‘Ronsard et la Touraine’

Pierre de Ronsard est né en 1524 au manoir de la Possonnière, dans la commune de Couture-sur-Loir, en Vendômois. Cette commune, qui se trouve dans le Loir-et-Cher, est près de la Touraine et à une quarantaine km au nord de Tours. Le château est en bordure de la forêt de Gâtines, dont les Ronsard étaient, de génération en génération « sergent fieffé ».

 
 
 

la Possonnière et la forêt de Gâtines

La Possonnière est un très bel endroit qui appartient maintenant à la Communauté de communes du Pays de Ronsard et qui mérite d’être visité (tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 13h et de 14h30 à 19h de mi-juin à mi-septembre ; le jeudi, vendredi, samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h de début avril à mi-juin puis de mi-septembre à fin octobre ; renseignements au 02 54 72 40 05).

 
 
 

la Possonnière (façade sud)

Ce manoir a été construit au 15ème s par le grand-père du poète : Olivier Rossart (mort en 1493), échanson de Louis XI puis remanié par son père Loys de Ronsart (mort en 1544), dont le buste est au-dessus de la porte d’entrée du manoir et le gisant dans l’église de Couture, en compagnie de celui de son épouse Jeanne Chaudrier. Le château passa ensuite par héritage au fils aîné : Claude de Ronsard. On peut noter que le second fils, Charles de Ronsard, fut abbé commendataire de l’abbaye de Bois-Aubry (Indre-et-Loire).

 
 
 

la Possonnière (façade nord)

Le jeune Ronsard passa son enfance dans cette belle région, dont il célèbre souvent la forêt de Gâtines ou la fontaine Bellerie, comme dans ce poème, paru dans le second libre des Odes, dont voici la première strophe :

Ô Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de ta source,
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu’au bord de ton ruisseau,

la Fontaine Bellerie

 

 
En 1555 il tombe amoureux de Marie Dupin, une « fleur angevine de quinze ans », dont le père tenait l’auberge du Pin à Port Guyet, sur la commune de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, qui se trouvait effectivement en Anjou à cette époque.
 
 
 

Maison de Marie Dupin à Port Guyet (photo du site de la mairie)

Renonçant aux complications pétrarquistes inspirées par Cassandre Salviati, il écrivit pour elle « des poèmes simples et clairs », publiés dans Second livre des Amours (1555) et dans Nouvelle continuation des Amours (1556) comme le sonnet suivant :

Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies
Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés bien qu’elles soient fleuries
En peu de temps cherront toutes flétries
Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous, nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle;
Pour ce, aimez-moi cependant qu’êtes belle.

 
Pour voir sa bien-aimée, il se rend un jour à Tours, où la jeune fille était allée à un mariage et il relate ce voyage dans un long poème intitulé Le voyage de Tours ou les amoureux.
 
 
 
 
 

Prieuré de Saint-Cosme : église

Il publia également en 1578 un recueil intitulé Sur la mort de Marie, contenant des poèmes inspirés par la mort de Marie de Clèves, maîtresse du futur Henri III, décédée en 1574 mais aussi par la mort de Marie Dupin, survenue en 1573.

Saint-Cosme : cloître et maison du prieur

Prieuré de Saint-Cosme : cloître et maison du prieur

En 1564, son frère Charles lui avait cédé le prieuré de Saint-Cosme-en l’île, (commune de La Riche, juste à côté de Tours). L’année suivante Catherine de Médicis vient lui rendre visite avec son fils Charles IX et Ronsard leur offre des melons de son jardin. C’est là que Ronsard mourut en décembre 1585 et il fut enterré dans le chœur de l’église.  

 
 
 

choeur de l'église du prieuré de Saint-Cosme

Cet endroit émouvant, qui appartient au Conseil Général d’Indre-et-Loire, peut être visité tous les jours (sauf le mardi du 15 octobre au 15 mars) ; renseignements au 02 47 37 32 70

Prieuré de Saint-Cosme : maison du prieur

Voici un de ses derniers poèmes, écrit quelques jours avant sa mort :

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé ;
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé.
Adieu, plaisant soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

 
Ses restes, retrouvés par hasard en 1932, furent identifiés par le docteur Ranjard, grâce notamment à un portrait du 16ème s.
 
 
 
 
 
 

identification de la tête de Ronsard par le docteur Ranjard

 

portrait de Ronsard

Le poète n’a donc pas été enterré, comme il le demandait dans un poème du IVème livre des Odes, dans cette « île verte » qui se trouve au confluent du Loir et de la Braye à Couture-sur-Loir.

Couture-sur-Loir : l'île verte

Ronsard

Lundi 6 septembre 2010