Catulle Mendès (1841-1909) Né à Bordeaux, d’un père juif et d’une mère catholique, Catulle Mendès passa sa jeunesse à Toulouse avant de venir à Paris où il fonda, en 1861, La revue fantaisiste et Mallarmé, qui avait entendu parler de lui par l’intermédiaire d’Emmanuel des Essarts, lui envoya alors un poème (qui ne fut pas publié). Catulle Mendès en 1892 Mallarmé fait sa connaissance, en même temps que celle de Villiers de l’Isle-Adam, au cours de l’automne 1863, lorsque, de retour de Londres, il séjourne quelque temps à Paris, 25 rue des Saints-Pères (Paris, 6ème) et, dans une lettre à Albert Collignon, du 21 février 1864, Mallarmé écrit « Quand vous verrez Mendès et Villiers, serrez-leur bien la main, très fort, en leur disant que je ne les oublie pas. ». En septembre 1864, Mallarmé fait un nouveau séjour à Paris et revoit Mendès, qui habite chez son père, à Choisy-le-Roi. Dans son Rapport sur le mouvement poétique français de 1867 à 1900 (fait en 1902 pour le ministre de l’instruction publique et des Beaux-Arts), Catulle Mendès décrit cette rencontre : « Il était peu grand, chétif, avec, sur une face à la fois stricte et plaintive, douce dans l’amertume, des ravages de détresse et de déception. Il avait de toutes petites mains fines et un dandysme (un peu cassant et cassé) de gestes. Mais ses yeux montraient la pureté des tout petits enfants (…) Puis il me montra des vers à lire. Ils étaient écrits d’une écriture fine, correcte et infiniment minutieuse sur un de ces petits carnets reliés de carton-cuir que ferme une bouclette de cuir (…) Je fus émerveillé ». L’année suivante, en octobre1865, Mendès écrit à Mallarmé: « Vite envoyez-moi vos vers (…) Il ne s’agit plus de L’Art mais du Parnasse contemporain où je suis maître ». Co-directeur (avec Louis-Xavier de Ricard) en effet du (premier) Parnasse contemporain qui parut en 18 livraisons, tous les samedis, à partir du 3 mars 1866, Catulle Mendès fut le premier à faire connaître Mallarmé au public et dix poèmes de Mallarmé, dont L’Azur, paraissent dans la onzième livraison, le 12 mai 1866, que Mallarmé partage avec Henri Cazalis. En 1866, il épousa Judith Gautier, la fille de Théophile Gautier, qui, après avoir protégé Mendès, s’était mis à le détester et le surnommait Crapule Membête. En avril 1866, des Essarts écrit à Mallarmé : « Le mariage de Catulle (avec Judith Gautier) est à peu près certain. Théo s’est exilé de sa maison. Il vit dans une pauvre petite chambre ». Très belle (à cette époque) et très cultivée, Judith Gautier rendit visite, en 1869, (avec son mari et Villiers de l’Isle-Adam) à Richard Wagner, à qui elle inspira une violente passion. Mendès, de son côté, était aussi accompagné d’Augusta Holmès (avec qui il eut cinq enfants). Tous, fervents admirateurs de Wagner, contribuèrent grandement à le faire connaître en France. Judith Gautier C’est en revenant de ce voyage, en août 1870, que Judith Gautier, Catulle Mendès et Villiers de l’Isle-Adam vinrent à Avignon, chez Mallarmé qui leur fit une lecture de Igitur. (voir À propos d’Igitur). Catulle Mendès, effrayé par l’obscurité du récit, repartit à Paris sans, dit-il, que Mallarmé lui eût demandé son avis et il écrit dans son Rapport sur le mouvement poétique français de 1867 à 1900 (paru en 1903) : « C’était un assez long conte d’Allemagne, une sorte de légende rhénane, qui avait pour titre, -je pense bien ne pas me tromper, – Igitur d’Elbenone. Dès les premières lignes, je fus épouvanté, et Villiers tantôt me consultait d’un regard furtif, tantôt écarquillait vers le lecteur ses petits yeux gonflés d’effarement. (…) Qui sait si alors, dans Avignon, une farouche et robuste remise en place n’eût pas réussi à détourner Mallarmé de la fausse voie qu’il s’était trouvée par six ans de solitude (…) J’aurais dû, peut-être, avoir le courage d’une brusquerie brutale qui sauve sans ménagement. Marie Théodore-Aubanel, la petite fille du félibre Théodore Aubanel évoque aussi cette lecture dans une conférence : « Nous possédons de la plume de mon grand-père le récit pittoresque d’une réunion où Mallarmé lut à ses hôtes un de ses contes Igitur ou la folie d’Elbehnon. C’était pendant l’été 1870. Aubanel écrit à Legré : il y a ici, chez Mallarmé, Villiers de l’Isle-Adam et Catulle Mendès avec sa femme, Judith, la fille de Théophile Gautier. Ce sont tous les trois des Parnassiens et des Impassibles. Leurs thèses ne sont pas du tout amusantes, et leur poésie est diantrement dans les nuages : mais Judith est une femme admirable, jeune, grande, brune, pâle, avec l’embonpoint et la nonchalance d’une femme d’Orient. ». De retour à Paris en 1871, Mallarmé habite quelque temps chez Catulle Mendès, 4 cité Trévise, (Paris, 9ème), où il aura la compagnie de l’ami de Villiers de l’Isle-Adam, le communard Jean Marras, caché alors par Mendès. Également ami de Mallarmé, Jean Marras deviendra ensuite, grâce à son beau-frère Henri Roujon, conservateur-adjoint du château de Fontainebleau. En 1873, Mallarmé envisage de créer avec Catulle Mendès une Société internationale des poètes et il contacte pour cela les félibres et les poètes catalans mais il semble bien que, seule, la section française de cette Société ait fonctionnée (Voir lettre de Mallarmé à Frédéric Mistral en date du 1er novembre 1873). Mendès restera toujours fidèle à Mallarmé et il sera le premier à protester énergiquement lorsque Mallarmé sera écarté (en même temps que Verlaine et Charles Cros) du 3ème Parnasse contemporain, en 1875, par le trio Banville, Coppée et France. Les filles d’Augusta Holmès er de Catulle Mendès par Renoir Catulle Mendès se sépara d’Augusta Holmès en 1886 et vécut alors avec l’actrice Marguerite Moreno, qui lui donna un fils. Devenue la compagne de l’écrivain Marcel Schwob (qu’elle épousa en 1900), elle vint à Valvins en 1897 avec son compagnon. Sa dernière compagne, la poétesse Jeanne Nette, écrivit ensuite, notamment des critiques de théâtre, sous le nom de Jane Catulle-Mendès. En 1893, Mallarmé écrivit pour lui cette Récréation postale Monsieur Mendès, je dis Catulle À toute la Muse debout Dispense la brise et le tulle Rue, au soixante-six Taitbout. Auteur réputé de nombreux recueils de poèmes, d’une quinzaine de romans, de pièces de théâtre et de livrets de ballet, rédacteur en chef de plusieurs revues importantes, Catulle Mendès, admiré et jalousé à son époque mais bien oublié aujourd’hui, joua un rôle important dans le monde des lettres de la seconde moitié du 19ème siècle. Catulle Mendès vieux Cet homme, de qui on disait « La seule chose qui lui manque, c’est le génie ! » fut retrouvé mort dans un tunnel ferroviaire en février 1909. Accident ou suicide ?

9 ont commenté “10- Les ami-e-s de Mallarmé

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Pouvez-vous donner une explication HISTORIQUE (datée) du fait que Anne Rose Suzanne Louviot, née ‘en 1849, soit la « fille naturelle » de F.C. de Canrobert qui, de 1835 à 1849 sert en Algérie ?
    Il est rappelé à Paris (1850-1851 / coup d’état / aide de camp du prince président) ; il participe à la guerre de Crimée et est rappelé par l’empereur à Paris (1856)
    Ce n’est qu’en 1859 qu’il devient gouverneur militaire de Nancy où il demeure jusqu’en 1862 (attesté par « L’Almanach de la Meurthe » pour ces années.
    C’est Méry elle-même qui raconte « pris par elle à quinze ans » (sic) ; « mariée par lui à un paysan »… etc

    « Les mauvaises langues » sont souvent de « mauvaises sources » d’information, surtout lorsqu’on ne vérifie rien.

    Heureusement, il y de sérieuses publications sur tous ces sujets, et qui ne manquent pas de citer leurs références.

    Ce qui manque regrettablement à vos travaux, par ailleurs amusants.

    Cordiales salutations.

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  • Joël Goffin a écrit le :

    Je vous suggère le parcours de mon site bruges-la-morte.net

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  • Jack Klempay a écrit le :

    Pouvez-vous partager la source de vos informations sur l’amitié entre Mallarmé et Nina de Callias? Je m’intéresse surtout aux versions différentes du sonnet.

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  • a écrit le :

    Can you tell me if you’ve any idea if this gentleman may have been related to an arm of the Desessarts family that immigrated to the United States & took up residence in Louisiana, first in New Orleans–also having a plantation in St. Domingue–& then in the Opelousas, LA area? The most notable of this line was Denis Richard Dechanet dit Desessarts, who was a French actor who came to the United States & helped found the theater in New Orleans. His son, Hilaire, owned a sugar plantation & was the patriarch of a family line from which I descend. Thank you!

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  • Musée Stéphane Mallarmé a écrit le :

    Bonjour Mr
    La photo de la tombe en présent sur votre site est celle d’ Olivier Larronde et Jean Pierre Lacloche. Si vous le souhaite je peut vous envoyer la photo de la tombe de Misia

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