vsA2 : Clion/Indre-Tours-Chartres

Les voies  A2

De Clion-sur-Indre à Chartres ou au Mans

 

Page 1 : par la rive gauche de l’Indre : voie A2

Venant de la métropole des Arvernes, cette voie, importante et encore largement utilisée à l’époque mérovingienne, permettait de rejoindre la métropole des Parisii via la métropole des Carnutes. Après Clermont-Ferrand, elle passait par Montluçon, La Châtre*, Ardentes* et Villedieu-sur-Indre* avant d’arriver à Clion-sur-Indre*.

 

Clion-sur-Indre* se trouvait à la frontière entre les Bituriges et les Turons si l’on en croit Sulpice-Sévère qui dans ses Dialogues (II-8) parle d’un miracle exécuté par saint Martin à « Claudiomagus, sur les limites du Berri et de la Touraine, (où) est une église célèbre par la piété de ses saints et le troupeau, non moins glorieux, de ses vierges. »

Il y avait là un vicus avec un théâtre, dont l’impasse du Pied de Bourges a gardé la trace, une nécropole, à la sortie de l’agglomération, sur la droite avant le passage de l’Ozance, qui matérialisait sans doute la frontière, ainsi que des constructions qui ont livré des mosaïques, des céramiques et des monnaies.

Après Clion*, la voie continuait sur la rive gauche de l’Indre* et passait par Châtillon-sur-Indre* où, dans une tombe aristocratique gauloise du 1er siècle avant JC, ont été trouvés des objets de valeur, dont une oenochoé en bronze avec une anse ornée d’un masque de théâtre et une épée à lame de fer incrustée d’or ainsi que sept amphores vinaires ; le mobilier de cette tombe est conservé au musée Dobrée de Nantes.

La voie passait ensuite à Fléré-la-rivière*, où l’un des chemins de ce village s’appelle chemin de l’ancienne route de Tours et où une tombe aristocratique gauloise, datant de l’époque de l’empereur Auguste a également été découverte (voir le musée Argentomagus), puis elle s’éloignait sans doute un peu de l’Indre* pour rejoindre Bridoré* et Verneuil-sur-Indre*, où la voie A2 croisait la voie Poitiers-Orléans via Blois (voir voie A3a).

Sur la commune de Verneuil-sur-Indre* mais non loin de Betz-le-Château* et de la voie A3a, il y eut une commanderie des templiers au lieu-dit la Châtre*-aux-grolles et sans doute un castrum comme l’indique la première partie du nom de ce lieu.

On arrivait ensuite à Perrusson* où il y avait une agglomération gallo-romaine avec un temple dont une partie a été réutilisée dans les fondations de l’église actuelle (10ème siècle) qui a remplacé une église antérieure (6ème siècle) dans laquelle plusieurs nobles mérovingiens avaient été enterrés.

On a en effet découvert en 1973 dans l’église Saint-Pierre, outre plusieurs tessons de poteries sigillées des 1er et 2ème siècles, six sarcophages, dont celui d’une femme de l’aristocratie contenant un diadème brodé de fils d’or et une fiole en verre piriforme.

Si l’on demande les clés à la mairie voisine, on peut voir dans le chœur de l’église deux de ces sarcophages ainsi que, à droite, un ancien bénitier provenant visiblement d’une colonne ancienne.

Dès la sortie de Perrusson* on aperçoit le grand donjon de Loches où il y eut sans doute un oppidum gaulois puis un castrum gallo-romain, dont, malheureusement, on n’a retrouvé aucune trace jusqu’à maintenant.

On pense qu’il y avait aussi un établissement rural turon au lieu-dit les Rabines près de la route de Vauzelles, au nord-ouest de Loches*.

 

Cependant, dans l’ancienne église Saint-Ours, qui était au pied du château, on a retrouvé un autel gallo-romain réemployé dans les fondations et présentant plusieurs personnages ; transformé en bénitier, ce bloc se trouve maintenant sous le porche de la collégiale.

La voie A2 croisait à Loches* la voie A3b allant de Descartes* à Montrichard* via Ligueil*, qui ensuite, vers le nord-est, traversait l’Indre* pour atteindre Beaulieu-lès-Loches*, où elle rejoignait une voie longeant la rive droite de l’Indre*, qui retrouvait la voie A2 à Esvres* (voir ci-après : voie A2a).

Il est probable que, de son côté, cette voie A2 s’éloignât de l’Indre* pour traverser la Champeigne tourangelle (voir carte ci-dessous) en passant par Chanceaux-près-Loches*, Dolus-le-Sec* et Tauxigny*.

Après Dolus-le-Sec, au lieu-dit Trion (Reignac-sur-Indre), elle croisait peut-être la voie allant de Port-de-Piles à Amboise (voir voie A1).

Dans cette région de la Champeigne tourangelle, de très nombreux vestiges gallo-romains ont été trouvés, notamment dans des lieudits dont le nom indique une origine ancienne :

  • Le grand et le petit Temple*, les Maisons Rouges*, Leugny*, Mézières* et Tressort dans la commune de Dolus-le-sec,
  • Aubigny*, Avon*, Beauvais, la Brosse, les Loges* et Villiers* dans la commune de Tauxigny,
  • Batilly (< Betuliacum), le Temple* et Trion (< Trionem) dans la commune de Reignac-sur-Indre.

Cette voie croisait la voie A4  à Cormery*, où elle franchissait l’Indre*, avant de passer à Esvres-sur-Indre* qui fut une importante agglomération gallo-romaine, où il y avait probablement un port sur l’Indre* au moulin de Port-Joie, qui évoque Jupiter.

De nombreux sites anciens ont été repérés dans la région, comme le montre la carte ci-après, en particulier la nécropole de la Haute-Cour qui a livré des céramiques dont quatre amphores complètes et une marquée UIDA (blanc), 19 fibules (13 en fer et 6 en bronze),  7 potins, 2 bracelets lisses à jonc plein en bronze, un fragment de bracelet en verre et des armes (poignard en fer, épée, fer de lance, épieu, javelot) ainsi que la nécropole voisine de Vaugrignon où ont été trouvées des fibules, des monnaies, des amphores ibériques et italiques des 2ème et 1er siècles avant JC ainsi qu’une figurine en terre cuite représentant un personnage en manteau.

Dans la commune d’Esvres, cette voie passait notamment par Champgault (vestiges gallo-romains), la Chaussée* et Nantilly < Nautiliacum (site néolithique) et elle était rejointe par les voies A2a et A5 avant de continuer vers Saint-Avertin* puis vers Tours*  et Saint-Symphorien*.

À Saint-Symphorien, le voyageur qui voulait poursuivre sa route vers le nord pouvait soit emprunter une voie continuée par l’actuelle rue du Pas-Notre-Dame qui va vers Notre-Dame d’Oé* (voir ci-après A2a), soit rester sur la rive droite de la Loire* (VP3) jusqu’à Rochecorbon*, où, juste avant l’oppidum de Château-Chevrier, la voie A2 partait à gauche et remontait la vallée de la Bédoire en passant par Touvois* où se trouve un moulin, qui existait déjà à l’époque gallo-romaine ; c’est en fait un ancien logis seigneurial des 12ème et 16ème  siècles transformé en moulin à la fin du 16ème siècle. Au début du 20ème siècle, les propriétaires redonnèrent à la demeure son aspect initial d’avant 1685.

Son parc abrite la célèbre source de Jouvence, que, selon la légende, saint Martin fit jaillir et qui donne la jeunesse éternelle. On dit que Jeanne d’Arc, Louis XI, Diane de Poitiers et Gabrielle d’Estrées  vinrent y boire.

La voie passait ensuite par la Planche, où, comme le nom l’indique, il y avait un gué puis arrive à Parçay-Meslay*, commune formée en 1841 par la réunion des paroisses de Parçay et de Meslay où il y eut un prieuré dépendant de l’abbaye de Marmoutier, devenu ensuite un établissement agricole fortifié et connu sous le nom de Grange de Meslay. Une ferme gallo-romaine comprenant deux greniers a été découverte dans la région.

Il y avait là un embranchement allant vers l’ouest (voir ci-après voie A2b) mais la voie principale continuait vers Monnaie*.

Il existait peut-être un atelier monétaire à Monnaie*, ce qui expliquerait la présence de la tête de Junon sur le blason de la commune ; en effet le nom commun « monnaie » vient du fait, qu’à Rome, c’était dans le temple de Juno Moneta = Junon la conseillère qu’étaient frappées les monnaies romaines.

La construction de l’autoroute A10 a permis la découverte d’un établissement rural turon à la Cave Blanchette, entre Parçay-Meslay* et Monnaie*.

Peu après, l’ancienne voie est encore bien visible entre le Boulay et la Carte* (commune de Monnaie*) ; elle traverse l’ancienne N10, aujourd’hui D910, là où se dresse un monument en l’honneur de deux aviateurs morts accidentellement en 1925.

Cette ancienne voie romaine fut continuée par la route de Paris vers l’Espagne, qui à Monnaie* passait par la rue du Plat d’étain, parallèle à la rue Nationale, où les anciens relais de poste et auberges sont encore visibles.

Peu après Monnaie* se trouvent aussi deux lieudits au nom caractéristique : la Maison rouge* et Bordebure*, près de la D910 qui, souvent parfaitement rectiligne, continue peut-être l’ancienne route d’Espagne et l’ancienne voie romaine mais cette dernière obliquait sans doute vers l’est, un peu avant Château-Renault*, au lieu-dit le Boulay*, sur la commune de Villedômer*, où il y avait, selon les notes manuscrites du baron Auvray, une fabrique de céramique grise. Le nom de cette commune indique qu’il y avait là une villa mérovingienne, ayant certainement pris la place d’une villa gallo-romaine.

Après Villedômer*, l’existence d’une ancienne voie, encore utilisée à l’époque mérovingienne, est attestée à Saunay* ; en effet une Vie de Saint Léger écrite au 7ème siècle et relatant la translation des reliques de ce saint, indique que le cortège passa à Saunay* où il y eut un miracle.

Il y avait là une agglomération gallo-romaine (vicus) avec un temple détruit par saint Martin vers 380 et remplacé par une église à l’emplacement de laquelle on voit maintenant l’église Notre-Dame, construite au 11ème siècle.

À la sortie de Saunay*, à droite de la route qui va vers Villechauve*, il y avait sans doute une nécropole, continuée par le cimetière actuel, dans lequel on a trouvé en 1912 un trésor monétaire enfermé dans une céramique enchâssée dans un coffret en bois ; ce trésor était composé de plus de 200  monnaies romaines en bronze ou en argent, dont certaines de l’empereur Aurélien.

La voie continuait vers Villeporcher, dans une région qui est maintenant dans le Loir-et-Cher mais qui était alors sur le territoire des Turons et la frontière, peut-être matérialisée par la Brenne*, se trouvait sans doute du côté de Saint-Amand-Longpré (41310) ; on passait ensuite chez les Carnutes pour aller vers Vendôme et Chartres.

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