NOUÂTRE PENDANT LA RÉVOLUTION

Après la Révolution de 1789, les Rohan émigrent et se battent contre la France ; leurs biens sont saisis comme biens nationaux : les restes du château de Nouâtre, déjà en ruines, sont vendues à un certain Pierre Jahan «ci-devant employé dans les gabelles », les maisons et les terres, à différentes personnes, dont notamment aux deux notaires de Nouâtre : Louis François de Vaulivert « notaire de la baronnie de Nouâtre » et Pierre-Émery Forest le jeune « notaire public à Nouâtre ». Les d’Argenson, au contraire, restent dans le pays et traversent la Révolution sans problèmes, d’autant plus que Marc René Louis de Voyer de Paulmy d’Argenson adopta les principes révolutionnaires.

À Nouâtre, les notables font le gros dos ou prennent le parti de la Révolution, que le village traverse sans ennui, semble-t-il, ce qui ne fut sans doute pas le cas de Noyers, dont l’abbaye fut vendue comme bien national le 6 mai 1791 et où, indiquent les archives, des insultes furent proférées contre les officiers municipaux le 7 novembre 1792.

Les dirigeants des communes, créées par la loi du 14 décembre 1789, sont élus au suffrage censitaire à partir de janvier 1790 et le premier maire de Nouâtre est Jacques Honoré Marchant, ancien avocat au Parlement et ancien Président de l’élection de Chinon (juridiction jugeant les procès liés aux impôts royaux), qui avait épousé en 1762 Magdelaine Elisabeth Tourneporte (inhumée à Nouâtre le 8 décembre 1823), fille de René Pierre Tourneporte.

Le 14 juillet 1790, pour célébrer la Fête de la Fédération et le premier anniversaire de la prise de la Bastille, un des vieux ormeaux « plantés sous les chaumes » est choisi comme « arbre de la Liberté » mais les nécessités de la guerre font que ces ormeaux sont vendus pour la marine nationale en 1795.

Deux ans après, le 14 juillet 1792, la Vienne connut la crue la plus importante de son histoire ; à Chinon plus de 40 maisons furent détruites et la digue du quartier Saint-Lazare fut emportée ; à Marcilly la Vienne monta à 10,50 mètres au-dessus de son lit et à Nouâtre l’eau envahit le village ; dans le passage qui menait à l’église, entre l’épicerie et le bar-tabac, une marque à deux mètres du sol indique la date et le niveau de la crue (voir page 125).

Le premier registre de la Municipalité de Nouâtre commence le 24 brumaire an III (14 novembre 1794) après que la France eut vécu une période très agitée avec notamment l’abolition de la monarchie (10 août 1792) et la proclamation de la République par la Convention (21 septembre 1792), l’exécution de Louis XVI (21 janvier 1793) et la création, le 6 avril 1793, du Comité de salut public, dominé par Robespierre, renversé le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) puis guillotiné le lendemain.

La première délibération est signée par le maire Louis Venault, qui était le curé de Nouâtre, depuis janvier 1782. Après la Révolution, il accepta la Constitution civile du clergé et resta curé de Nouâtre, dont il devint le maire en 1794, à la place de l’avocat Jacques Honoré Marchant, devenu suspect suite à l’immigration de son fils

Il fut remplacé en 1795 et on perd sa trace après 1797, année au cours de laquelle il effectua encore des actes religieux en fraude de la loi.

En 1794, le maire est assisté par un « officier municipal », qui est alors Louis Bureau et par un « agent national », qui est Paul Ferrand. Les actes de 1794/1795 sont, pour l’essentiel, des réquisitions de grains « pour le marché de Maure » ou des réquisitions de personnes pour l’armée ou pour des transports et des travaux. On rencontre souvent, au fil des pages, les noms de François Archambault « cordonnier », Jacques Bordebure « notable »,  Louis François Devaulivert « notaire », Jean Forestier « journalier », François Godeau « métayer de Talvoys », etc.

Un acte du 2 floréal, an III (21 avril 1795) est particulièrement intéressant. Le voici dans sa totalité, l’orthographe, parfois hasardeuse, étant respectée.

 « Le deuxième jour de floreal l’an troisiême de la République francaise une et indivisible, nous maire et officiers municipaux et agent national de la commune de nouastre, assemblés en Conseil gènèral au lieu ordinaire de nos seances et ce publiquement S’est presentée devant nous la citoyenne modeste gabriault epouse du citoyen devaulivert notaire public en cette ditte commune laquelle a representé que la conduite de son dit mari avait etè noircie et calomniée aux yeux du Representant du peuple ( ?) actuellement en mission a Chinon, que suivant l arreté du Representant du peuple en datte du jour dhier, lequel lui a eté communiqué, Son dit mari est accusé d avoir favorisé et ( ?) le Regne de terreur et de sang dans letendue de ce district et d avoir tenu des propos dangereux et incendiaires, pourquoi demande la ditte citoyenne que le conseil general veuille bien lui delivrer un Certificat qui constate la conduite qu’a constamment tenu Son mari (…)

 

Sur ce la matière mise en deliberation et l’agent national entendu nous certifions que le citoyen devaulivert s est toujours montré parmi nous bon citoyen, bon Republicain et ami de l humanité, que nous ne lui avons jamais entendu tenir, ni sont venu a notre connaissance qu il ait tenu des propos, Sanguinaires , incendiaires et dangereux, quil sest toujours montré tant par ses actions que par ses parolles l ami des loix de la patrie, le deffenseur de la convention nationale et le soutien de l humanité, que loin de semer la terreur il n’a pas dementi de ses principes et a constamment montré de la haine contre les hommes de Sang, quil jouit de lestime de tous ses concitoyens en foi de quoi nous avons delivré en notre ame et conscience, comme Sincere et veritable le present certificat, que nous avons Signé (…) Venault maire paul ferrand agent national Bridier Bureau ofisier munisipal archambault capitaine Cottier Jacques »

Né en 1764, Louis François Devaulivert devint notaire à Nouâtre en 1789 et s’installa dans la grande maison située en face de la mairie actuelle. Ardent jacobin, il fut élu commandant de la garde nationale de Nouâtre puis il devint, à 28 ans, en 1792, l’un des onze administrateurs du département. Nommé en 1793 commissaire aux armées, il fut chargé de recruter et de conduire une armée contre les Vendéens, qui avaient occupé Chinon. Inculpé en 1795 pour une fusillade qui avait eu lieu deux ans auparavant à Chinon, il fut finalement amnistié et reprit son étude à Nouâtre. Nommé juge au tribunal de Sainte-Maure en 1807, il mourut en 1828.

En 1795, les municipalités communales furent remplacées par des municipalités cantonales, chaque commune étant représentée dans ces municipalités cantonales par un « agent municipal » et le 17 brumaire an IV (8 novembre 1795), les citoyens de Nouâtre se réunissent en assemblée pour élire cet agent, chargé d’administrer et de représenter la commune à la municipalité cantonale ainsi qu’un « adjoint ». André René Deniau est élu agent municipal avec 31 voix sur 32 et Paul Ferrand est élu adjoint par 29 voix sur 32.

Originaire de Noyers, André René Deniau, officier de vaisseau, avait épousé en 1775 Marie Félicité Tourneporte, fille de Jean Émery Tourneporte, et soeur de René Louis Tourneporte de Vontes, né en 1742 et fils de René Pierre (voir page 59), dernier gouverneur de Nouâtre,, qui, après la Révolution, fut juge à Chinon, sous le nom de Monsieur Devontes ; arrêté comme suspect en 1793, il échappa à la guillotine grâce à son neveu Jean Fortuné Boüin de Marigny, général de la République.

Un des premiers actes d’André René Deniau, le 28 frimaire an IV (19 décembre 1795), fut  de « faire sonner les cloches à l’effet d’assembler les habitants à la chambre des séances ordinaires », qui était l’église, pour enjoindre aux douze jeunes gens réquisitionnés de rejoindre leurs bataillons. Peu après, le 26 nivôse an IV (16 janvier 1796), il organise une autre assemblée pour demander aux habitants de verser leur contribution « en assignats ou en numéraire » à « l’emprunt forcé » décrété par l’Assemblée Nationale.

Le 30 ventôse an IV (26 mars 1796), une nouvelle assemblée réunit 28 citoyens pour renouveler les officiers et sous-officiers de la garde nationale. Sont élus commandant le citoyen Jacques Bordebure, lieutenant le citoyen Duperier, sous-lieutenant le citoyen Archambault, menuisier, sergents les citoyens Beaumont et Gautier, caporaux les citoyens Louis Bureau et Cadet Bourdier.

Le dernier acte signé par André Deniau est de floréal an IV (avril 1796). Il est suivi d’un acte du 2 pluviôse an VII (21 février 1799), signé uniquement par 13 citoyens, dont Cottier, adjoint, Bordebure, lieutenant, Paul Ferrand, sous-lieutenant et Louis Bureau, sergent puis par un acte du 1 frimaire an IX (22 novembre 1800), signé du nouveau maire Pierre Émery Forest le jeune.

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