13- Conclusion

En fait, si Mallarmé fut ami avec les félibres (surtout avec Aubanel et Brunet), il émet parfois des réserves et le 6 juin 1870 il termine une lettre à William Bonaparte-Wyse par ces mots : « Mistral est rare, je crois qu’il parle dans des banquets, à Agen, et veut se faire couronner par le Midi (Mallarmé avait d’abord écrit veut soulever le Midi !). Des deux seuls félibres qu’il y ait jamais eu, vous et lui, je crois que vous restez seul. »

Ancien immeuble Aubanel (rue Saint Marc. Avignon)

Certes, la poésie de Mallarmé est très différente de celle des félibres, ce qui ne signifie pas que Mallarmé ne les ait pas appréciés, aussi bien en tant qu’hommes qu’en tant que poètes. En voici deux preuves :

En juillet 1868 Mallarmé envoie au  journal Le Méridional une lettre, que ce journal publie le 12 juillet sous le titre Correspondance particulière ; dans cette lettre, Mallarmé cite des extraits concernant Mistral et Aubanel tirés du Rapport sur les progrès de la poésie que Théophile Gautier vient de remettre au ministère de l’instruction publique. En voici quelques passages :

« Chacun a lu Mireio, ce poème plein d’azur et de soleil, où les paysages et les mœurs du midi sont peints de couleurs si chaudes et si lumineuses, où l’amour s’exprime avec la candeur passionnée d’une idylle de Théocrite, dans un dialecte qui, pour la douceur, l’harmonie, le nombre et la richesse, ne le cède en rien au grec et au latin . (…) Auprès de Mistral, il est juste de placer Aubanel, dont les vers ont la fraîcheur vermeille des rubis (…). »

Et dans une lettre à Mistral, Mallarmé, plein de délicatesse, explique que seule l’absence de traduction française a été la cause de l’omission de Roumanille dans ce rapport.

La même année, Mallarmé traduit un poème anglais de William Bonaparte-Wyse, intitulé Les muses de France et de Provence :

« J’ai vu deux sœurs chanteuses, en mon sommeil, se faisant face l’une à l’autre avec un regard fatidique : celle-ci tenait une fleur en bouton ; avec un emportement spasmodique, celle-là remuait ses bras parés de bijoux, çà et là.

La première était fraîche et douce – une fille de village ! L’autre une froide dame à la cynique œillade, peinte et parfumée, luisante d’or et de perle ! … Provence était le nom de l’une, celui de l’autre, France.

Elles chantèrent – La première : de félines courtisanes, de monstres polaires, de caravanes arabes, la Mort et les Ténèbres, le vaste Ennui, le long Repos. Mais l’autre, la vermeille : la Vie et la Lumière, le grand Cœur intime de l’Homme, la puissance de la patrie, et l’amour, ce miel des choses. Oh ! laquelle était la meilleure ? »

 

Lettre de Mallarmé à Roumanille (1865)

6 ont commenté “13- Mallarmé et les félibres

  • FABRE a écrit le :

    Je recherche le discours, en occitan, prononcé par Ernest FERROUL maire de Narbonne en 1912 pour la Sainte Estelle qui eut lieu dans sa ville.

    Où le trouver?

    Merci de votre aide
    Pierre FABRE

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  • a écrit le :

    Well written article.

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  • a écrit le :

    A une époque où il est très facile « d’annexer » des personnalités très complexes comme MALLARME ou DEBUSSY et CEZANNE pour en faire les parangons de la modernité idéologisée il est sain de replaçer leur oeuvre comme leur personne dans le contexte de leur époque:: ils avaient ,de surcroit, des LIENS AUTHENTIQUES et des Attaches puissantes à leur Pays et à leur Terre ce qui aujourd’hui n’est plus véritablement de mode mais ,au contraire, quasiment banni sinon condamné! LE CARDONNEL fut un grand ami de ma famille à VALENCE : il était un Poète authentique et un homme simple dévoré par la FOI, je mettrai en ligne à nouveau, quelques manuscrits inédits de lui, rédigés rue des moulins à l’époque où il était hebergé chez les Trinitaires dans l’ancienne villa GENEST…

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  • nicolas a écrit le :

    Bonjour , je voudrais savoir oû trouver des extraits de receuilles de JOSEPH ROUMANILLE

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  • Bouisson Michel a écrit le :

    Toutes les rééditions, l’intégrale des oeuvres de Joseph Roumanille sur le catalogue du CREDD’O, 12 ave Auguste CHABAUD, 13690 GRAVESON, tél. 04 32 61 94 06 / 06 87 31 11 03, ass.creddo@wanadoo.fr, http://www.creddo.info

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  • Alain Guingal a écrit le :

    Comment peut on voir meme de l extérieur cette villa des chênes verts.?Etant Avignonais je vois de loin cette magnifique demeure,qu hélas les monuments historiques ne cherchent pas à mettre en valeur…..une honte.

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