1- Voir Chinon dans l’oeuvre de Rabelais

2- Chinon dans l’antiquité

Le nom de cette commune, qui s’étend sur les deux rives de la Vienne, apparaît pour la première fois vers 590, dans L’Histoire des Francs de Grégoire de Tours  sous la forme Cayno ou Caïno, dont le sens est obscur. Selon Gustave de Cougny, ce toponyme serait à mettre en relation avec la racine celtique kann= blanc, par référence à la blancheur du tuffeau, mais selon d’autres études, il viendrait du gaulois kaion = forteresse.

Il est probable que ce vaste promontoire aux flancs creusés de profondes grottes, qui a fait la réputation de Chinon, ait été occupé depuis très longtemps mais les preuves matérielles les plus anciennes ne remontent qu’à la fin de l’âge du bronze (vers -1100) avec un fond de fosse contenant quelques fragments de céramiques fines ainsi qu’avec des pointes de lance et une épée, trouvées dans la Vienne.

Cartes de Gérard Cordier

À la sortie est de la ville, au Bas de Sainte-Radegonde, à la Grange-Liénard et à l’Olive, Gérard Cordier a repéré et fouillé huit habitats datant du premier âge du fer (vers -800); distants de la Vienne de 800 à 1200 mètres, protégés des crues par leur altitude de 34 à 40 mètres[1], ces habitats ont livré de nombreux fragments de céramiques communes (vases, jarres) et de céramiques fines (urnes, coupelles, terrines). Voir Les habitats Hallstatiens de Chinon in Gallia 43.1 (1985).

Vase Gaulois (musée du château)

Vers -500, la tribu celte des Turons, venant de la haute vallée du Main, en Bavière, conquiert ce qui deviendra ensuite la Touraine et occupe les places fortes de la région ; on ne sait pas exactement si ce sont eux qui ont fortifié le site du château ou si des fortifications existaient déjà avant leur arrivée. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’une forteresse gauloise, entourée de fossés, se dressait à l’emplacement du fort Saint-Georges, où ont été découverts un beau vase et une grande épée, que l’on peut voir dans le musée du château.

Après les conquêtes de César et de Labienus, le territoire des Turons fut exploité par les Romains, qui y installèrent de vastes domaines agricoles (villae rusticae) destinés à alimenter en blé l’Empire romain; les toponymes et les fouilles indiquent qu’il y avait plus de 50 propriétés rurales dans le Chinonais (voir annexe ci-dessous).

Coupe avec le dieu Pan

Ces domaines comprenaient évidemment une grande habitation pour le propriétaire (pars urbana). La mieux connue est la villa de Bessé[2], située à la Grange-Liénard, à l’est de l’ancienne usine de meubles Cousin-Malbrant. Du gallo-romain Bettiacum = domaine de Bettius (patronyme celtique formé sur betula = le bouleau), cette villa, découverte en 1954 puis fouillée par Raymond Mauny et Jean Zocchetti, dans laquelle un hypocauste dallé a été retrouvé, a aussi fourni un morceau de 70 cm d’une colonne dorique ainsi que de nombreux fragments de poteries communes et sigillées, dont six morceaux d’une belle coupe avec un intérieur décoré de personnages en relief (le dieu Pan est bien reconnaissable), où se trouve aussi la marque du potier Croesus, qui travaillait à Lezoux au milieu du 3ème siècle (Voir Bulletin des Amis du Vieux Chinon : VI.4)

Plusieurs autres villae ont aussi été découvertes et fouillées par Gustave de Cougny[3] mais leur localisation actuelle n’est pas toujours facile car beaucoup des lieudits dont il parle ont disparu ; on peut toutefois situer la villa qu’il appelle des Tringues-Bernilles, ou domaine de Bernilius, selon lui, près duquel se trouvait un temple rond, puisque le lieu-dit Tringuebrenille existe toujours près de Grammont (commune de Saint-Benoît-la-Forêt).

Monnaie de Postumus

Au hasard des fouilles, au milieu de très nombreux fragments de poteries, ont aussi été trouvées des pièces de monnaie de Postumus (empereur des Gaules de 260 à 269) et de Tetricus (empereur des Gaules de 271 à 273) ainsi que des petites pièces en bronze, du type CONTOVTOS, monnaie des Pictons (Poitiers) ou des Santons (Saintes).

Monnaie de Tetricus

La forteresse gauloise fut évidemment occupée par les Romains et, à la fin de l’Empire, alors que plusieurs peuples dits barbares colonisent les territoires, un camp fortifié, élevé à la hâte comme le montrent les blocs de pierre récupérés sur les constructions précédentes et appelé castrum Cainonense par Grégoire de Tours, est aménagé dans cette forteresse qui, néanmoins, est prise par les Wisigoths.

Elle résiste, en 446, à un siège mené par le général romain Aegidius ; c’est pendant ce siège, alors que l’unique puits avait été asséché par les Romains, qu’aurait éclaté  un orage provoqué par les prières de saint Mexme. Une vingtaine de mètres des remparts de ce castrum a été découverte en 2009.

L’agglomération s’appelait alors Caino, dont l’étymologie est incertaine; selon Gustave de Cougny, ce toponyme serait à mettre en relation avec la racine celtique kann= blanc, par référence à la blancheur du tuffeau, ou avec le gaulois kaion = forteresse selon d’autres. Saint Brice y fonda en 425 l’église Saint-Martin, dont l’abside peut être vue rue du coteau Saint-Martin.

Les Wisigoths resteront à Chinon jusqu’en 507, date de la bataille de VouilléClovis tua AlaricII et s’empara de ses territoires.

Voies gauloises et gallo-romaines à Chinon

Les voies gallo-romaines étaient nombreuses dans la région et cinq voies ont été repérées :

Une voie qui suivait la rive droite de la Vienne (B1).

Une voie qui suivait la rive gauche de la Vienne (B2).

Une voie qui venait de Loches (B6).

Une voie qui allait vers Le Mans (B3).

Une voie qui venait de Loudun et allait vers Tours (B4).

Annexe : villae rusticae en Chinonais

  

Selon les toponymes

Anché (voir cette commune) < Anciacum = domaine d’Anscherus (patronyme germanique)

Benais (Huismes) < Benniacum = domaine de Benno (patronyme germanique)

Bessais (Bourgeuil (voir cette commune)) et Bessé (Chinon) < Bettiacum= domaine de Bettius: patronyme celtique formé sur le gaulois betula = le bouleau.

Beugny (Saint-Benoît-la-Forêt)  < Buniacum= domaine de Bunius

Bossais (Saint-Benoît-la-Forêt) < Bauciacum= domaine de Baucius)

Cheviré (Savigny-en-Véron) < Caviriacum= domaine de Cavirius: patronyme gallo-romain

Chouzé (Savigny-en-Véron) < Cauciacum = domaine de Cantius: patronyme gaulois

Coulaine (Panzoult (voir cette commune)) et Coulaines (Beaumont) < colonica villa= domaine confié à un colon

Crissay (Candes) et Crissay-sur-Manse (voir cette commune) < Crisciacum= domaine de Crixus: patronyme gaulois

Cuzé (Huismes) < Cusiacum= domaine de Cusius

Danzay (Beaumont) < Damatiacum= domaine de Damasus

Étilly (Panzoult (voir cette commune)) < Stulliacum= domaine de Stallius

Givré (Cravant (voir cette commune)) < Gabriacum= domaine de Gabrius (la Chèvre)

Huismes < gaulois Uxisama= la Très haute ou < Oximensis villa= domaine des Osismii (peuple armoricain)

Jaulnay (Saint-Benoît-la-Forêt) < Gallinacum= domaine du Gaulois (aqueduc)

La Villaumaire (Huismes) < villa majoris

Le Croulay (Panzoult (voir cette commune)) < Cruciliacum= domaine de Crucilius

Le Rouilly (Ligré) < Rulliacum= domaine de Rullius (le Rustre)

Le Villier (Chinon nord-est) < villaris= domaine rural

Les Douces (Ligré) < Dulciacum= domaine de Dulcius (le Doux)

Les Maillés (Savigny-en-Véron) < Malliacum= domaine de Mallius

Les Naîtrés (entre Rivière et le Pressoir) < Natteriacum= domaine de Natterius

Ligré < Ligeriacum = domaine de Ligerius (celui qui habite au bord de la Loire)

Marçay et Marcé (Bourgueil (voir cette commune)) < Marciacum= domaine de Marciacum

Marigny (L’Île-Bouchard (voir cette commune)) < Mariniacum= domaine du Marin

Maunay (Avon (voir cette commune) et Bourgeuil (voir cette commune)) < Mausonacum= domaine de Mausona (patronyme gaulois)

Morilly (Cravant (voir cette commune)) < Maurilliacum = domaine de Maurilius (l’Africain?)

Mouzilly (Huismes) < Musilliacum = domaine de Musillius

Naie (Avon (voir cette commune))< Nasia villa= domaine de Nasius (le Nasien)

Narçay (Cravant (voir cette commune)) < Nartiacum= domaine de Nartius

Noiré (Chinon) < Nuceratum (lieu planté de noyers) ou Nigracum (domaine du Noir)

Oigné (Avon (voir cette commune)) < Oniacum= domaine d’Onius

Parilly (Chinon) < Parilliacum= domaine de Parillius (le Jumeau)

Poizay (Marçay) < Posiacum= domaine de Posius

Rassay (Huismes) < Recciacum = domaine de Reccius

Razilly (Beaumont) < Rasilliacum = domaine de Rasilius (le Poli)

Rezay (Beaumont) < Rasiacum= domaine de Rasius (le Rasé)

Santenay (Bourgueil (voir cette commune)) < Sentennacum= domaine de Sentennos (patronyme gaulois)

Sassay (Ligré) < Sattiacum= domaine de Satius (le Préférable)

Savigny-en-Véron < Sabiniacum = domaine de Sabinius (le Sabin)

Sazilly (voir cette commune) < Sacilliacum= domaine de Sacillius

Signy (Beaumont) < Seniacum= domaine de Senius (le Vieux)

Sonnay (Cravant (voir cette commune)) < Sunnacum= domaine de Sonna (patronyme gaulois)

Tavant (voir cette commune) < villa Tavenis = domaine tranquille

Turpenay (Beaumont, Chinon, Ligré, Saint-Benoît-la-Forêt) < Turpiniacum = domaine de Turpinius (rapport avec turpus = laid).

Selon les fouilles

La Grille (Chinon)

L’étang (Saint-Benoît-la-Forêt)

L’Étui (Huismes)

Les Boisseaux (Cravant (voir cette commune))

Les Plantes (Anché (voir cette commune))

Saint-Louans (Chinon)

Tringuebrenille(Grammont, Saint-Benoît-la-Forêt) = domaine de Berrnilius? temple rond


[1] Le niveau du lit majeur est de 31 à 33 mètres.

[2] À l’époque médiévale, cette villa donnera son nom à la Porte de Bessé, dont quelques vestiges peuvent être vus au 23, rue Diderot.

[3] Le marquis Gustave de Cougny, historien célèbre et directeur de la Société française d’archéologie, était propriétaire du château de la Grille à Chinon; il a notamment publié en 1898 Chinon et ses environs, livre dans lequel il rend compte de ses découvertes.

Une personne a commenté “Chinon*

  • moreau grosset jany a écrit le :

    merci beaucoup je suis très heureuse d’avoir découvert Gérard Cordier et ses écrits sur Chinon sur la période des Turons et des Romains à Chinon

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