Bien que faisant aujourd’hui partie de Maillé, Argenson fut au Moyen-âge un fief relevant de « Nouastre à foi et hommage lige et 15 jours de garde dans le château du suzerain », selon le dictionnaire de Carré de Busserolle. Au 15ème s. Jean Gueffault, seigneur d’Argenson obtint de Charles VII des lettres patentes l’autorisant à fortifier sa demeure. Son fils : Antoine Gueffault, seigneur d’Argenson, maître d’hôtel de Louis XI, gouverneur de Châtellerault, épousa en 1476 Marguerite d’Aloigny.  Leur fils : François Gueffault épousa Marguerite de Couhé et, par l’intermédiaire de leur fille : Jeanne de Gueffault, la propriété passa à son mari Jean III de Voyer de Paulmy, grand-père de René, 1er comte d’Argenson.

 Au 17ème siècle René II de Voyer de Paulmy, 2ème comte d’Argenson, qui avait été ambassadeur à Venise (d’où il avait tiré son blason ci-contre) reconstruisit le château et obtint que ses terres d’Argenson soient érigées en paroisse malgré l’opposition du prince Charles II de Rohan-Guémené, seigneur de Sainte-Maure et de Nouâtre, dont l’inspecteur-général Froger de la Carlière se plaignait que le comte d’Argenson eût « usurpé une partie des habitants de Maillé et de Nouâtre pour donner des paroissiens à son chapelain ». (voir Bulletin des Amis du Vieux Chinon 6.8)

En février 1666, au cours d’une de ses nombreuses retraites, le pieux René II « reçut la grâce de bâtir à Argenson une église dédiée au Père éternel». La construction de l’église, commencée en 1667 dura cinq ans ; Antoinette-Catherine, fille de René II, s’y maria le 18 mai 1677 avec Louis de Valory, seigneur de Detilly et René II, décédé le 30 avril 1700, y fut enterré. Un presbytère fut ajouté en 1736, grâce à un legs de François-Hélie de Voyer, archevêque de Bordeaux.

Ce château, classé aux monuments historiques, comprend aussi deux pavillons et un pigeonnier (construit en 1683) ; il est vraisemblable qu’il accueillit l’écrivain Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) qui était un ami du comte d’Argenson et qui vivait dans son château de Balzac, près d’Angoulême. À droite de l’entrée actuelle, transformé en bâtiment agricole, se trouvait l’auditoire de justice où l’on distingue encore la trace laissée sur l’entablement par les lettres de la devise : IN JUSTICIA JUDICABO (« je jugerai avec justice« ).

Un petit-fils de ce comte d’Argenson : Marc-Pierre de Voyer, 3ème comte d’Argenson, fut le ministre de la guerre de Louis XV de 1743 à 1757. Disgracié suite à l’hostilité de Mme de Pompadour, il fut exilé sur ses terres des Ormes, qu’il avait achetées en 1729 et où il fit reconstruire le château. Ami des « philosophes », il accueillit Voltaire dans ce château et Diderot lui dédicaça l’Encyclopédie.

 

Très délabré, ce château fut progressivement restauré, à partir de 1959, après être entré en possession de Thérèse de Goulaine, descendante de Marc-René-Marie, 4ème marquis d’Argenson et de son mari Anne-François d’Harcourt ; après le décès accidentel de Mme d’Harcourt en août 1990, son fils Olivier d’Harcourt continua l’œuvre entreprise pour sauver cette demeure de la ruine.

Famille de Voyer de Paulmy

A- René, 1er comte d’Argenson  (1596-1651) : grand bailli de Touraine en 1643, ambassadeur à Venise

 B- René, 2ème comte d’Argenson (1623-1700) : fils du précédent, ambassadeur à Venise   

C- Marc-René, 1er marquis d’Argenson (1652-1721) : fils du précédent ;  Garde des sceaux

 D1- René-Louis, 2ème marquis d’Argenson (1694-1757) : fils du précédent ; ministre des Affaires étrangères

 D2- Marc-Pierre, 3ème comte d’Argenson  (1696-1764) : frère du précédent ; ministre de la guerre

 E1- Antoine-René, 3ème marquis d’Argenson (1722-1787) : fils de René-Louis ; ministre de la guerre ; vend Argenson en 1765 à son cousin Marc-René

 E2- Marc-René, 4ème comte d’Argenson (1722-1782) : fils de Marc-Pierre ; Lieutenant-général des armées

 F- Marc-René-Marie, 4ème marquis d’Argenson (1771-1842) : fils du précédent ; député progressiste

 

 

 

        

 

 

 

9 ont commenté “Maillé : le château d’Argenson

  • CHRISTOPHE BELHOMME a écrit le :

    Très intéressant. Le site est t-il visible de la route ? Faut-il au contraire s’approcher, et sachant que c’est une propriétée privée, jusqu’où peut_on aller ? L’église est dans un état inquiétant, alors que sur la photo elle semblait hors d’eau dans les années 30, comme le soulignait alors « La Touraine Archéologique » de Ranjard. A qui appartient t-elle ? A la commune de Maillé, ou au propriétaire du château ? Si c’est un bien communal, un chantier de remise en état pourrait être mis en place. Avez_vous sondé la mairie de Maillé à ce sujet ? L’état de ce bâtiment est inquiétant. A l’origine, il y avait deux chapelles, l’une en deça, l’autre au delà du croisillon correspondant. Seule la chapelle nord est subsiste. Il semble que René Voyer d’Argenson soit enterré dans la chapelle du calvaire. Le château disposait d’une porte d’honneur détruite qui s’ouvrait entre les deux pavillons mansardés qui furent transformés en écurie et en poulailler au XIX ème siécle. Le parc a été labouré et a perdu tous ses arbres. Mais la transformation du site en grange à fourrage a permis paradoxalement sa préservation. Je me demande si l’ancien prétoire existe encore. Un endroit peu connu mais digne d’intérêt.

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  • despres a écrit le :

    Il serait souhaitable que ce si beau château soit restauré petit à petit afin qu’ il revive ..
    Je voudrais connaître le montant des impôts ..
    Puis savoir à qui ? il appartient …
    peut – être qu’ à l’ avenir , nous pourrions envisager quelque chose …
    Pour l’ instant je n’ ai pas d’ engagement privé ..

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    • a écrit le :

      Le château d’Argenson est en très grande partie restauré, comme je le dis dans l’article ; c’est une propriété privée appartenant à M. Olivier d’Harcourt.

  • Christian a écrit le :

    Pour information, l’église a été bénie le 15 août 1671.

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  • van ronselé de zerkherem a écrit le :

    bonjour,pourquoi ne pas faire appel a des mécènes ? voire sollicité luynes ou ste catherine de firbois .Dans toutes choses c’est une question d’intelligence . Croire n’est pas vain ,le reste appartient aux bonnes volontées.

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  • GASTON HERVIEUX a écrit le :

    LE TITRE DE DUCHESSE D`ARGENSON EST-IL ENCORE UTILISE DE NOS JOURS ? PAR QUI ?

    QU`EST DEVENU LA DESCENDANCE DE LA NOBLESSE D`ARGENSON ?

    LEDIT CHATEAU A-T-IL TOUJOURS ETE HABITE ? `A NOUVEAU HABITE ?

    COMMENT M. OLIVIER D`HARCOURT, PROPRIETAIRE DU CHATEAU D`ARGENSON ET DE SES DEPENDANCE
    L`A-T-IL ACQUIS ET DANS QUEL CIRCONSTANCE ?

    LE FIEF EST-IL EN PROCEDURE DE RESTAURATION ?

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  • GASTON HERVIEUX a écrit le :

    JE SERAIS INTERESSE D`OBTENIR UNE REPONSE S.V.P.. .
    BIEN A VOUS!
    GASTON HERVIEUX
    LSEIGNEURIEGASTON@HOTMAIL.CA

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  • a écrit le :

    Très intéressant.
    J’y ai re-calculé et restauré le cadran solaire de la façade EST NORD EST.
    Un cadran gravé directement sur la pierre du bâti.
    Les graduations courent de 4H am à 11H am, ensuite il n’est plus éclairé.
    Le style métallique, parallèle à l’axe de la terre, pointe en direction du ciel, vers l’étoile polaire.
    Yves GUYOT, cadranier Gnomoniste

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