Édouard Manet (1832-1883)

Édouard Manet, au sujet duquel Paul Valéry disait : « Manet et manebit » (il existe et il existera), naquit à Paris en 1832 et devint célèbre en 1863 avec Le déjeuner sur l’herbe.

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Manet par Nadar

C’est sans doute en 1873, dans le salon de Nina de Villard, que Mallarmé fait la connaissance d’Édouard Manet ; Mallarmé habite alors au 29 rue de Moscou et Manet a son atelier à deux pas de là, au 4 rue de Saint Pétersbourg, dans une ancienne salle d’armes aux murs peints en rouge ; revenant du lycée Condorcet, Mallarmé passe quasi quotidiennement chez Édouard Manet et les deux hommes se parlent beaucoup.

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Atelier de Manet : 4 rue de Saint Pétersbourg

En 1873 Édouard Manet peint une aquarelle : Polichinelle dont il veut tirer une lithographie en couleurs accompagnée d’une épigramme poétique ; il demande à plusieurs amis (Théodore de Banville, Charles Cros, Stéphane Mallarmé, etc.) de faire un poème ; voici celui que fit Mallarmé :

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Polichinelle danse avec deux bosses, mais

L’une touche le sol et l’autre l’Empyrée :

Pour ce double désir âme juste inspirée,

Vois-le qui toujours tombe et surgit à jamais.

Mais c’est le distique de Banville qui fut retenu pour la lithographie :

Féroce et rose, avec du feu dans la prunelle

Effronté, saoul, divin, c’est lui Polichinelle.

En 1874 Mallarmé prend la défense de Manet, dont deux tableaux ont été refusés au Salon annuel et publie dans La Renaissance littéraire et artistique l’article Le jury de peinture de 1874 et M. Manet.

En 1875, Lemerre ayant refusé, c’est l’éditeur Richard Lesclide, qui avait déjà réalisé un premier livre d’artiste : Le Fleuve de Charles Cros illustré par Manet, qui édite la traduction de Mallarmé du Corbeau de Poe avec quatre dessins à l’encre de Manet.

En 1876 l’éditeur Derenne réalise l’édition originale de L’après-midi d’un faune, avec un frontispice, des fleurons et un cul-de-lampe gravés sur bois par Manet et coloriés en rose de sa main. L’exemplaire destiné à Suzanne Leenhoff, l’épouse d’Édouard Manet, est accompagné de ce quatrain de Mallarmé :

Le Faune rêverait hymen et chaste anneau

Sans les nymphes du bois s’il s’avisait d’entendre

Au salon recueilli quand le grand piano

Tout comme votre esprit passe du grave au tendre.

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Le linge de Manet

La même année Mallarmé écrit pour Art Monthly Review, à la demande de son directeur George T. Robinson, un article sur Les Impressionnistes et Manet, qui paraît illustré par Le linge de Manet. C’est aussi cette année-là que Manet fait son célèbre portrait de Mallarmé, que Georges Rodenbach décrit de la façon suivante dans ses Notes sur M. Stéphane Mallarmé, parues dans la Revue franco-américaine en juillet 1895 : « … une moustache drue coupant le visage méditatif, et l’embrouillamini d’une vaste chevelure. Quelque chose d’inquiet et d’inquiétant, le visage soufré d’un orage intérieur, l’air foudroyé d’un Lucifer en habit moderne … »

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En 1883, après avoir dû se faire couper une jambe attaquée par la gangrène, Édouard Manet meurt le 30 avril et il est enterré le 2 mai au cimetière de Passy (où se trouvent aussi la mère et la sœur de Mallarmé). Après la mort d’Édouard Manet, son fils (?) Léon Leenhoff offre à Mallarmé un pastel : Hamlet et le spectre, que Manet avait peint à l’intention de Mallarmé, comme le montrent les lettres S et M que l’on peut deviner sur ce tableau.

En 1895 Mallarmé écrivit à la demande d’Edmond Girard qui voulait éditer un second volume de Portraits du prochain siècle, un article sur Manet et un article sur Whistler. Ce livre ne parut pas et Mallarmé inséra ces deux textes dans Divagations. Voici le début du texte sur Manet : « Qu’un destin tragique, omise la Mort filoutant, complice de tous, à l’homme la gloire, dur, hostile marquât quelqu’un enjouement et grâce, me trouble – pas la huée contre qui a, dorénavant, rajeuni la grande tradition picturale selon son instinct, ni la gratitude posthume : mais, parmi le déboire, un ingénuité virile de chèvre-pied au pardessus mastic, barbe et blond cheveu rare ; grisonnant avec esprit. »

Eugène Manet, un des frères d’Édouard Manet, avait épousé Berthe Morisot et ils eurent une fille : Julie Manet.

9 ont commenté “10- Les ami-e-s de Mallarmé

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Pouvez-vous donner une explication HISTORIQUE (datée) du fait que Anne Rose Suzanne Louviot, née ‘en 1849, soit la « fille naturelle » de F.C. de Canrobert qui, de 1835 à 1849 sert en Algérie ?
    Il est rappelé à Paris (1850-1851 / coup d’état / aide de camp du prince président) ; il participe à la guerre de Crimée et est rappelé par l’empereur à Paris (1856)
    Ce n’est qu’en 1859 qu’il devient gouverneur militaire de Nancy où il demeure jusqu’en 1862 (attesté par « L’Almanach de la Meurthe » pour ces années.
    C’est Méry elle-même qui raconte « pris par elle à quinze ans » (sic) ; « mariée par lui à un paysan »… etc

    « Les mauvaises langues » sont souvent de « mauvaises sources » d’information, surtout lorsqu’on ne vérifie rien.

    Heureusement, il y de sérieuses publications sur tous ces sujets, et qui ne manquent pas de citer leurs références.

    Ce qui manque regrettablement à vos travaux, par ailleurs amusants.

    Cordiales salutations.

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  • Joël Goffin a écrit le :

    Je vous suggère le parcours de mon site bruges-la-morte.net

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  • Jack Klempay a écrit le :

    Pouvez-vous partager la source de vos informations sur l’amitié entre Mallarmé et Nina de Callias? Je m’intéresse surtout aux versions différentes du sonnet.

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  • a écrit le :

    Can you tell me if you’ve any idea if this gentleman may have been related to an arm of the Desessarts family that immigrated to the United States & took up residence in Louisiana, first in New Orleans–also having a plantation in St. Domingue–& then in the Opelousas, LA area? The most notable of this line was Denis Richard Dechanet dit Desessarts, who was a French actor who came to the United States & helped found the theater in New Orleans. His son, Hilaire, owned a sugar plantation & was the patriarch of a family line from which I descend. Thank you!

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  • Musée Stéphane Mallarmé a écrit le :

    Bonjour Mr
    La photo de la tombe en présent sur votre site est celle d’ Olivier Larronde et Jean Pierre Lacloche. Si vous le souhaite je peut vous envoyer la photo de la tombe de Misia

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