DE 1800 À 1918

Fils de Pierre Émery Forest l’ancien (1732-1792), notaire de la baronnie de Nouâtre, Pierre Émery Forest le jeune (1768-1849), notaire public à Nouâtre et accusateur public près le tribunal criminel du département en 1798, fut maire de Nouâtre pendant 43 ans, de 1800 à 1843. La famille Forest habitait la grande maison maintenant située au 17 rue de la Liberté.

Le 8 nivôse an IX (29 décembre 1800), un « conseil municipal » de 10 personnes est nommé par le préfet ; on y retrouve notamment les noms de Louis François Devaulivert, Louis Bureau, Paul Ferrand. Henry Archambault (qui signe Archambault-Gautron), Pierre Godeau, Jean Baptiste Lorain, etc.

Les délibérations de ce conseil municipal concerne, pour l’essentiel, des travaux pour « le chemin du pont Salmon, qui conduit de nouatre à Sainte Maure », travaux indispensables car il est « impossible d’y passer pendant trois mois de l’année » ainsi que pour l’église « qui est le seul édifice communal ».

Deux jeunes gens peuvent alors être conscrits : Joseph Prouteau, fils de Gabriel Prouteau et d’Anne Desmé, né à Nouâre le 13 août 1780 et Louis Chedozeau, né à Nouâtre le 1er février 1780 ;  en principe, il faut un tirage au sort pour savoir lequel des deux partira mais comme Louis Chedozeau ne mesure que 1,598 mètre (quelle précision !) et que la taille réglementaire est de 1,65 m. ce dernier est réformé et Joseph Prouteau est désigné d’office !

Les dates reviennent à l’ancien calendrier à partir du « 25 septembre 1806 » et un arrêté du 28 octobre 1809 nomme les officiers de la garde nationale de Nouâtre, qui sont Louis Devaulivert, capitaine, Henry Archambault, lieutenant et Jean-Baptiste Lorain, sous-lieutenant.

En 1810, Honoré René Marchant « ordonnateur en chef de l’armée d’Espagne » propose d’acheter à la commune, qui accepte, « un petit chemin ou Rue qui se trouve entre la maison ou la dame sa mère demeure et une autre maison et plusieurs morceaux de terre, jardin et vigne qui lui appartiennent ».

Né à Nouâtre en 1764 et fils aîné de l’ancien maire Jacques Honoré Marchant, Honoré René Marchant deviendra Intendant Général de la Grande Armée et baron d’Empire en 1813. C’était un ami de la famille Balzac, qui lui vendit leur maison de Tours. Il mourut à Paris en 1816 et fut enterré au Père Lachaise.

Quant aux maisons et terrains indiqués dans la délibération, ils étaient situés là où se trouvent la mairie actuelle et la place du 8 mai 1945.

Peu après, le même propose à la commune, qui accepte également, d’offrir un terrain, qu’il fera « clore de murs à ses frais », pour permettre « la translation du cimetière actuel (dont) les murs sont totalement en ruines ». Ce « cimetière actuel » était dans le Clos du Bourg (aujourd’hui Espace Coluche) et le nouveau cimetière, qui fut utilisé jusqu’au 1er janvier 1914, était situé à droite de l’ancienne « route de Noyers », actuellement Allée Romaine. Cette proposition permit à la famille Marchant de récupérer les terrains où se trouve maintenant l’accueil de loisirs.

Le 15 août 1820, un recensement de la population indique qu’il y a à Nouâtre 54 garçons, 72 filles, 37 hommes mariés, 37 femmes mariées, 5 veufs et 14 veuves, ce qui fait 219 personnes plus 2 « militaires aux armées ». Cette population sera de 236 habitants en 1831

Le conseil municipal, réuni le 1e avril 1823, vote une somme de 500 francs pour « niveler et planter d’arbres la place publique de la commune » (les Chaumes).

La commune de Noyers ayant été réunie à celle de Nouâtre, un nouveau conseil municipal est nommé le 10 novembre 1832, avec Pierre Émery Forest comme maire et Pierre Duchène, « métayer de Monsieur Louis Jacques Jahan » à Noyers en tant qu’adjoint.

Comme auparavant, beaucoup de délibérations sont consacrées à des questions budgétaires mais il faut dorénavant convoquer pour ces questions « les dix plus imposés » de la commune, parmi lesquels on trouve M. Baillou de la Brosse (propriétaire de l’ancienne abbaye de Noyers) et M. Jean François Marie Tourneporte, propriétaire de la Cossonière, ancien prêtre réfractaire et juge de paix à Sainte-Maure, cousin de René Louis Tourneporte.

Les dépenses budgétaires concernent notamment celles nécessaires pour l’établissement à Nouâtre, en 1833, d’une « école primaire », dans laquelle sont aussi scolarisés les enfants de Maillé, de Marcilly et de Pouzay, pour la location, en 1836, d’une « chambre communale », étant donné que jusqu’à cette date les séances se tenaient dans la maison du maire, et pour l’embauche d’un garde-champêtre en 1836.

Pierre Émery Forest sera maire de Nouâtre jusqu’en 1843, après s’être rallié à Napoléon Bonaparte devenu Premier Consul et avoir prêté serment de fidélité à l’empereur Napoléon 1er, aux rois de France Louis XVIII et Charles X, et enfin au roi des français Louis-Philippe. Ce n’est pas la girouette qui tourne, dit-on dans la région, c’est le vent !

Un nouveau nom apparaît en 1842 parmi les « dix plus imposés » ; il s’agit de Mathieu André Chabert de Prailles (1787-1851), qui sera nommé maire de Nouâtre le 2 avril 1843 avec Pierre Duchène comme adjoint. Ancien chef de bataillon (commandant) et propriétaire du château de la Champonnière à Veigné ainsi que de la Maison des Chapelles, rue des Templiers, il était aussi le neveu de Jeanne Amable Chabert de Prailles (1749-1803), qui avait épousé Claude Henri Odart de Rilly (1728-1801), seigneur de Rilly-sur-Vienne.

En juin 1843, le jour de la Fête-Dieu, la cloche de l’église fut brisée par malveillance ; pour la remplacer, le conseil municipal vota la somme de 400 francs, à répartir entre les habitants au prorata des « quatre vieilles », c’est-à-dire des quatre impôts directs mis en place après la Révolution : la contribution foncière (sur les terrains), la contribution mobilière (sur les logements), la patente et l’impôt sur les portes et fenêtres. La nouvelle cloche, baptisée Saint-Révérend, eut pour parrain Mathieu André Chabert de Prailles et pour marraine Estelle Pagé, sœur d’Émile Pagé, propriétaire de la Richardière.

En 1846, Mathieu André Chabert de Prailles est renommé maire, toujours avec Pierre Duchène pour adjoint.

Une délibération du 28 mars 1847 se fait l’écho de la crise économique que connaît la France en 1846/48, au cours des dernières années du règne de Louis-Philippe, puisque cette délibération vote des fonds afin de faire faire des travaux « pour occuper la classe ouvrière, qui a besoin qu’on vienne à son secours en raison de la cherté des grains ». Peu après, le 27 mai 1847, le Conseil Municipal vote la somme de 80,40 francs « destinée à acheter du pain pour être distribué aux indigents de la commune ».

Après la Révolution de février 1848, qui a entraîné la chute du roi Louis-Philippe et l’instauration de la Seconde République, le Conseil Municipal, le 18 mars 1848, « sur proposition du citoyen maire (…) a donné son adhesion a l’hunanimité au Gouvernement Provisoire de la Republique (dirigé par Lamartine) et a protesté de son zèle et de son dévouement ».

Le 20 avril 1848, « le citoyen adjoint (Pierre Duchène) a exposé que les habitants (…) étant dans l’intention de fêter la journée de fevrier dernier ainsi que l’adhésion générale au Gouvernement replublicain (sic), il a été resolu à l’hunanimité qu’il serait planté deux arbres de la liberté, l’un dans le bourg de Nouâtre, chef lieu de la Commune, sur un emplacement qui lui appartient situé près de l’eglise et faisant la prolongation de la rue haute à la rivière, le second au village de Noyers, seconde section de la ditte commune, en face de l’église ».

La Seconde République ayant instauré le suffrage universel ainsi que l’élection des membres des conseils municipaux, Mathieu André Chabert de Prailles et Pierre Duchène sont élus maire et adjoint le 28 août 1848 par 35 voix sur 35 votants parmi les 130 inscrits !

Une forte averse de grêle affecta la région le 16 mai 1849 et le total des pertes, essentiellement en froment, méteil (mélange de plusieurs cultures de céréales associées), seigle et vignes, se monte à 4 790,50 francs pour les habitants de la commune.

Une délibération du 13 avril 1851 et indique que 9 élèves sont admis à titre gratuit à l’école primaire ; il s’agit notamment de Silvain Prouteau, Moïse Lambseur, Laurent Archambault, Joseph Dangeau, François Garnier, Jean Dumar, René Gadin et Louis Fortin « qui tous appartiennent à des parents peu aisants et qui ne fréquenteraient pas l’école s’ils étaient obligés de payer ».

Curieusement, cette délibération n’est pas suivie de la signature du maire. Peut-être était-il déjà malade. En effet, Mathieu André Chabert de Prailles meurt au cours de son mandat, le 21 août 1851 et il est remplacé par son adjoint Pierre Duchène.

Mathieu André Chabert de Prailles décéda le jeudi 21 août 1851 ; son décès fut déclaré à la mairie par Jean Victor Houette, notaire honoraire, accompagné de Joseph Collar, instituteur, et son adjoint Pierre Duchène fit fonction de maire jusqu’en 1852. N’ayant pas d’enfant, il légua sa maison de Nouâtre à sa gouvernante Catherine Gachereau.

Son frère Louis Chabert de Prailles demanda pour son frère, le 7 décembre 1851, une concession perpétuelle dans le cimetière ; à cette occasion le conseil municipal s’aperçut qu’il n’y avait pas de tarifs et fixa le tarif suivant : pour une concession perpétuelle : « quarante francs par m² pour la commune et autant pour les pauvres ».

Pierre Duchesne fut lui-même nommé maire le 25 juillet 1852. Le 5 décembre 1852 le maire et le conseil municipal lisent publiquement le décret nommant Louis Napoléon Bonaparte Empereur des français et crient « Vive l’empereur ». En 1853, la municipalité fournit du travail à 32 habitants « dans le besoin et sans travail ».

Pierre Duchesne fit voter par le conseil une indemnité de 200 francs au curé de Nouâtre afin qu’il célèbre aussi la messe dans l’église de Noyers, ce qui lui valut des problèmes avec son adjoint Ambroise Cyprien Barbier, cafetier à Nouâtre, qui dans une lettre au sous-préfet de Chinon se plaint de ce que Duchesne est « bien plus maire de Noyers que maire de Nouâtre ».

Il eut aussi des démêlés avec Louis Chabert de Prailles qui l’accusa d’avoir fabriqué une fausse délibération à propos d’une demande d’alignement qu’il avait faite et qui obligeait la commune à lui racheter un morceau de terrain. Le préfet suscita alors sa démission et le 1er octobre 1854 il nomma Ambroise Cyprien Barbier maire de Nouâtre. Ce dernier démissionnera à son tour en mars 1860, refusant d’obéir au préfet qui lui demande d’engager une action en justice contre Monsieur Brice Émile Jahan, (sans doute le fils de Louis Jacques Jahan, cité plus haut, propriétaire en titre de l’ancien presbytère de Noyers, futur maire d’Orbigny, où il possédait le château de Lestang, et futur conseiller général.

Cette affaire du presbytère de Noyers, qui dura de 1838 à 1865, envenima pendant longtemps les relations entre Noyers et Nouâtre ; ce presbytère, déclaré bien national, avait été acheté en 1796 par Pierre Deniau, beau-père de Brice Émile Jahan, qui hérita de ses biens ; mais « attendu que depuis l’acquisition du presbytère, M. Deniau non plus que ses descendants n’ont fait aucun acte de propriétaire et que l’immeuble n’a cessé d’être affecté au logement que devait la commune à son curé », Nouâtre se considérait comme propriétaire de ce presbytère depuis la fusion et voulait le louer.

Après de nombreux débats entre les différentes parties, après des procès et une intervention du préfet qui vint à Nouâtre en personne, une transaction eut finalement lieu : la commune de Nouâtre devenait propriétaire du presbytère en contrepartie de l’achat de 100 francs de rente 3% sur l’état, dont le produit devait être versé au curé de Nouâtre pour qu’il célèbre aussi la messe à Noyers !

En 1855, Pierre Duchène protesta, en vain, contre les résultats des élections municipales en dénonçant les manœuvres « de M. de Praille et du comte de Murat  (qui avait interdit) à son fermier habitant sur Noyers de voter en faveur des candidats de Noyers ». Ce comte Paul de Murat, gendre du marquis d’Argenson, était propriétaire du château de la Tourballière à La Celle-Saint-Avant et d’une ferme à Noyers.

Dans un courrier adressé à Napoléon III en 1856, des habitants de Noyers demandent, toujours en vain, l’autonomie de leur village.

Ambroise Cyprien Barbier fut donc maire jusqu’en 1860 et c’est sous son mandat que la municipalité acheta, en 1858, une maison « sur le bord de la rue principale et à 150 m. de l’église » pour en faire un presbytère ; il s’agit de l’ancienne maison des Forest, divisée aujourd’hui en appartements.

Elle acheta également une maison pour y installer la mairie ainsi qu’une « une maison d’école » ; cette maison qui appartenait à la famille Pagé sera occupée entièrement par l’école après le transfert de la mairie dans le nouveau bâtiment construit en 1930 à cet effet (aujourd’hui salle municipale Henri Burin). L’école, quant à elle, deviendra le Bureau de Poste après la construction de l’école actuelle.

Après lui, Séverin Pagé (né en 1818), ancien adjoint, fut maire de 1860 à 1870. En 1864, Pierre Duchène est de nouveau nommé adjoint ; Louis Chabert de Prailles, qui a la rancune tenace, proteste aussitôt auprès du préfet, qui, après une enquête faite par Louis Henry Bassereau, juge de paix à Montbazon et petit-fils de Pierre Émery Forest, révoque Pierre Duchesne, malgré les témoignages favorables de Brice Émile Jahan, dont la famille avait Pierre Duchène comme métayer « depuis plus de 30 ans ». Le préfet nomme alors comme adjoint Émile Champigny, de Noyers (né en 1835).

L’établissement du budget communal était et est souvent très difficile. Les ressources fixes de la commune étaient alors les prestations pour l’entretien des chemins vicinaux, payables en nature ou en numéraire, affectées évidemment à l’entretien de ces chemins, ainsi que la rétribution scolaire qui sert en partie à payer l’instituteur mais le conseil municipal peut, sur proposition du curé et de l’instituteur, exempter les enfants des familles dans le besoin. À cela s’ajoute une taxe sur les chiens, créée en 1855 au profit exclusif des communes, mais celle-ci ne rapporte que 154,50 francs en 1905.

Pour couvrir les dépenses, la commune est donc souvent contrainte de recourir à des ventes de terrains ou d’arbres, à des contributions obligatoires (comme en 1843), à des souscriptions publiques ou à des quêtes à domicile.

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse et le 9 août 1870 Séverin Pagé organise une quête à domicile « pour les besoins de la guerre », qui rapporte 298,50 francs (plus 32 francs remis au curé et à l’instituteur).

Écrivant au préfet pour l’informer de cette réussite, Séverin Pagé se plaint en même temps de ses ennemis politiques qui sont notamment son adjoint Charles Dien, propriétaire à Talvois, qui l’a insulté et qui a prédit qu’il ne serait pas réélu ainsi que le sieur Dufresne « qui tient cabaret en face de la mairie ».

Après la défaite de Sedan et la capitulation de Napoléon III (septembre 1870), le gouvernement de la Défense nationale, qui s’était réfugié à Tours, signe l’armistice le 28 janvier 1871. Un peu avant une commission administrative provisoire avait été nommée pour remplacer Séverin Pagé, démis de ses fonctions ; cette commission comprenait, entre autres le notaire Victor Houette, fils de Jean Victor Houette, Émile Pagé et Pierre Étienne Duchène (né en 1824), fils de Pierre Duchène.

En novembre 1870 le préfet nomme Victor Houette « aux fonctions de maire de la commune de Nouâtre » mais ce dernier n’eut pas le temps d’exercer et n’apparaît pas dans les registres municipaux, où l’on voit, par contre, Charles Dien comme maire à partir de 1871.

Cette année-là une violente épidémie de « petite vérole » (la variole) fit 28 victimes dans la commune, surtout à Noyers, et elles furent inhumées le jour même de leur mort par crainte de la contagion.

Après la Commune (mars/mai 1871) puis la nomination de deux présidents qui étaient tout sauf républicains (Thiers et Mac Mahon), la Troisième République est définitivement instaurée le 30 janvier 1875 et les élections législatives de 1876 portent à l’Assemblée Nationale une majorité de députés républicains.

En 1875, Charles Dien organise lui aussi une quête à domicile « au profit des victimes des inondations dans le Midi » ; celle-ci rapporte 318 francs (plus 22 francs remis à l’instituteur M. Royer). Mais Charles Dien démissionne en 1876 et le préfet accepte cette démission « étant donnée l’animosité entre le maire et la majorité de son conseil ».

Le 8 octobre 1876, Pierre Étienne Duchène est élu maire puis réélu en 1881. Son épouse était Marie Pachet et une de ses filles Joséphine Duchène épousa François Gautron de Ports-sur-Vienne puis, en 1895, émigra au Canada où elle a toujours des descendants.

C’est sous son mandat que la municipalité eut plusieurs conflits violents avec la famille Pagé, propriétaire de la Richardière et du pré où se trouvait la fontaine Saint-Révérend, que les Pagé avaient acheté vers 1830 à Mme Devaulivert, veuve de Louis-François.

C’est précisément au sujet de cette fontaine Saint-Révérend qu’éclata le premier litige vers 1880. La municipalité de Nouâtre estimait depuis longtemps que l’inscription du bassin : « Priez Dieu pour Mess. Et Mesd. d’Argenson » signifiait que les d’Argenson avaient donné l’usage de cette source aux habitants de la commune en leur demandant, en contrepartie, de prier Dieu pour eux ; un lavoir communal, surtout utilisé en hiver, car la source était tiède, y avait été aménagé.

Agissant au nom de son frère Jules, qui était interdit pour débilité, Émile Pagé revendiqua la propriété exclusive de la fontaine en affirmant que l’acte d’achat du pré ne comportait aucune clause restrictive ; Pierre Duchène se rendit compte que les Pagé étaient dans leur droit et tenta vainement de faire déclarer la fontaine d’utilité publique pour pouvoir les exproprier ; il est bien évident que cette affaire n’améliora pas les relations de la municipalité avec Émile et Jules Pagé, les deux fils de Stanislas Pagé.

Quatre ans plus tard, Émile Pagé barra à son entrée le chemin rural n° 9 qui passait devant sa maison et qui conduisait « au port de Nouâtre ». Le maire fit détruire cette barrière par le garde-champêtre et un nouveau procès commença ; la municipalité avançait comme argument le fait que Stanislas Pagé, qui était alors conseiller municipal, n’avait pas protesté lorsque ce chemin avait été classé comme chemin rural.

Émile Pagé voulut alors consulter le registre des délibérations municipales, comme il en avait le droit et il est vrai que le maire ainsi que le secrétaire de mairie : l’instituteur monsieur Viémont, manifestèrent une certaine mauvaise volonté.

Le sous-préfet de Chinon les rappela à l’ordre et, sûr de son bon droit, Émile Pagé se rendit à la mairie, accompagné du frère de sa femme : le docteur Ligault, maire des Ormes, pour exiger de voir immédiatement ce fameux registre ; l’instituteur-secrétaire de mairie était en classe et refusa de quitter ses élèves ; des propos acerbes puis des insultes furent, semble-t-il, échangés et, ulcéré, le docteur Ligault demanda au préfet de l’Indre-et-Loire des sanctions contre M. Viémont ; sa demande, pour des raisons politiques, était appuyée par René Hérault, Président du Conseil Général de la Vienne et ancien sous-secrétaire d’état ainsi que par le préfet de la Vienne.

Il résulta des enquêtes faites par le sous-préfet de Chinon et par l’Inspecteur d’Académie que les torts étaient du côté du docteur Ligault, homme hautain et arrogant, comme le disait tout le monde et même un de ses « amis politiques » : le docteur Patry, maire de Sainte-Maure-de-Touraine mais le docteur Ligault était un homme à ménager car, écrit le préfet de la Vienne, « c’est un Républicain, le seul à pouvoir contrebalancer dans la région, l’énorme influence du marquis d’Argenson » et M. Viémont dut faire des excuses. Les archives ne disent pas quelle fut l’issue du procès mais celle-ci ne fait pas de doute car aujourd’hui encore le chemin qui passe devant la Richardière est un chemin privé fermé par une grille.

Sous le mandat du maire suivant : Cyprien Fuseau, qui fut maire pendant 28 ans (de 1888 à 1908), les chemins de fer de l’ouest, à la fin 19ème siècle, construisirent une ligne qui allait de Port-Boulet à Port-de-Piles, permettant ainsi de relier la ligne Paris/Nantes à la ligne Paris/Bordeaux.

Cette ligne fonctionnera jusqu’à la seconde guerre mondiale pour le transport des passagers et jusqu’aux années 1980 pour le transport des marchandises. Il y avait une gare à Nouâtre, située en fait sur la commune de Maillé, qui est maintenant une propriété privée ainsi que, à côté, une grande auberge, qui appartint un temps à François Gautron, le gendre de Pierre Duchène.

De 1890 à 1908 l’instituteur du village fut Louis Bailly qui a laissé un excellent souvenir, notamment pour avoir organisé gratuitement un cours du soir pour les adultes, et en l’honneur duquel ses anciens élèves firent élever un monument dans le cimetière

La loi de séparation de l’église et de l’état (9 décembre 1905) entraîna la mise sous séquestre des biens de « la fabrique » de Nouâtre, chargée de l’administration de ces biens, et notamment de ce titre de rente, acheté pour dédommager le curé des messes qu’il devait dire à Noyers.

Suite à cela, l’abbé Gaston Joire, curé de Nouâtre de 1910 à 1913 et ennemi juré de la municipalité, fit supprimer par l’archevêché la messe dominicale à l’église de Noyers prétextant que les habitants de Noyers refusaient de verser le denier du culte mais elle fut rétablie, en mars 1914, par le curé Albert Fontaine, les habitants de Noyers ayant promis de donner chaque année une offrande.

Fils d’Émile Champigny, adjoint en 1865, et propriétaire foncier à Noyers comme lui, Émile Champigny (1863-1920) fut élu contre Cyprien Fuseau en 1908 et réélu jusqu’à sa mort. C’est sous son mandat que Nouâtre vécut, comme toutes les communes de France, la dure épreuve de la première guerre mondiale.

Les réfugiés, en provenance de la Belgique ou du nord de la France, affluent tandis que tous les hommes sont progressivement mobilisés. Les différents recensements font état de 439 habitants en 1886 et de 362 habitants en 1920 (- 77), de 103 hommes présents en 1880 mais de 36 hommes en 1917 (-67)

Sur ces 67 mobilisés, 16 (c’est-à-dire 25%) ne reviendront pas. Ce sont, si l’on prend en compte le monument du cimetière et la plaque dans l’église (qui ne correspondent pas tout à fait) ainsi que les tombes du cimetière, Boué Léon, Bruneau Louis, Cantault Charles, Desmé Léopold (lieutenant), Frémont Jean, Gadin Louis et Victor, Girouard Louis et Raymond (capitaine au 20ème R.A, tué le 20 octobre 1914), Lambeseur Alexandre et Julien, Legros Léon (sergent au 77ème d’infanterie, tué le 12 juin 1918), Métais Léon, Prouteau Léon, Tessereau Ernest, Vachedor Eugène.

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