Alain Mabanckou est né au Congo-Brazzaville en 1966 ; bon connaisseur de la littérature francophone, il l’enseigne à l’université de Californie aux USA. Son premier roman : Bleu-Blanc-Rouge (1998) a obtenu le grand prix littéraire d’Afrique noire.

Alain Mabanckou

African psycho (Le Serpent à plumes, 2003) fait évidemment référence au roman de Bret Easton_Ellis mais Grégoire Nakobomayo est beaucoup plus sympathique et attachant que Patrick Bateman ; c’est surtout un meurtrier qui ne tue personne et un grand bavard qui, pour notre plaisir, part continuellement dans des digressions sur l’histoire de son quartier : Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, un quartier où les bars portent des noms savoureux, comme Boire fait bander, Verre cassé-Verre remboursé, Bois et paye demain et où les prostituées travaillent dans la rue qui (on devine pourquoi) s’appelle Cent-francs-seulement après s’être appelée Six-cents-francs-au-moins !

Verre cassé (Points Seuil, 2005), qui englobe, en forme de clin d’œil, les titres de quelques 250 œuvres littéraires, nous passionne avec des histoires de soûlards racontées par un soûlard à qui L’Escargot entêté, le patron du bar Le Crédit a voyagé, ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, demande de devenir son historiographe. Verre cassé, un ancien instituteur chassé de son poste pour ivrognerie, fait la satire des riches et des puissants tout en étant atteint d’une logorrhée (il n’y a aucun point dans son texte) pleine d’humour (« Il n’y a rien de pire que le travail forcé, je ne suis pas son nègre »), de verve crue et de personnages pittoresques comme l’Imprimeur, celui qui, pour son malheur, a épousé une blanche, Casimir le Géographe, le concurrent très spécial de Robinette ou Angélique/Diabolique, l’ex-épouse du pauvre Verre Cassé.


Mémoires de porc-épic (Seuil, 2006) qui a obtenu le prix Renaudot, est présenté comme un texte écrit par Verre Cassé que L’Escargot entêté, son exécuteur testamentaire, envoie à l’éditeur. On retrouve dans ce roman le même amour des mots et du langage parlé que dans le roman précédent mais ces mémoires sont plus enracinées, avec les doubles pacifiques ou nuisibles, par exemple, dans la civilisation africaine. Alain Mabanckou possède le grand avantage d’allier la culture française à la culture congolaise et cela donne à ses œuvres une allure métissée qui, Montaigne le disait déjà, fait la richesse des êtres. J’ai eu l’occasion, en 2008, de rencontrer Alain Mabanckou à La Forêt des livres de Chanceaux Près Loches et je ne dirais pas qu’il a la verve et la truculence de ses personnages mais il y a comme un petit air de ressemblance !


Alain Mabanckou vient aussi de traduire Bêtes sans patrie de Uzodinma Iweala, mais ceci est une autre histoire.

 

Une personne a commenté “Alain Mabanckou

  • Thierry Teinturier a écrit le :

    Cet auteur a au moins l’avantage, dans votre présentation, d’écrire des choses moins sombres que Emmanuel Carrère !
    A propos de noms truculents, je me souviens du Putois Bar, un estaminet du quartier des halles à Tours, qui existait encore dans les années 70, ce me semble, sauf erreur.

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