Histoire

Le nom de Champigny apparaît pour la première fois en 852 dans les actes de Charles-le-Chauve.  Il vient de Campaniacum ou domaine de Campanius, ce qui indique qu’il y avait là une villa gallo-romaine.

 Un camp fortifié du type éperon barré existait entre le Mable et un affluent de la Veude à Châtre (au sud-est du bourg), venant du latin castrum.

« Première porte du Poitou » selon le voyageur Godefroy en 1639, sur la route qui allait de Tours à Loudun, Champigny fut pendant longtemps un point stratégique.

Vue de Champigny par Gaignières
Vue de Champigny par Gaignières

Le premier seigneur connu est Robert de Blô «  noble de Chinon ». Il est cité plusieurs fois dans le cartulaire de l’abbaye de Noyers, à qui il fit de nombreuses donations, notamment dans la charte 199, de 1090, où il est précisé que le comte Foulques IV d’Anjou, dit le Réchin (1043-1109), établit un castrum à Champigny et le confia à Robert de Blô puis que Barthélémy de l’Île s’empara de ce castrum et captura Garnier Maingoth, neveu de Robert de Blô.

Son fils Robert II de Blô, sénéchal de Touraine, perdit la seigneurie après avoir pris parti pour le roi de France puis la recouvra après l’accord conclu, en 1174, à Montlouis entre Louis VII et Henri II d’Angleterre.

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Son fils Josselin II de Blô, seigneur de Champigny, fut chevalier-banneret ; ce chevalier était chargé de porter la bannière du roi mais devait être accompagné de cinquante vassaux. Il participa notamment à la bataille de Bouvines en 1214.

La petite-fille de ce dernier Emma de Blô (1222-1264), dame de Champigny, épousa Guy I de Beauçay (Vienne) (1220-1270), qui mourut à Tunis pendant la 8ème croisade.

Sa petite-fille Jeanne de Beauçay (morte en 1402) épousa en secondes noces Charles d’Artois (1328-1385), comte de Longeville, et ils vendirent la seigneurie de Champigny à Louis I de Naples (1339-1384).

Louis de France
Louis de Naples

Ce dernier, duc de Touraine et d’Anjou, roi de Naples, fils du roi de France, Jean II le Bon (1319-1364), épousa Marie de Blois (1345-1404) et leur fils Louis II d’Anjou (1377-1417), roi de Naples et de Sicile, comte de Provence, duc d’Anjou, vendit la seigneurie de Champigny à Pierre de Beauvau (1380-1435), gouverneur d’Anjou, constructeur du château du Rivau, chambellan du roi Charles VII, qui se rendit plusieurs fois à Champigny, notamment dans les années 1428-1429.

Le seigneur suivant fut son fils : Louis I de Beauvau (1404-1462), ami et chambellan de René I d’Anjou, dit le Bon.

La fille de ce dernier : Isabelle de Beauvau (1436-1475) épousa en 1454 Jean VIII de Bourbon (1428-1477), comte de Vendôme et ancêtre du roi Henri IV.

Leur fils Louis de Bourbon (1473-1520), prince de la Roche-sur-Yon et seigneur de Champigny, qui participa aux guerres d’Italie avec Charles VIII et Louis XII, fit édifier le château et la chapelle dans laquelle il fut inhumé. Il fonda aussi un collège, qui, au 17ème siècle, fut fréquenté par le compositeur Michel Lambert (1610-1696), originaire de Champigny.

Il avait épousé sa cousine Louise de Bourbon (1482-1561), comtesse de Montpensier et sœur du Connétable de Bourbon.

Leur fils Louis III de Bourbon (1513-1582), duc de Montpensier, fut l’un des chefs catholiques les plus intransigeants et les plus cruels pendant les guerres de religion. Il épousa en 1538 Jacqueline de Longwy (1520-1561) avec qui il eut François de Bourbon. Après la mort de son épouse, il se remaria avec Catherine de Lorraine (1552-1596), fille du duc François de Guise.

François de Bourbon

François de Bourbon-Montpensier (1542-1592), fut un serviteur fidèle du roi Henri III mais se rallia ensuite à Henri IV. Il épousa Renée d’Anjou (née en 1550), qui inspira à Madame de Lafayette son roman La Princesse de Montpensier (publié en 1662)

Leur fils Henri de Bourbon (1573-1608), duc de Montpensier, épousa en 1597 Henriette Catherine de Joyeuse, fille unique d’Henri de Joyeuse, maréchal de France, et leur fille unique Marie de Bourbon (1605-1627), dame de Champigny fut mariée avec Gaston d’Orléans (1608-1660), fils d’Henri IV et frère de Louis XIII.

Celui-ci, en 1635, échangea avec Richelieu la seigneurie de Champigny contre celle de Bois-le-Vicomte et ce dernier, qui voulait assurer la suprématie de la ville nouvelle qu’il avait créée à 6 km de Champigny, s’empressa de faire détruire le château.

La Sainte-Chapelle par Gaignières
La Sainte-Chapelle par Gaignières

Il aurait aimé faire de même avec la chapelle mais il fallait l’autorisation du pape ; Richelieu prétexta des fissures qui rendaient la destruction nécessaire mais le pape Urbain VIII fit vérifier et empêcha la destruction de la chapelle.

Cependant la fille de Marie de Bourbon et de Gaston d’Orléans : Anne Marie Louise d’Orléans (1627-1693), dite la Grande Mademoiselle dénonça l’échange d’une seigneurie qui appartenait à sa mère et rentra en possession de Champigny, en recevant 550 000 livres en compensation de la destruction du château. Étant sans enfant, elle légua tous ses biens à son cousin germain : Philippe de France (1640-1701), duc d’Orléans, second fils de Louis XIII.

La Grande Mademoiselle
La Grande Mademoiselle

Celui-ci épousa Élisabeth Charlotte de Bavière (1652-1722), dite la Princesse Palatine et leur fils Philippe d’Orléans (1674-1723), Régent du Royaume après la mort de Louis XIV, épousa, sur ordre du roi et malgré l’opposition de sa mère, Françoise Marie de Bourbon (1677-1749), fille naturelle de Louis XIV et de Mme de Montespan.

Leur fils : Louis d’Orléans (1703-1752) vendit Champigny à Louis François Armand de Vignerot du Plessis (1696-1788), duc de Richelieu et fils d’Armand Jean de Vignerot du Plessis, petit-neveu et héritier du cardinal.

Le petit-fils de ce dernier : Armand Emmanuel de Vignerot du Plessis (1766-1822), duc de Richelieu, qui émigra après la Révolution, fut gouverneur d’Odessa puis chef du gouvernement au début de la Restauration ; il fut aussi le dernier seigneur de Champigny.

Armand du Plessis
Armand du Plessis

En effet, devenus Bien National, les restes du château de Champigny ainsi que la Sainte Chapelle furent vendus en 1791 à François Roch de Quinson (1743-1825), ancien receveur général du clergé, qui, à sa mort, (tombe au cimetière) légua ses biens à son neveu : le marquis Pantaléon Costa de Beauregard (1806-1864), premier écuyer du roi Charles Albert de Sardaigne.

Les héritiers de ce dernier vendirent Champigny en 1866 à Augustin Charles Paul Casimir de la Roche-Aymon (1820-1881).

Maurice Genevoix (1890-1980), auteur notamment de Raboliot : Prix Goncourt 1925, venait assez souvent en vacances à Champigny-sur-Veude, où habitait sa grand-mère : Marie Montanceix-Genevoix, épouse du notaire Charles Genevoix et son oncle : le notaire Albert Genevoix, frère cadet du père de Maurice.

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Ancienne maison Genevoix en 2018 (photo fournie par la propriétaire actuelle ; Mme S. R;)
Ancienne maison Genevoix en 2018                                                                       (photo fournie par la propriétaire actuelle ; Mme S. R)

Le peintre Chaïm Soutine (1893-1943), grâce à Fernand Moulin, maire de Richelieu, qui lui avait procuré de faux-papiers, se réfugia et se cacha à Champigny-sur-Veude en 1941. Il fit poser plusieurs enfants du village, comme dans le tableau intitulé Maternité. Mais, hospitalisé à Chinon le 31 juillet 1943 à la suite d’une hémorragie, il fut transféré à Paris, où il mourut le 9 août.

Maternité de Chaïm Soutine
Maternité de Chaïm Soutine

La ligne de chemin de fer Chinon/Richelieu, qui fonctionna de 1884 à 1974, passait par Champigny, où subsiste la gare, à côté de laquelle se trouvait la lampisterie, qui abritait aussi les toilettes. 

Ancienne gare de Champigny (avril 2016)
Ancienne gare de Champigny (avril 2016)

Après 1974, cette ligne devint, jusqu’en 2004, une ligne touristique avec train à vapeur, utilisée dans 70 films et rendue célèbre par le film Bons baisers de Hong Kong (film de Yvan Chiffre, 1975). Le tracé de cette ligne va devenir une voie verte.

2 ont commenté “Champigny-sur-Veude

  • Marie-Christine Chesné a écrit le :

    Si vous me dites qui était le nom de la femme de Charles Genevoix, je pourrais vous raconter une histoire.

    Répondre
    • a écrit le :

      Je suis en train de réécrire cet article sur Champigny-sur-Veude.
      Il était, en effet, très incomplet et contenait des erreurs.
      Charles Genevoix (1826-1896) était, en fait, le grand-père de Maurice et son épouse s’appelait Marie Montanceix (1836-1914).

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