique de l’abbaye de Seuilly.

Il me semble donc fort plausible que Rabelais, ait situé là cette abbaye de Thélème.

En opposition symétrique à l’abbaye de Seuilly, où évidemment frère Jean ne faisait pas ce qu’il voulait et où le prieur le menace de prison pour avoir troublé le service divin (1-27) se trouverait ainsi cette abbaye idéale, créée au gré de frère Jean et interdite aux « hypocrites, bigots (…) scribes et pharisiens (…) » (1-54).

Chinon. Centrale nucléaire

Centrale nucléaire d’Avoine, au bord de la Loire 

Cependant, Rabelais n’avait sans doute pas imaginé que la première centrale nucléaire française (1957) serait construite à la place de l’abbaye de Thélème !

J- Thélème

Lundi 31 août 2009

Au nord de Chinon, entre Vienne et Loire, le très fertile Véron, qui produisait le « vin breton » (1-13), contient plusieurs lieux dont parle Rabelais. On dit que les habitants de cette région présentent des particularités physiques dues au fait qu’ils descendent, soit des Ligures relégués là par les Celtes, soit des prisonniers maures internés dans le coin après la bataille de Poitiers (qui, selon certains historiens, se serait en réalité déroulée sur le territoire de Ballan-Miré, au sud-ouest de Tours) puis intégrés à la population ; ceci sous toute réserve évidemment !

confluent Loire Vienne 03

Entre la Vienne (en bas) et la Loire (en haut) le Véron 

Quittant Chinon en direction de Bourgueil on arrive très vite au château de Coulaine (14ème s.), modifié au 15ème s. par Jehan de Garguesalle III, gouverneur de Chinon en 1461, dont descend la famille de Bonnaventure, propriétaire actuelle du château. Pascale de Bonnaventure, vice-présidente des Amis du Vieux Chinon, y produit, avec son mari, un excellent vin.

coulaine 0908b

château de Coulaine 

Ce château se trouve sur la commune de Beaumont en Véron, comme le hameau des Coudreaux où le père de Rabelais possédait peut-être la métairie de La Pomardière (1-32).

 Beaumont en Véron 0905a beaumont 0908b

Beaumont-en-Véron

À l’ouest de Beaumont en Véron, Savigny en Véron possède sur son territoire l’écomusée du Véron.

savigny 0908b

Savigny-en-Véron 

À l’est de Beaumont en Véron, la commune de Huismes présente une belle église (12ème/13ème s.). Entre 1955 et 1968, Max Ernst et son épouse Dorothea Tanning résidèrent à Huismes, où ils avaient acheté « la maison du pain » qu’ils surnommèrent « le pin perdu ».

huismes 0908e église de Huismes

sur le territoire de la commune, le château de la Villaumaire (15ème s. remanié au 19ème), qui appartenait aux archevêques de Tours, tire son nom , dit-on, du fait que ces derniers avaient confié la justice à un magistrat ecclésiastique portant de titre de « maire » mais en réalité ce nom vient du latin villa majoris  ; on trouve de nombreuses orthographes : Villeaumaire, Villaumer, Villaumère, Ville-au-maire. Dans Gargantua (3-21), Rabelais place « près de la Villaumère » la demeure de Raminagrobis, qui, selon Abel Lefranc, aurait été le poète Jean Lemaire de Belges (sans doute à cause de Lemaire)  ;

huismes. la villaumer0908d la Villaumaire

Quittant Huismes vers l’est on entre dans la forêt domaniale de Chinon dans laquelle sont perdus les restes de l’abbaye bénédictine de Turpenay, fondée au 12ème s. par Foulques le Jeune, dont il reste notamment le château abbatial (16ème s.).

turpenay 0908h turpenay 0908c 

                                                    abbaye de Turpenay

Au nord de cette abbaye, le château d’Ussé (15ème/16ème s.) a inspiré à Charles Perrault, qui y séjourna La belle au bois dormant ; on dit aussi que Voltaire y aurait écrit une partie de La Henriade et  Chateaubriand (qui ramena de Terre Sainte en 1817 les cèdres que l’on peut encore voir) une partie des Mémoires d’outre-tombe ; on ne prête qu’aux riches !

 Ussé 0909h le château d’Ussé

Au bout de la forêt de Chinon, on arrive sur les bords de l’Indre que la voie romaine allant de Chinon à Tours franchissait au gué de Port-Huault ; selon Rabelais, la forêt de Chinon s’appelait au 16ème s. la grande forêt de Port-Huault (1-52).

 

port huault (3km d'Azay le Rideau) 0908a l’Indre à Port-Huault

Au nord, vers la Loire, Bréhémont, comme Pontille, possédait de riches terres consacrées à l’élevage des vaches laitières.

bréhémont 0908b.jjpg la Loire à Bréhémont 

La route vers l’est, le long de la Loire, très empruntée par les cyclistes, conduit au pont suspendu de Langeais (milieu du 19ème) qui permet de franchir la Loire et d’arriver au château de Langeais, édifié au 15ème s. par Louis XI.

Langeais 0909a le château de Langeais 

En amont de la Loire Cinq-Mars-la-pile a la particularité de conserver une tour funéraire gallo-romaine (2ème s. après J.C.), haute de 30 mètres et composée de 104 000 briques !

Cinq-Mars 0909c la pile de Cinq-Mars 

Si l’on se dirige en aval de la Loire, on arrive en Anjou avec Bourgueil (qui se trouve néanmoins en Indre et Loire) , Chouzé-sur-Loire, Varennes-sur-Loire.

 

Bourgueil est aujourd’hui surtout connu pour son vin mais il y a aussi une abbaye bénédictine fondée au 10ème siècle et Ronsard s’y éprit de la jeune paysanne Marie Dupin.

Bourgueil. abbaye 01 abbaye de Bourgueil

C’est une région que Rabelais connaissait bien car son père y possédait plusieurs propriétés ; notamment à Gravot, près du hameau de Touvois (commune de Bourgueil), où l’on peut voir, au moulin de Gravot, une maison du 15ème  attribuée aux Rabelais qui appartient aujourd’hui au viticulteur Jacky Pitault.

gravot 0909e01 gravot 0909i01

                                                   la maison de Gravot

À Chouzé-sur-Loire est attaché le nom de Tallemant des Réaux qui y possédait un château

Chouzé sur Loire 0905a Maison à Chouzé sur Loire

À Varennes-sur-Loire où se trouve la belle église Saint-Martin (16ème. S.) le père de Rabelais possédait aussi Chavigny-en-vallée : une ancienne gentilhommière (15ème/16ème s.) de laquelle il ne reste plus grand-chose de cette époque.

 varennes 0908 église saint martin (16ème) chavigny 0909d

      Varennes : église Saint-Martin                     Chavigny-en-vallée

De là, on rejoint Chinon soit par le Véron  en franchissant la Loire à Port-Boulet, en face de la centrale nucléaire soit par Montsoreau et Candes en franchissant la Loire à Varennes-sur-Loire.

 

I- dans le Véron et au nord de Chinon

Lundi 31 août 2009

Quand on quitte Chinon par le Sud, si, au lieu de prendre à gauche la D749 qui va vers L’Île-Bouchard, on prend à droite la D751 qui va vers Saumur, on passe aussi par plusieurs lieux cités par Rabelais et notamment  par le Pont de Clan.

La Chaussée 0909 pont de clan le pont de Clan 

 

Ce pont se trouve sur l’ancienne voie romaine qui allait de Chinon à Saumur,  à La Chaussée (commune de Saint-Germain-sur-Vienne).

La Chaussée 0909 pont gallo-romain 02 le pont gallo-romain

Peu après, le confluent de la Loire et de la Vienne a donné son nom au village de Candes (du gaulois condate = confluent) qui devint Candes-Saint-Martin en 1949. En effet Saint Martin y serait mort en 397 et la très belle collégiale (12ème siècle) porte son nom.

confluent Loire Vienne 03 confluent Loire Vienne 02 

                                   le confluent de la Loire et de la Vienne

Candes 01 Candes 06

la collégiale Saint-Martin 

Juste à côté de Candes, mais dans le département de Maine et Loire, le château de Montsoreau fut édifié au 15ème siècle par Jean II de Chambes, conseiller de Charles VII. Les deux villages se touchent entièrement, d’où la maxime (citée par Rabelais en 4-19) : « Entre Candes et Montsoreau n’y paîtra ni vache ni veau. »

Montsoreau 02 

le château de Montsoreau

Toute proche, l’abbaye de Fontevraud (fondée au 12ème siècle) avait la particularité de contenir un couvent d’hommes et un couvent de femmes mais d’être dirigé par une abbesse ; on y trouve les gisants de Henri II Plantagenêt, de son épouse Aliénor d’Aquitaine et de leur fils Richard Cœur de lion.

Fontevraud 0909c Fontevraud 0909b

 

                                                  abbaye de Fontevraud

 

H- de Chinon à Montsoreau

Lundi 31 août 2009

Du temps de Rabelais, comme maintenant, trois routes permettaient d’aller de Chinon à L’Île-Bouchard : deux sur la rive droite de la Vienne (aujourd’hui D21 et D8) et une sur la rive gauche (aujourd’hui D749).

 la Vienne à l'Ile-B 090801d Sur la Vienne, à L’Île-Bouchard

1- La D21 passe l’Olive, Narçay, Cravant et Panzoult.

 l'olive 0908a La Grange-Liénard à l’Olive

À l’Olive, la Grange-Liénard, qui est aujourd’hui la propriété du viticulreur Jean Maucler, appartenait vraisemblablement à la famille Liénard de l’Olive, dont le membre le plus connu est Charles Liénard de l’Olive.

 narçay 0908 Le lavoir de Narçay

À Narçay il y avait une fontaine bien connue, peut-être à l’emplacement du lavoir actuel.

Cravant. le vieux bourg  Ancien bourg de Cravant

Le vieux bourg de Cravant est maintenant à l’écart de la  D21, où le village a été déplacé en 1863. Dans ce vieux bourg se trouve la très belle église Saint Léger, dont certaines parties remontent au 9ème siècle et dans laquelle on peut voir des sarcophages mérovingiens.

Cravant. vieille église 01 Cravant. vieille église 05 

                                        Ancienne église de Cravant

Entre Cravant et Panzoult (dont le chanoine était célèbre au temps de Rabelais pour son nez « tout boutonné et brodé de gueule«  (voir 2-1), le Croulay abrite, en face du moulin Girault (15ème s.), alimenté par le cours du Ruau, la maison de la Sibylle, que Panurge va consulter dans le Tiers Livre.

Panzoult. sibylle 06 Panzoult. sibylle 01

la « grotte de la Sibylle » au Croulay

J’ai pu visiter ce lieu magnifique grâce à l’obligeance de M. Jean Baudry, père du propriétaire actuel qui est le viticulteur Christophe Baudry, maire de Cravant-les-coteaux. Il s’agit en fait d’un hameau troglodytique composé de plusieurs grottes, dont certaines sont décorées de visages grossièrement sculptés ; on accède à « la grotte de la Sibylle » par un escalier intérieur creusé dans le rocher.

Panzoult. sibylle 05  Panzoult. sibylle 03

Selon un certain Bouchereau, qui était peut-être un magistrat chinonais de la fin du 16ème siècle et dont les notes manuscrites sont conservées à la Bibliothèque Nationale c’est en venant au prieuré voisin de Sainte-Madeleine (qui dépendait de l’abbaye de Seuilly) que Rabelais aurait rencontré « une femme qui donnait des herbes pour guérir de la fièvre », dont il aurait fait la Sibylle. (Voir le Bulletin des Amis de Rabelais, tome III, n° 8, 1979).

Panzoult. sibylle 02  Panzoult. sibylle 04

2- La D8 longe la Vienne et passe par le hameau de Briançon (commune de Cravant) dont le dolmen est le plus important de l’Indre et Loire ; un peu avant Briançon, sur la droite se trouvent le manoir des Bourdes et un peu après, sur la gauche, le manoir de la Bellonière (15ème siècle, remanié au 17ème).

Les Bourdes 02 La Bellonnière 

                    les Bourdes                                                      la Bellonière

3- La D749 est une route moderne,  large et  fréquentée ; les lieux cités par Rabelais sont donc un peu à l’écart de cette route ; on trouve, à droite, Vau Breton, dont le nom évoque sans doute  ce fameux « vin breton » qui, selon Rabelais (1-13) ne murît pas en Bretagne mais « dans le bon pays de Véron » ; ce nom de « breton » viendrait, dit-on, des bateliers bretons qui, à partir du 11ème siècle, assuraient le transport fluvial sur la Loire.

Le Vau Breton 03  Vau Breton

Peu après Vau Breton, on arrive aux Roches Saint Paul, dont le prieuré fut dirigé, au 16ème siècle, par Eustache du Bellay, cousin de Jean du Bellay (le protecteur de Rabelais), puis à Ligré, où se trouve aussi un (petit) dolmen.

ligré dolmen 0908b  dolmen de Ligré

À gauche de la route, au bord de la Vienne, le village de Rivière est connu depuis l’antiquité car la voie romaine qui allait de Chinon à Loudun y franchissait la Vienne à gué. L’église Notre-Dame (11ème s.) a remplacé une église antérieure, qui aurait été construite par Saint Martin au 4ème siècle.

Rivière. église 04 église de Rivière

La crypte de cette église abrite le gisant, érigé en 1583, du seigneur de Basché (voir ci-après), qui, de huguenot qu’il était se fit catholique suite à la charité du curé de Rivière.

rivière 090922

 Sous le porche une belle fresque du 11ème ou 12ème siècle évoque la résurrection de Lazare.

rivière 090922AA

 Le Rivau 0908e château du Rivau

Plus loin, sur la droite, le château du Rivau (13ème s.) mérite d’être visité, surtout pour ses jardins, très originaux ; il appartint à Pierre de Beauvau, chambellan de Charles VII, puis à François de Beauvau, qui fut tué à la bataille de Pavie en 1524.

basché 0909a château de Basché

Au sud du Rivau, sur la commune de Champigny-sur-Veude (qui a inspiré Maurice Genevoix et Soutine), le château de Basché ne peut être vu que de loin.

île bouchard 0908a  Île-Bouchard : église Saint-Gilles

4- Quel que soit le chemin emprunté, on arrive d’un côté ou de l’autre de L’Isle-Bouchard, commune à cheval sur la Vienne. Un château (dont il ne reste rien) fut élevé dans l’île au 9ème siècle par un certain Bouchard et la baronnie de L’Isle-Bouchard resta dans la famille des Bouchard jusqu’au 15ème siècle ; elle passa ensuite, par héritage, aux La Trémouille qui la vendirent à Richelieu en 1629 ; jusqu’alors L’Isle-Bouchard (Insula Buchardi dans le cartulaire de Noyers, en 1189) avait été une ville importante ; André Duchesne (1584-1640), surnommé le père de l’histoire de France y naquit ; mais Richelieu entreprit de ruiner la ville pour assurer l’essor de sa propre ville, qu’il avait édifiée non loin de là.

île bouchard  saint maurice 0908b  île bouchard  saint léonard 0908a 

       Saint-Maurice                           Saint-Léonard

Il y avait au moyen-âge quatre églises (et quatre paroisses) : Saint-Pierre en l’isle (dont il ne reste rien), Saint-Gilles (11ème siècle) sur la rive droite, Saint-Léonard (11ème siècle) et Saint-Maurice (15ème siècle) sur la rive gauche ; il y eut ensuite, à la Révolution, deux communes : Saint-Gilles et Saint-Maurice, qui furent réunies en 1832. Des apparitions de la Vierge à quatre petites filles auraient eu lieu dans l’église Saint-Gilles en décembre 1947.

 la Vienne à l'Ile-B 090801a L’Île-Bouchard : la Vienne et Saint-Maurice

Dans 3-25 Rabelais situe près de L’Isle-Bouchard la demeure du devin Herr Trippa que Panurge vient consulter ; il s’agit vraisemblablement de l’alchimiste allemand Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim (1486-1535) qui enseigna à l’université de Dôle en 1512 et qui n’a sans doute jamais mis les pieds à l’Isle-Bouchard. Agrippa est notamment l’auteur d’une Déclamation sur la noblesse et la prééminence du sexe féminin (1529) dans laquelle il proclame la supériorité théologique et morale des femmes, ce qui explique, peut-être, pourquoi Rabelais le prend à parti dans le Tiers Livre, cette polémique s’inscrivant dans la querelle des femmes qui anima les milieux humanistes au 16ème siècle. Rabelais aurait situé la maison de Herr Trippa près de L’Isle-Bouchard parce que, selon une tradition locale, cette région était réputée fertile en sorciers ! (Voir le Bulletin des Amis de Rabelais tome III, n° 8, 1979).

la Vienne à l'Ile-B 090801c la Vienne à L’Île-Bouchard

Au-delà de L’Île-Bouchard, dans la vallée de la Manse, se cachent deux très beaux villages : Crissay-sur-Manse, dont Rabelais évoque « le gros Christian » (3-42) et Saint-Epain, dont « la diablerie » (mystère dans lequel les diables étaient mis en scène) était célèbre (voir 4-13).

crissay 0909 château 01 le château de Crissay

Le père de Raymond Queneau était originaire de Saint-Epain et ce dernier a écrit une chanson intitulée : le fromage de Sainte-Maure.

Saint-Epain 0909 prêvoté 03  Saint-Epain 0909 prêvoté 05

           Saint-Epain : la prévôté, hier et aujourd’hui

 

De Chinon à L’Isle-Bouchard

Lundi 31 août 2009
 
la Vienne à Chinon 090801g
                                                       Vue générale de Chinon 

Pour Rabelais, Chinon est non seulement une ville célèbre, noble et antique (prologue du Quart Livre) mais c’est aussi la « première ville créée dans le  monde » (5-36) car elle s’appelait Caino et elle fut fondée par Caïn, qui lui donna son nom !

 

 Plan de Chinon par H. Clouzot

Plan de Chinon par H. Clouzot 

Le nom de Chinon apparaît pour la première fois au 6ème siècle dans L’histoire des Francs de Grégoire de Tours qui indique la fondation d’une église à Cainonis vicus par Saint Brice, évêque de Tours, en 425.

 plan de Chinon

Autre plan de Chinon

Le nom de Caino a sans doute été donné par les Celtes qui, dit-on, construisirent un castrum sur la colline et reléguèrent les Ligures dans le Véron ; il vient probablement du radical celtique kann = blanc, brillant par référence à la blancheur du tuffeau.

 Chinon. La Vienne et le château (gravure 18ème)

Vue générale de Chinon (gravure 18ème)

La devise de la ville : « Chinon, Chinon, Chinon, petite ville, grand renom » est citée en 5-6 par Rabelais  qui  parle assez souvent dans son œuvre de nombreux lieux de Chinon.

 Chinon. château, fort st georges, tour de l'horloge et lien vertical

Vue générale (avec lien vertical)

La Porte de Bessé se trouvait à l’est de la ville et l’on peut encore en voir un petit morceau au n°23 de la rue Diderot ; elle ouvrait sur la route de Cravant, dans les remparts construits au 15ème siècle pour protéger le faubourg Saint-Mexme.

bessé 090924c

 

Au-delà de cette porte, avant d’arriver à L’Olive (voir de Chinon à L’Île-Bouchard), le bourg de Bessé devait occuper l’emplacement du pont de chemin de fer que les vieux chinonais appellent encore le Pont de Bessé (au bout de la rue Paul Huet, qui prolonge l’actuelle rue Diderot)(voir plan de Chinon). Une villa gallo-romaine, dite de Bessé, fut découverte en 1954, un peu après l’ancien octroi et un peu avant la Grange-Liénard.

le Pont de Bessé le pont de Bessé                                  

De l’autre côté de la ville, à l’ouest, la porte du Vieux Marché est mieux connue ; elle ouvrait sur la route de Saint-Louand. Devant cette porte se tenait au Moyen-âge un marché ; le quartier fut appelé le Vieux Marché, après le transfert de ce marché, au 15ème siècle, sous les halles bâties dans le quartier Saint-Etienne (à l’est). On peut encore voir, au bord de la Vienne, les restes des anciennes fortifications.

 Porte du Vieux Marché       Chinon en 1603. Porte du Vieux Marché    

     Porte du Vieux Marché                                              en 1603                                      

Chinon. Pont et Tour 0905a Fortifications à côté du Vieux Marché

À l’intérieur de la ville fortifiée se trouvent Les Caves Peintes que Rabelais connaissait bien mais qu’il appelle la Cave Peinte. Voici ce que nous dit le site officiel de la ville : « Le coteau calcaire qui domine la ville est percé de multiples galeries souterraines, carrières de pierre de tuffeau creusées depuis l’Antiquité gallo-romaine jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Elles ont permis l’approvisionnement des chantiers de construction en ville et au château. Dès le Moyen-âge, certaines excavations sont réutilisées comme caves à vin. Les Caves Painctes sont une petite portion de ce vaste réseau. (…) Les Caves Painctes sont aujourd’hui le siège de la Confrérie des Entonneurs Rabelaisiens. » En effet, la confrérie des Entonneurs rabelaisiens (BP 234. 37502 Chinon Cedex) tient là son chapitre quatre fois par an. Le deuxième chapitre de l’année, dit chapitre de la Fleur, est traditionnellement présidé par une femme ; le dernier s’est tenu le samedi 6 juin 2009 et a été présidée par Mme Claude Greff, députée de la région. La restauration qu’ils ont faite de ces caves est un peu kitsch à mon goût.

Chinon. les caves peintes       les caves peintes 090801c

                   Les Caves Peintes et la dive bouteille

Dans le ch. 36 du Cinquième livre Pantagruel arrive enfin, après de multiples pérégrinations, dans « le temple de la divine bouteille » qui ressemble étrangement aux Caves Peintes, avec sa fresque représentant : »une danse de femmes et de satyres, accompagnant le vieux Silène riant sur son âne ». En face des Caves Peintes se trouvait la boutique d’Innocent le pâtissier (4-20).

 Chinon. Les Caves Paintes au 19ème par Robida Les Caves Peintes au 19ème s. par  Albert Robida

Pour ce qui est des extérieurs de la ville, le lieu qui revient le plus souvent est  Quinquenais ; ce lieu se trouve sur un coteau, au-dessus du château, sur l’ancienne route de Saint-Louand ; le père de Rabelais y possédait un vignoble ; on y trouve encore des vignes et de vieilles maisons.

Chinon. Quinquenays 06 le Quinquenais

De là, on peut voir parfaitement, au sud, le château et la vallée de la Vienne et, au nord, la vallée de la Loire avec la centrale nucléaire d’Avoine.

 

Chinon. Quinquenays 03 Chinon. Quinquenays 02

                                                     Vues du Quinquenais

Rabelais nous parle également de Saint Mexme (1-27).

 Chinon. Collégiale Saint Mexme 090523e  Chinon. Saint Mexme au 19ème

Collégiale Saint Mexme                                                au 19ème s.

Voici ce qu’en dit le site officiel de la ville : Principal édifice religieux de Chinon jusqu’à la Révolution, la collégiale Saint-Mexme doit son origine à l’implantation d’un monastère par un disciple de saint Martin : saint Mexme, au Ve siècle. L’édifice, entièrement reconstruit à partir du 10e siècle, est agrandi et remanié jusqu’au XVe siècle et devient un vaste édifice de pèlerinage. Désaffecté à la Révolution, l’édifice n’est plus entretenu : l’écroulement du clocher du transept, en 1817, entraîne la ruine de la moitié orientale de l’édifice. Les parties subsistantes (massif occidental, nef centrale) sont alors transformées en école. Après le transfert de l’école au début des années 1980, d’importants travaux sont menés pour redonner à l’édifice son authenticité : ils ont révélés de nombreux fragments de peintures murales, exécutées entre le 11e et le 15e siècle. »  saint mexme 03 saint mexme 04Selon Grégoire de Tours, Saint Mexme ou Saint Maxime serait mort vers 463 ; pendant le siège de Chinon par les Wisigoths il aurait obtenu par ses prières une pluie abondante qui apporta l’eau nécessaire aux assiégés. C’est aujourd’hui un centre culturel avec des vitraux abstraits réalisés  par le peintre Olivier Debré (frère de Michel Debré).

sainte-radegonde 01 sainte radegonde 02

En 3-31 Rabelais évoque « L’ermite de Sainte-Radegonde ».  À l’emplacement de l’ermitage Saint-Jean (6ème siècle), sur le flanc sud de la colline, la chapelle Sainte-Radegonde (12ème s.) était décorée de peintures murales ; l’une de ces peintures, redécouverte,  en 1964,  représente une chasse au faucon, à laquelle participent Henri II Plantagenêt et des membres de sa famille. On peut s’étonner de voir cette représentation profane dans un site religieux mais cette chasse devait se dérouler près de cet endroit car il existe un lieu appelé Montfaucon sur le coteau au-dessus de cette chapelle, en grande partie troglodytique elle s’enfonce en effet profondément dans le tuffeau et elle fut ensuite transformée en habitations.

 

sainte radegonde 03 sainte radegonde 04

Rabelais nous dit aussi (1-1) que la généalogie de Gargantua « fut trouvée par Jean Audeau dans un pré qu’il possédait près de l’arceau Gualeau, au-dessous de l’Olive, du côté de Narçay » [pour l'Olive, voir De Chinon à L'Île-Bouchard]. À cet endroit, maintenant appelé La belle laveuse, la Vienne forme un arc de cercle, que les anciennes cartes nomment L’arceau plage. Faut-il y voir un souvenir de « l’arceau Gualeau » ?

Chinon. L'arceau 0905b (en bas de la rue de la Lamproie) L’arceau, vu du bas de la rue de la lamproie

Mais cet « arceau Gualeau  » désigne sans doute l’arcade d’un pont ou d’un souterrain.  Cette généalogie, en effet, fut trouvée dans un « grand tombeau de bronze » pris dans « les écluses de la Vienne » et à cet endroit, où le ruisseau de Saint-Mexme se jette dans la Vienne, il y avait des ponts et des vannes.

 Chinon. L'arceau 01 Chinon. Ruisseau de Saint Mexme 0905a

                                     la Vienne et le ruisseau de Saint-Mexme

Dans le faubourg Saint-Jacques, au sud de Chinon, de l’autre côté de la Vienne, se trouvait l’église Saint-Jacques, construite au 15ème s. à la place d’une ancienne chapelle et détruite en 1934.

chinon. église saint jacques

 Chinon. Saint-Jacques . mainson ancienne 01 Chinon. Saint-Jacques. maison rue Moreno 01

Maisons du Faubourg Saint Jacques

Le Raineau, ancien fief situé aux portes de Chinon, était à l’est du faubourg Saint-Jacques ; là se trouvent encore d’anciennes maisons, près de la rue du Raineau.

Chinon. Saint-Jacques. passage vers Le Raineau Chinon. Saint-Jacques. Le Raineau 01

 Passage de Saint-Jacques vers le Raineau et quartier du Raineau

Quand Gargantua quitte Paris pour rejoindre et aider son père (1-34) il passe « le pont à nonnain » avant d’arriver « à Parilly » ; Voici ce qu’écrit à ce sujet de Paul Piquet. Ces notes manuscrites ont été rédigées au début du 20ème siècle et publiées dans le tome XI, n°1 (2007) du bulletin des Amis du Vieux Chinon, dans lequel j’ai trouvé le plan ci-dessous).

 nonnain 01 détail d’un plan de 1760

on voit, au premier plan le pont principal et le faubourg Saint-Jacques puis, dans les marais, le pont à Nonnain

« Jusqu’au 12ème siècle, pour communiquer librement de Chinon avec les territoires situés au sud de la Vienne, il fallait, tout comme à l’époque gallo-romaine, remonter le cours d’eau (la Vienne) jusqu’en face du bourg de Rivière et là, traverser ce cours d’eau pour gagner les routes de la rive gauche. Les bas-fonds et marécages qui s’étendaient en amont et en aval de la ville rendaient tout passage de convoi impossible. (…)

 Chinon. la nonnain (peut-être) 02  La Nonnain01

ancienne digue du pont à Nonnain (arrivant devant la cunette et le faubourg Saint-Jacques)

Au dernier tiers du 12ème s. Henri II, comte d’Anjou et de Touraine et roi d’Angleterre, résolut de construire un pont au-dessus de ces terrains marécageux (…). Ce pont fut construit en l’an 1160. C’était plus exactement une chaussée maçonnée de chaque côté, située à 10 mètres à l’ouest de la digue actuelle, allant depuis l’extrémité sud du faubourg Saint-Jacques jusqu’au lieu qu’on appelait alors Pressoir-Billard (aujourd’hui Saint-Lazare. (…)

nonnain 0909b 

on voit (dans la cunette) les pieux qui soutenaient l’ancien pont à nonnain

L’historien André Duchesne, appelé le Père de l’Histoire (né à l’Île Bouchard en 1584) écrivait : « la ville de Chinon est recommandable par les grands ponts de pierre, qu’on appelle vulgairement Ponts de la Nonnain, composés d’une infinité d’arches inégales et chargés de croix en divers endroits  (…) À son extrémité Nord, côté faubourg Saint-Jacques, le pont était défendu par une porte fortifiée datant de la construction des murailles du faubourg Saint-Jacques par Charles VII. On désignait ce pont sous le nom de pont à Nonnain parce que les nonnes de l’abbaye de Fontevrault étaient propriétaires du droit de passage. »

 Chinon. L'annonin

un souvenir du pont à Nonnain au centre commercial super U du faubourg Saint-Lazare

Dans le faubourg Saint-Lazare se trouvait une maladrerie (1-43) ou léproserie, consacrée évidemment à Saint Lazare ainsi que le Pressoir Billard (1-34). Au  16ème siècle, l’ancienne léproserie ne recevait  plus de malades et appartenait aux Baudelon, famille alliée aux Rabelais. À l’est du faubourg il y a actuellement un quartier appelé le Pressoir.

 Chinon. le pressoir le Pressoir

Parilly, qui fait partie de la commune de Chinon depuis 1793, était un bourg important, sur la route allant de Chinon à Loudun ou à Seuilly (en passant par le Gué de Vède) ; on y trouve l’église Notre-Dame de l’épine, construite au 12ème siècle et remaniée au 15ème  siècle par Jean Petit et son épouse Marguerite de Faye, seigneurs de la Vauguyon, qui font édifier la chapelle Saint-Jean, au nord de l’édifice. On trouve dans le cartulaire de l’abbaye de Noyers (commune de Nouâtre) : »Parilliacus, ante Cainonis castrum ; parochia Parilliaco, alias de Spina ». L’intérieur de cette église, désaffectée depuis le 19ème s. n’est pas en très bon état.

parilly 00 parilly 02

Non loin de l’église, le château de la Vauguyon, dont le seigneur « avait toujours été leur (Grandgousier et sa famille) ami » (1-34) a été construit au 13ème siècle et remanié au 15ème siècle ; du 14ème au 16 ème s. les propriétaires étaient les Le Petit, seigneurs de La Gaignerie. Il contient, sur les pignons de la grande salle du 1er étage, des fresques représentant des tournois de chevaliers. L’écrivain Gustave Droz l’acheta en 1880 et commença à le restaurer mais il ne peut y avoir écrit, comme on le dit, Monsieur, madame et Bébé car cet ouvrage parut en 1866.

la vauguyon 00

la vauguyon 01 la vauguyon 02 

 

La Vauguyon. peintures murales

À l’ouest de Parilly se trouve le château de Vaugaudry, qui a été reconstruit au 19ème siècle (Voir La Roche-Clermault)

Vaugaudry 03 le château de Vaugaudry 

À l’ouest de Chinon, sur la rive droite de la Vienne, se trouvait la commune de Saint-Louand, rattachée à Chinon en 1792 ; le prieuré  Saint Louand, fondé au 7ème siècle à l’emplacement d’une ancienne villa gallo-romaine, fut édifié au 11ème siècle ; le corps de Saint Louand fut retrouvé dans son sarcophage en 1859.  On trouve diverses orthographes : Saint-Louand, Saint-Louans ou Saint-Louant.

 abbaye de saint louans 090801 Saint-Louand

À l’ouest aussi, mais sur la rive gauche, quand on prend à l’ouest du faubourg Saint-Jacques, le GR 3 (qui n’est autre que l’ancienne voie romaine allant de Chinon à Saumur en passant par le pont de Clan -voir de Chinon à Montsoreau-), on arrive à Pontille (commune de Cinais), célèbre pour ses vaches  et ses oies.

 

Pontille 02 Pontille 03

                                                Pontille

 

Annexe : Rabelais à Chinon

Le père de Rabelais : Antoine Rabelais, licencié ès-lois, était conseiller et avocat du roi au baillage de Chinon ; le Palais du baillage (15ème s.) est aujourd’hui l’Hostellerie Gargantua dont une entrée se trouve au 73 rue Haute-Saint-Maurice.

 

Chinon. Baillage 0905c Chinon. Baillage au 19ème

ancien baillage : aujourd’hui et au 19ème siècle (par Albert Robida)

La tradition rapporte que la maison d’Antoine Rabelais se trouvait rue de la lamproie ; cette maison devint ensuite une hôtellerie (d’où la légende du père de Rabelais aubergiste ?) dans laquelle on montrait encore à l’évêque d’Avranches, en 1687, « le cabinet de Rabelais ».

Chinon. maison de Rabelais Maison (dite de Rabelais) rue de la lamproie

Mais selon André Boucher, conservateur adjoint de la Devinière et Président des Amis du Vieux-Chinon en 1962, cette maison de la rue de la lamproie appartenait peut-être à un frère d’Antoine Rabelais, qui, pour sa part, aurait demeuré au n° 58 de la rue  haute Saint-Maurice (aujourd’hui rue Voltaire) ; voir le bulletin n°1, Tome II (1962) des Amis de Rabelais et de la Devinière. C’est aujourd’hui l’hôtel Bertrand Poirier de Beauvais et Jean-Lambert Tallien y séjourna en mars 1793.

chinon.  58 rue Voltaire 01  Chinon. statue de Rabelais (1880)

58 rue Voltaire                              statue de Rabelais à Chinon (1880)

[un lecteur, aussi érudit qu'attentif, m'a signalé que cette statue avait été installée en 1882 ; voir les commentaires pour plus de précisions]

 

 

 

Samedi 29 août 2009

Située à 4 km de Seuilly et à 10 km de Lerné, La Roche-Clermault est le point culminant de la région avec une colline où un château-fort fut élevé au 12ème siècle ; il était donc logique  que Picrochole s’y retranchât pour en faire le point de départ de ses futures et chimériques conquêtes car « le lieu était fortifié aussi bien par les constructions que par la nature grâce à sa situation et à sa position. » (A-28)

 La Roche Clermault 00

Le château actuel est une construction du 17ème  siècle bâtie sur les vestiges de l’ancien château-fort du 12ème siècle. 

La Roche Clermault 01 

Sur le territoire de cette commune se trouve aussi le stratégique Gué de Vède, haut lieu de la guerre picrocholine, où se trouvait un moulin (A-30) et près duquel se dressait, dans le Bois de Vède, un château (A-36).

Gué de Vède 00 

On a cru longtemps que ce gué se trouvait sur la Veude, affluent de la Vienne qui passe à Champigny-sur-Veude, ce qui rendait incompréhensible le déroulement de cette guerre picrocholine.

 Gué de Vède 01

Abel Lefranc a démontré que la « Vède » dont parle Rabelais est, en fait le Négron, qui coule entre La Roche-Clermault et Seuilly,  le mot « vède » signifiant en effet « rivière »  en ancien français (il y a une Vède dans les Bouches-du-Rhône) et l’on disait « la vède  Négron ».  Le Gué de Vède se trouvait donc sur le chemin allant de Lerné ou de Seuilly à La Roche-Clermault, au moulin du pont, où une roue a tourné jusque dans les années 1970.

 vède 00

Cette rivière que Gargantua et ses soldats traversent « sur des bateaux et des ponts faits légèrement » (A-48) n’est en fait qu’un petit cours d’eau que l’on peut franchir en quelques enjambées  mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans un roman où les personnages et les lieux sont grossis démesurément.

 Bois de Vède 00

Il y avait d’ailleurs un pont de bois à cet endroit car « Jean Dodin, receveur du Coudray, au gué de Vède, quand les soldats rompirent les planches (du pont) (…) rencontrant sur le rive frère Adam Couscoil, cordelier observantin de Mirebeau, lui promit un habit à condition qu’il le fasse traverser sur son dos (…). » (C-23) Mirebeau se trouve dans la Vienne, au sud de Loudun.

Vaugaudry 02 Château et bois de Vaugaudry 

Non loin se trouvait le Bois de Vède, où il y avait un château, peut-être le château de Vaugaudry car Picrochole envoie « une grande armée, commandée par le capitaine Tripet, pour attaquer le bois de Vède et Vaugaudry » (A-34) et aujourd’hui ce bois est appelé bois de Vaugaudry. Le château actuel de Vaugaudry a été construit au 19ème siècle par Achille Joubert (1814-1883) sénateur-maire d’Angers, à une centaine de mètres de l’ancien château, pour bénéficier d’une belle vue sur la forteresse de Chinon. Mais il se peut aussi qu’il s’agisse du petit château de la Raisonnière (16ème s.), qui se trouve à quelques centaines de mètres du Guè de Vède.

la Raisonnière 00 

Au moment de l’assaut final « le moine (frère Jean) traversa le marais et alla jusqu’au Puy, sur le grand chemin de Loudun.» (A-48) On dit que ce marais, créé par le pissat de la jument de Gargantua (A-36) est le marais de Taligny (commune de La Roche-Clermault) et que le Puy serait Peu Girard (commune de La Roche-Clermault) qui se trouve effectivement sur l’ancienne route allant de La Roche-Clermault à Loudun, non loin du marais de Taligny et qui domine toute la plaine (ce qui justifierait ce nom de puy).

Peu Girard 00 Peu Girard 01 

Un peu après, sur la même route, mais dans la Vienne, le village de Beuxes, dont toute la région entendit Gargantua crier : « à boire ! à boire ! à boire ! » (A-6) était célèbre pour ses crapaudines (C-17), pierres provenant de la pétrification des dents fossiles d’un poisson mais que l’on croyait tirées de la tête d’un crapaud.

taligny 00 beuxes 00

 

Samedi 29 août 2009

Dans Gargantua Lerné (à 4km à l’ouest de Seuilly) est la capitale de Picrochole. 

Plan de Lerné 

 Plan de Lerné 

On dit que la guerre picrocholine a été inspirée par un procès entre le père de Rabelais et Gaucher de Sainte-Marthe : seigneur de Lerné !

Abel Lefranc, professeur au Collège de France et auteur, en 1912, d’une très riche édition commentée de Gargantua écrit : « Quel était, au temps où Rabelais rédigeait son œuvre, le seigneur de Lerné ? Un homme relativement célèbre à cette époque, Gaucher de Sainte-Marthe, écuyer, seigneur de Villedan, de la Rivière, de la Baste en Cursai, de Lerné, du Chapeau et d’Esnandes- en-Aunis, devenu conseiller et médecin ordinaire du roi, médecin de l’abbesse de Fontevrault, médecin du connétable Charles de Bourbon. La situation en vue de sa famille, si fameuse par la suite dans l’histoire des lettres, remontait à son grand-père. Il était fils de Louis de Sainte-Marthe qui servit les rois Charles VII, Louis XII et François 1er, durant les guerres d’Italie, et mourut en 1535, âgé de quatre-vingt-dix ans, dans son domaine du Chapeau, paroisse de Saint- Lambert-des-Levées, près Saumur. Gaucher avait épousé Marie Marquet, fille de Michel Marquet, receveur général de Touraine, dont il eut douze enfants, presque tous nés à Fontevrault, parmi lesquels le poète Charles de Sainte-Marthe était le second. D’après les poésies de son fils Charles, il connut l’adversité. Il mourut en janvier 1551 et fut inhumé dans le chœur de Fontevrault. Avide et intéressé, il avait, d’après les faits mêmes qui vont être rapportés, un caractère violent, autoritaire, injuste et processif. Toute une région, lésée dans ses intérêts vitaux, put s’élever contre lui, sans qu’il se laissât ébranler ni attendrir un seul instant. Il n’était cependant pas dépourvu de valeur comme médecin, et c’est en reconnaissance de ses soins que l’abbesse de Fontevrault lui concéda, en 1506, sa vie durant, la seigneurie de Lerné qui appartenait à son abbaye. Son influence dans cette puissante maison paraît avoir été grande. Sa situation de médecin royal n’était pas, d’autre part, négligeable. Connaissant les procédés de composition de notre conteur, nous aurions le droit d’affirmer a priori que Picrochole, roi, c’est-à-dire seigneur de Lerné, tiers du nom, ne peut être que le seigneur de Lerné, contemporain de Rabelais, Gaucher de Sainte-Marthe, troisième de son nom en France. » 

 Le Capitole de Picrochole III (?)

Le Capitole (?) de Picrochole III 

 

Abel Lefranc ajoute le témoignage d’un érudit qui écrivait à la fin du 16ème siècle ou au commencement du 17ème dans la région de Loudun ou de Chinon et qui écrit ceci dans des notes conservées à la Bibliothèque nationale « Pichrocole estoit médecin de Madame de Frontevraulx. Il se nommoit Scevole ou Gaucher, ayeul de Gaucher ou Scevole, grand père de messieurs de Sainte-Marthe. Il demeuroit à Lerné, qui est un beau vilage despendant de Frontevraulx. Lequel vilage Madame lui avoit donné sa vie durant, comme elle avoit fait à deulx precedans, cause qu’il [Rabelais] l’appella tiers de ce nom. (…) Il levoit les cens, rentes et debvoirs de sa dite seigneurie et les royalles tailles. (…) Il eut procès entre aulcuns de Lerné et les moynes de Suillé; leur temporel fut saisi, entre aultres le clos de l’abbaye, qui fut baillé à ferme peu avant les vendanges. Les fermiers s’ingénièrent de jouir, à quoy s’opposa frère lehan des Entommeures, qui estoit leur procureur. C’est la deffense du clos. Marquelt estoit beau père de Picrochole, qui fut blessé d’un coup de tribart à la teste…  

 Vue générale de Lerné
Vue générale de Lerné

 Par ailleurs, les habitants de Lerné avaient, semble-t-il, la réputation d’être des gens violents. Deux anecdotes en témoignent :

1- En septembre 1509, une rixe sanglante eut lieu dans l’église de Lerné entre les gens de Michel de Ballan, seigneur de Maulevrier et ceux de Jacques-François Le Roy, fils du seigneur de Chavigny pour une question de préséance dans l’église. Ce seigneur de Maulevrier, cité dans Gargantua, ch. 39, était réputé pour sa richesse ; dans le prologue du Quart Livre, Rabelais parle d’un certain Couillatris « pauvre villageois natif de Gravot » (hameau de Bourgueil) qui, grâce aux dieux « en peu de temps, fut le plus riche homme du pays, plus même que Maulevrier le boiteux. »  Michel de Ballan, connu sous le nom de capitaine Maulévrier combattit en Italie sous Louis XII et mourut en 1519 ; le château passa alors à son fils : René de Ballan. 

  Lerné : château de Maulevrier

Château de Maulevrier

2- Un seigneur de Lerné poursuivait de sa passion violente une jeune fille, qui implora le secours du Ciel ; l’un des pieds de cette fille, qui devint Sainte Néomoise, fut transformé en patte d’oie et le seigneur abandonna sa poursuite. Il y avait dans l’église de Lerné une statue de Sainte Néomoise, qui a été dérobée le 12 février 2007.

 Lerné : château de Chavigny
        Lerné : château de Chavigny

 

  

L’église de Lerné, construite à la fin du 12ème siècle, est placée sous le vocable de Saint-Martin et Lerné est la capitale des statues de Saint-Martin en Indre et Loire. Ce village est mentionné dès 998 sous le nom de Curtis Larrinensis. 

 Lerné : église Saint Martin

Lerné : église Saint-Martin

Gaucher de Sainte-Marthe avait épousé Marie Marquet, fille du Receveur général de Touraine, et dans Gargantua, ch. 25, un certain Marquet est « grand bâtonnier de la confrérie des fouaciers ». Par ailleurs Grandgousier essaie de parlementer et envoie auprès de Picrochole « Ulrich Gallet, maître de requêtes, homme sage et réfléchi » (Gargantua, ch. 30). Dans le procès qui opposa Antoine Rabelais et Gaucher de Sainte-Marthe, un certain Jehan Gallet, mandataire des marchands de Loire et de ses affluents, est défenseur et négociateur. 

Lerné : rue des fouaciers

Lerné : rue des fouaciers 

On sait que le point de départ de la guerre est une querelle entre « les fouaciers de Lerné » et « les bergers et métayers de Seuilly et de Cinais ». Aujourd’hui la fouace de Lerné est un petit gâteau rond avec des noix et de la canelle ; était-ce, au temps de Rabelais, ce qu’aujourd’hui on appelle « la fouée » : épaisse galette de froment que l’on coupe en deux et que l’on garnit de rillettes ou de fromage de chèvre ? Rabelais en donne en partie la recette dans le ch. 32 de Gargantua : « fouaces faites de bon beurre, de bons jaunes d’œufs, de beau safran et de belles épices… ». Le mot, en tout cas, est à mettre en relation avec le mot « fouet » par analogie avec le geste de celui qui jette dans la fouace dans le four et ce n’est donc pas par hasard que, dans le ch. 25, Marquet frappe Frogier d’un grand coup de fouet !

 
Chapelle Sainte-Néomoise dans l’église Saint-Martin
 

 Lerné abrite aussi le Picroboule : musée de la boule de fort.

 

Samedi 29 août 2009

Il était logique que Rabelais fît de Seuilly, où se trouvait la Devinière, le centre du royaume de Grandgousier. Ce petit village est traversé par le Négron qui, au temps de Rabelais, s’appelait la vède de Négron (voir La Roche-Clermault). 

Seuilly vue de la Devinière Seuilly, vue de la Devinière 

Ce village est surtout connu pour son abbaye où le jeune Rabelais commença des études, très scolastiques si l’on en croit le chapitre 14 de Gargantua mais on peut voir aussi l’église Saint-Pierre, où, paraît-il, Rabelais fut baptisé. Construite au 12ème siècle, elle fut pillée et incendiée en 1532, lors des guerres de religion. 

Seuilly. église st pierre église Saint-Pierre de Seuilly

Se trouve aussi sur cette commune le château du Coudray-Montpensier, construit entre 1401 et 1422 par Pierre de Bournan ; il fut agrandi par Louis bâtard de Bourbon et par son épouse Jeanne (dite de France ou de Valois), fille naturelle de Louis XI et de Marguerite de Sassenage. Il appartint aux beaux-parents de Maurice Maeterlinck qui y séjourna; ceux-ci le cédèrent à l’avionneur Latécoère qui opéra une restauration exemplaire et créa le beau jardin. C’est aujourd’hui un Institut-Médico-Pédagogique (IMP). Le château est nettement visible de la Devinière, comme l’abbaye d’ailleurs.

Château du Coudray-Montpensier Coudray-Montpensier 

L’abbaye bénédictine de Seuilly fut d’abord un prieuré, fondé en 1095 par Guillaume de Montsoreau. En 1461 un incendie détruisit l’aile droite de l’église et Jeanne de France fit reconstruire le clocher. L’abbaye, qui n’avait plus que quatre moines en 1736, fut alors abandonnée et l’église abbatiale, dévastée par un ouragan en 1751, fut ensuite rasée. Du temps de Rabelais l’abbé commendataire était Jean de Bourbon, protonotaire du pape.

seuilly. plan de l'abbaye

Actuellement, les bâtiments existants sont du 11ème siècle pour la salle capitulaire voûtée sur croisées d’ogives de style angevin, du 15ème siècle pour la grange aux dîmes qui servait de cellier et de grenier auquel on accède par un escalier extérieur identique à celui de la Devinière. Les autres bâtiments, plus récents, datent des 17ème et 18ème siècles. On peut voir aussi le vignoble et les jardins, aménagés par le Centre Permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) ainsi qu’un pigeonnier (fuye) cylindrique dont les murs ont plus d’un mètre d’épaisseur.  

 

Salle capitulaire

Salle capitulaire

 

La grange aux dîmes

La grange aux dîmes

L’abbaye de Seuilly abrite aujourd’hui une Maison de pays et le CPIE qui organise notamment des balades à pied et en bateau traditionnel (toue cabanée) ; on peut aussi y loger ou louer des salles.

ABBAYE DE SEUILLY. Tél : 02 47 95 93 15. info@cpie-val-de-loire.org . Visites libres gratuites toute l’année. 

Le pigeonnier le pigeonnier

On sait que dans Gargantua (voir le chapitre 27) l’abbaye de Seuilly est attaquée par les troupes de Picrochole et vaillamment défendue par Frère Jean des Entommeures, aidé par les « petits moinillons ». Plusieurs hypothèses ont été faites sur la réalité de ce moine mais aucune n’est bien convaincante !

Arrivée du chemin venant de la Devinière arrivée du chemin venant de la Devinière 

La famille de Rabelais possédait plusieurs terres sur la commune de Seuilly, entre autres le Clos- Rabelais et la pièce des Longardes. Les Noirettes (lieu planté de jeunes noyers) dont Rabelais parle à deux reprises dans Gargantua (ch. 43 et 51) se trouvaient peut-être sur la commune de Seuilly. 

 

Seuilly. buste de Rabelais 03
Seuilly : buste de Rabelais par Michel Audiard
 

Samedi 29 août 2009

La Devinière est vraisemblablement  la maison natale de François Rabelais et à coup sûr sa maison d’enfance ; elle est située à quelques kilomètres au sud de Chinon, sur la commune de Seuilly.

 La Devinière 00

La maison principale, du 15ème siècle, appartenait à son père : Antoine Rabelais, avocat au baillage de Chinon ; il y avait aussi des vignes, qui produisaient du (bon) vin blanc pineau (A-5 et C-32) ainsi qu’une « saulaie » où Grandgousier et son épouse Gargamelle aiment festoyer (A-4) ; c’est là que, d’une façon bizarre, naît Gargantua (A-6).

La Devinière 01 

On dit que cette saulaie se serait trouvée entre le parking actuel de la Devinière et le carrefour de la D 324 (qui vient de Cinais) avec la D 24 (La Roche-Clermault-Seuilly), carrefour qui serait ce « grand Carroi », (A-25) où les fouaciers de Lerné rencontrent et se battent avec les bergers de Seuilly.

La Devinière 10 

Cette vaste propriété comprend aujourd’hui :

  • d’immenses caves creusées dans le tuffeau, dont certaines sont les carrières d’où ont été extraites les pierres utilisées pour construire les bâtiments ;
  • le pigeonnier ou fuye ;
  • la maison proprement dite ;
  • un beau jardin, des vignobles et des terres.

 La Devinière 02

Le musée est ouvert toute l’année (sauf le 25 décembre et le 1er janvier)

Téléphone : 02 47 95 91 18. Courriel : museerabelais@cg37.fr

http://www.musee-rabelais.fr/

La Devinière 08 

Les caves accueillent des expositions temporaires ; l’exposition de mai 2009 était intitulée  Voyage à l’intérieur d’un géant : Rabelais écrivain et médecin.

 La Devinière 03

Le pigeonnier (17ème siècle) abrite une exposition permanente concernant Gargantua.

La Devinière 07 

La grande pièce du rez-de-chaussée de la maison principale (15ème siècle) avec son vieil évier à écoulement extérieur et sa cheminée contient une riche collection d’œuvres et de portraits de Rabelais (mais aucun n’est fiable car ils sont tous différents et postérieurs à la vie de Rabelais).

La Devinière 04 

Le premier étage, auquel on accède par un escalier extérieur, comprend :

  • une grande chambre avec un mobilier du 17ème siècle.

La Devinière 05

  • une petite chambre avec des graffitis dont l’un : 08 aprilis 1509 est attribué (sans preuve) à François Rabelais.

La Devinière 06 

Dans Gargantua (A-47) La Devinière est le château de Grangousier, qui possède aussi les « places-fortes » de Chavigny-en-vallée, Gravot et Quinquenais (Voir dans le Véron). Le père de François Rabelais, qui avait lui aussi ces propriétés serait donc Grandgousier, son fils Gargantua étant Rabelais lui-même.

 La Devinière 06bis

 De la Devinière on voit bien l’abbaye de Seuilly et le château de Coudray-Montpensier, qui sont très proches (environ 1km pour l’abbaye).

 La Devinière 11

 Derrière la Devinière se trouve le village de Cinais (A-4, 25, 27, 45 ; B-9 ; C-20), qui existe depuis le 13ème siècle et qui était un fief de l’abbaye de Seuilly.

camp des romains 

Ce village culmine à 110 m. dans un endroit appelé le camp des romains qui passe pour avoir été un oppidum romain après avoir été occupé par les gaulois et les hommes du néolithique ; c’est peut-être ce « camp de Brûlevieille » où Gargantua fait enterrer une partie des morts de la guerre picrocholine (A-51).

La Devinière 09 

Sur la commune de Cinais se trouve aussi le hameau de Pontille (Voir Chinon) célèbre pour ses vaches et pour ses oies, hameau situé sur le GR3 qui est l’ancienne voie romaine allant de Chinon à Saumur.

Pontille 00

 

La Devinière et Cinais

Vendredi 28 août 2009