Paul Verlaine (1844-1896) C’est à Besançon, en 1866, que Mallarmé prend connaissance des Poèmes saturniens de Paul Verlaine et il lui écrit : « de toutes les vieilles formes (…) vous avez cru devoir commencer par forger un métal vierge et neuf ». À Paris, dans les années 1872/1873, Mallarmé participe aux dîners des Vilains Bonshommes et rencontre plusieurs fois Verlaine, alors accompagné par Rimbaud ; il apprécie Romances sans paroles, qu’il reçoit en 1874, alors que Verlaine est emprisonné en Belgique, puis Sagesse, à propos duquel il écrit à Verlaine le 17 janvier 1881 : « Voilà un livre qu’il est beau que vous ayez fait, comme on aime les blancs rideaux d’un dortoir où circulent des songes neufs, simples et parfaits. » verlaine-vers-1882-recadre Verlaine vers 1882 On sait que c’est Verlaine qui commença à rendre Mallarmé célèbre, en l’incluant, en compagnie de Tristan Corbière et de Rimbaud, dans la première livraison des Poètes maudits, parue d’abord en article dans la revue Lutèce puis en volume, chez Vanier, en 1884. Dans Jadis et naguère, publié également en 1884, Verlaine inclut un poème, qui pastiche le style de Mallarmé, intitulé Madrigal (poème IX de À la manière de …) et lui dédie le poème Amoureuse du diable (dernier poème du recueil). En 1885 Mallarmé lui écrivit pour Paul Verlaine ce quatrain-adresse : Tapi sous ton chaud mac-ferlane Ce billet, quand tu le reçois Lis-le haut ; 6 cour Saint-François Rue, est-ce Moreau ? cher Verlaine. Verlaine lui répondit le 25 décembre 1885 : « Mon cher Mallarmé, Votre lettre m’est parvenue, ce qui prouve qu’avec la rime riche, et quelle rime, Ferlane, Verlaine ! on arrive à tout. » Plus tard, alors que Verlaine est hospitalisé à l’hôpital Broussais, Mallarmé fit un nouveau quatrain-adresse : Je te lance mon pied vers l’aine Facteur, si tu ne vas où c’est Que rêve mon ami Verlaine Ru’Didot, Hôpital Broussais. Mallarmé répondit aussi à deux enquêtes sur Verlaine ; l’une faite par La Plume en février 1896 et l’autre par La France scolaire en 1897, sur Verlaine, professeur d’anglais. Préparant une notice sur Mallarmé pour Les hommes d’aujourd’hui, qui ne parut qu’en février 1887, Verlaine demande des renseignements à Mallarmé qui lui répond, le 16 novembre 1885, par sa célèbre lettre autobiographique, dans laquelle il fait une erreur à propos de sa mère qu’il dit avoir perdue à sept ans alors qu’il avait cinq ans lorsqu’elle mourut. En 1888 Léo d’Orfer organise une souscription en faveur de Verlaine qui mène une vie misérable, allant d’hôpital en hôpital et Mallarmé verse 50 francs. L’année suivante Verlaine va se soigner à Aix-les-Bains et Mallarmé lui donne une lettre de recommandation pour Henri Cazalis, alors médecin-inspecteur des eaux de Challes mais Verlaine, en état d’ébriété, est appréhendé par les gendarmes. Le 9 février 1893 La Plume organise un banquet en l’honneur de Verlaine et de Mallarmé, qui, à cette occasion, prononce un SALUT : Rien, cette écume, vierge vers À ne désigner que la coupe ; Telle loin se noie une troupe De sirènes mainte à l’envers. Le 10 janvier 1896, au cimetière des Batignolles, Mallarmé prononça un discours (repris dans Divagations) sur la tombe de Verlaine ; on y trouve ces mots : « Paul Verlaine, son génie enfui au temps futur, reste héros. » Peu après Mallarmé est élu à l’unanimité Prince des poètes en remplacement du Pauvre Lélian. L’année suivante, lors d’une cérémonie anniversaire au cimetière des Batignolles, Mallarmé prononce un nouvel éloge du poète : « Nous savons Verlaine souriant de partager l’immortalité des grands poètes de la France (…) La montée lumineuse n’a pas duré un an. » et dans le numéro de janvier de La Revue blanche est publié le Tombeau de Paul Verlaine qui deviendra ensuite Tombeau et qui se termine par ces deux tercets : Qui cherche, parcourant le solitaire bond Tantôt extérieur de notre vagabond – Verlaine ? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine   À ne surprendre que naïvement d’accord La lèvre sans y boire ou tarir son haleine Un peu profond ruisseau calomnié la mort.

9 ont commenté “10- Les ami-e-s de Mallarmé

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Pouvez-vous donner une explication HISTORIQUE (datée) du fait que Anne Rose Suzanne Louviot, née ‘en 1849, soit la « fille naturelle » de F.C. de Canrobert qui, de 1835 à 1849 sert en Algérie ?
    Il est rappelé à Paris (1850-1851 / coup d’état / aide de camp du prince président) ; il participe à la guerre de Crimée et est rappelé par l’empereur à Paris (1856)
    Ce n’est qu’en 1859 qu’il devient gouverneur militaire de Nancy où il demeure jusqu’en 1862 (attesté par « L’Almanach de la Meurthe » pour ces années.
    C’est Méry elle-même qui raconte « pris par elle à quinze ans » (sic) ; « mariée par lui à un paysan »… etc

    « Les mauvaises langues » sont souvent de « mauvaises sources » d’information, surtout lorsqu’on ne vérifie rien.

    Heureusement, il y de sérieuses publications sur tous ces sujets, et qui ne manquent pas de citer leurs références.

    Ce qui manque regrettablement à vos travaux, par ailleurs amusants.

    Cordiales salutations.

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  • Joël Goffin a écrit le :

    Je vous suggère le parcours de mon site bruges-la-morte.net

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  • Jack Klempay a écrit le :

    Pouvez-vous partager la source de vos informations sur l’amitié entre Mallarmé et Nina de Callias? Je m’intéresse surtout aux versions différentes du sonnet.

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  • a écrit le :

    Can you tell me if you’ve any idea if this gentleman may have been related to an arm of the Desessarts family that immigrated to the United States & took up residence in Louisiana, first in New Orleans–also having a plantation in St. Domingue–& then in the Opelousas, LA area? The most notable of this line was Denis Richard Dechanet dit Desessarts, who was a French actor who came to the United States & helped found the theater in New Orleans. His son, Hilaire, owned a sugar plantation & was the patriarch of a family line from which I descend. Thank you!

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  • Musée Stéphane Mallarmé a écrit le :

    Bonjour Mr
    La photo de la tombe en présent sur votre site est celle d’ Olivier Larronde et Jean Pierre Lacloche. Si vous le souhaite je peut vous envoyer la photo de la tombe de Misia

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