17- C’est en 1895, chez Julie Manet, que fut prise par Degas la fameuse photographie de Mallarmé et Renoir, à propos de laquelle Paul Valéry écrit dans À propos de Degas (1938) : « Auprès d’un grand miroir, on y voit Mallarmé appuyé au mur, Renoir sur un divan assis de face. Dans le miroir, à l’état de fantômes, Degas et l’appareil, Madame et Mademoiselle Mallarmé se devinent. Neuf lampes à pétrole, un terrible quart d’heure d’immobilité pour les sujets furent la condition de cette manière de chef d’œuvre. »

Emmanuel Souchier, professeur en Sciences de l’information au CELSA (Université Paris-Sorbonne), fait dans Portrait en deuil autour d’un puits de lumière le commentaire suivant :

« Au fond, dans le miroir, le fantôme du photographe disparaît dans la lumière alors que l’appareil, sur son trépied, s’inscrit dans la mémoire de la scène. Le puits de lumière qui troue la photo n’a rien d’un éclair instantané, c’est la réverbération de la source lumineuse plongée en abîme dans les deux miroirs de la pièce placés en vis-à-vis.

Les principales lignes de construction du cliché montrent la rigueur et la sûreté d’un œil rompu à la composition picturale. Après avoir cadré la scène, Degas a tracé les corps de Renoir et Mallarmé avec une grande assurance. Il a fait de cette photographie un modèle du genre. Les lambris Empire et le cadre de la glace dessinent, nettes, les verticales du décor, parallèles qui se répètent dans le miroir et soulignent ou encadrent la stature du corps debout de Mallarmé. Les horizontales assoient – sur le bord du cadre de la glace prolongé par le mouvement des mains et de la poche de veste de Mallarmé – l’espace propre aux deux mondes représentés : ici les artistes, là les reflets et les ombres.

Épreuve de Valéry

Degas regarde Renoir que regarde Mallarmé… dans le miroir, on sait la présence de Geneviève et Marie regardant Renoir… et nous sommes nous-mêmes attirés par le point nodal de cette composition en lequel tout se lie. Degas dégage ainsi – en un chiasme visuel – une tension primordiale entre deux zones picturales, d’ombre et de lumière, qu’il articule sur deux surfaces qui leur sont distinctes. »

2 ont commenté “1- Portraits de Mallarmé (1842-1898)

  • Vanelle a écrit le :

    Bonjour,

    Quelqu’un peut-il me dire à quelle date le peintre François Nardi fit le portrait de Stéphane Mallarmé.

    Merci d’avancez, Bertille Vanelle

    Répondre
    • a écrit le :

      Bonjour,
      Je ne connaissais pas ce portrait et à vrai dire, je ne connaissais pas non plus François Nardi. Il est possible que ce portrait ait été fait d’après une photographie car je n’ai trouvé aucune trace d’une relation entre Nardi et Mallarmé.
      Meilleures salutations.
      pmd

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