HISTOIRE

Le nom de la commune de Maillé, qui fut presque entièrement détruite par les allemands en 1944, apparaît pour la première fois sous la forme Magittus en 903 dans les Actes de Charles III le Simple puis sous la forme Malliacum en 1088 dans la charte 159 du cartulaire de Noyers. Malliacum, qui signifie le domaine de Mallius, est aussi le toponyme du Maillé qui deviendra plus tard Luynes.

Vue en venant de Nouâtre (décembre 2013)

On trouve ensuite les toponymes, de Maillé-Laillier (de Lalliacum ou domaine de Lallius), en 1467, puis de Maillé-Argenson, suite à la réunion des paroisses de Maillé et d’Argenson (voir ci-après), après la Révolution.

Un petit affluent de la Vienne : la Manse, traverse le territoire de la commune, à droite de la D91 allant à Draché ; sa vallée fut occupée dès le néolithique et des pierres taillées ont été trouvées, notamment près de la Heurtelière (voir ci-après).

La Pierre percée en 1986

Des silex polis du néolithique ont été trouvés à Argenson (nord-ouest), à la Braudière (est) et au Moulin (sud-ouest).

Plusieurs mégalithes se dressaient sur le territoire : seul le dolmen de la Pierre levée est encore visible, les autres n’existant plus que par des toponymes, comme le Gros Chillou, près des Éguets (sud-ouest), les Palets de Gargantua, près du Pérou (au sud) et le Chillou percé, toponyme qui n’apparaît pas sur les cartes et qui désigne peut-être la Pierre percée, à la limite entre Maillé et Draché.

Les environs des Éguets
Les environs des Éguets

Le dolmen de la Pierre levée est assez difficile à trouver car il n’en reste qu’un support encore en place et cinq blocs presqu’enterrés, dans un bois, à droite d’une route qui part à gauche de la D 109 (quand on vient de Nouâtre), un peu avant l’autoroute. Ce dolmen se trouvait dans l’alignement avec les Palets de Gargantua (à l’est) et le Gros Chillou (à l’ouest) et, selon Ernest Montrot, il aurait fait partie d’une allée couverte.

Villiers, réemploi médiéval d'une sculpture antique (hypothèse)
Villiers, réemploi médiéval d’une sculpture antique (hypothèse)

Les fouilles préventives faites par la DRAC en 2012 à l’occasion de la réalisation de la ligne TGV Tours/Bordeaux ont révélé deux sites importants :

Villiers celliers gallo-romains
Villiers celliers gallo-romains

À Villiers (nord-ouest), le site a été occupé à l’époque gauloise, au 1er s. avant JC (enclos fossoyé rectangulaire) puis à l’époque gallo-romaine, au 1er s. après JC (celliers enterrés, fossés, céramiques).

Villiers céramiques gallo-romaines
Villiers céramiques gallo-romaines

À la Borderie (nord-ouest), où des silex taillés du magdalénien (-16 000/-11 000) ont été trouvés, le site a également été occupé à l’époque gauloise (-80/-30) puis à l’époque gallo-romaine (1er/3ème s. après JC), comme l’ont montré de nombreux vestiges : constructions arasées, enclos maçonné, fossés, celliers, céramique sigillée, amphores, enduits peints, meules.

Pessé (décembre 2013)
Pessé (décembre 2013)

Des domaines agricoles gallo-romains, tous au nord-est du bourg, se trouvaient aux Merys, venant de Mariacus ou « domaine de Marius », à Nimbré, venant de Nambariacus ou « domaine de Nambarius », à Pessé (voir ci après), venant de Bettiacus ou « domaine de Bettius (patronyme gaulois formé sur betula = le bouleau) », à Villière et à Villiers, venant de villaris ou « domaine rural ». Les fouilles (voir ci-après) ont montré qu’il y avait aussi un domaine rural à la Borderie (nord-est). Des vestiges et des photographies aériennes ont indiqué des traces d’un domaine au Godins mais il s’agit probablement une partie du domaine de Nimbré, tout proche.

Nimbré (décembre 2013)

De nombreux fiefs nobles, qui dépendaient ou de la seigneurie de Nouâtre ou de l’abbaye de Noyers, se trouvaient sur cette paroisse, à savoir Argenson (voir ci-après), la Bourrelière, la Chetallière (voir ci-après), la Heurtelière (voir ci-après) la Roche (voir ci-après), la Rabaudière, l’Écueillé (voir La Celle-Saint-Avant), le Pressoir, dont la ferme, à côté du château d’eau actuel, fut entièrement détruite en août 1944 et fut le seul bâtiment à ne pas être reconstruit ainsi que les Doucets.

La voie ferrée Port-Boulet/Port-de-Piles, qui a été utilisée jusqu’en 1992, pour les trains de marchandises, passait par Maillé et une gare importante se trouvait à la limite entre Maillé et Nouâtre. La partie finale de cette ligne, entre Maillé et Port-de-Piles, a été réhabilitée pour les besoins de la LGV Paris/Bordeaux.

La mairie et l’école avant le massacre

La vie de ce paisible petit village fut tragiquement bouleversée le 25 août 1944, jour de la Libération de Paris. Ce jour-là, suite à un accrochage avec les résistants, qui avait eu lieu la veille près de Nimbré, au cours duquel un officier allemand avait été blessé, une cinquantaine de soldats, dirigés par le sous-lieutenant Gustav Schlüter, responsable du poste allemand de Sainte-Maure-de-Touraine, investirent le village.

Le village après le massacre

124 personnes : 48 enfants de moins de 15 ans dont 26 de moins de 5 ans et 2 nouveau-nés, 39 femmes et 37 hommes furent cruellement assassinés, soit par balle, soit à l’arme blanche ou au lance-flammes, soit lors des tirs d’artillerie et des incendies qui suivirent. En effet après un premier massacre les troupes encerclèrent le village et le bombardèrent systématiquement, en détruisant la quasi-totalité du bourg et plusieurs fermes ; 52 habitations furent brûlées.

Maison au centre du village

Les unités allemandes responsables n’ont pas été identifiées avec précision à ce jour et une enquête allemande, menée par le juge Ulrich Maas, procureur général du parquet de Dortmund, est toujours en cours.

Après la guerre, grâce à l’aide d’organisations et de particuliers, notamment la famille Hale, de Santa Barbara (USA), les bâtiments détruits (sauf la ferme du Pressoir) furent reconstruit in situ avec des murs en moellons blancs et des toits en ardoises pour les particuliers et en tuiles pour les édifices communaux.

Monument de la D 910
Monument de la D 910

Plusieurs éléments commémoratifs ont été installés : une plaque sur la mairie et une autre sur la gare de la ligne Tours/Poitiers, une stèle dans l’église, un monument sur la D 910, à l’intersection de la route allant de Maillé à Draché, une pierre dans le square du village, un autre monument sur l’aire de l’autoroute A 10 et enfin, en 1984, un dernier monument portant tous les noms des victimes dans le cimetière du village, où une cérémonie commémorative se déroule chaque 25 août.

Monsieur Serge Martin, Président de la Maison du souvenir, inaugurée en 2006, qui avait 10 ans à cette époque et qui a échappé au massacre du fait qu’il était alors chez ses grands-parents à Draché, n’a pas oublié le bruit du canon allemand ni le souvenir de ses parents, de son frère et de ses deux sœurs, tous tués ce jour-là. La perte de sa famille ne lui fut annoncée que plusieurs jours plus tard mais comme il le dit : « je savais depuis le premier jour qu’ils étaient morts et je faisais semblant de ne pas le savoir. »

Maison du souvenir (décmbre 2013)

Cette Maison du souvenir, où il y a de fréquentes expositions, évoque ce tragique épisode ainsi que l’histoire de la Résistance dans cette région, qui était proche de la ligne de démarcation jusqu’au 1er mars 1943 et où agissait le réseau Vengeance, animé notamment dans la région par l’abbé Péan, curé de Draché et de la Celle-Saint-Avant. Arrêté le 13 février 1944, alors qu’il célébrait la messe, l’abbé Péan mourut pendant sa détention à Tours, suite aux tortures auxquelles participa la tristement célèbre interprète alsacienne Clara Knecht.

Stèle du cimetière (décembre 2013)

Pour La Maison du souvenir:  Voir https://www.maisondusouvenir.fr/

Monument du souvenir sur l’aire d’autoroute de Maillé (décembre 2013)

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