Dans Gargantua Lerné (à 4km à l’ouest de Seuilly) est la capitale de Picrochole

Plan de Lerné 

 Plan de Lerné 

On dit que la guerre picrocholine a été inspirée par un procès entre le père de Rabelais et Gaucher de Sainte-Marthe : seigneur de Lerné !

Abel Lefranc, professeur au Collège de France et auteur, en 1912, d’une très riche édition commentée de Gargantua écrit : « Quel était, au temps où Rabelais rédigeait son œuvre, le seigneur de Lerné ? Un homme relativement célèbre à cette époque, Gaucher de Sainte-Marthe, écuyer, seigneur de Villedan, de la Rivière, de la Baste en Cursai, de Lerné, du Chapeau et d’Esnandes- en-Aunis, devenu conseiller et médecin ordinaire du roi, médecin de l’abbesse de Fontevrault, médecin du connétable Charles de Bourbon. La situation en vue de sa famille, si fameuse par la suite dans l’histoire des lettres, remontait à son grand-père. Il était fils de Louis de Sainte-Marthe qui servit les rois Charles VII, Louis XII et François 1er, durant les guerres d’Italie, et mourut en 1535, âgé de quatre-vingt-dix ans, dans son domaine du Chapeau, paroisse de Saint- Lambert-des-Levées, près Saumur. Gaucher avait épousé Marie Marquet, fille de Michel Marquet, receveur général de Touraine, dont il eut douze enfants, presque tous nés à Fontevrault, parmi lesquels le poète Charles de Sainte-Marthe était le second. D’après les poésies de son fils Charles, il connut l’adversité. Il mourut en janvier 1551 et fut inhumé dans le chœur de Fontevrault. Avide et intéressé, il avait, d’après les faits mêmes qui vont être rapportés, un caractère violent, autoritaire, injuste et processif. Toute une région, lésée dans ses intérêts vitaux, put s’élever contre lui, sans qu’il se laissât ébranler ni attendrir un seul instant. Il n’était cependant pas dépourvu de valeur comme médecin, et c’est en reconnaissance de ses soins que l’abbesse de Fontevrault lui concéda, en 1506, sa vie durant, la seigneurie de Lerné qui appartenait à son abbaye. Son influence dans cette puissante maison paraît avoir été grande. Sa situation de médecin royal n’était pas, d’autre part, négligeable. Connaissant les procédés de composition de notre conteur, nous aurions le droit d’affirmer a priori que Picrochole, roi, c’est-à-dire seigneur de Lerné, tiers du nom, ne peut être que le seigneur de Lerné, contemporain de Rabelais, Gaucher de Sainte-Marthe, troisième de son nom en France. » 

 Le Capitole de Picrochole III (?)

Le Capitole (?) de Picrochole III 

 

Abel Lefranc ajoute le témoignage d’un érudit qui écrivait à la fin du 16ème siècle ou au commencement du 17ème dans la région de Loudun ou de Chinon et qui écrit ceci dans des notes conservées à la Bibliothèque nationale « Pichrocole estoit médecin de Madame de Frontevraulx. Il se nommoit Scevole ou Gaucher, ayeul de Gaucher ou Scevole, grand père de messieurs de Sainte-Marthe. Il demeuroit à Lerné, qui est un beau vilage despendant de Frontevraulx. Lequel vilage Madame lui avoit donné sa vie durant, comme elle avoit fait à deulx precedans, cause qu’il [Rabelais] l’appella tiers de ce nom. (…) Il levoit les cens, rentes et debvoirs de sa dite seigneurie et les royalles tailles. (…) Il eut procès entre aulcuns de Lerné et les moynes de Suillé; leur temporel fut saisi, entre aultres le clos de l’abbaye, qui fut baillé à ferme peu avant les vendanges. Les fermiers s’ingénièrent de jouir, à quoy s’opposa frère lehan des Entommeures, qui estoit leur procureur. C’est la deffense du clos. Marquelt estoit beau père de Picrochole, qui fut blessé d’un coup de tribart à la teste…  

 Vue générale de Lerné
Vue générale de Lerné

 Par ailleurs, les habitants de Lerné avaient, semble-t-il, la réputation d’être des gens violents. Deux anecdotes en témoignent :

1- En septembre 1509, une rixe sanglante eut lieu dans l’église de Lerné entre les gens de Michel de Ballan, seigneur de Maulevrier et ceux de Jacques-François Le Roy, fils du seigneur de Chavigny pour une question de préséance dans l’église. Ce seigneur de Maulevrier, cité dans Gargantua, ch. 39, était réputé pour sa richesse ; dans le prologue du Quart Livre, Rabelais parle d’un certain Couillatris « pauvre villageois natif de Gravot » (hameau de Bourgueil) qui, grâce aux dieux « en peu de temps, fut le plus riche homme du pays, plus même que Maulevrier le boiteux. »  Michel de Ballan, connu sous le nom de capitaine Maulévrier combattit en Italie sous Louis XII et mourut en 1519 ; le château passa alors à son fils : René de Ballan. 

  Lerné : château de Maulevrier

Château de Maulevrier

2- Un seigneur de Lerné poursuivait de sa passion violente une jeune fille, qui implora le secours du Ciel ; l’un des pieds de cette fille, qui devint Sainte Néomoise, fut transformé en patte d’oie et le seigneur abandonna sa poursuite. Il y avait dans l’église de Lerné une statue de Sainte Néomoise, qui a été dérobée le 12 février 2007.

 Lerné : château de Chavigny
        Lerné : château de Chavigny

  

L’église de Lerné, construite à la fin du 12ème siècle, est placée sous le vocable de Saint-Martin et Lerné est la capitale des statues de Saint-Martin en Indre et Loire. Ce village est mentionné dès 998 sous le nom de Curtis Larrinensis

 Lerné : église Saint Martin

Lerné : église Saint-Martin

Gaucher de Sainte-Marthe avait épousé Marie Marquet, fille du Receveur général de Touraine, et dans Gargantua, ch. 25, un certain Marquet est « grand bâtonnier de la confrérie des fouaciers ». Par ailleurs Grandgousier essaie de parlementer et envoie auprès de Picrochole « Ulrich Gallet, maître de requêtes, homme sage et réfléchi » (Gargantua, ch. 30). Dans le procès qui opposa Antoine Rabelais et Gaucher de Sainte-Marthe, un certain Jehan Gallet, mandataire des marchands de Loire et de ses affluents, est défenseur et négociateur. 

Lerné : rue des fouaciers

Lerné : rue des fouaciers 

On sait que le point de départ de la guerre est une querelle entre « les fouaciers de Lerné » et « les bergers et métayers de Seuilly et de Cinais ». Aujourd’hui la fouace de Lerné est un petit gâteau rond avec des noix et de la canelle ; était-ce, au temps de Rabelais, ce qu’aujourd’hui on appelle « la fouée » : épaisse galette de froment que l’on coupe en deux et que l’on garnit de rillettes ou de fromage de chèvre ? Rabelais en donne en partie la recette dans le ch. 32 de Gargantua : « fouaces faites de bon beurre, de bons jaunes d’œufs, de beau safran et de belles épices… ». Le mot, en tout cas, est à mettre en relation avec le mot « fouet » par analogie avec le geste de celui qui jette dans la fouace dans le four et ce n’est donc pas par hasard que, dans le ch. 25, Marquet frappe Frogier d’un grand coup de fouet !

 
Chapelle Sainte-Néomoise dans l’église Saint-Martin
 

 Lerné abrite aussi le Picroboule : musée de la boule de fort.

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