Georges Rodenbach (1855-1898)


Après de brillantes études, en Belgique, à la faculté de droit de Gand, Georges Rodenbach renonce à sa carrière d’avocat et, en janvier 1888, il s’installe à Paris où il épouse Anna Urbain, une nièce de Villiers de L’Isle-Adam. Sur l’éventail d’Anna, Mallarmé écrira plus tard ce quatrain :


Ce peu d’aile assez pour proscrire

Le souci, nuée ou tabac

Amène contre mon sourire

Quelque vers tu de Rodenbach.


Leur fils Constantin naît en 1892 et au nouvel an 1898, Mallarmé lui offrira des fruits glacés, accompagnés de ce quatrain :


Remplace-nous, improvise

Congrûment, Monsieur Tintin

À ces bonbons leur devise

– Autre rimeur galantin.


Lors d’un premier séjour à Paris, en octobre 1878, Rodenbach avait fait la connaissance de Mallarmé chez Théodore de Banville et il devient très vite un habitué des mardis où, selon le poète Roland de Marès « il était un des rares, avec Henri de Régnier, à donner élégamment la réplique au maître de L’Après-midi d’un Faune, qui était le plus exquis causeur du monde. »

Rodenbach (vers 1885) par Nicolas Van den Eeden

C’est lui qui organisera en Belgique une tournée de conférences pour Villiers de L’Isle-Adam en février 1888, puis en 1890 pour Mallarmé qui parle de Villiers, devant un public « contre l’Ennui et le Sommeil mal armé » comme l’écrira Le Journal de Bruges. Mallarmé gardera cependant un bon souvenir de ce séjour en Belgique et il écrit le sonnet Remémoration d’Amis belges qu’il envoie avec ces mots : « J’éprouve un plaisir à envoyer ce sonnet au livre d’or du Cercle Excelsior où j’avais fait une conférence et connu des amis. ».

Rodenbach vers 1894 par Nadar

Rodenbach avait annoncé ces conférences le 10 février 1890 dans Le Journal de Bruxelles et il fait dans cet article ce portrait de Mallarmé : « Mallarmé a aujourd’hui quarante-huit ans mais très jeune encore d’allure, petit de taille, la figure toujours souriante, les yeux d’un bleu très tendre et très tiède (c’est avec ses yeux qu’il a l’air de sourire), une barbe courte et en pointe qui ne grisonne pas, mais s’argente en un givre qui a plutôt l’apparence d’être artificiel et poudré. Cela complète l’impression très XVIIIème siècle qu’il donne souvent par sa politesse et sa bonne grâce infinies : Bergère, nommez-moi berger de vos sourires. »


Son œuvre la plus connue est sans doute son roman Bruges-le-Morte, paru en 1892. En 1893 sa pièce de théâtre Le voile est acceptée à l’unanimité par les sociétaires de la Comédie-Française et elle est créée l’année suivante par Marguerite Moreno (qui fait alors ses débuts).

Rodenbach vers 1894 par Nadar

En septembre 1898, trois mois avant sa propre mort, Rodenbach écrit au poète Charles Guérin : « Oui ! C’est bien triste, cette mort de Mallarmé ! Nous perdons un grand ami, un noble exemple ! Sa fille m’a écrit. Il paraît qu’il est mort en trois jours. Un mal de gorge cru anodin, et qui l’a étouffé. Jamais, m’écrit-elle, il n’avait été aussi heureux que cet été. »

9 ont commenté “10- Les ami-e-s de Mallarmé

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Pouvez-vous donner une explication HISTORIQUE (datée) du fait que Anne Rose Suzanne Louviot, née ‘en 1849, soit la « fille naturelle » de F.C. de Canrobert qui, de 1835 à 1849 sert en Algérie ?
    Il est rappelé à Paris (1850-1851 / coup d’état / aide de camp du prince président) ; il participe à la guerre de Crimée et est rappelé par l’empereur à Paris (1856)
    Ce n’est qu’en 1859 qu’il devient gouverneur militaire de Nancy où il demeure jusqu’en 1862 (attesté par « L’Almanach de la Meurthe » pour ces années.
    C’est Méry elle-même qui raconte « pris par elle à quinze ans » (sic) ; « mariée par lui à un paysan »… etc

    « Les mauvaises langues » sont souvent de « mauvaises sources » d’information, surtout lorsqu’on ne vérifie rien.

    Heureusement, il y de sérieuses publications sur tous ces sujets, et qui ne manquent pas de citer leurs références.

    Ce qui manque regrettablement à vos travaux, par ailleurs amusants.

    Cordiales salutations.

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  • Joël Goffin a écrit le :

    Je vous suggère le parcours de mon site bruges-la-morte.net

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  • Jack Klempay a écrit le :

    Pouvez-vous partager la source de vos informations sur l’amitié entre Mallarmé et Nina de Callias? Je m’intéresse surtout aux versions différentes du sonnet.

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  • a écrit le :

    Can you tell me if you’ve any idea if this gentleman may have been related to an arm of the Desessarts family that immigrated to the United States & took up residence in Louisiana, first in New Orleans–also having a plantation in St. Domingue–& then in the Opelousas, LA area? The most notable of this line was Denis Richard Dechanet dit Desessarts, who was a French actor who came to the United States & helped found the theater in New Orleans. His son, Hilaire, owned a sugar plantation & was the patriarch of a family line from which I descend. Thank you!

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  • Musée Stéphane Mallarmé a écrit le :

    Bonjour Mr
    La photo de la tombe en présent sur votre site est celle d’ Olivier Larronde et Jean Pierre Lacloche. Si vous le souhaite je peut vous envoyer la photo de la tombe de Misia

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