À propos d’Alain-Fournier

Il n’est pas très facile de savoir que l’école d’Épineuil-le-Fleuriel a servi de cadre à l’un des romans les plus célèbres de notre littérature : Le grand Meaulnes. Rien dans la région ne l’indique et je suis arrivé dans ce lieu (presque) par hasard !

école d’Epineuil le Fleuriel

Ce village est situé dans le Cher, entre Saint-Amand-Montrond et Montluçon, à 3 km de Vallon-en-Sully (où se trouve la gare dans le roman).

la salle de la mairie dans l’école
Henri Fournier (François Seurel dans le roman), qui prit plus tard le pseudonyme d’Alain-Fournier, naquit le 3 octobre 1886 à
La Chapelle d’Angillon (Cher) d’où était originaire sa mère : Albanie Barthe (Millie dans le roman).

En 1891, son père Augustin Fournier est nommé directeur de l’école d’Épineuil-le-Fleuriel (Sainte-Agathe dans le roman) : « Une longue maison rouge avec cinq portes vitrées, sous des vignes vierges, à l’extrémité du bourg ; une cour immense avec préau et buanderie qui ouvrait en avant sur le village par un grand portail ; (…) Ma mère que nous appelions Millie et qui était bien la ménagère la plus méthodique que je n’ai jamais connue, était entrée aussitôt dans les pièces remplies de paille poussiéreuse et tout de suite, elle avait constaté avec désespoir comme à chaque déplacement que nos meubles ne tiendraient jamais dans une maison si mal construite. Quant à moi, coiffé d’un grand chapeau de paille à ruban, j’étais resté là, sur le gravier de cette cour étrangère à attendre et à fureter petitement autour du puits et sous le hangar. »

Albanie Barthe
Augustin Fournier

Dans la cour, sous le préau, le fagotier : un tas de petit bois, permettait d’allumer les poêles des salles de classe et la cuisinière du logement.

le préau et le fagotier

 Cette école a été en activité jusqu’en 1991 ; elle est maintenant désaffectée et l’école du 19ème siècle a été reconstituée avec ses meubles, ses livres et ses cahiers, ses ustensiles, ses cartes et ses tableaux ; au centre on voit les deux salles de classes, à droite l’ancienne marie, à gauche le logement, à l’étage la mansarde de François Seurel et du grand Meaulnes ainsi que les greniers. On peut la visiter du 1er avril au 31 octobre (sauf le mardi du 1er juillet au 31 août, sauf les lundis et mardis pendant les autres périodes). Téléphone : 02 48 63 04 82 ; courriel : maisonecole@grandmeaulnes.org ; site : grandmeaulnes.free.fr

salle de classe

 L’arrivée d’Augustin Meaulnes est évoquée dans ces termes : « Souvent nos dimanches d’hiver se passaient ainsi. Dès le matin, mon père s’en allait au loin sur le bord de quelques étangs couverts de brume, pêcher le brochet dans une barque et ma mère retirée jusqu’à la nuit dans sa chambre obscure rafistolait d’humbles toilettes. Elle s’enfermait ainsi de crainte qu’une dame de ses amies aussi pauvre qu’elle mais aussi fière vint la surprendre. Ce dimanche là, lorsque j’eus pénétré dans la salle à manger, immédiatement suivi de la visiteuse (la mère d’Augustin Meaulnes), ma mère apparut tenant à deux mains sur sa tête des fils de laiton, des rubans et des plumes qui n’étaient pas encore parfaitement équilibrés. (…) Mais apercevant cette femme assise dans le grand fauteuil au fond de la salle, elle s’arrêta déconcertée. Bien vite elle enleva sa coiffure et durant toute la scène qui suivit elle la tint contre sa poitrine, renversée comme un nid dans son bras droit replié. »

le salon

 Augustin Meaulnes est pris en pension par M. Seurel et loge avec François : « Notre chambre était une grande mansarde (…) il était impossible de fermer complètement la porte qui frottait sur le plancher. Lorsque nous y montions, le soir, abritant de la main notre bougie que menaçaient tous les courants d’air de la grande demeure, chaque fois nous essayions de fermer cette porte, chaque fois nous étions obligés d’y renoncer et toute la nuit, nous sentions autour de nous, pénétrant jusque dans notre chambre, le silence des trois greniers. »

la mansarde de François et d’Augustin

C’est dans cette chambre que François est témoin du projet d’évasion d’Augustin : « Vers le milieu de la nuit, je m’éveillai soudain. Meaulnes était au milieu de la chambre, debout, sa casquette sur la tête, et il cherchait au porte-manteau quelque chose : une pèlerine qu’il se mit sur le dos. La chambre était très obscure. Pas même la clarté, que donne parfois le reflet de la neige. Un vent glacé soufflait dans le jardin mort et sur le toit. Je me dressai un peu et lui criai tout bas : Meaulnes, tu repars ? Il ne répondit pas. Alors tout affolé, je lui dis : Et bien, je pars avec toi, il faut que tu m’emmènes. »

un des greniers

Après avoir été élève au lycée Voltaire, à Paris, puis aux lycées de Brest et de Bourges, Alain Fournier prépare le concours d’entrée à l’école normale supérieure au lycée Lakanal. Il a pour condisciple Jacques Rivière qui deviendra son ami et épousera sa sœur Isabelle. En 1905 il fait la connaissance d’Yvonne de Quiévrecourt (Yvonne de Galais dans le roman), son premier grand amour. Le grand Meaulnes paraît en 1913.

Officier de réserve, Alain-Fournier est mobilisé et tué le 22 septembre 1914. Son corps n’a été retrouvé qu’en 1992.

lycée Voltaire 1898
lycée de Brest 1902
lycée Lakanal 1905
1914

Il faut visiter l’école d’Épineuil-le-Fleuriel et (surtout) relire Le grand Meaulnes. Le nom du personnage principal est inspiré par le village voisin de Meaulne où il n’y a rien à voir (si ce n’est l’église, qui est belle).

salle de classe

4 ont commenté “Alain-Fournier

  • nicole buresi a écrit le :

    Je viens de tomber sur ce travail à propos du Grand Meaulnes et d’Alain Fournier. Une découverte
    Superbe
    Merci !
    Iseut

    Répondre
  • Thierry Teinturier a écrit le :

    J’ai toujours associé les noms de Charles Péguy et Alain Fournier ; sûrement parce qu’ils sont morts tous les deux la même année, le même mois, fauchés par les balles. De grands auteurs, chacun dans son foisonnant émoi.
    (Bon, si j’aime bien écrire je me sens toutefois juste digne d’être un peu de poussières collées aux semelles des grands auteurs. Quelqu’un a déjà dû dire cela, c’est un peu gnangnan mais tant pis.. .)

    Sûrement aussi pour m’être trouvé un jour de hasard devant le mausolée signalant les lieux où est tombé Charles Péguy avec ses compagnons d’infortune. On m’a dit qu’ils étaient tombés tous ensemble, en arrière, fauchés par la mitrailleuse ; on m’a dit qu’ils avaient l’air de dormir, là, sur le dos, ou bien un air de sieste sous le soleil. Cela est-il vrai, je ne le sais pas, peut-être.

    A l’instant je pense à Fédérico Garcia Lorca, et à son petit poème où il demande à être enterré sous le sable – avec le Grillon ? je ne sais plus, peut-être avec sa guitare, un tout petit poème de quelques lignes. J’avais quinze ans peut-être. Je me demande pourquoi j’ai écrit que je ne lisais pas les poètes… Mais il est vrai qu’en avoir peu lu n’empêche nullement d’être foudroyé par quelques poèmes. Il y a des petits poèmes qui foudroient comme les balles. On n’en meure pas, mais on ne les oublie pas.

    J’ai lu quelques vers très mystiques de Péguy, quelques lignes aussi d’un ouvrage parcouru chez un bouquiniste, mais je n’ai pas été au-delà;

    Je me souviens de mes lectures du Grand Meaulnes, lu par à-coups parce que c’était, en tout pour moi, assez langoureux. Qui n’a pas été romantique dans sa jeunesse ?

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  • Thierry Teinturier a écrit le :

    Parlons de choses plus gaies, même si il y a d’évidence qq chose de surannée dans ce livre. Belle présentation et clichés d’aujourd’hui de lieux inchangés, comme figés dans le temps. J’ai lu les qqs lignes tirées du Grand Meaulnes, Il règne dans ces clichés du préau, de la classe, un instant arrêté, comme en suspens durant une chaude journée d’été. Votre rencontre à l’impromptu d’Epineuil le Fleuriel n’est pas sans me rappeler m’être trouvé par hasard, un jour, dans le village de George Sand, lui aussi situé dans le Cher à Nohan-Vic.

    Comme à mon habitude je ne vais pas m’instruire sur internet avant de parler d’un ouvrage que j’ai lu dans le passé, du moins pas avant de connaître la réalité des vestiges mnémoniques (vestiges mnémoniques, ah, cela sonne bien…) qui me restent.

    Le mot ‘langoureux » me paraîtrait toujours adéquat. Il y avait une petite musique tristounette, une saudade si on veut, qui nimbait, pour moi, les pages de ce livre. Musicalement ce serait un air de Chopin peut-être. J’y associerais aussi cet air si calme, que je fredonne souvent et dont j’appris et le titre et le nom de l’auteur, Ravel, il y a peu : Pavane pour une infante défunte; Le titre me surprit car je n’imaginais pas du tout une mélodie mortuaire. Bon ! J’oublie le titre, la pauvre enfant, et je garde la douceur de cette petite musque.

    Yvonne de Galais, je me souviens de son nom; Je me souviens aussi d’une fête d’été dans le roman, qui me semblait baroque.Baroque, la fête ou le roman ? Peut-être bien les deux.

    Maintenant que je sais que je ne sais plus grand chose du livre, je vais me renseigner sur la toile, la toile d’araignée, la toile la bien nommée c’est sûr; Elle est partout;.;

    Dommage que je n’ai pas un livre sur Le Grand Meaulnes, genre petit bouquin de lycéen, ce serait mieux que cet écran qui fusille les yeux, mais bon. Je n’ai pas relu, si il a des fautes c’est pas grave.. .

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