Cheval de manège

Voici venir le soir, avec son long cortège

D’angoisses, avec sa charge de servitude.

Voici venir la nuit et nulle amie n’allège

La tragique épaisseur de cette solitude.

 

Trompé par l’espoir vain d’une vraie certitude

Je vis et tourne en rond, vieux cheval de manège

Cheval sans cavalier, conduit par l’habitude,

Oublieux des galops dans le vent et la neige,

 

Gardant le souvenir des amis du collège,

D’une vie régulière, consacrée à l’étude

Où je passais le temps à faire des arpèges.

 

Seule aujourd’hui me torture l’inquiétude

D’un avenir déjà passé. Que n’ai-je

D’un pompeux imbécile la folle quiétude ?

 

Déception

 

J’espérais sa venue mais elle n’est pas venue !

Sur les quais de la Seine, j’erre comme un corps en peine.

Dans le froid de l’hiver mes yeux cherchent la mer

            Et le magne soleil de Bretagne.

 

Seuls, l’art et le jeu me consolent un peu et les feux de Renoir

            Font renaître l’espoir.

Mais de vieux souvenirs obscurcissent l’avenir :

Le boulevard Pereire et Jeanson de Sailly,

La rue Gay-Lussac et le Trocadéro,

La gare du Nord et le Parc Monceau,

Les Invalides et la Bastille,

La Place des Vosges et le Luxembourg.

Où sont toutes les femmes que j’ai connues ?

Ai-je donc tant (tout) vécu ?

J’espérais ta venue mais tu n’es pas venue !

Peut-être viendras-tu une prochaine fois ?

 

L’araignée

 

Ne te laisse pas prendre au piège de mes mots

Tissant autour de toi une ronde funèbre.

Sache que mon amour est le pire des maux

Et tu devrais haïr l’homme que tu célèbres.

 

Ne te laisse pas prendre au piège de mes bras

Menant autour de toi une danse assassine.

Ils prennent à tes côtés des poses de cobra

Et tu devrais frapper l’homme que tu câlines.

 

Ne te laisse pas prendre au piège de mon corps

Dansant autour de toi une valse mortelle.

Ne te laisse pas prendre à ce triste décor

 

Qui voudrait faire croire qu’il y a de l’amour

Dans ce cœur trop changeant digne d’une cruelle.

A toutes les promesses, sans joie, il reste sourd !

(1992)

 

Navacelles

 Je n’ai pas oublié

         La première fois que je suis venu à Navacelles ; c’était par une noire nuit de décembre, il y a plus de cinquante ans ; un vent fou agitait les arbres ; la cascade, invisible, faisait un bruit assourdissant et je me croyais arrivé au bout du monde.

Je n’ai pas oublié

         Les anciens habitants de Navacelles, grands, maigres et rugueux pour la plupart.

Je n’ai pas oublié

         La grande Anna chez qui se trouvait la cabine téléphonique,

         Gilbert son fils avec qui je faisais des concours de pétanque,

         Charles le taiseux qui apportait gentiment une bouteille de son vin quand il venait dîner chez nous (mais il fallait s’accrocher pour le boire).

Je n’ai pas oublié

         Casimir le courageux, Marthe et Firmin qui furent mes voisins, Roger le cantonnier, qui ne crachait pas sur un verre de vin, comme son frère Ricou, que l’on disait un peu fou.

 Je n’ai pas oublié         (et je veux aussi le mentionner) Pierre le corse qui avait été instituteur à Navacelles et qui m’a (presque) tout appris.

  

(Mai 2010)

 

Rêve

 

Je t’ai vue dans mon sommeil

Comme une fleur vermeille

Qui s’épanouit au soleil.

 

Telle une jolie petite abeille,

Tu bourdonnes dans mon oreille.

T’embrasser n’est qu’un pêché véniel.

 

Tu me souris quand tu t’éveilles,

Tu ondules, à la mer pareille,

Tu me plais et tu m’émerveilles.

 

Ton corps

 

Ton corps est pour le mien un brasier sans pareil

Sur lequel tous les soirs je brûle et m’émerveille

Retrouvant chaque fois que je touche ta chair

La vigueur que Antée recevait de la terre.

 

Ton esprit est pour moi un jardin enivrant

Qui m’a fait découvrir une passion troublante.

Dans l’enfant est la femme, dans l’amante la sœur !

Disparaissent les autres pourvu que tu demeures.

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