HISTOIRE 

Chef-lieu du canton, célèbre pour son fromage de chèvre, Sainte-Maure-de-Touraine (décret de 1959) s’est d’abord appelé Arciacum, comme l’indique Grégoire de Tours au 6ème siècle ; ce toponyme gallo-romain peut se traduire par domaine de la citadelle (arx) ou domaine d’Arcius et aurait pu aboutir à Arcé s’il n’avait pas été décidé de le christianiser en lui donnant le nom d’une sainte légendaire qui aurait été tuée ici (voir Saint-Épain ainsi que ci-après l’église et la chapelle des deux vierges). Le nom de Sainte-Maure apparaît pour la première fois en 1065 dans la charte 47 du cartulaire de Noyers. Notons aussi que la commune s’est brièvement appelée Maure-Libre pendant la Révolution.

 

La région de Sainte-Maure fut évidemment occupée à l’époque préhistorique, comme le montrent le menhir de Draché et le dolmen de Bommiers près duquel passait une voie antique allant de Nouâtre à Sainte-Maure (voir ci-après). 

Le site fut sans doute, à l’époque gauloise, une position importante de la tribu celte des Turons comme le montrent l’oppidum des deux Manses (voir ci-après) et le site des Chauffeaux (lotissement à l’entrée de Sainte-Maure, à gauche quand on vient de Nouâtre) où l’un des deux seuls habitats turons du 5ème siècle avant J.C. a été repéré (l’autre étant le site des Fossés blancs à Bléré) ; la présence de fusaïoles et de pesons sur ce lieu, où un carquois en bronze et en fer a également été retrouvé, indique qu’il y avait là des moutons, dont la laine était travaillée.

Plus tard, à l’époque gallo-romaine, il y eut probablement une citadelle là où est maintenant le château, et la voie antique, continuée par une route mérovingienne puis, au 12ème siècle, par un chemin de Compostelle (la via turonensis), arrivait à une croix tréflée entourée d’un déambulatoire puis au Peu blanc (à droite du grand rond-point à l’entrée de Sainte-Maure quand on vient du sud), traversait ce qui est maintenant un centre commercial, empruntait ensuite la rue du Moulin, avec un pont ou un gué sur la Manse, puis la rue Auguste Chevalier, la rue du docteur Patry et l’impasse du ha-ha avant de continuer vers Sainte-Catherine (voir cette commune) et Saint-Branchs.

Avant d’arriver au Peu blanc, la voie antique passait non loin d’une petite butte, où le manoir d’Anzay (à droite sur la D108, quand on va de Sainte-Maure à Nouâtre) continue la villa gallo-romaine d’Anziacum (domaine d’Anzius) ; au pied de cette butte, on a découvert vers 1910, en refaisant la route venant de Sainte-Maure, une nécropole dans laquelle on a dégagé des poteries, notamment une cruche de Samos, une cruche locale, deux écuelles en terre rougeâtre et une carafe en verre ainsi qu’une hachette en fer.

 

Cette nécropole est dite de la Petite Baillolière (à gauche sur la D108, quand on va de Sainte-Maure à Nouâtre), qui est un ancien fief dépendant du château d’Argenson à Maillé). Il y a là plusieurs grosses pierres (voir ci-après) provenant, selon le témoignage du propriétaire, d’un lieu appelé les Trois Croix, au bord d’une petite route allant vers Maillé. Selon une tradition locale, c’est à cet endroit que se serait déroulée la dernière « bataille de Poitiers » (voir Les batailles de Poitiers), après laquelle les corps des guerriers tués auraient été enterrés sur les terres d’un domaine voisin : la Bommelière, où Martin-Tiffeneau (maire de Sainte-Maure de 1847 à 1859) dit avoir trouvé de très nombreux ossements.

On pense généralement qu’un premier château fut édifié à la fin du 10ème s. par le comte d’Anjou Foulques Nerra et confié à l’un de ses alliés qui prit le nom de Josselin de Sainte-Maure ; le fils de ce dernier : Josselin le Poitevin (mort vers 1050) est considéré comme le premier seigneur de Sainte-Maure ; les seigneurs suivants furent Hugues 1er de Sainte-Maure, fils de Josselin le Poitevin puis le petit-fils de ce dernier : Hugues II de Sainte-Maure (mort vers 1180), époux d’Avoïse de Montgoger, puis leurs fils : Guillaume 1er de Sainte-Maure, qui participa à la 3ème croisade ; la seigneurie passa ensuite à sa fille Avoïse, épouse de Guillaume de Pressigny, qui prit alors le nom de Guillaume II de Sainte-Maure (Sur la famille de Sainte-Maure, voir ici).

 

Il n’est pas question d’indiquer ici la généalogie complexe des seigneurs de Sainte-Maure, qui furent aussi seigneur de Nouâtre et de Montbazon et qui a été largement étudiée par ailleurs, notamment par Ernest Montrot (voir bibliographie) ; notons seulement Hercule de Rohan (1568-1654) qui organisa au château de Sainte-Maure une entrevue préparant la réconciliation, en 1589, entre Henri III et Henri de Navarre, (futur Henri IV) dont il fut ensuite un serviteur zélé ainsi que sa belle-fille Anne de Rohan (1609-1685), qui, après une jeunesse aventureuse, devint janséniste et contribua à la prospérité de Sainte-Maure ; le fils aîné d’Anne de Rohan : Charles de Rohan (1633-1699) devint fou avant de mourir en Belgique et son second fils : Louis, dit le Chevalier de Rohan (1635-1674) fut le condisciple et l’ami de Louis XIV avant de comploter contre lui et d’être décapité. Le dernier seigneur de Sainte-Maure fut Henri-Louis-Marie de Rohan (1745-1809), qui perdit ses titres pour avoir émigré, célèbre pour ses prodigalités et par sa banqueroute retentissante de 1783, qui laissa un passif de 33 millions de livres !

 

Au moyen-âge, avait lieu à Sainte-Maure comme dans de nombreuses paroisses la fête de la quintaine, qui prenait des formes différentes selon les endroits ; à Sainte-Maure, elle avait lieu le dimanche de la Quasimodo (1er dimanche après Pâques) près de la Manse, dans un grand pré au-dessous de la Fuye-de-Vaux (à droite de la D910, quand on vient de Tours) et elle concernait les personnes qui s’étaient mariées durant l’année précédente ; la mariée devait chanter une chanson et le marié devait apporter 3 esteufs (balles à jouer) blancs, deux pour le seigneur et un pour le propriétaire du pré ; il devait aussi les jeter en l’air et les rattraper ; s’il n’y parvenait pas, il devait sauter au-dessus de la Manse, dans laquelle il tombait souvent à la grande joie des spectateurs.

    

L’histoire moderne de Sainte-Maure est marquée par l’aménagement de la Route Nationale n°10, ancienne route impériale n°11 en 1811 et ancienne route royale n°10 en 1824. Cette route, allant de Paris en Espagne, assura la prospérité de la ville en y amenant de nombreux voyageurs.

   

Prenant le nom d’avenue du général de Gaulle dans la traversée de l’agglomération, elle était bordée de nombreux cafés et restaurants parmi lesquels le plus connu fut le restaurant du Veau d’Or qui avait une étoile au Michelin dans les années 1960 mais qui est maintenant fermé comme beaucoup d’autres, la construction de l’autoroute A10 ayant entraîné une forte diminution du passage et la RN10 étant devenu la D910.

   

Il existe un excellent site sur cette route, d’où sont tirées les photos ci-contre (voir http://nationale10.over-blog.fr/1-categorie-11214663.html).

   

 

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