NOUÂTRE À L’ÉPOQUE DES ROHAN (16ème/18ème siècles)

 

Renée du Fou avait, nous l’avons vu, épousé Louis III de Rohan-Guémené et dès lors la destinée de Nouâtre fut aux mains de cette grande famille, qui se s’intéressa pas souvent à cette petite seigneurie, confiée à un gouverneur.

Celui-ci est, au début du 16ème siècle, René V de la Jaille, arrière-petit-fils de Pierre IV de la Jaille et seigneur de Marcilly.

Plus tard, ce gouverneur sera René VII de la Jaille, petit-neveu de René V puis son fils Jacques I de la Jaille, seigneur de Marcilly, qui habita longtemps le château, d’où sont datés des actes de 1624, 1631 et 1637.

En tant que gouverneur, il avait sous ses ordres 18 chevaliers et 150 arrière-vassaux, qui pouvaient être mobilisés pour la défense de la forteresse.

Parmi les seigneurs de Nouâtre, un des plus connus est Hercule de Rohan (1568-1654), duc de Montbazon, artisan de la paix entre le roi Henri III et Henri de Navarre, le futur roi Henri IV, avec qui il combattit contre la Ligue, gouverneur de Nantes (1598), d’Amiens (1616) et de Paris (1619-1654).

Présent, dans le carrosse du roi Henri IV lorsque celui-ci fut assassiné, il fut lui-même blessé.

Il avait acheté le château de Couzières, à Veigné, qu’il fit transformer et dans lequel il reçut, en 1619, pour une réconciliation, à l’instigation du Cardinal de Richelieu, le roi Louis XIII et sa mère Marie de Médicis.

Son fils : Louis VIII de Rohan épousa sa cousine germaine : Anne de Rohan (1606-1685) et ils eurent deux fils : Charles de Rohan, mort fou en Belgique en 1699 et Louis de Rohan, dit le Chevalier de Rohan, décapité en 1674 pour avoir comploté contre Louis XIV.

Anne de Rohan mena une vie tumultueuse avant de devenir janséniste en 1640 et, après la mort de son mari en 1667, elle se consacra à ses seigneuries, qu’elle légua à son petit-fils : Charles III de Rohan-Guémené (1655-1727).

C’est elle qui fit reconstruire les Halles de Sainte-Maure et qui fut, sans doute, à l’origine de la première restauration de l’église de Nouâtre, au 17ème siècle (voir ci-après, page 137).

Ce Charles III de Rohan-Guémené, à la fin du 17ème siècle, eut un conflit avec René II Le Voyer de Paulmy, comte d’Argenson, qui était très pieux et qui avait fait reconstruire le château d’Argenson  en édifiant à côté une église « dédiée au Père éternel » qu’il voulait faire ériger en paroisse.

Charles III de Rohan s’opposa à cette prétention et l’inspecteur général de ses domaines : René Froger de la Carlière rédigea un rapport dans lequel il écrit notamment : « la cure dudit lieu de Nouastre, bourg qualifié cy devant de ville, composée de 60 à 80 feux, est de la fondation de Monseigneur le prince de Guémené à la présentation de l’abbé de Noyers. Messire Michel de Seysser en est le curé et son revenu n’est que de 300 livres » et dans lequel il dénonce l’achat du fief de Talvois par René II d’Argenson « pour donner des paroissiens à son chapelain ».

Effectivement René II d’Argenson avait acheté ce fief, sur le territoire duquel se trouvait la fontaine Saint-Révérend où il avait fait édifier une chapelle ainsi qu’un grand bassin rectangulaire en pierre portant, en lettres majuscules, l’inscription suivante : « Priez Dieu pour Mess. et Mesd. d’Argenson ».

Mais les d’Argenson, qui étaient bien en cour l’emportèrent facilement sur les Rohan, qui de leur côté, n’étaient guère aimés de Louis XIV et la paroisse d’Argenson fut créée.

Vers 1686 on découvrit à Noyers, près de la source de la Fontaine blanche (qui a donné son nom aux deux étangs voisins), une mine que l’on espérait d’or mais que l’Encyclopédie indique comme « une mine de cuivre tenant argent ». Louis XIV cependant fonda de grands espoirs sur cette mine qui, pensait-on, allait rétablir les finances du royaume et, en 1696, il en confia l’exploitation au baron de Pointis (1645-1707), qui avait des propriétés dans la région mais ce baron de Pointis, corsaire par ailleurs, était alors fort occupé en Colombie, où il prit la ville de Cartagena de Indias en 1697 et l’exploitation, qui en outre se révéla fort décevante, fut abandonnée

À la même époque le seigneur du fief du château de la Motte était Jean d’Armagnac qui fut maître des eaux et forêts au ressort de Chinon ainsi que gouverneur et bailli de Loudun ; il se lia d’amitié avec le célèbre curé de Loudun : Urbain Grandier qui, avant de périr sur le bûcher, vint souvent au château de la Motte pour y déguster « les excellents melons de Touraine » dont le gouverneur parle dans ses lettres.

Un siècle plus tard, en 1752, la région fut secouée par un autre assassinat : celui de René Huet, prieur de Marcilly, et de son petit valet François Archambeau. La rumeur publique accusa le fils de la propriétaire du château de la Motte : Jacques Rabault  mais près de vingt ans plus tard un certain Charles Bureau, baptisé à Noyers en 1716, ancien garde-chasse et sergent de la baronnie de Sainte-Maure, condamné à être pendu pour un autre meurtre, avoua au pied du gibet qu’il était l’assassin du prieur !

La justice seigneuriale de Nouâtre était, comme auparavant, rendue par une cour présidée par le sénéchal-gouverneur du château.

Les archives ont gardé le souvenir de Pierre Forget (1606-1681), sieur de la Pommeraye à Ports et « sénéchal de la baronnie de Nouâtre » ainsi que celui de son fils Pierre Forget (né en 1665-1727), gouverneur du marquisat d’Argenson et également sénéchal de Nouâtre.

La fille de ce dernier : Marie Forget (1696-1758) épousa René Tourneporte (1680-1754), sieur de Bonivet (Chinon), qui fut sénéchal de la baronnie de Nouâtre et du marquisat d’Argenson ; après sa mort, il fut inhumé dans l’église de Nouâtre « sous la chaire proche le mur ».

René et Marie Tourneporte eurent trois fils :

L’aîné René Pierre Tourneporte, né à Nouâtre le 11 septembre 1713, fit des études de droit et devint gouverneur-sénéchal des châteaux de Nouâtre et de La Haye (Descartes) ; il était également seigneur du fief de Vontes (près de Sainte-Maure) et président du grenier à sel de Sainte-Maure ; il mourut à Nouâtre le 20 mars 1778 et fut inhumé au cimetière.

Le second : François Marie Tourneporte (1714-1788), fut curé de Faye-la-vineuse et conseiller du roi au Présidial (tribunal civil) de Poitiers en 1775 ; il mourut écrasé par un carrosse sur le Pont Neuf à Paris.

Le troisième : Jean Émery Tourneporte (1732-1774), avocat, épousa Marie Jeanne Jaille (1721-1769) ; ils furent tous les deux inhumés dans l’église de Nouâtre.

L’histoire de cette famille Tourneporte se poursuivit après la Révolution.

Le dernier seigneur de Nouâtre fut Henri Louis Marie de Rohan-Guéméné, dit le Prince de Rohan, né en 1745, célèbre pour ses prodigalités et pour la banqueroute retentissante qu’il fit en 1783 ; il mourut en 1809, à Prague, où il avait émigré. La devise de cette famille prétentieuse était : « Roi ne puis, Duc ne daigne, Rohan suis. »

Mais, tandis que les Rohan se ruinent consciencieusement, la petite noblesse et la bourgeoisie occupent peu à peu le haut du pavé ; ce sont, à Nouâtre, les Tourneporte ainsi que les Marchant et les Forest, familles de juges, d’avocats ou de notaires. Nous allons les retrouver aux premières places après la Révolution.

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