7- Jean Brunet

Assez peu connu, le félibre Jean Brunet rendit de nombreux petits services à Mallarmé. C’est ainsi, par exemple, que, le 27 août 1868, Mallarmé, en vacances à Bandol (dans le Var) écrit : « Dis à Brunet, qui me dispense toutes choses d’Avignon, qu’il me jette à la poste un paquet de tabac de Virginie, introuvable ici et à Toulon. »

Jean Brunet en 1854

Né le 27 décembre 1822, Jean-Gabriel Brunet était peintre-décorateur et verrier d’art (artiste créant des vitraux) ainsi que marchand d’antiquités (au n°1bis rue des Fourbisseurs). Son épouse : Cécile Bernard-Brunet avait été la marraine par procuration de Geneviève (la marraine officielle étant Mme Desmolins, la grand-mère maternelle de Mallarmé). Mallarmé écrit pour elle « un petit poème mélodique et fait surtout en vue de la musique » comme il le dit le 7 décembre 1865 dans une lettre à Aubanel, chargé de lire ce poème à Madame Brunet ; il s’agit de Sainte Cécile jouant sur l’aile d’un chérubin (chanson et image anciennes) qui paraîtra, avec quelques modifications, sous le titre Sainte dans la revue Lutèce en 1883.

Écrivant sous le nom de Felibre de l’Arc-de-Sedo (Arc en ciel), du fait de sa profession, Jean Brunet s’intéressait particulièrement aux proverbes provençaux et il publia en 1876 Bachiquello e Prouvèrbi sus la Luno. Mistral le décrit ainsi dans Memòri e Raconte : « Brunet, avec sa face de Christ de Galilée, rêvant son utopie de Paradis terrestre ».

Il habitait 17 rue Galante et c’est là qu’il reçut le poète catalan Victor Balaguer, franc-maçon comme lui, lors de son exil de 1867. Chef du parti libéral de Barcelone, Victor Balaguer (1824-1901) fut ensuite membre des Cortès et ministre. Quand il quitta la Provence un album lui fut offert avec des textes de ses amis ; Emmanuel des Essarts y figure ainsi que Mallarmé, par un long poème de six quatrains, intitulé Les Fleurs (écrit en 1864), dans lequel le nom d’Hérodiade apparaît pour la première fois.

C’est en son honneur qu’en 1867, William Bonaparte-Wyse, franc-maçon également, organisa une grande felibrejado qui réunit les félibres provençaux et les poètes de la Renaissance catalane.

Jean Brunet fut également capitaine des pompiers et conseiller municipal républicain (élu le 30 avril 1871). Selon Henri Mondor (voir Correspondance de Mallarmé, tome 1), c’est à lui et non à Mistral que Mallarmé écrit en septembre 1870 : « La journée, si amèrement commencée, ne pouvait finir d’une façon plus grandiose. Seulement, c’était à vous de monter au balcon de l’Hôtel de Ville d’Avignon, pour y proclamer la République à la Provence.» Après la défaite de Sedan et la déchéance de Napoléon III, la 3ème République (proclamée à Paris le 4 septembre 1870) fut proclamée à Avignon par Alphonse Gent, né à Roquemaure (Gard) en 1813, député de Vaucluse en 1848 puis en 1871, déporté aux Îles Marquises de 1851 à 1858 pour son opposition à Louis-Napoléon Bonaparte.

Jean Brunet mourut à l’hôpital d’Avignon en 1894, après une tentative de suicide, pauvre et ruiné par ses largesses ; la ville paya ses obsèques. Sur sa tombe, le capoulié Félix Gras prononça ces mots : « Ce poète républicain a bataillé toute sa vie pour l’humanité sur la barricade de la charité. » Et, pour sa part, Frédéric Mistral neveu écrit dans Le Figaro du 4 janvier 1930 : « philanthrope, rêvant sans cesse d’un monde meilleur, bon et serviable, ruiné à force de charité, républicain et franc-maçon, J. Brunet, ami des pauvres et des humbles, eut la mort qu’il méritait. »


6 ont commenté “13- Mallarmé et les félibres

  • FABRE a écrit le :

    Je recherche le discours, en occitan, prononcé par Ernest FERROUL maire de Narbonne en 1912 pour la Sainte Estelle qui eut lieu dans sa ville.

    Où le trouver?

    Merci de votre aide
    Pierre FABRE

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  • a écrit le :

    Well written article.

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  • a écrit le :

    A une époque où il est très facile « d’annexer » des personnalités très complexes comme MALLARME ou DEBUSSY et CEZANNE pour en faire les parangons de la modernité idéologisée il est sain de replaçer leur oeuvre comme leur personne dans le contexte de leur époque:: ils avaient ,de surcroit, des LIENS AUTHENTIQUES et des Attaches puissantes à leur Pays et à leur Terre ce qui aujourd’hui n’est plus véritablement de mode mais ,au contraire, quasiment banni sinon condamné! LE CARDONNEL fut un grand ami de ma famille à VALENCE : il était un Poète authentique et un homme simple dévoré par la FOI, je mettrai en ligne à nouveau, quelques manuscrits inédits de lui, rédigés rue des moulins à l’époque où il était hebergé chez les Trinitaires dans l’ancienne villa GENEST…

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  • nicolas a écrit le :

    Bonjour , je voudrais savoir oû trouver des extraits de receuilles de JOSEPH ROUMANILLE

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  • Bouisson Michel a écrit le :

    Toutes les rééditions, l’intégrale des oeuvres de Joseph Roumanille sur le catalogue du CREDD’O, 12 ave Auguste CHABAUD, 13690 GRAVESON, tél. 04 32 61 94 06 / 06 87 31 11 03, ass.creddo@wanadoo.fr, http://www.creddo.info

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  • Alain Guingal a écrit le :

    Comment peut on voir meme de l extérieur cette villa des chênes verts.?Etant Avignonais je vois de loin cette magnifique demeure,qu hélas les monuments historiques ne cherchent pas à mettre en valeur…..une honte.

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