Pierre de Ronsard est né en 1524 au manoir de la Possonnière, dans la commune de Couture-sur-Loir, en Vendômois. Cette commune, qui se trouve dans le Loir-et-Cher, est près de la Touraine et à une quarantaine km au nord de Tours. Le château est en bordure de la forêt de Gâtines, dont les Ronsard étaient, de génération en génération « sergent fieffé ».

la Possonnière et la forêt de Gâtines (2010)

La Possonnière est un très bel endroit qui appartient maintenant à la Communauté de communes du Pays de Ronsard et qui mérite d’être visité (tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 13h et de 14h30 à 19h de mi-juin à mi-septembre ; le jeudi, vendredi, samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h de début avril à mi-juin puis de mi-septembre à fin octobre ; renseignements au 02 54 72 40 05).

Façade sud de la Possonnière (2010)

Ce manoir a été construit au 15ème s par le grand-père du poète : Olivier Rossart (mort en 1493), échanson de Louis XI puis remanié par son père Loys de Ronsart (mort en 1544), dont le buste est au-dessus de la porte d’entrée du manoir et le gisant dans l’église de Couture, en compagnie de celui de son épouse Jeanne Chaudrier. Le château passa ensuite par héritage au fils aîné : Claude de Ronsard. On peut noter que le second fils, Charles de Ronsard, fut abbé commendataire de l’abbaye de Bois-Aubry (Indre-et-Loire).

Façade nord de la Possonnière (2010)

Le jeune Ronsard passa son enfance dans cette belle région, dont il célèbre souvent la forêt de Gâtines ou la fontaine Bellerie, comme dans ce poème, paru dans le second libre des Odes, dont voici la première strophe :

Ô Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de ta source,
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu’au bord de ton ruisseau.
 

la fontaine Bellerie (2010)
En 1555 il tombe amoureux de Marie Dupin, une « fleur angevine de quinze ans », dont le père tenait l’auberge du Pin à Port Guyet, sur la commune de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, qui se trouvait effectivement en Anjou à cette époque.
Maison de Marie Dupin à Port Guyet (photo du site de la mairie)

Renonçant aux complications pétrarquistes inspirées par Cassandre Salviati, il écrivit pour elle « des poèmes simples et clairs », publiés dans Second livre des Amours (1555) et dans Nouvelle continuation des Amours (1556) comme le sonnet suivant :

Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies
Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés bien qu’elles soient fleuries
En peu de temps cherront toutes flétries
Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous, nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle;
Pour ce, aimez-moi cependant qu’êtes belle.

Pour voir sa bien-aimée, il se rend un jour à Tours, où la jeune fille était allée à un mariage et il relate ce voyage dans un long poème intitulé Le voyage de Tours ou les amoureux.
Prieuré de Saint-Cosme : église (2010)

Il publia également en 1578 un recueil intitulé Sur la mort de Marie, contenant des poèmes inspirés par la mort de Marie de Clèves, maîtresse du futur Henri III, décédée en 1574 mais aussi par la mort de Marie Dupin, survenue en 1573.

Saint-Cosme : cloître et maison du prieur (2010)

En 1564, son frère Charles lui avait cédé le prieuré de Saint-Cosme-en l’île, (commune de La Riche, juste à côté de Tours). L’année suivante Catherine de Médicis vient lui rendre visite avec son fils Charles IX et Ronsard leur offre des melons de son jardin. C’est là que Ronsard mourut en décembre 1585 et il fut enterré dans le chœur de l’église.  

choeur de l’église du prieuré de Saint-Cosme (2010)

Cet endroit émouvant, qui appartient au Conseil Général d’Indre-et-Loire, peut être visité tous les jours (sauf le mardi du 15 octobre au 15 mars) ; renseignements au 02 47 37 32 70

Prieuré de Saint-Cosme : maison du prieur (2010)

Voici un de ses derniers poèmes, écrit quelques jours avant sa mort :

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé ;
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé.
Adieu, plaisant soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

 Ses restes, retrouvés par hasard en 1932, furent identifiés par le docteur Ranjard, grâce notamment à un portrait du 16ème siècle.
identification de la tête de Ronsard par le docteur Ranjard
Portrait de Ronsard (16ème s.)

Le poète n’a donc pas été enterré, comme il le demandait dans un poème du IVème livre des Odes, dans cette « île verte » qui se trouve au confluent du Loir et de la Braye à Couture-sur-Loir.

Couture-sur-Loir : l’île verte (2010)

8 ont commenté “Ronsard

  • a écrit le :

    Merci de présenter si agréablement Pierre de Ronsard.

    Répondre
  • Grilhé a écrit le :

    Bonjour
    Il ne faut pas oublier le Prieuré Sainte Madeleine de Croixval à Ternay je crois…
    Ronsard allait également rendre visite à la jeune Salviati lorsqu’elle résidait au petit Saint-Marc à Courtiras près de Vendôme !
    Félicitations pour ces textes et ces clichés
    Un vieux vendômois toujours aussi admiratif de sa ville ! Bien que n’y résidant plus depuis fort longtemps!
    Cordialement
    JPG

    Répondre
  • Gerard COQUAIS a écrit le :

    Bonjour,
    Merci pour cette présentation de RONSARD…
    Sur la photo de « l’île verte », on distingue une sorte de pierre tombale verticale!…Savez-vous de quoi il s’agit ?
    Merci pour votre réponse
    Cordialement
    GC

    Répondre
  • a écrit le :

    Je vient de regarder une émission sur Ronsard, je suie contente de trouver cet article. Tout comme Gérard j’aimerais savoir a quoi correspond cette pierre?Dans émission il parlais de cette ÎLE verte. Merci
    A bientot peut étre

    Répondre
  • Celine Rousselle a écrit le :

    La pierre sur l’île verte est une pierre tombal pour montrer l’endroit où il voulait être enterrer.

    Répondre
  • Alex a écrit le :

    Bah il manque un peu… Les genres litteraires…. Apres le reste ça va

    Répondre
  • Thierry Teinturier a écrit le :

    St Côme était, pour nous autres les quarante cinq infortunés élèves de la classe de Certificat d’études dites primaires de l’année 1965, à l’Institution N. D la Riche, sous l’égide du terrifiant Monsieur H, un breton qui n’avait plus de bras gauche et qui se rattrapait avec le bras droit, bras terminé par un battoir à cinq doigts, le terrain de sport où un car nous emmenait chaque fin de semaine. Un peu de répit sportif dans un monde déjà brutal. Là, point des doux vers de Ronsard malheureusement, pas de poésie dans les coups de poing reçus par de frêles épaules, pas de Mignonne sous les claques sèches sur joues, tempes et crâne si le crâne eut la bêtise de bouger, gifles si violentes que parfois le gosse était propulsé à terre. Pas de sentiments non plus de la part de la mince règle en fer qui s’abattait si souvent, non dans le creux de la paume, cela aurait été moins marrant pour le sadique, mais sur le dessus de la main tremblante, tous os présentés, Retirée trop vite avant le coup c’était deux coups. Pas de douceur façon Pierre de Ronsard qui repose tranquillement à un jet de pierre pourtant. Absence de Cassandre, d’Hélène, des belles de ces temps là.

    Au Certif, dans la classe d’H, on apprenait pas les poètes, ça collait pas avec la trique. Le prof ne devait pas être poète. C’est tout bête. Nous n’avons pas gravé son nom de prof sur le grand chêne devant le stade.

    L’horizon de ces anciens lieux où vécut le poète des Amours était limité, pour nous, enfants, par de hauts murs d’où émergeaient des ruines à peine perceptibles, par un bâtiment moderne, hideux, fait de meulières, qui nous servait de salle de sport lorsqu’il pleuvait et par la voie du chemin de fer perchée haut sur le ballast dominant le terrain de foot. Lorsque une locomotive y passait, une formidable nuée de vapeurs engloutissait le terrain et nous avec. Petites joies de mômes brassant l’air blanc, humide, insaisissable, durant un bref instant. On riait parfois de ne plus se voir. Comme quoi on peut avoir la frousse collée au frêles corps chaque journée scolaire et rire quand même de temps en temps. Un rire nerveux peut-être, nécessaire sûrement.

    J’ai revu St Come. Trente années plus tard, mais de loin, tournant le dos à ces lieux après avoir songé m’y arrêter. Après tout je ne m’étais pas arrêté non plus rue Alleron, la rue du Certif, la rue de l’austère Institution Notre Dame La Bien Dottée, elle. J’avais juste emprunté le Boulevard Preuilly que je pratiquais, gamin, quatre fois par jour les pieds dans les feuilles platannes l’automne, à saute-mouton des caniveaux aux beaux jours et dans la neige parfois plus tard.

    J’ai revu St Come. Il y a deux ans, cinquante ans après en compagnie d’un compagnon de ces temps là, Joël T. Où êtes vous, vous les autres gamins ? Les Christian Ci.. Alain Le Co.. Michel Cou.. ? Où es-tu toi dont nous avons perdu le nom et le prénom, toi le plus battu, toi qui, battu à coups de poings dans les épaules, le corps écrasé sur la table sous le genoux du sadique, regardait le vide les yeux vides, larmoyants, nez coulant, taches de rousseurs noyées dans ton visage blafard ? Qu’es-tu devenu mon pauvre ami ? Et toi Gaze.. que j’ai revu rue des Halles vingt ans plus tard l’attaché-case à la main, souriant, toujours souriant, la gentillesse chevillée au corps comme avant, qu’es-tu devenu ? Que Jupiter, Janus, Minerve, vous gardent tous.

    Le bâtiment hideux, devenu remise des ouvriers de la commune, le terrain de sport à peine reconnaissable, mangé par les ronces, une pancarte : Entrée interdite. Entrée interdite ? Tant mieux. Dans la belle demeure du poète, lectures, à voix chuchotantes, de poèmes qu’on avait jamais lu puisqu’on avait jamais lu Ronsard. C’est chantant, Ronsard.
    Le prieuré, très bien mis en valeur, restauré, est donc ouvert au public. Que d’autre dire qu’il faut vous y venir ? Les beaux clichés de M. Danquigny vous y invite.

    Mais nous, nous nous sommes dis que nous ne reviendrons pas. Pas la cité Tonnelé, pas le Jardin botanique, pas de rue du Dr Chaumier, pas le Preuilly, plus de La Riche, Lamartine, Courteline, Plummereau, les Halles, plus de Prieuré de  »St Causme » malgré le fugace plaisir d’une belle découverte avec tant de vieilles pierres, de beaux jardins agencés, de beaux poèmes amoureux et une pierre tombale silencieuse, Trop de liens avec un passé inutile. Seule la Loire nous a parlé, elle. Elle a su bercer encore, quelques instants charmeurs, l’âme des vieux jeunots pirates de ses rives cachottières. Heureusement qu’il y avait le grand fleuve, c’est vrai, dans notre enfance, à une portée de flèches de nos maisons familiales. Le bon grand fleuve, pour ce qu’il lui reste d’eau tant pis mais bancs de sable toujours, mais berges foisonnantes encore, sut nous faire oublier les heures noires, On est repartis, l’un pensant à son Hélène, l’autre à sa future Cassandre.

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  • Thierry Teinturier a écrit le :

    Ayant parlé de nous, peu du poète, dont je ne connaissais que le premier vers de son poème le plus connu,  »Mignonne, allons voir si la rose… » je tiens à me rattraper, au moins un peu, surtout que, apprends-je aujourd’hui même, Ronsard aurait été le poète le plus lu avec Victor Hugo, en France ?

    Voilà faute réparée avec, ce qui n’est pas sans rappeler, talents bien distincts évidemment et sans coup férir, les plaintes d’un Ruteboeuf peut-être, la sincère douleur du poignant rhumatisant :

    PIERRE DE RONSARD

    ___ Ah longues nuicts d’hyver de ma vie bourrelles

    Ah longues nuicts d’hyver de ma vie bourrelles,
    Donnez moy patience, et me laissez dormir,
    Vostre nom seulement, et suer et fremir
    Me fait par tout le corps, tant vous m’estes cruelles.

    Le sommeil tant soit peu n’esvente de ses ailes
    Mes yeux tousjours ouvers, et ne puis affermir
    Paupiere sur paupiere, et ne fais que gemir,
    Souffrant comme Ixion des peines eternelles.

    Vieille umbre de la terre, ainçois l’umbre d’enfer,
    Tu m’as ouvert les yeux d’une chaisne de fer,
    Me consumant au lict, navré de mille pointes :

    Pour chasser mes douleurs ameine moy la mort,
    Ha mort, le port commun, des hommes le confort,
    Viens enterrer mes maux je t’en prie à mains jointes.

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