Histoire

Le nom de cette commune, qui se trouve à la limite sud de l’Indre-et-Loire et qui est séparée du département de la Vienne par la Creuse, apparaît pour la première fois en 1081 sous la forme Cella (signifiant « Demeure d’un ermite ») dans le cartulaire de l’abbaye de Noyers ; on trouve ensuite, toujours dans ce même cartulaire Cella Sancti Adventii (Chapelle de Saint Avent) en 1089 puis la Celle Saint Avant en 1336, La Selle Sainct Avant en 1446 et Laselle Saint Avant sur la carte de Cassini.

Vue de La Celle, à partir de la route de Marcé (janvier 2014)

Le territoire de cette commune a été occupé à l’époque du bronze final (800 avant JC environ) comme le montre une tombe à incinération découverte par Gérard Cordier sur la rive droite de la Creuse, peu avant le Bec-des-deux-eaux, où cette rivière rejoint la Vienne (Voir Ports-sur-Vienne).

Le Bec-des-deux-eaux (photo B. Clément)

Les Turons, arrivés dans la région vers 500 avant JC s’y installèrent immédiatement ainsi que l’indiquent un sanctuaire et un établissement agricole découverts au Corps-de-Garde.

Ancienne voie gallo-romaine entre Descartes et La Celle (janvier 2014)

Plus tard, à l’époque gallo-romaine, le lieu fut un carrefour important puisque s’y croisaient la grande voie sud-nord, venant de Poitiers et se dirigeant vers Tours, une voie qui allait vers Amboise ainsi qu’une voie qui longeait la rive droite de la Creuse en direction de Descartes (Voir carte ci-dessous).

Il y avait aussi plusieurs domaines agricoles, notamment à Longueville, venant de longa villa signifiant « le grand domaine » et à Villiers (voir ci-après), venant du latin villaris (domaine rural).

Longueville (janvier 2014)

Notons que, comme cela est souvent le cas, ces domaines furent des fiefs nobles au moyen-âge. Les autres fiefs étaient la Ganneraie, la Hardraye, la Guéritaude, la Grange, Seigre, la Rue, la Piraudière, la Tourballière (voir ci-après), la Verdinière (voir ci-après) et le Puisart.

Villiers (janvier 2014)

Le domaine de l’Aunaye (voir ci-après), où une grande exploitation fut découverte, comprenait  des thermes, alimentés par une source voisine, objet probable d’un culte celtique ; des fouilles y furent faites en 1866 par M. Révérend, propriétaire de l’Aulnaye, qui découvrit les hypocaustes de ces thermes ainsi qu’une clé en bronze, un fragment de poterie sigillée et des pièces de monnaie de Marc-Antoine et de Constantin (voir BSAT 1. 1868).

L’Aunaye (janvier 2014)

Le cartulaire de l’abbaye de Noyer nous donne les noms de nombreux propriétaires de la région au moyen-âge : Gautier des Aigrons (charte 33 de 1064), qui avait un petit pré à Villiers, Hugues (charte 88bis de 1081), prêtre de Celle, Hubert Persil (de Montbazon), qui avait une terre du côté de l’église de Celle (charte 90 de 1081), Hugues de Saint-Auttour, gendre de Gautier Jésus, et son cousin Herbert de Saint-Auttour (charte 105 de 1083), qui donnent trois arpents de terre pour y établir un village (à côté de l’église), Ganelon Senon, Richard Morseau, Hugues Garnaud, Archambaud Bodin de Sainte-Maure, qui donne une quarte de terre près de l’église de la Celle ; Raoul de Fontenelles, puis Garin de Fontenelle, et Lonus de Loches propriétaires de l’église de la Celle, où chacun avait son prêtre, Pierre, fils de Lonus de Loches, qui donne une terre appelée Champ de Saint-Médard, Geoffroy Lonus de la Celle Saint-Avant, Thibaud, prêtre de Celle, etc.

Le premier seigneur connu, au 14ème siècle, est Pierre Gillier, seigneur de Puygarreau, dans la Vienne ; il était l’arrière-arrière petit-fils de Philippe Gillier (1300-1377), qui après avoir été hôtelier à Lussac-les-châteaux, devint trésorier général de France et l’arrière-petit-fils de Denis Gillier (1340-1401), également trésorier général de France, plusieurs fois maire de Poitiers et annobli en 1379. Son fils, Joachim Gillier, né en 1482, épousa en 1509 Isabelle de Bueil, dame de Marmande (commune de Velleches, dans la Vienne). (Voir Ports-sur-Vienne)

Château de Marmande

On trouve ensuite Isabeau de Pomart, dame de Rilly et de la Celle Saint-Avant, qui épousa en 1566 François de Jussac, seigneur de la Morinière (dans le Maine-et-Loire) et des Roziers à Pouzay (voir cette commune) puis leur fils François II de Jussac puis les deux fils de ce dernier : René de Jussac et Louis de Jussac. Le blason des Jussac était « fascé enté d’argent et de gueule, au label d’azur de trois pendants mouvant du chef »

Blason des de Jussac

Au 17ème siècle, le fief appartenait à Jacques de Voyer de Paulmy, gouverneur de Châtellerault, qui avait épousé en 1638 Françoise de Beauvau du Rivau. Il était le petit-fils de René de Voyer de Paulmy (1539-1586), frère de Pierre de Voyer d’Argenson (mort en 1616), ancêtre de nombreux ministres de Louis XV (voir le château d’Argenson).

La seigneurie passa ensuite au fils de Jacques de Voyer et de Françoise de Beauvau : Jean Armand de Voyer de Paulmy, qui fut lui aussi gouverneur de Châtellerault et qui fut tué à la bataille de Seneffe en 1674 puis à la fille de ce dernier : Marie Françoise Céleste de Voyer de Paulmy (1663-1732) qui épousa en 1689 Charles Yves Jacques Plessis de la Rivière (1662-1729), gouverneur de Saint-Brieuc puis à leur fils Charles Yves Thibault Plessis de la Rivière (mort en 1781), qui fut lui aussi gouverneur de Saint-Brieuc. (Voir Trogues)

En 1569, le duc d’Anjou, frère du roi Charles IX et futur roi Henri III campa 15 jours à la Celle avec une armée considérable avant d’aller remporter la bataille de Moncontour (dans le Poitou) contre les Huguenots.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le Corps de Garde n’est pas un souvenir de ce séjour mais un reste du temps de la gabelle, où le passage de la Creuse était gardé et contrôlé car cette rivière séparait le Poitou qui était une province rédimée, donc ne payant pas cet impôt odieux à beaucoup, de la Touraine, qui était un pays de grande gabelle où les habitants devaient acheter obligatoirement une quantité déterminée de sel. Le pont actuel, sur la Creuse, entre le Corps de Garde et Port-de-Piles fut construit au 18ème siècle.

Pont sur la Creuse entre La Celle et Port-de-Pile (janvier 2014)

À la fin du 19ème siècle, dans son roman intitulé Mademoiselle Cloque, paru en 1899, René Boylesve décrit ainsi la village, où Geneviève, la nièce de Mademoiselle Cloque, s’ennuie après avoir épousé le notaire Jules Giraud : « La grande route nationale, parallèle à la ligne de Paris-Bordeaux ; sur un espace de cent cinquante mètres environ, des maisons à droite et à gauche : deux auberges avec l’enseigne de zinc représentant, l’une un Cheval blanc, l’autre une Lamproie ; la gendarmerie avec un drapeau tricolore, également en zinc; un boulanger ; la mairie, qui ne se distingue des autres bâtiments que par les affiches sur papier blanc fripé et le cadre grillagé contenant les actes de l’état civil ; un renfoncement formant une petite place : l’église ; un chemin de bifurcation ; l’alignement reprend ; on lit des réclames du chocolat Menier et du Petit Journal sur des murs gris ; puis une grosse maison : quatre fenêtres au rez-de-chaussée, autant au premier et unique étage, la maison du notaire. Les panonceaux nouvellement dorés brillent au-dessus de la porte d’entrée. Et après, c’est la route encore, toute droite, soigneusement entretenue, souvent déserte ; au loin, la brouette du cantonnier portant un panier et un gilet à manches ; un blanc troupeau d’oies qui, gravement, traverse. C’est la Celle-Saint-Avant. »

Ce texte évoque « la ligne Paris-Bordeaux » ; c’est l’époque en effet où le développement des chemins de fer va de pair avec le développement de la France. La Celle Saint Avant était un carrefour important puisque cette ligne Paris-Bordeaux était rejointe par une ligne qui allait vers Chinon, à l’ouest, et vers Le Blanc (dans l’Indre), à l’est. Le quartier de la gare, situé au Corps-de-Garde conserve les traces des nombreuses activités existantes près de cette gare, qui, bizarrement, porte le nom de Gare de Port-de-Piles ; on donne à cela plusieurs explications : selon les uns, c’est parce que le terrain où avait été construit cette gare appartenait à un habitant de Port-de-Piles et selon les autres, c’est parce que les autorités avaient voulu dédommagé cette dernière commune de la perte d’importance qu’elle avait subie au profit de la commune des Ormes.

Gare dite de Port-de-Piles (octobre 2013)

En 1944, L’abbé Henri Péan (1901-1944), curé de Draché et de la Celle-Saint-Avant, une des grandes figures de la Résistance en Touraine (voir Draché), fut arrêté le 13 février 1944 alors qu’il célébrait la messe dans l’église de la Celle.

Plaque sur l’église (janvier 2014)

Dans les années 1950, la Nationale 10 (aujourd’hui RD 910), qui prit la place de l’ancienne « route de Bayonne » (voir ci-après) était un lieu de vie, dont beaucoup de cartes postales gardent le souvenir. Notons que c’est à cette époque que Pierre Duport, boulanger à la Celle, acquit une triste célébrité en assassinant son épouse Yolande avant de la faire brûler dans son four ! Sur cette Nationale, voir un site très intéressant. Voir aussi les photos ci-dessous.

Un film de 1960, qui peut être vu sur  http://memoire.ciclic.fr/4656-neige-a-la-celle-saint-avant, montre notamment les enfants de l’école faisant des glissades (qui seraient interdites aujourd’hui) alors que le village était recouvert par la neige.

La Celle Saint-Avant est le lieu de passage obligé entre le nord et le sud ; nous avons déjà vu que plusieurs voies gallo-romaines y passaient ; plus tard ce fut la grand-route de Paris en Espagne puis la Nationale 10 et la ligne Paris-Bordeaux ; aujourd’hui c’est l’autoroute Paris-Bordeaux ; demain ce sera la Ligne à Grande Vitesse Tours-Bordeaux !

Jean-Luc Huguet m’a précisé récemment que 1500 marcheurs et 2000 cyclistes empruntaient chaque année le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui reprend en partie l’ancienne voie gallo-romaine. Il conclut en écrivant :« Dans mille ans, le chemin de Compostelle passera encore par là ! Que restera-t-il de la LGV ? »

Nationale 10 (carte postale)
RD 910 (janvier 2014)

RD 910 (janvier 2014)
RN10 (carte postale)
RD 910 (janvier 2014)
RN 10 (carte postale)
RD 910 (janvier 2014)
RN 10 : entre le Corps de garde et Port-de-Piles
RD 910 entre le Corps de garde et Port-de-Piles (janvier 2014)

Une personne a commenté “La Celle Saint Avant

  • maguin claudine a écrit le :

    je suis tres contente d avoir trouvé ce site!!! en effet cevillage est celui de mes grands parents maternels et arrieres grands parents les parents de ma grand mere etaient employés au chateau de la tourballiere comme cuisiniere et cocher!!!! grand mere armandine y est née! la lignée du coté de mon grand pere daniot a exercé. le metier de menuisier . ils habitaient pres de la boucherie dans l ancien relais de l image. je n ai jamais rien trouvé sur ce site historique qui devait etre un relais de poste .au musée de la poste a paris il existe une carte de tous les relais de poste mais on y indique un relais a port de piles…… si vous aviez des elements de recherches je serais ravie merci encore

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