‘G- De Chinon à L’Isle-Bouchard’

Du temps de Rabelais, comme maintenant, trois routes permettaient d’aller de Chinon à L’Île-Bouchard : deux sur la rive droite de la Vienne (aujourd’hui D21 et D8) et une sur la rive gauche (aujourd’hui D749).

 la Vienne à l'Ile-B 090801d Sur la Vienne, à L’Île-Bouchard

1- La D21 passe l’Olive, Narçay, Cravant et Panzoult.

 l'olive 0908a La Grange-Liénard à l’Olive

À l’Olive, la Grange-Liénard, qui est aujourd’hui la propriété du viticulreur Jean Maucler, appartenait vraisemblablement à la famille Liénard de l’Olive, dont le membre le plus connu est Charles Liénard de l’Olive.

 narçay 0908 Le lavoir de Narçay

À Narçay il y avait une fontaine bien connue, peut-être à l’emplacement du lavoir actuel.

Cravant. le vieux bourg  Ancien bourg de Cravant

Le vieux bourg de Cravant est maintenant à l’écart de la  D21, où le village a été déplacé en 1863. Dans ce vieux bourg se trouve la très belle église Saint Léger, dont certaines parties remontent au 9ème siècle et dans laquelle on peut voir des sarcophages mérovingiens.

Cravant. vieille église 01 Cravant. vieille église 05 

                                        Ancienne église de Cravant

Entre Cravant et Panzoult (dont le chanoine était célèbre au temps de Rabelais pour son nez « tout boutonné et brodé de gueule«  (voir 2-1), le Croulay abrite, en face du moulin Girault (15ème s.), alimenté par le cours du Ruau, la maison de la Sibylle, que Panurge va consulter dans le Tiers Livre.

Panzoult. sibylle 06 Panzoult. sibylle 01

la « grotte de la Sibylle » au Croulay

J’ai pu visiter ce lieu magnifique grâce à l’obligeance de M. Jean Baudry, père du propriétaire actuel qui est le viticulteur Christophe Baudry, maire de Cravant-les-coteaux. Il s’agit en fait d’un hameau troglodytique composé de plusieurs grottes, dont certaines sont décorées de visages grossièrement sculptés ; on accède à « la grotte de la Sibylle » par un escalier intérieur creusé dans le rocher.

Panzoult. sibylle 05  Panzoult. sibylle 03

Selon un certain Bouchereau, qui était peut-être un magistrat chinonais de la fin du 16ème siècle et dont les notes manuscrites sont conservées à la Bibliothèque Nationale c’est en venant au prieuré voisin de Sainte-Madeleine (qui dépendait de l’abbaye de Seuilly) que Rabelais aurait rencontré « une femme qui donnait des herbes pour guérir de la fièvre », dont il aurait fait la Sibylle. (Voir le Bulletin des Amis de Rabelais, tome III, n° 8, 1979).

Panzoult. sibylle 02  Panzoult. sibylle 04

2- La D8 longe la Vienne et passe par le hameau de Briançon (commune de Cravant) dont le dolmen est le plus important de l’Indre et Loire ; un peu avant Briançon, sur la droite se trouvent le manoir des Bourdes et un peu après, sur la gauche, le manoir de la Bellonière (15ème siècle, remanié au 17ème).

Les Bourdes 02 La Bellonnière 

                    les Bourdes                                                      la Bellonière

3- La D749 est une route moderne,  large et  fréquentée ; les lieux cités par Rabelais sont donc un peu à l’écart de cette route ; on trouve, à droite, Vau Breton, dont le nom évoque sans doute  ce fameux « vin breton » qui, selon Rabelais (1-13) ne murît pas en Bretagne mais « dans le bon pays de Véron » ; ce nom de « breton » viendrait, dit-on, des bateliers bretons qui, à partir du 11ème siècle, assuraient le transport fluvial sur la Loire.

Le Vau Breton 03  Vau Breton

Peu après Vau Breton, on arrive aux Roches Saint Paul, dont le prieuré fut dirigé, au 16ème siècle, par Eustache du Bellay, cousin de Jean du Bellay (le protecteur de Rabelais), puis à Ligré, où se trouve aussi un (petit) dolmen.

ligré dolmen 0908b  dolmen de Ligré

À gauche de la route, au bord de la Vienne, le village de Rivière est connu depuis l’antiquité car la voie romaine qui allait de Chinon à Loudun y franchissait la Vienne à gué. L’église Notre-Dame (11ème s.) a remplacé une église antérieure, qui aurait été construite par Saint Martin au 4ème siècle.

Rivière. église 04 église de Rivière

La crypte de cette église abrite le gisant, érigé en 1583, du seigneur de Basché (voir ci-après), qui, de huguenot qu’il était se fit catholique suite à la charité du curé de Rivière.

rivière 090922

 Sous le porche une belle fresque du 11ème ou 12ème siècle évoque la résurrection de Lazare.

rivière 090922AA

 Le Rivau 0908e château du Rivau

Plus loin, sur la droite, le château du Rivau (13ème s.) mérite d’être visité, surtout pour ses jardins, très originaux ; il appartint à Pierre de Beauvau, chambellan de Charles VII, puis à François de Beauvau, qui fut tué à la bataille de Pavie en 1524.

basché 0909a château de Basché

Au sud du Rivau, sur la commune de Champigny-sur-Veude (qui a inspiré Maurice Genevoix et Soutine), le château de Basché ne peut être vu que de loin.

île bouchard 0908a  Île-Bouchard : église Saint-Gilles

4- Quel que soit le chemin emprunté, on arrive d’un côté ou de l’autre de L’Isle-Bouchard, commune à cheval sur la Vienne. Un château (dont il ne reste rien) fut élevé dans l’île au 9ème siècle par un certain Bouchard et la baronnie de L’Isle-Bouchard resta dans la famille des Bouchard jusqu’au 15ème siècle ; elle passa ensuite, par héritage, aux La Trémouille qui la vendirent à Richelieu en 1629 ; jusqu’alors L’Isle-Bouchard (Insula Buchardi dans le cartulaire de Noyers, en 1189) avait été une ville importante ; André Duchesne (1584-1640), surnommé le père de l’histoire de France y naquit ; mais Richelieu entreprit de ruiner la ville pour assurer l’essor de sa propre ville, qu’il avait édifiée non loin de là.

île bouchard  saint maurice 0908b  île bouchard  saint léonard 0908a 

       Saint-Maurice                           Saint-Léonard

Il y avait au moyen-âge quatre églises (et quatre paroisses) : Saint-Pierre en l’isle (dont il ne reste rien), Saint-Gilles (11ème siècle) sur la rive droite, Saint-Léonard (11ème siècle) et Saint-Maurice (15ème siècle) sur la rive gauche ; il y eut ensuite, à la Révolution, deux communes : Saint-Gilles et Saint-Maurice, qui furent réunies en 1832. Des apparitions de la Vierge à quatre petites filles auraient eu lieu dans l’église Saint-Gilles en décembre 1947.

 la Vienne à l'Ile-B 090801a L’Île-Bouchard : la Vienne et Saint-Maurice

Dans 3-25 Rabelais situe près de L’Isle-Bouchard la demeure du devin Herr Trippa que Panurge vient consulter ; il s’agit vraisemblablement de l’alchimiste allemand Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim (1486-1535) qui enseigna à l’université de Dôle en 1512 et qui n’a sans doute jamais mis les pieds à l’Isle-Bouchard. Agrippa est notamment l’auteur d’une Déclamation sur la noblesse et la prééminence du sexe féminin (1529) dans laquelle il proclame la supériorité théologique et morale des femmes, ce qui explique, peut-être, pourquoi Rabelais le prend à parti dans le Tiers Livre, cette polémique s’inscrivant dans la querelle des femmes qui anima les milieux humanistes au 16ème siècle. Rabelais aurait situé la maison de Herr Trippa près de L’Isle-Bouchard parce que, selon une tradition locale, cette région était réputée fertile en sorciers ! (Voir le Bulletin des Amis de Rabelais tome III, n° 8, 1979).

la Vienne à l'Ile-B 090801c la Vienne à L’Île-Bouchard

Au-delà de L’Île-Bouchard, dans la vallée de la Manse, se cachent deux très beaux villages : Crissay-sur-Manse, dont Rabelais évoque « le gros Christian » (3-42) et Saint-Epain, dont « la diablerie » (mystère dans lequel les diables étaient mis en scène) était célèbre (voir 4-13).

crissay 0909 château 01 le château de Crissay

Le père de Raymond Queneau était originaire de Saint-Epain et ce dernier a écrit une chanson intitulée : le fromage de Sainte-Maure.

Saint-Epain 0909 prêvoté 03  Saint-Epain 0909 prêvoté 05

           Saint-Epain : la prévôté, hier et aujourd’hui

 

De Chinon à L’Isle-Bouchard

Lundi 31 août 2009