HISTOIRE

Le nom de L’Île-Bouchard apparaît pour la première fois sous la forme insula signifiant « île » dans les chartes 9 (1036), 41 et 42 (1065), 77 (1080), 104 (1083), 112 (1084), 125 et 127 (1085), 142 (1087), 289 (1100), 322 (1104), 488 (1135) et sous la forme Insula Buchardi signifiant « île de Bouchard », dans la charte 618 (1182) du cartulaire de Noyers.

On peut voir à l’écomusée du Véron, à Savigny-en-Véron, un biface paléolithique, découvert à Montet (au nord-est du bourg).

Biface paléolithique de L'Île-Bouchard (écomusée du Véron)
Biface paléolithique de L’Île-Bouchard (écomusée du Véron)

On peut voir au Musée du Grand-Pressigny des haches polies du néolithique, provenant des terrasses alluviales de la Vienne. De la même époque date aussi le dolmen Saint-Lazare (voir page 12).

Haches polies de L'Île-Bouchard (Musée du Grand-Pressigny)
Haches polies de L’Île-Bouchard (Musée du Grand-Pressigny)

Gérard Cordier indique in Aiguisoirs de l’âge du bronze provenant de la Touraine, Revue archéologique du Centre de la France, 3.1, 1964, qu’il y a dans la Collection du docteur Louis Deschand, contenant des objets récoltés dans les environs de L’Île-Bouchard un aiguisoir en roche grise. Cet objet, avec une perforation au sommet permettant vraisemblablement de le suspendre par un lien à la ceinture ou autour du cou, en forme de bâtonnet rectangulaire, permettait, comme son nom l’indique, d’aiguiser les outils en bronze.

Aiguisoir de L'Île-Bouchard (photo PCIL)
Aiguisoir de L’Île-Bouchard (photo PCIL)

Comme toute la vallée de la Vienne, la région fut aussi occupée à l’époque gallo-romaine : voir Ligny de Latiniacum ou domaine du Latin, qui n’apparaît pas sur les cartes mais qui est cité comme fief faisant partie de la paroisse de Saint-Maurice, en 1639 ainsi que Marigny, (voir page 4).

L’île et l’église Saint-Gilles; vues de Saint-Maurice (juin 2013)

Il y avait au Moyen-âge quatre paroisses : Saint-Gilles, Saint-Maurice, Saint-Pierre du château (supprimée en 1465) et Saint-Léonard (supprimée en 1790). Après la Révolution, il y eut deux communes : Saint-Gilles et Saint-Maurice ; elles furent réunies en 1832 sous le nom de L’Île-Bouchard. En 1976, la commune de Crouzilles céda à L’Île-Bouchard le Cheval-Blanc, le Dolmen, la Folie, la Fougetterie, les Quatre-Vents et Saint-Lazare.

Selon la Grande Chronique de Touraine, Bouchard, seigneur de L’Île-Bouchard, fit partie d’une expédition chargée de ramener en Touraine le corps de Saint Martin, qui se trouvait à Auxerre, où il avait été mis à l’abri des Normands, et des reliques de ce saint sont conservées dans l’église Saint-Maurice (voir ci-après).

Un acte de mariage de 1020 parle d’un Bouchard (appelé traditionnellement Bouchard II), « Chevalier et maître du château appelé de L’Île, sur le fleuve Vienne » et de ses trois fils : Hugues, Hubert et Aimery ; il eut ensuite un quatrième fils : Geoffroy, dit Foucaud ou  Fuel. Hugues hérita de la seigneurie et à sa mort, Aimery devint tuteur de son fils : Bouchard III. Au bout de dix ans, Aimery devint moine à Marmoutier et la tutelle fut confiée à Geoffroy Fuel. Devenue majeur, Bouchard III réclama son héritage à son oncle qui le lui refusa. Bouchard III leva des troupes et finit par reprendre son fief ; après la mort de Bouchard III, en 1070, Geoffroy Fuel devint seigneur de L’Île (voir Tavant).

L’Île-Bouchard en 1960

Après le décès de Geoffroy Fuel, la seigneurie passa à Archambaud Borel (mort en 1083), époux d’Agnès, sœur de Bouchard III, et la seigneurie resta dans cette famille jusqu’au 15ème siècle ; on peut noter parmi tous ces seigneurs, Bouchard VI (mort en 1276), époux d’Anne de Craon, Barthélémy IV (mort en 1335), époux de Jeanne de Sainte-Maure, Jean de L’Isle (fils de Bouchard VIII), cité en 1402 et tué à la bataille d’Azincourt en 1415.

La mairie, sur l’île (mai 2013)

Il y avait, dans l’île, à l’emplacement de la mairie actuelle, un castrum, entouré d’un rempart, dont il ne reste que quelques pierres des fondations ; la charte 143, de 1087 parle de « l’orme de la place qui se trouve devant la tour de L’Île » et la charte 284, de 1100 indique « en L’Île, entre les deux portes, sous la tour du castrum ». Il y avait aussi, dans le faubourg Saint-Lazare, une léproserie comme on le voit dans la charte 80 de 1080, où un certain Pierre (fils) de Thomas parle de « notre terre à L’Île, près de la léproserie » ; elle était en face du dolmen et il y avait une chapelle dont le bénéfice perdura jusqu’en 1672.

La commanderie des Templiers de L’Île-Bouchard (domus militiae templi de insula) est connue par une charte de 1255 ; elle était soumise au commandeur de l’Aquitaine et du Poitou, qui y avait une chambre. Vers 1258, le précepteur en était Simon de Nesle ; le dernier précepteur fut le sergent du Temple Jean de Saint-Benoît, qui ne survécut que peu de jours à son interrogatoire, dans lequel il reconnut avoir renié Jésus-Christ et craché sur la croix. Lors de son procès, en 1310, il indiqua qu’il était templier depuis 40 ans. Son neveu Pierre de Saint-Benoît avait été reçu comme templier en 1290. La commanderie fut occupée ensuite par les chevaliers de Malte jusqu’à Napoléon 1. Elle se trouvait au lieu-dit la Commanderie, actuellement sur la commune de Brizay (voir cette commune).

La Commanderie à Brizay (photo Martine Laîné)

Catherine, la fille de Jean de L’Isle, se maria quatre fois, d’abord avec Jean des Roches, mort en 1416, puis avec Hugues de Chalons tué à la bataille de Verneuil, puis avec Pierre de Giac, surintendant des finances, assassiné par Georges de la Trémoille en 1427, et enfin avec ce même Georges de la Trémoille (1384-1446), grand chambellan de Charles VI puis de Charles VII. Son petit-fils : Louis II de la Trémoille, tué à Pavie en 1524, chambellan de Charles VIII, qui vint deux fois, en 1493 « en sa bonne ville de L’Île-Bouchard », fit édifier l’église Saint-Maurice (voir ci-après).

En 1587, Claude de la Trémoille se convertit au protestantisme et L’Île-Bouchard devint un foyer important pour l’église réformée mais en 1629 Henri de la Trémoille (1599-1674) vendit la seigneurie pour 180 000 livres au cardinal de Richelieu ; ce dernier, qui avait fondé sa ville nouvelle non loin de là, entreprit d’extirper ce que les catholiques appelaient la RPR (Religion Prétendue Réformée) et de ruiner systématiquement L’Île-Bouchard. Les protestants trouvèrent alors refuge à Crouzilles (voir cette commune).

La seigneurie passa ensuite à Armand-Jean Vignerot du Plessis, duc de Richelieu et petit-fils de Françoise du Plessis, la sœur de Richelieu, puis à ses descendants.

André Duchesne, surnommé « le Père de l’histoire de France » naquit à L’Île-Bouchard ; grâce à l’appui de Richelieu, il fut nommé historiographe du roi.

Un pont médiéval, en bois, est mentionné dans une charte, datée de 1127, de Foulques V le Jeune, comte d’Anjou. Ce pont fut ensuite remplacé par deux ponts de pierre, en partie détruits par une crue en 1638 et réparés par des parties en bois, comme on le voit sur la gravure ci-dessous.

L’île et le pont vers Saint-Maurice, au 17ème s. (Gravure de Johann Peeters)

Ces ponts n’existaient plus en 1680 et furent remplacés par un bac, qui fonctionna jusqu’en 1832, date de la création de la commune de L’Île-Bouchard, et qui fut remplacé par un pont suspendu « le pont de fil », à péage jusqu’en 1886 ; après la 1ère guerre mondiale, il y eut un pont métallique, sur piles de maçonnerie, abîmé pendant la 2ème guerre mondiale, puis, depuis 1959, le pont actuel.

Une crue importante eut lieu dans la nuit du 12 au 13 juillet 1792 ; elle submergea l’île entièrement ; la hauteur de cette crue est indiquée à 1m.16 dans l’église Saint-Gilles.

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