HISTOIRE

Le nom de Ligueil apparaît pour la première fois en 774 sous la forme Lugogalus ou Lugogialus, déformation de Lugoialos.

Vue de Ligueil (sept. 2014)

Selon certains, ce toponyme signifie le champ du dieu Lug ou le champ du corbeau, du gaulois lugos qui désigne le grand dieu celte de la lumière nocturne  mais aussi le corbeau car les corbeaux passaient pour accompagner le soleil dans sa course nocturne. Ce dieu Lug, père de tous les arts et métiers, aurait occupé une place importante chez les Celtes, gens laborieux et inventifs. César l’identifie à Mercure et selon Pline l’ancien qui avait été procurateur en Gaule narbonnaise et qui connaissait le gaulois, le sculpteur Zénodorus (1er siècle après J.C.) avait mis dix ans à réaliser pour les Arvernes une statue de ce dieu pour le prix de 40 millions de sesterces ! (Histoire naturelle, XXXIV, XIX, 45).

Représentation gallo-romaine du dieu Lug

Son nom se retrouve dans de nombreux toponymes : Laon, Legnica (Pologne), Leyde (Pays-Bas), Loudun, Lugano (Suisse), et, évidemment, Lyon, etc.

Mais selon d’autres, il signifie plus prosaïquement le champ ou la clairière du marais.

Quoi qu’il en soit, le territoire de Lugogalus était traversé par une ancienne voie gauloise qui allait de Poitiers à Loches via Descartes et qui empruntait la vallée de l’Esves ; une autre voie permettait de rejoindre Amboise, via Manthelan (voir cette commune) et elle devint qui ensuite par la grand route de Paris vers l’Espagne, empruntée notamment, en 1700, par le petit-fils de Louis XIV, Philippe d’Anjou (voir le vieux pont, dans le centre).

Croisement des deux voies gallo-romaines (juin 2018)
Croisement des deux voies gallo-romaines (juin 2018)

Il y avait de nombreux domaines agricoles gallo-romains, notamment à Cerçay, venant de Sarciacus ou domaine de Sarcius (le Réparateur), à Épigny, venant de Hispaniacus ou domaine de l’Espagnol (voir ci-après), Mareuil, venant de Maroialus (le grand domaine), où des fragments de poteries, de tuiles, de poinçons ainsi que des pointes de flèches ont été trouvés (voir ci-après), à Noizay, venant de Nautiacus ou domaine du Marin, qui apparaît au 11ème siècle sous la forme Nausiacus, et à Nouis, venant de Novientus (le nouveau domaine).

Selon le site de la mairie, il existait, dès le 5ème siècle, deux églises à Ligueil, l’une dédiée à saint Martin, église de la ville, et l’autre à saint Laurent, église du château.

Ligueil appartint d’abord au chapitre collégial de l’abbaye Saint-Martin de Tours, puis, à partir d’Eudes Clément (13ème siècle) au doyen de ce chapitre, qui avait le titre de baron. C’est à cette époque qu’un conflit opposa le baron de Ligueil à Dreux V de Mello, seigneur de Loches, qui se prétendait son suzerain ; ce conflit fut réglé par Louis IX, qui prit Ligueil sous son autorité, acte confirmé par Jean le Bon en 1353. Richelieu, en tant que doyen du chapitre, fut baron de Ligueil au 17ème siècle.

Cerçay (juin 2018)
Cerçay (juin 2018)

L’administration directe du domaine était confiée à un maire. Les maires de Ligueil furent Achard en 1080, Raoul de Grillemont en 1086, Barthélémy Payen en 1213 et Geoffroy Payen en 1223 (voir la Chapelle blanche), Pierre de Mons en 1496 (voir Épigny ci-après et Civray-sur-Esves) ; par la suite, il y eut,  au 16ème siècle, Jean de Périon, seigneur de la Grange (près de Preuilly), puis son fils : Antoine de Périon, puis Philippe de Périon (voir Ports sur Vienne), puis Antoine d’Aloigny (mort en 1620), seigneur de Rochefort-sur-Creuse, époux de Lucrèce de Périon, fille d’Antoine de Périon ainsi que N. de Gebert de Noyant, époux d’Antoinette de Périon. Selon d’autres sources, cette Antoinette de Périon aurait été l’épouse de Jean de Gébert, seigneur de Noyant-de-Touraine (voir cette commune).

Nouis (sept. 2014)

Au Moyen-Âge, les fiefs étaient Bonchamp, Châteaupin, Chillois, qui apparaît en 1530 sous la forme Chilloye, Épigny, L’abbaye, La Touche, la Tourmalière, Mareuil, et Piégu.

Au cours des guerres de Religion, la cité fut ravagée en 1562 et en 1569.

Une épidémie de peste surgit en 1589 et dura 4 ans, laissant Ligueil dans un état de désolation totale.

N.D. des Anges (sept. 2014)

À la fin du 16ème siècle, fut construite la chapelle Notre-Dame des anges, dite « chapelle de la Bonne des anges » dans un texte de 1594 ;  fort détériorée pendant le Révolution, elle fut reconstruite en 1871 par Élie Besnard-du-château, né à Ligueil en 1794, auteur d’une Notice historique sur la ville de Ligueil, mort en 1884 et enterré dans cette chapelle. Ce dernier possédait aussi un terrain au clos de la patouille, où fut édifiée au 19ème siècle, dans un style néo-gothique, l’hospice pour les personnes âgées et les indigents (aujourd’hui Maison de retraite), réalisé grâce à un legs de Balthazar Besnard, frère aîné d’Élie Besnard, né à Ligueil en 1788 et mort en 1864.

La Maison de retraite et le lavoir (carte postale)

L’usine « à chaux éminemment hydraulique » fut créée en 1879 au nord de la ville et fonctionna jusqu’en 1948. 

Quant à la laiterie et fromagerie coopérative, fondée en 1903, après la destruction des vignobles par le phylloxéra, elle fabriqua les camemberts Royal Ligueil ou Le Petit Renard, le Carré de Ligueil, le Saint-Paulin Ligueil, etc… jusqu’en 1987 et les installations, à gauche de la route qui va vers Sainte-Maure (voir cette commune), sont aujourd’hui complètement abandonnées.Cependant, le camembert Ligueil (fabriqué en Poitou-Charentes) existe toujours.

Ancienne laiterie (sept. 2014)

En 1889, la Compagnie des Chemins de Fer Départementaux (C.F.D.) réalisa un réseau ferré appelé l’Étoile de Ligueil et comprenant une ligne allant du Grand-Pressigny à Esvres-sur-Indre (avec correspondance pour Tours) et une ligne allant de Ligueil à Écueillé (dans l’Indre) via Loches (avec correspondance pour Le Blanc). Une gare fut construite (aujourd’hui près du camping municipal) et fut utilisée jusqu’en 1949, date de fermeture de ces lignes.

Gare de Ligueil (carte postale)

De juin 1940 à mars 1943, Ligueil fut coupé en deux par la ligne de démarcation ; la plus grande partie de la ville était en zone nord ou zone occupée et une petite partie en zone sud ou zone dite libre (voir carte ci-dessous).

La ligne de démarcation dans la région de Ligueil

Deux petits monuments commémoratifs  ont été inaugurés en 2011, l’un au carrefour de la D 99 (qui va vers Paulmy) et de la D 12 (Ciran/Cussay), l’autre au carrefour de la D 59 (allant vers Saint-Flovier) et de cette même D 12, dont la ligne de démarcation suit le tracé sur la commune.

Monument commémoratif (sept. 2014)

Près de ce dernier carrefour, une ancienne loge de vigne a été transformée en poste de douane ! (C’est une erreur ! voir le commentaire).

Poste de douane (sept. 2014)

Le 27 août 1944, trois maquisards : Roger Fontenas, Raymond Foulques et René Michenet furent fusillés par les allemands ; le lendemain ce furent les cinq membres de la famille Praud (les parents et trois enfants âgés de 15 à 11 ans) qui furent assassinés à leur tour ; la mère, Angelina Praud était originaire de Maillé (voir cette commune) !

La famille Praud (plaque commémorative)

6 ont commenté “Ligueil

  • Schoenstein a écrit le :

    Bonjour
    Attention, il y a une petite confusion : la loge de vigne qui servit de poste de garde n’est pas celle que vous montrez (à cet endroit, il y avait un petit bâtiment construit exprès par les Allemands ; le monument commémoratif que vous montrez est installé à son emplacement) mais elle se trouve au lieu-dit Noizay, un peu plus loin, où a été installé un autre petit monument commémoratif identique. Cette loge utilisée par les Allemands garde deux traces de cet usage : un sol en béton et un petit mat métallique pour le téléphone ou le télégraphe.
    Bien cordialement
    F. Schoenstein, association pour la sauvegarde du cadre ligolien.

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  • R.Salard a écrit le :

    Bonjour,

    La légende de la photo concernant Cercay est erronée.
    Cette photo est celle du lieu-dit La Valinière (ou Vaslinière), situé entre La Garde et Cercay (Cercay est juste après)

    R.Salard

    Répondre
  • a écrit le :

    Bonjour,

    Bravo et merci pour ce très instructif historique de la ville et ses alentours.
    Je viens de mettre en ligne sur un site perso une bonne quantité de cartes postales anciennes de Ligueil scannées en haute définition, si cela peut vous être utile n’hésitez pas à piocher dedans :-)
    http://ligueil.mezei.fr/CPA/

    Cordialement,
    Stéphane

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