HISTOIRE

Le nom de cette commune, située sur la rive gauche de la Vienne, près de son confluent avec la Creuse, apparaît pour la première fois en 775 dans un Diplôme de Charlemagne, qui confirme l’abbaye Saint-Martin de Tours en tant que propriétaire du domaine appelé Portus, signifiant ici « port ». Il apparaît en suite sous la même forme, en 862, dans les Actes de Charles II le Chauve mais au 13ème siècle on voit l’apparition du pluriel dans le Cartulaire de l’archevêché de Tours (ecclesia Sancti Martini de Portubus), qui confirme l’existence de deux ports : Ports et Vieux-Port.

Plan de l'ossuaire (Musée du Grand-Pressigny)
Plan de l’ossuaire (Musée du Grand-Pressigny)

Comme toute la vallée de la Vienne, cette région fut occupée au paléolithique (galets taillés moustériens trouvés en surface) et surtout au néolithique comme le montre l’ossuaire du Bec-des-Deux-Eaux découvert par hasard en 1946 à hauteur du confluent, sur la rive gauche de la Vienne, à 100 m. à l’ouest de la rivière. Ce site couvrait un hectare et des outils néolithiques de surface y ont été ramassés : lames, nuclei, percuteurs, grattoirs, perçoirs, fragments de haches polies et pointes de flèches. Voir les deux articles d’Ernest Montrot dans BSPF 33.2, 1936 et BAVC 5.3, 1948.

Intérieur de l'ossuaire (Musée du Grand Pressigny)
Intérieur de l’ossuaire (Musée du Grand Pressigny)

On peut voir au Musée Préhistorique du Grand Pressigny une reconstitution de cet ossuaire qui était dans une fosse parementée de dalles verticales et qui contenait neuf squelettes humains, accompagnés de poteries, de gaines en bois de cerf, dont une avec une hache emmanchée, d’instruments en os et en silex, de parures, dont avec une dent de loup percée et deux haches pendeloques ; le tout a été daté de – 3 670 et de – 2 910. On pense que c’était la sépulture d’un camp fortifié se trouvant sur l’oppidum de Sauvage ( commune de Pussigny).

Intérieur de l'ossuaire :  ciseau en os de cervidés et gaine d'outil en bois de cervidé (MGP)
Intérieur de l’ossuaire : ciseau en os de cervidés et gaine d’outil en bois de cervidé (MGP)

Dans ce musée, il y a également une belle hache bipenne importée de Bretagne et trouvée dans la Vienne lors de la construction du pont du Bec des Deux-Eaux en 1876.

Hache bipenne trouvée dans la Vienne (photo Jean-Claude Marquet)
Hache bipenne trouvée dans la Vienne (photo Jean-Claude Marquet)

Par ailleurs, les fouilles préventives menées à l’occasion de la construction de la ligne TGV Paris/Bordeaux ont mis en évidence, un peu au nord de cet ossuaire, au lieu-dit Le Barrage, une enceinte néolithique contenant une quarantaine de structures de combustion à galets chauffés, datant de 4 800 à 4 600 avant JC ainsi qu’une fosse de l’âge du bronze dans laquelle il y avait de nombreuses céramiques, dont un couvercle représentant une toiture. Là aussi s’installa une nécropole gallo-romaine, utilisée jusqu’au 7ème siècle après JC.

Plan des fouilles du Barrage
Plan des fouilles du Barrage

À l’époque gallo-romaine, une agglomération existait sans doute à la place du bourg actuel ; en effet d’importants matériaux de cette époque ont été vus à droite de l’église, dans le jardin de l’ancien presbytère : deux fûts de colonne, l’un avec des feuilles de palmier et l’autre orné de griffons ainsi que deux chapiteaux corinthiens, ce qui laisse supposer qu’un grand édifice, peut-être un temple, s’élevait à la place de l’église. Une pièce de monnaie de Claude le Gothique (empereur de 268 à 270) y a également été trouvée. Certains pensent aussi que cette agglomération était protégée par un oppidum, là où plus tard se dressera le château.

Carte Ernest Montrot
Carte Ernest Montrot

Dans un article paru dans le Bulletin de la Société Archéologique de Touraine, XII, 1899-1900, Louis Bousrez (1848/1912) a publié un article sur une importante découverte, faite en 1899, à 700 ou 800 mètres à l’est des fermes des Places (sud-est du bourg de Luzé) mais sur la commune de Ports ; il s’agissait d’un coffre de pierre et d’un cercueil de plomb, contenant un squelette entier ainsi qu’un petit vase de verre et une pièce de monnaie de Claude le GothiqueSelon plusieurs témoignages, il existait autrefois à cet endroit le toponyme (qui n’apparaît plus sur les cartes) : la Butte du Chillou ou les Gros Chilloux, indiquant la présence d’un mégalithe néolithique et dans la même région, à l’angle sud-ouest du Bois d’Avrigny, au bord de la route allant vers Bois-Aubry (commune de Luzé) on a découvert des vestiges gallo-romains : mortier, fusaïole, nombreux fragments d’objets en verre, de poteries sigillées, de tuiles à rebord ainsi qu’une pièce de monnaie de Constantin (empereur de 306 à 337). Tout ceci laisse supposer qu’il existait dans la région une grande villa gallo-romaine, peut-être à l’emplacement de la Folie.

Céramique sigillée (Musée de Constance)
Céramique sigillée (Musée de Constance)

Deux voies gallo-romaines traversaient le territoire de la commune :

La voie qui longeait la rive gauche de la Vienne, en direction de Candes-Saint-Martin, est reprise par la D 18 ; elle passe à Vieux-Ports, où il y eut plus tard un bac permettant de rejoindre Noyers (commune de Nouâtre) puis longe une falaise, d’où l’on extrayait la chaux. Elle arrivait ensuite à Marcilly-sur-Vienne d’où partait une voie vers l’ouest.

Ancienne voie entre Marcilly et Luzé (octobre 2011)
Ancienne voie entre Marcilly et Luzé (octobre 2011)

Cette voie se dirigeait vers l’importante agglomération de Saint-Jean-de-Sauves (dans la Vienne) ; elle est encore bien visible sur la commune de Ports et passe à Avrigny (voir ci-après) : après ce lieu-dit, elle suivait la limite de la commune puis rejoignait, toujours sur la commune de Ports, la route allant du bourg vers l’abbaye de Bois-Aubry (commune de Luzé) via La Folie et Les Pointes.

Deux domaines agricoles gallo-romains se trouvaient aussi sur cette commune :

Avrigny, à cheval entre Ports et Marcilly, au bord de l’ancienne voie qui allait à Saint-Jean-de-Sauves, au sud de Loudun, et qui passait par Bois-Aubry (commune de Luzé), où l’on peut voir les beaux restes d’une grande abbaye. Ce domaine est cité plusieurs fois dans le cartulaire de l’abbaye de Noyers sous la forme Avigniacum, venant du gallo-romain Apriacum ou « domaine d’Aprinius (le Sanglier) » ; Il y avait là, au 11ème siècle, une « terre » qui appartenait à Girard Deo Gratias et qui fut échangé contre des vignes avec l’abbaye de Noyers, comme l’indique la charte 88 bis, de 1081 ; par la suite « l’alleu d’Avrigny » fut donné à cette même abbaye par Ameline, épouse d’un « noble nommé Jean Le Français, vivant à Nouâtre » (charte 334). Plus tard un « soldat, nommé Aimery Daver », partant pour la 2ème croisade (1147-1149), ainsi que Goslen de Blô, confirmèrent le don fait à l’abbaye de « la dîme d’Avrigny » (charte 553). Le fief d’Avrigny resta en possession de l’abbaye de Noyers, jusqu’en 1791, année où il fut saisi et vendu comme bien national.

Grisay, à cheval entre Ports et Pussigny, du gallo-romaine Gresiacum ou domaine de Gresius, où il y eut ensuite un moulin au bord de la Veude de Ponçay ; cette terre est citée dès 1060 dans la charte 19 du cartulaire de Noyers.

Pendant longtemps l’activité principale de Ports a été la fabrication de la chaux, dont le processus est connu depuis l’époque romaine ; Le calcaire était extrait dans de longues galeries creusées dans le coteau situé entre Marcilly et Ports puis enfourné en couches alternées avec du bois ou du charbon ; à l’intérieur des fours la température montait à plus de 800 degrés et la calcination pouvait durer de trois à cinq jours.

Après refroidissement la chaux était broyée en poudre et mise dans des sacs que des charrettes transportaient jusqu’au port, situé à Vieux-Ports ; les sacs étaient alors chargés sur des bateaux ou transférés par le bac situé entre Vieux-Ports et Noyers pour être amenés jusqu’à la gare SNCF de Port-de-Piles.

Les premiers fours furent construits au 18ème siècle et il y eut jusqu’à 10 fours entre Ports et Marcilly ; une grande usine avec 7 fours fut installée en 1868 en dessous du coteau, presque en face de l’abbaye de Noyers mais le 11 août 1880 l’écroulement de ce coteau détruisit complètement l’usine ; cette catastrophe, qui fit 25 morts et 8 blessés, entraîna la faillite de l’usine et, par contrecoup, celle du bac de Noyers.

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Illustration de la catastrophe

En 1924 un barrage fut construit sur la Vienne, en aval du Bec-des-deux-eaux, au lieu-dit les Maisons Rouges, à cheval entre Ports et Nouâtre, pour les besoins des Papeteries de la Haye-Descartes (aujourd’hui Descartes). Ce barrage, qui passa sous le contrôle de l’EDF en 1946, comprenait une digue de 70 mètres de long et une petite usine hydro-électrique ; un plan d’eau permettant les sports nautiques fut aussi aménagé en amont du barrage ; campings, hôtels et restaurants s’installèrent et firent les beaux jours de la commune.

Mais « l’effacement » de ce barrage, décidé en 1994 dans le cadre du plan Loire grandeur nature, fut réalisé en 1998, malgré l’opposition des élus locaux qui y voyaient une perte de ressources fiscales importantes ; cette destruction, qui, selon beaucoup, ne s’imposait pas, a peut-être eu un impact positif sur le développement des poissons migrateurs (aloses, lamproies, saumons) mais a eu un impact très négatif sur le tourisme du secteur.

La municipalité de Ports-sur-Vienne a retrouvé récemment, sur les bords de la rivière, une maquette de ce barrage et envisage de faire de ce lieu une escale sur la Vienne.

8 ont commenté “Ports-sur-Vienne

  • Friedolin Reske a écrit le :

    J’ai fait la connaissance de l’Atelier de la Martinerie en 1959. Les trois amies (elles ne sont pas soeurs) avaient montée leur atelier dans le petit hameau de Luzillé en Touraine. Un peu plus tard elles s’installèrent dans la Vieille Prieuré de Villeloin-Coulanger, propriété du comte de Montrésor. Voyant qu’elles avaient soigneusement refait la bâtisse, le comte augmentait le loyer. Fin des années soixante mes amies achetaient le château de Hauteclaire. Alors ce n’est pas en 1956!

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  • Philippe Dien-Jahan a écrit le :

    Bonjour Monsieur,
    Pourriez vous m’indiquer la personne qui pourrai me donner des informations sur les familles suivantes.
    Jahan de la Ronde.
    Jahan du Ronday.
    Jahan du Fourneau
    Jahan de Signy
    Jahan de Belleville
    Jahan d’Embourné
    Bien à vous.
    Philippe Dien-Jahan

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    • a écrit le :

      Les familles Jahan sont malheureusement très nombreuses dans la région et pour ma part je n’ai que quelques informations sur les Jahan de L’Estang. Je regrette de ne pouvoir vous donner plus d’informations.

  • Ponsard, Patrice a écrit le :

    Sauf erreur de ma part, le dernier comte de Montrésor était Claude de Bourdeilles, frondeur notoire, parent avec Brantôme, périgourdin, et décédé en 1683..

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  • Meudic Lucette a écrit le :

    Bonjour
    nous sommes à la recherche d’une tapisserie de l’atelier de la Martinerie
    Pourriez-vous m’indiquer s’il y en a encore de disponibles à la vente et ou nous pouvons les trouver
    Je vous remercie d’avance
    Cordialement

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  • Olivier Louf-Meersseman a écrit le :

    Bonjour
    Je suis un amateur de l’atelier de la Martiniere.
    Je pense que l’atelier n existe plus.
    Savez-vous où trouver des informations sur l’histoire de cet atelier ?
    Et des photos de ses œuvres ?
    J’aimerais bien revoir Liberté, Égalité, Fraternité
    Avec tous mes remerciements
    Olivier Louf

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