Du temps de Rabelais, comme maintenant, trois routes permettaient d’aller de Chinon à L’Île-Bouchard : deux sur la rive droite de la Vienne (aujourd’hui D21 et D8) et une sur la rive gauche (aujourd’hui D749).

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Sur la Vienne, à L’Île-Bouchard (2009)

1- La D21 passe l’Olive, Narçay, Cravant et Panzoult.

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La Grange-Lienard à l’Olive (2009)

À l’Olive, la Grange-Liénard, qui est aujourd’hui la propriété du viticulreur Jean Maucler, appartenait vraisemblablement à la famille Liénard de l’Olive, dont le membre le plus connu est Charles Liénard de l’Olive.

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Lavoir de Narçay (2009)

À Narçay il y avait une fontaine bien connue, peut-être à l’emplacement du lavoir actuel.

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Ancien bourg de Cravant (2009)

Le vieux bourg de Cravant est maintenant à l’écart de la  D21, où le village a été déplacé en 1863. Dans ce vieux bourg se trouve la très belle église Saint Léger, dont certaines parties remontent au 9ème siècle et dans laquelle on peut voir des sarcophages mérovingiens.

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                                        Ancienne église de Cravant (2009)

Entre Cravant et Panzoult (dont le chanoine était célèbre au temps de Rabelais pour son nez « tout boutonné et brodé de gueule » (voir 2-1), le Croulay abrite, en face du moulin Girault (15ème s.), alimenté par le cours du Ruau, la maison de la Sibylle, que Panurge va consulter dans le Tiers Livre.

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la « grotte de la Sibylle » au Croulay (2009)

J’ai pu visiter ce lieu magnifique grâce à l’obligeance de M. Jean Baudry, père du propriétaire actuel qui est le viticulteur Christophe Baudry, maire de Cravant-les-coteaux. Il s’agit en fait d’un hameau troglodytique composé de plusieurs grottes, dont certaines sont décorées de visages grossièrement sculptés ; on accède à « la grotte de la Sibylle » par un escalier intérieur creusé dans le rocher.

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Selon un certain Bouchereau, qui était peut-être un magistrat chinonais de la fin du 16ème siècle et dont les notes manuscrites sont conservées à la Bibliothèque Nationale c’est en venant au prieuré voisin de Sainte-Madeleine (qui dépendait de l’abbaye de Seuilly) que Rabelais aurait rencontré « une femme qui donnait des herbes pour guérir de la fièvre », dont il aurait fait la Sibylle. (Voir le Bulletin des Amis de Rabelais, tome III, n° 8, 1979).

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2- La D8 longe la Vienne et passe par le hameau de Briançon (commune de Cravant) dont le dolmen est le plus important de l’Indre et Loire ; un peu avant Briançon, sur la droite se trouvent le manoir des Bourdes et un peu après, sur la gauche, le manoir de la Bellonière (15ème siècle, remanié au 17ème).

Les Bourdes 02 La Bellonnière 

                                                                                                                                      les Bourdes                                (2009)                                                 la Bellonière

3- La D749 est une route moderne,  large et  fréquentée ; les lieux cités par Rabelais sont donc un peu à l’écart de cette route ; on trouve, à droite, Vau Breton, dont le nom évoque sans doute  ce fameux « vin breton » qui, selon Rabelais (1-13) ne murît pas en Bretagne mais « dans le bon pays de Véron » ; ce nom de « breton » viendrait, dit-on, des bateliers bretons qui, à partir du 11ème siècle, assuraient le transport fluvial sur la Loire.

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Vau Breton (2009)

Peu après Vau Breton, on arrive aux Roches Saint Paul (commune de Ligré), dont le prieuré fut dirigé, au 16ème siècle, par Eustache du Bellay, cousin de Jean du Bellay (le protecteur de Rabelais), puis à Ligré, où se trouve aussi un (petit) dolmen.

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Dolmen de Ligré (2009)

À gauche de la route, au bord de la Vienne, le village de Rivière est connu depuis l’antiquité car la voie romaine qui allait de Chinon à Loudun y franchissait la Vienne à gué. L’église Notre-Dame (11ème s.) a remplacé une église antérieure, qui aurait été construite par Saint Martin au 4ème siècle.

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Église de Rivière (2009)

La crypte de cette église abrite le gisant, érigé en 1583, du seigneur de Basché (voir ci-après), qui, de huguenot qu’il était, se fit catholique suite à la charité du curé de Rivière.

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Église de Rivière (2009)

 Sous le porche une belle fresque du 11ème ou 12ème siècle évoque la résurrection de Lazare.

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Château du Rivau (2009)

Plus loin, sur la droite, le château du Rivau (13ème s.) mérite d’être visité, surtout pour ses jardins, très originaux ; il appartint à Pierre de Beauvau, chambellan de Charles VII, puis à François de Beauvau, qui fut tué à la bataille de Pavie en 1524.

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Château de Basché (2009)

Au sud du Rivau, sur la commune d’Assay, près de Champigny-sur-Veude (qui a inspiré Maurice Genevoix et Soutine), le château de Basché ne peut être vu que de loin.

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L’Île-Bouchard : église Saint-Gilles (2009)

4- Quel que soit le chemin emprunté, on arrive d’un côté ou de l’autre de L’Île-Bouchard, commune à cheval sur la Vienne. Un château (dont il ne reste rien) fut élevé dans l’île au 9ème siècle par un certain Bouchard et la baronnie de L’Isle-Bouchard resta dans la famille des Bouchard jusqu’au 15ème siècle ; elle passa ensuite, par héritage, aux La Trémouille qui la vendirent à Richelieu en 1629 ; jusqu’alors L’Isle-Bouchard (Insula Buchardi dans le cartulaire de Noyers, en 1189) avait été une ville importante ; André Duchesne (1584-1640), surnommé le père de l’histoire de France y naquit ; mais Richelieu entreprit de ruiner la ville pour assurer l’essor de sa propre ville, qu’il avait édifiée non loin de là.

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                                                                                  Saint-Maurice                                                                          Saint-Léonard

Il y avait au moyen-âge quatre églises (et quatre paroisses) : Saint-Pierre en l’isle (dont il ne reste rien), Saint-Gilles (11ème siècle) sur la rive droite, Saint-Léonard (11ème siècle) et Saint-Maurice (15ème siècle) sur la rive gauche ; il y eut ensuite, à la Révolution, deux communes : Saint-Gilles et Saint-Maurice, qui furent réunies en 1832. Des apparitions de la Vierge à quatre petites filles auraient eu lieu dans l’église Saint-Gilles en décembre 1947.

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L’Île-Bouchard : la Vienne et Saint-Maurice (2009)

Dans 3-25 Rabelais situe près de L’Isle-Bouchard la demeure du devin Herr Trippa que Panurge vient consulter ; il s’agit vraisemblablement de l’alchimiste allemand Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim (1486-1535) qui enseigna à l’université de Dôle en 1512 et qui n’a sans doute jamais mis les pieds à l’Isle-Bouchard. Agrippa est notamment l’auteur d’une Déclamation sur la noblesse et la prééminence du sexe féminin (1529) dans laquelle il proclame la supériorité théologique et morale des femmes, ce qui explique, peut-être, pourquoi Rabelais le prend à parti dans le Tiers Livre, cette polémique s’inscrivant dans la querelle des femmes qui anima les milieux humanistes au 16ème siècle. Rabelais aurait situé la maison de Herr Trippa près de L’Isle-Bouchard parce que, selon une tradition locale, cette région était réputée fertile en sorciers ! (Voir le Bulletin des Amis de Rabelais tome III, n° 8, 1979).

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La Vienne à L’Île-Bouchard (2009)

Au-delà de L’Île-Bouchard, dans la vallée de la Manse, se cachent deux très beaux villages : Crissay-sur-Manse, dont Rabelais évoque « le gros Christian » (3-42) et Saint-Épain, dont « la diablerie » (mystère dans lequel les diables étaient mis en scène) était célèbre (voir 4-13).

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Château de Crissay (2009)

Le père de Raymond Queneau était originaire de Saint-Epain et ce dernier a écrit une chanson intitulée : le fromage de Sainte-Maure.

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                                                                                                                                                              Saint-Epain : la prévôté, hier et aujourd’hui (2009)

 

6 ont commenté “G- De Chinon à L’Isle-Bouchard

  • a écrit le :

    Le chateau de Basché a appartenu à mes grands parents maternels (enterrés au cimetière d’Assay) depuis 1927 jusqu’en
    1960 et quelque.. Avec mes frères et mes cousins Lippens, nous habitions à Paris, mais toutes nos vacances avant et
    pendant la guerre se sont passées en ces lieux enchanteurs. Le grand père Albert Tonglet et son épouse Philippine avaient
    vécu en Ukraine puis en Roumanie et avaient trouvé en cet endroit de la Touraine le havre de paix où ils pouvaient
    recevoir leurs deux filles et les enfants, ainsi que de nombreux amis.
    Avec mon épouse, nous y sommes repassés tout dernièrement; la chateau et ses abords ne sont évidemment plus comme
    nous les avions connus, mais quelle réussite dans les transformations !!
    Cette demeure est citée dans une oeuvre de François Rabelais , Gargantua ou Pantagruel, je ne sais plus , car on dit que
    Rabelais s’y réfugiait parfois :  » un page natif de Basché… »
    Basché viendrait de  » basse chute » car il y a là une petite chute d’eau. Merci de votre attention

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  • a écrit le :

    Merci pour vos précisions.
    Effectivement Rabelais parle à deux reprises de Basché.
    Dans Gargantua (chapitre 23) il y a, comme vous le dites, « un jeune page, nommé Anagnostès, originaire de Basché » et dans le Quart Livre (chapitre 12 à 15) le seigneur de Basché « homme courageux, vertueux, magnanime » est en butte aux attaques « du gras prieur de Saint-Louand ».

    Répondre
  • carole a écrit le :

    Descendante probable du 1e seigneur de Basche, Perron de Basché (ou Baschi ou Bascher), envoyé spécial de Charles VIII, notamment lors des guerres d’Italie, je serais heureuse de recevoir ttes informations supplementaires sur sa famille si quelqu’un en possède. Merci d’avance!

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  • W. Grekoff a écrit le :

    les légendes des photos des Bourdes et de la Bellonière sont inversées …

    Répondre

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