LE CHÂTEAU

Ce château, construit pour Richelieu par l’architecte Jacques Lemercier, qui avait déjà construit la chapelle de la Sorbonne à Paris, était de plan carré.

Le château
Le château

Le corps de logis, en U, était orné à chaque angle d’un pavillon rectangulaire. La composition des bâtiments du château présentait une hiérarchie des étages : quatre niveaux pour le château, trois pour les écuries, deux pour les communs, et un pour le mur de clôture. Les façades étaient décorées par des statues antiques dont certaines dataient de l’antiquité.

Plan général
Plan général

La première cour, appelée basse-cour, était divisée en quatre carrés de gazons et abritait au nord les écuries du commun et les logements des laboureurs, au sud les fourrières et ménageries. L’anti-cour, délimitée par une balustrade ornée d’animaux sculptés, abritait dans l’aile nord les écuries et dans l’aile sud les logements probablement destinés au gouverneur de château.

Le château et le parc
Le château et le parc

Le pont dormant surmonté d’une passerelle en bois qui permettait de pénétrer dans la cour d’honneur de l’anti-cour menait à un pavillon d’entrée, véritable manifeste politique : une arche dans laquelle trônait une statue triomphante de Louis XIII était encadrée par deux statues antiques représentant Hercule et Mars et le dôme était surmonté de la Renommée soufflant dans deux trompettes. Richelieu avait voulu que ce pavillon soit étroit pour qu’aucun carrosse ne puisse le franchir.

Pavillon des écuries
Pavillon des écuries

Le pavillon des écuries, seul subsistant, est couvert d’une voûte en arc de cloître à lunettes. Les grottes, comprenant une orangerie et le pavillon des chais, très restaurées, sont divisées en trois vaisseaux et couvertes de voûtes d’arêtes plates ; le vaisseau central se termine par une abside couverte d’une voûte en coquille.

La Fontaine visita au début de septembre 1663 le parc et le château qu’il décrits dans une lettre à son épouse : «  On dit qu’il ne se peut rien voir de plus excellent, et qu’en ces statues Michel-Ange a surpassé non-seulement les sculpteurs modernes, mais aussi beaucoup de choses des anciens (…). Nous n’eûmes quasi pas le loisir de considérer ces choses, l’heure et la concierge nous faisant passer de chambre en chambre sans nous arrêter qu’aux originaux des Albert-Dure (Durer), des Titians (Le Titien), des Poussins, des Pérugins, des Mantègnes (Mantegna), et autres héros dont l’espèce est aussi commune en Italie que les généraux d’armée en Suède (…). Enfin nous sortismes de cet endroit et traversasmes je ne sçais combien de chambres riches, magnifiques, des mieux ornées et dont je ne diray rien (…) . Toutefois je vous avoueray que l’appartement du roy m’a semblé merveilleusement superbe ; celuy de la reyne ne l’est pas moins : il y a tant d’or qu’à la fin je m’en ennuyay

Pavillon de l'orangerie
Pavillon de l’orangerie

L’arrière-petit-neveu du Cardinal, Louis-François-Armand de Vignerot, fit effectuer des transformations au château et aménager les jardins et le parc, et vers 1760 fit faire d’importants travaux dans « la Galerie des Glaces », qui auraient été confiés à l’architecte Jean-Michel ChevotetEn 1792 le duc de Richelieu, ancien Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, ayant émigré, ses biens sont confisqués; le château est alors vidé de son mobilier, ses nombreuses œuvres d’art vendues ou attribuées à des musées comme auMuseum central des Arts au palais du Louvre.

Le dôme
Le dôme

Les œuvres picturales les plus notables sont le cycle des Quatre Éléments commandés à Claude Deruet (1588-1660) décorant le cabinet de la Reine, et les huit Évangélistes et les huit Pères de l’Église par Martin Fréminet (1567-1619) antérieures à la construction et destinées initialement à la chapelle du château de Fontainebleau, selon l’historien Jacques Thuillier ; ces deux ensembles sont aujourd’hui conservés au musée des beaux-arts d’Orléans.

Le cardinal avait installé des tableaux d’Andrea MantegnaLorenzo Costa et de Le Pérugin, qu’il avait achetés en 1627. Il les fit compléter par trois bacchanales peintes par le jeune Nicolas Poussin. Il avait également acquis L’Esclave rebelle et L’Esclave mourant de Michel-Ange. Ces œuvres sont aujourd’hui au musée du Louvre.

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L’esclave rebelle
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L’esclave mourant

 Sur la série de vingt grands tableaux représentant les batailles de Louis XIII, huit sont considérées comme perdues et douze autres, conservées au musée du château de Versailles, sont en cours de restauration ; certaines ont été présentées lors d’une grande exposition sur le château et la ville à Richelieu, Orléans et Tours au printemps 2011; et à la fin de celle-ci, six des peintures furent déposées au musée de Richelieu, trois au musée des beaux-arts de Tours et trois au musée des beaux-arts d’Orléans.

Vers 1800 l’architecte Léon Dufourny (1754 -1818) saisit au château le plateau rectangulaire de mosaïque de marbres et de pierres dures d’une table d’apparat qui avait orné un temps le salon précédant la « Galerie des Batailles du Roi », qui, complété postérieurement par un piétement en bois sculpté, est depuis conservé au musée du Louvre (galerie d’Apollon), dont une réplique est exposée au musée des Beaux-Arts de Tours.

entrée château 1

Entrée du château

En 1804 le château très abîmé mais intact est restitué au duc de Richelieu. Un an plus tard il est vendu pour 153 000 livres au marchand de biens Joseph Boutron, qui entreprend sa démolition pour en revendre les matériaux. Le marchand de biens Pilté-Grenet, présumé membre de la Bande Noire : association de liquidateurs d’anciens grands domaines seigneuriaux, achète alors un ensemble de tableaux qu’il léguera en 1824 au musée des beaux-arts d’Orléans.

Boutron démolit quasi-entièrement le château et la demeure devient, comme d’autres, carrière de pierres; quelques statues, épaves de la collection d’antiques du cardinal, un grand portrait équestre du 18ème s., des peintures sont conservés aux musées des Beaux-Arts de Tours et d’Orléans ; celui de Tours conserve aussi un portrait du duc de Richelieu (1696-1788) par Louis Tocqué.

En 1844, la Société des antiquaires de l’Ouest (S.A.O.) de Poitiers acquit pour son musée les vestiges d’une statue monumentale « qui gisaient au milieu des ruines de la bande noire » ; il s’agit d’une des commandes les plus prestigieuses du cardinal-duc, une figure en marbre de Louis XIII sculptée par Guillaume Berthelot ; cette statue, qui ornait la porte d’entrée du château fut mise à bas en 1793, lors du passage de Tallien à Richelieu. 

Lous XIII par Berthelot
Lous XIII par Berthelot

En 1853, le conseiller général Henri Hyacinthe Laurence (1799-1861), propriétaire transitoire, fit construire dans le parc un bâtiment de style néoclassique, dit « le Petit Château »  assez éloigné de l’ancienne demeure. 

En 1877, le richissime banquier parisien Michel Heine, beau-père du septième duc de Richelieu, achète et entreprend de reconstituer le domaine, remet en état le parc et fait restaurer le pavillon des communs. Le Petit château servit alors de résidence à Michel Heine, à son gendre et à sa fille unique Alice – qui, veuve, deviendra par remariage princesse de Monaco – puis devint le logement de fonction du conservateur du domaine.

château

Après la démolition de l’aile Est vers 1900, seul le pavillon central des écuries fut conservé; en 1930, le domaine est donné à la Chancellerie de l’Université de Paris par le dernier duc de Richelieu, qui meurt en 1952.

Une reconstitution virtuelle du château est présentée dans L’Espace Richelieu aménagé dans un des anciens hôtels particuliers bordant la Grand’Rue de la ville de Richelieu (n° 28).

Ceint de 7 kilomètres de mur, le parc de Richelieu, d’une superficie de 475 hectares, abritait le vaste domaine du Cardinal.

2 ont commenté “Richelieu

  • Lebègue a écrit le :

    Bonjour Monsieur,
    Je fais actuellement une recherche historique sur une maison qui se trouve rue de Loudun et j’aimerai savoir d’où vient le plan de la ville ci-dessus (plan vert avec les dates de construction des maisons) et à quoi correspondent les numéros qui y figurent ?
    Je vous remercie beaucoup.
    Sincères salutations.
    Patricia Lebègue
    http://www.lieuxetmemoire.com

    Répondre
    • a écrit le :

      Je ne peux malheureusement pas répondre à vos deux questions, car je ne me souviens plus où j’ai photographié ce plan ! Peut-être dans l’article de Marie-Pierre Terrien (voir BSAT 11.4 2010) ou dans celui de Christine Toulier (voir BSAT 9.7 1993). Vous pouvez aussi contacter directement Marie-Pierre Terrien sur son site https://mariepierre-terrien.com/

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