HISTOIRE 

Le nom de cette commune, chef-lieu d’un canton du sud-Touraine et célèbre pour son fromage de chèvre apparaît pour la première fois, au 6ème siècle, chez Grégoire de Tours, sous la forme Arciacum, signifiant « domaine d’Arcius » ou « domaine de la citadelle ».

Quant au nom de Sainte-Maure, il apparaît pour la première fois en 1065 dans la charte 47 du cartulaire de l’abbaye de Noyers, cette sainte ayant été assassinée, selon la légende, sur le territoire de cette paroisse (voir la Chapelle des Vierges, page 10).

Des silex taillés du paléolithique ont été trouvés sur l’oppidum des deux Manses (voir page 13) et à La Séguinière (nord-est du bourg).

Des silex polis du néolithique ont été découverts sur l’oppidum des deux Manses, près du dolmen de Bommiers (voir page 12), aux Chauffeaux (voir ci-après) et à La Folie (sud-est).

Hache néolithique trouvée aux Chauffeaux
Hache néolithique trouvée aux Chauffeaux

Sur l’oppidum des deux Manses, les fouilles ont également mis à jour du matériel datant de l’âge du bronze : hache et petit bracelet en bronze.

Une enceinte rectangulaire de 85 m. x 55 m., ouvrant au nord-ouest, entourée de talus de 4 à 5 m. de large, dominant des fossés de 2 m., sans doute protohistorique, existait près de la ferme du Châtelet (nord-est).

Mais c’est surtout pendant la période gauloise que le peuplement s’est développé, comme le montrent l’oppidum des deux Manses et la ferme gauloise découverte par Hélène Froquet (INRAP de Tours) lors de l’aménagement, en 2006, du lotissement des Chauffeaux (sud-ouest).

L'oppidum des deux Manses vu d'avion en 2013
L’oppidum des deux Manses vu d’avion en 2013

Sur l’établissement rural des Chauffeaux, voir l’article de Francesca di Napoli et Dorothée Lusson, in RACF 50, 2011.

Ce site, occupé dès le néolithique, comme le montre la hache polie qui y a été trouvée, fut aménagé par les Turons au 5ème siècle avant JC. Il y avait là des bâtiments, dont certains abritaient des silos.

RACF 50 B
Plan RACF

Les fouilles ont aussi permis la découverte de poteries (jattes, gobelets) en céramiques grossière et fine, des éléments d’un carquois, une fibule ainsi que des fragments de pesons et de fusaïoles indiquant que les habitants y travaillaient les poils de chèvre.

Plan des fouilles aux Chauffeaux (Plan J.M Laruaz AAT)
Plan des fouilles aux Chauffeaux (Plan J.M Laruaz AAT)

Ces habitants cultivaient également de l’orge, du millet, du froment, des lentilles, du lin et des ers ; ils mangeaient, en outre, des glands, des noisettes, des pommes, des prunes et des mûres ; ils élevaient des bœufs, des porcs et des chèvres ; ils avaient des chevaux et des chiens.

Carquois trouvé aux Chauffeaux (photo RACF)
Carquois trouvé aux Chauffeaux (photo RACF)

Notons enfin, pour terminer cet inventaire, que des trouvailles gallo-romaines (un tambour de colonne et une monnaie de Trajan) ne sont pas localisées et qu’une nécropole du bas-empire (3ème/5ème s.), contenant 8 sépultures ainsi que des fragments de fusaïoles et de vases en terre rouge ou en terre blanche, se trouvait entre les rues de la Veillère et de l’Huilerie, au sud de l’église.

 

La voie gallo-romaine, à côté du dolmen (2016)
La voie gallo-romaine, à côté du dolmen (mai 2011)

La voie gallo-romaine qui allait de Nouâtre à Athée-sur-Cher est encore bien visible, notamment sous la forme d’un chemin qui part des Raudières et qui aboutit, au lieu-dit la Liberté, à une croix tréflée, entourée d’un déambulatoire, car cette voie devint ensuite un des chemins de Compostelle.

Cette voie passe à gauche du dolmen puis devant la ferme de la Petite Baillolière ; Il y a là plusieurs grosses pierres provenant, selon le témoignage du propriétaire, d’un lieu appelé les Trois Croix, au bord d’une petite route allant vers Maillé. Selon une tradition locale, c’est à cet endroit que se serait déroulée la dernière « bataille de Poitiers » (voir ici), après laquelle les corps des guerriers tués auraient été enterrés sur les terres d’un domaine voisin : la Bommelière (sud du bourg, à l’est de la D 910), où M. Mathurin Martin-Tiffeneau (maire de Sainte-Maure de 1847 à 1859) dit avoir trouvé de très nombreux ossements.

 

La voie passe ensuite à l’est du manoir d’Anzay, toponyme cité dans la charte 415, de 1116, du Cartulaire de l’abbaye de Noyers, sous la forme Anzaicum, toponyme venant d’Anciacus ou « domaine d’Ancius ». Lors de la réfection en 1910 de la D 108, située entre la voie et Anzay, on a découvert une nécropole dans laquelle on a dégagé des poteries, notamment une cruche de Samos, une cruche locale, deux écuelles en terre rougeâtre et une carafe en verre ainsi qu’une hachette en fer.

L'ancienne voie, à côté du Peu Blanc (mai 2011)
L’ancienne voie, à côté du Peu Blanc (mai 2011)

Après La Liberté, la voie se poursuit, à travers une propriété privée, jusqu’au Peu Blanc ; elle traversait ensuite ce qui est maintenant un centre commercial, empruntait l’actuelle rue du Moulin, où il y avait un pont ou un gué sur la Manse, puis la rue Auguste Chevalier et la rue du docteur Patry, en passant à côté de la butte du château, où il y avait sans doute une citadelle ; elle était finalement continuée par l’actuelle Impasse du ha-ha avant de se diriger vers Sainte-Catherine-de-Fierbois.

Impasse du ha-ha (mai 2011)
Impasse du ha-ha (mai 2011)

On pense généralement qu’un premier château fut édifié à la fin du 10ème s. par le comte d’Anjou Foulques Nerra et confié à l’un de ses alliés qui prit le nom de Josselin de Sainte-Maure ; le fils de ce dernier : Josselin le Poitevin (mort vers 1050) est considéré comme le premier seigneur de Sainte-Maure ; les seigneurs suivants furent Hugues 1er de Sainte-Maure, fils de Josselin le Poitevin puis le petit-fils de ce dernier : Hugues II de Sainte-Maure (mort vers 1180), époux d’Avoïse de Montgoger, puis leurs fils : Guillaume 1er de Sainte-Maure, qui participa à la 3ème croisade ; la seigneurie passa ensuite à sa fille Avoïse, épouse de Guillaume de Pressigny, qui prit alors le nom de Guillaume II de Sainte-Maure (Sur la famille de Sainte-Maure, voir ici).

 

Il n’est pas question d’indiquer ici la généalogie complexe des seigneurs de Sainte-Maure, qui furent aussi seigneur de Nouâtre et de Montbazon et qui a été largement étudiée par ailleurs, notamment par Ernest Montrot (voir bibliographie) ; notons seulement Hercule de Rohan (1568-1654) qui organisa au château de Sainte-Maure une entrevue préparant la réconciliation, en 1589, entre Henri III et Henri de Navarre, (futur Henri IV) dont il fut ensuite un serviteur zélé ainsi que sa belle-fille Anne de Rohan (1609-1685), qui, après une jeunesse aventureuse, devint janséniste et contribua à la prospérité de Sainte-Maure ; le fils aîné d’Anne de Rohan : Charles de Rohan (1633-1699) devint fou avant de mourir en Belgique et son second fils : Louis, dit le Chevalier de Rohan (1635-1674) fut le condisciple et l’ami de Louis XIV avant de comploter contre lui et d’être décapité. Le dernier seigneur de Sainte-Maure fut Henri-Louis-Marie de Rohan (1745-1809), qui perdit ses titres pour avoir émigré, célèbre pour ses prodigalités et par sa banqueroute retentissante de 1783, qui laissa un passif de 33 millions de livres !

 

Au moyen-âge, avait lieu à Sainte-Maure comme dans de nombreuses paroisses la fête de la quintaine, qui prenait des formes différentes selon les endroits ; à Sainte-Maure, elle avait lieu le dimanche de la Quasimodo (1er dimanche après Pâques) près de la Manse, dans un grand pré au-dessous de la Fuye-de-Vaux (à droite de la D910, quand on vient de Tours) et elle concernait les personnes qui s’étaient mariées durant l’année précédente ; la mariée devait chanter une chanson et le marié devait apporter 3 esteufs (balles à jouer) blancs, deux pour le seigneur et un pour le propriétaire du pré ; il devait aussi les jeter en l’air et les rattraper ; s’il n’y parvenait pas, il devait sauter au-dessus de la Manse, dans laquelle il tombait souvent à la grande joie des spectateurs.

    

L’histoire moderne de Sainte-Maure est marquée par l’aménagement de la Route Nationale n°10, ancienne route impériale n°11 en 1811 et ancienne route royale n°10 en 1824. Cette route, allant de Paris en Espagne, assura la prospérité de la ville en y amenant de nombreux voyageurs.

   

Prenant le nom d’avenue du général de Gaulle dans la traversée de l’agglomération, elle était bordée de nombreux cafés et restaurants parmi lesquels le plus connu fut le restaurant du Veau d’Or qui avait une étoile au Michelin dans les années 1960 mais qui est maintenant fermé comme beaucoup d’autres, la construction de l’autoroute A10 ayant entraîné une forte diminution du passage et la RN 10 étant devenue la D 910.

   

Il existe un excellent site sur cette route, d’où sont tirées les photos ci-contre (voir http://nationale10.over-blog.fr/1-categorie-11214663.html).

   

 

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