Le nom de cette commune, qui s’est d’abord appelée Maillé, apparaît dit-on au 5ème siècle, dans le testament de Saint Perpet, sous la forme Malleium, venant de Malliacus ou « domaine de Mallius ». Mais, comme l’a montré Charles Lelong (voir BSAT 44, 1995), ce testament est un faux et le nom de Malleium n’est indiqué qu’au 6ème siècle, chez Grégoire de Tours. Quant au nom de Luynes il n’apparaît qu’en 1619 lorsque Louis XIII érige le comté de Maillé en duché-pairie en faveur de son favori Charles d’Albert, duc de Luynes, en Provence.

Vue aérienne de Luynes
Vue aérienne de Luynes

Selon le Site de la commune des outils en silex du paléolithique ont été découverts sur le territoire de la commune mais ce site ne donne pas de précisions sur le lieu de cette découverte, ni sur le lieu où se serait trouvé un dolmen, détruit vers 1890, qui aurait livré des haches en silex poli du néolithique. Peut-être s’agit-il du Palet de Gargantua, cité par Louis Bousrez dans son inventaire de 1863.

Hache polie de Luynes (photo PCIL)
Hache polie de Luynes (photo PCIL)

Une meule néolithique entière a été retrouvée sur la berge de la Loire, en aval de Port Bihaut (au sud du bourg), ce qui, selon Gérard Cordier (voir RACF 30, 1991) est l’indice d’un habitat sur berge, comme l’ont confirmé les tessons de céramique de cette époque découverts dans les environs. De cette époque datent aussi trois haches-marteaux draguées dans la Loire en amont du Port de Luynes (sud-est) dont une hache polie d’origine alpine, percée d’un trou central pour l’emmanchement (voir, du même auteur, BSPF 75/2, 1978).

Meule (dessin Gérard Cordier)
Meule de Luynes (dessin Gérard Cordier)

De l’âge du bronze, datent une hache à douille, sans doute de fabrication locale, extraite de la Loire, tout comme une faucille à bouton ; ces deux objets pouvant être vus au Musée du Grand-Pressigny. De la Loire aussi a été dragué un vase de la civilisation des champs d’urnes (bronze final). Un dépôt de la même époque, découvert vers 1920 (où ?) a livré quelques objets, dont une hache à rebord et 3 bracelets, qui sont dans les collections de la SAT.

Hache et bracelets de l'âge du bronze (phtoto PCIL)
Hache et bracelets de l’âge du bronze (phtoto PCIL)

Des domaines agricoles gallo-romains existaient à Négron (au nord du bourg), venant de Nigronem ou « possession de Niger (le Noir) », à Villefollette (au nord-ouest) ou « domaine de Follet », où se trouvent des habitats troglodytiques, à Villegrignon (au nord-ouest) ou « domaine de Grignon » et à Villeronde (au nord-est, près de l’aqueduc) ou « domaine en rond ». Notons aussi qu’un lieu-dit s’appelle La Romaine mais il s’agit d’un domaine appelé antérieurement Bois Denier, où se trouvait une auberge « ayant pour enseigne de Grand Turc, appelée vulgairement la Petite Romaine, située sur la levée » (acte notarié de 1818).

Carte Joël Thibault
Carte Joël Thibault

Sur l’agglomération gallo-romaine, voir notamment :

Michel Laurencin : l’aqueduc gallo-romain de Luynes, BSAT 34, 1966 et RACF 6.3, 1967

Alain Ferdière : découvertes archéologiques, GALLIA 43.2, 1985

Jacques Dubois : les vestiges gallo-romains de Luynes, BSAT 46, 2000

Patrick Bordeaux et Jacques Seigne : nouvelles observations sur les vestiges antiques de Luynes, BSAT 48, 2002

Jean-Philippe Chimier et Patrick Neury : l’aqueduc antique de Luynes, BSAT 52, 2006

Patrick Bordeaux et Jacques Seigne : les vestiges antiques de Saint-Venant à Luynes, BSAT 61, 2015

Villa du Clos de Sainte-Roselle
Villa du Clos de Sainte-Roselle

Les vestiges de cette agglomération secondaire (vicus) qui occupait tout le sommet du coteau, très près, à l’est, du bourg actuel sur un rectangle de 1 200 m. x 250 m se trouvent notamment à proximité du prieuré Saint-Venant (le Clos de Sainte-Roselle) et dans ce prieuré. D’autres vestiges, en dehors de l’agglomération se situent au nord-est du bourg actuel à Panchien et à l’Aqueduc.

Thermes de la villa du clos de Sainte Roselle (Dubois 1979)
Thermes de la villa du clos de Sainte Roselle (Dubois 1979)

Le clos de Sainte-Roselle :

Voici ce que l’on trouve dans Wikipedia à ce sujet : « En 1976, une prospection aérienne réalisée par Jacques Dubois met en évidence, à une trentaine de mètres au nord du prieuré, des traces nettes dans les cultures : des murs, dont certains dessinent deux absides, une pièce dallée… S’ensuivent jusqu’en 1980 (de 1977 à 1982 en fait) plusieurs campagnes de fouilles qui, sous la direction de Raymond Maugard, mettent au jour un vaste balnéaire comprenant un frigidarium, un tepidarium et un caldarium, ces deux dernières pièces chauffées par hypocauste, une piscine et un tronçon d’égout. Frigidarium et caldarium sont terminés par une abside semi-circulaire.  Ce balnéaire (très probablement alimenté par l’eau de l’aqueduc) constitue l’aile est d’une vaste habitation comprenant également des cours (dont l’une abritait une forge), des salles, des bâtiments annexes, préservés par leur ré-enfouissement après étude, le terrain étant acheté par la commune en 1980. L’examen des céramiques (et des monnaies) retrouvées sur le site permet de dater cet ensemble des années 150 – 180. »

Plan des thermes (dessin R. Maugard)
Plan des thermes (dessin Raymond Maugard)

Le prieuré Saint-Venant :

La dernière étude, faite par Patrick Bordeaux et Jacques Seigne en 2015, fait le point sur la question ; elle s’appuie notamment sur une communication, jamais publiée, que Charles de Beaumont et Louis Morize ont présenté en 1897 devant la SAT ainsi que sur les 5 planches que Pierre Beaumesnil, comédien et amateur d’antiquités, a réalisées en 1784.

Plan du prieuré en 1780 (BSAT 2015)
Plan du prieuré en 1780 (BSAT 2015)

Les vestiges, déjà signalés par Grégoire de Tours au 6ème siècle et que l’on peut encore voir dans cet ancien prieuré, où l’on peut louer une chambre d’hôtes, s’étendent, au sud-ouest, sur 70 m. d’est en ouest et 25 m. du nord au sud, à proximité de l’ancien presbytère, détruit par un incendie en 1947 ; ce sont essentiellement des murs, qui étaient hauts de 12 m. à l’origine, avec, pour certains, des cordons de briques.

Localisation des vestiges (BSAT 2015)
Localisation des vestiges (BSAT 2015)

Dans le clos du prieuré, ont été trouvés, entre autres objets, un embout en bronze d’un fourreau d’épée, un fragment de dalle avec un petit bas-relief (jambe recouverte de braies), des fragments de marbres blancs et colorés, de céramiques (poteries et amphores), de tuiles à rebord, d’une meule en granit rose, etc.

Le prieuré en 174 Dessin Jacques Périer 1784 (BSAT 2015)
Le prieuré en 1784 (BSAT 2015) Relevé de Jacques Périer : notaire et commissaire à terrier du duché-pairie de Luynes.

Assez bizarrement on ne sait pas exactement de quelle construction viennent ces vestiges datés des 2ème ou 3ème siècle : pile, castrum, castellum, mansio, villa ? Comme l’écrivent Patrick Bordeaux et Jacques Seigne : « Il nous faut reconnaître que le mystère demeure. »

vestiges avant 1947 (BSAT 2015)

Vestiges avant 1947 et en 2014
Vestiges avant 1947 et en 2014

D’autres vestiges de murs antiques, édifiés comme ceux du prieuré, peuvent aussi être vus au sud-est du prieuré, au bord du chemin du Peu Saint-Venant, qui part à droite de la rue Saint-Venant, quand on vient de Fondettes (voir ci-après § sur les voies gallo-romaines).

mur antique (BSAT 48, 2002)
mur antique (BSAT 48, 2002)

À Panchien (au nord-est), selon le Dictionnaire des Communes de Touraine (DCT), un « cercle probablement protohistorique » a été repéré par photographie aérienne. Ce cercle est sans doute, en fait, le théâtre gallo-romain qui nous a été signalé en 2016 par madame D.B. et qui lui avait été montré par une ancienne habitante de Luynes ; cette dernière y gardait ses chèvres, il y a une cinquantaine d’années et, selon elle, les gradins étaient encore bien visibles à cette époque.

théâtre de Panchien (juillet 2016)
théâtre de Panchien (juillet 2016)

La collection du comte Charles de Beaumont, acquise par la SAT, contenait une statuette de 16 cm de Vénus anadyomène à laquelle il manque la tête et les jambes, découverte en 1901 à Panchien.

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Statuette de Panchien (SAT)

L’aqueduc de Luynes, classé dès 1862, qui se trouve au nord-est du bourg, au lieu-dit l’Aqueduc, près de Villeronde, est le plus important et le mieux conservé de Touraine ; il reste 44 piles du pont-aqueduc, qui en comprenait 90, dont 6 entières avec naissance de l’arc et 9 entières supportant 8 arcs.

Aquarelle de François Roger de Gaignières
Aquarelle de François Roger de Gaignières

Selon Michel Laurencin (voir RACF 6.3, 1967), cet aqueduc du 3ème ou 4ème siècle, alimenté par des sources se trouvant à la Pie Noire, conduisait l’eau à une construction se trouvant au prieuré Saint-Venant mais des études et des découvertes ultérieures ont montré qu’en réalité l’eau desservait les thermes très importants de la villa qui était au Clos de Sainte-Roselle (voir ci-dessus).

Aqueduc de Luynes (juillet 2016)
Aqueduc de Luynes (juillet 2016)

Les voies gallo-romaines :

La grande voie qui allait d’Orléans à Angers est continuée par la D 276 sur la commune actuelle de Fondettes puis par la D 76 en arrivant sur Luynes, qui devient ensuite la rue de Saint-Venant, anciennement route de Luynes à Chatigny. Cette voie, qui longe le pied du coteau, était précédée, selon Pierre Audin, par une voie gauloise qui était sur la crête du coteau et qui passait à Panchien.

Voies gallo-romaines (BSAT 48 2002)
Voies gallo-romaines (BSAT 48 2002)

Une voie secondaire rejoignait au Serain (commune de Semblançay) une autre voie importante allant de Poitiers au Mans. Cette voie est peut-être continuée par la D 6 puis par la petite route qui passe La Barre, la Perrée, Négron et la Houdrière.

Rue Saint-Venant (juin 2011)
Rue Saint-Venant (juin 2011)

Un musée privé, appelé Musée Fossiles et Pierres en Val-de-Loire, peut être visité, sur rendez-vous, au 5 rue des Richardières (au nord-est du bourg).

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