Situé sur la rive gauche de la Vienne, ce château est sur Marcilly-sur-Vienne  mais il faisait partie du système de défense de Nouâtre comme le souligne l’abbé Chevalier qui, dans son Histoire de l’abbaye de Noyers (MSAT. 23. 1872), indique que, Nouâtre étant pour Foulques Nerra un point stratégique, ce dernier avait élevé de chaque côté de la rivière deux énormes mottes de défense pour s’assurer le libre passage de la Vienne.

 

Celle de la rive gauche : la motte de Sulion, fut occupée par  un château appelé La Motte-au-fils-Yvon ou La Motte Yvon du 11ème au 18ème siècle. À propos de ce lieu, Pierre Souty écrit dans La famille Ivon de Tavant et de Nouâtre (Bulletin des Amis du Vieux Chinon. VI-1) : « Le premier ascendant connu nous est révélé par le cartulaire de Noyers (…). Nous savons par plusieurs chartes qu’il s’appelait Ivon et qu’il était de Tavant (…). Nous connaissons davantage son épouse. Celle-ci s’appelait Odile (…) elle était originaire de Nouâtre (…). Nous voyons souvent intervenir dans les chartes un chevalier appelé Ansterius de la Motte ; il serait le frère d’Odile. D’après une ancienne généalogie Ansterius et Odile avaient pour père Archambault le long de Nouâtre, lui-même fils de Marric de Nouâtre (…). Nous connaissons les cinq enfants d’Odile. Deux d’entre eux, Aimeri et Girard, seront fréquemment cités dans le cartulaire de l’abbaye de Noyers, leur nom étant accompagné de la désignation « Fils d’Ivon » (…). La butte féodale qui se dressait en face de Nouâtre, sur la rive gauche de la Vienne, devait s’appeler pendant des siècles « La Motte au-fils-Ivon » ou « Motte-Yvon ». (…) Du 14ème au 16ème s. le fief de la Mothe-Ivon est aux mains de la famille de la Jaille, tirant son nom de la seigneurie angevine appelée « la Jaille-Yvon » ; le premier de leur lignée se nommait Yvon (…) on le range parmi les fidèles du comte Foulque Nerra (…). Ces deux dynasties n’auraient-elles pas la même origine, ou faut-il n’y voir qu’une simple coïncidence ? ».

Au 14ème s. le château appartenait à Pierre III de la Jaille (1360-1420), » seigneur des Roches et de  la Mothe-Yvon ». Il fut ensuite la propriété de Charles II de la Jaille (1400-1453) « seigneur des Roches, de la Mothe,  de Draché et de la Tour Saint-Gelin » puis de Pierre IV de la Jaille (décédé en 1490) Une de ses descendantes : Catherine de la Jaille (décédée en 1528), « dame de la Mothe » épousa Jean II de Crevant (décédé en 1491) et leur cinquième fils : Claude de Crevant, qui fut blessé en 1525 à Pavie, devint le seigneur de la Mothe ainsi qu’un des Trois Seigneurs de Pouzay ; plus tard, la petite fille de ce dernier : Léonore de Crevant (née vers 1550) « dame de la Mothe » épousa Charles II Turpin de Crissé (né vers 1545).

 

Selon un aveu de 1540, le château était entouré de fortifications et protégé par un fossé. Au bord de la Vienne, un monticule indique l’emplacement du colombier dont l’assise est encore visible sous les ronces.

 

La construction actuelle date du 17ème s. À cette époque, par l’intermédiaire de Louise d’Aviau de Piolant (décédée en 1684) « dame de la Mothe » et descendante des Turpin de Crissé, le château devint la propriété de Jean II d’Armagnac qu’elle avait épousé en 1628. Ce Jean II d’Armagnac est bien connu : il fut gouverneur et bailli de Loudun vers 1627 ; il y fit connaissance du curé Urbain Grandier qui, avant de périr sur le bûcher en 1634, vint sans doute au château de la Motte pour y déguster « les excellents melons de Touraine » dont le gouverneur parle dans une des 47 lettres qu’il lui adressa. Jean II d’Armagnac, pour sa part, fut assassiné à Paris en 1635 par Jean Duluc, son ancien valet de chambre, avec qui il était en conflit. Dans l’église de Marcilly, une plaque de marbre noir, qui était à l’origine dans la chapelle seigneuriale, selon André Salmon (voir Mémoires de la Société Archéologique de Touraine. 5. 1855) et qui est maintenant sur le mur à droite de l’autel, indique, en latin, « (…) Louise d’Aviau, sa très chère épouse, le sang vengé et le meurtrier ayant subi le supplice de la roue, pleurant ces événements douloureux et affligée pour toujours a pris soin avec ses trois enfants de faire apposer cette inscription. ».

Après 1684, la propriété passa à Mathieu-Pierre d’Armagnac (né en 1675), fils de Jean III d’Armagnac (1631-1684) et petit-fils de Jean II d’Armagnac ; celui-ci fut « seigneur de la Motte, Pussigny, la Douce, la Heurtelière, et autres lieux« , capitaine de chevaux-légers et lieutenant des maréchaux de France. Il mourut sans enfants et le château de la Motte devint la propriété des Rabault de Lansonnière, descendant de Jacques de Rabault, qui avait épousé, en 1602, Marie d’Armagnac, soeur de Jean II d’Armagnac.

En 1752, Jacques Rabault de Lansonnière, fils de Louis Rabault de Lansonnière et de Marie-Rose de Veltat, fut accusé du meurtre du prieur de Marcilly : messire René Huet,  assassiné en février 1752 en même temps que son valet : François Archambeau. Jacques Rabault et sa mère prirent la fuite et ce dernier finit par se faire cordelier à Angoulême mais près de 20 ans après, en mars 1771, un certain Charles Bureau, baptisé à Noyers en 1716, ancien garde-chasse et sergent de la baronnie de Sainte-Maure, condamné à être pendu pour meurtre, avoua au pied du gibet qu’il était l’assassin du prieur (voir aussi ici).

La propriété du château fut alors usurpée par Jean Rabault des Rollands, qui en 1764 le vendit à Anne-Perrine de Gréaulme, veuve d’Armand Gazeau de la Bouère, qui comparut par fondé de pouvoir comme dame de Marcilly à l’assemblée éléctorale de la Noblesse en 1789. Après avoir été réhabilité, Jacques Rabault de Lansonnière réussit à récupérer son bien avec l’aide de René-Louis de Tourneporte, alors gouverneur du château de Nouâtre ; le château de la Motte fut ensuite vendu, en 1784, à Guillaume François Marie Martin d’Anzay (né en 1752), procureur au Parlement de Paris.

Le fils de ce dernier : Louis Marie Martin d’Anzay (1785-1853), avocat à Paris, devint maire de Marcilly et conseiller général ;  sa tombe est dans le cimetière du village (à droite en entrant). Il fut le dernier propriétaire de l’ensemble du château qui fut ensuite morcelé en plusieurs parties. Pendant quelques années la partie centrale fut utilisée comme mairie et comme école. L’aile droite de ce château est actuellement en vente. 

Voici une description du château de la Motte, faite par Alfred Barbier, dans Jean II d’Armagnac, gouverneur de Loudun, et Urbain Grandier (1885)

« Ce vieux manoir s’élève à quelques centaines de mètres du bourg tourangeau de Marcilly, en descendant la rive gauche delà Vienne. Il est d’apparence modeste et, quoique défiguré par des réparations successives et maladroites, il conserve encore un certain cachet de gentilhommière. A l’intérieur, on remarque un bel escalier, large, facile et pourvu d’une rampe en fer forgé ayant du style et délicatement ouvragée. Le jardin du castel forme une haute terrasse sur la Vienne, assez rapide et peu profonde à cet endroit. Voilà pour l’aspect actuel.

Quant à l’état ancien, la description sommaire en a été conservée dans un aveu de 1540 : le château était pourvu de fortifications importantes et entouré de fossés ; on y pénétrait par un seul pont-levis. Derrière la forteresse (à 40 mètres et au nord) était une motte défendue également par des fossés qui, depuis, a été détruite pour combler les douves.

Enfin, il existait dans l’intérieur du château une chapelle dont le titulaire était nommé par l’abbé de Noyers qui résidait à quelques kilomètres de Marcilly.

De l’autre côté de la Vienne et presque en face de la Motte, on découvre un paysage charmant. C’est l’antique commune de Nouâtre que semblent défendre encore les grosses tours rondes, largement effondrées, d’un château du 15ème siècle, appuyées sur les solides assises d’une forteresse du 10ème s.

À droite de ces ruines intéressantes, un énorme tumulus projette son dôme verdoyant au-dessus des rustiques habitations de la petite ville de Noastrum.« 

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