Auguste Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889)

Né en 1838 dans une famille noble mais pauvre, Villiers de l’Isle-Adam se lie (entre 1855 et 1860) avec Catulle Mendès et avec Jean Marras (futur Communard puis conservateur du palais de Fontainebleau ; voir l’article sur Catulle Mendès).

Il commence alors à écrire dans des journaux ; l’écrivain Léon Barracand (né à Romans en 1844) fait de lui ce portrait dans ses Souvenirs d’un homme de lettres : « Il m’arrivait de me rendre le soir sur les Boulevards, au café de Madrid, où, vers dix ou onze heures, j’étais sûr de rencontrer Villiers de l’Isle-Adam et, fidus Achates, Son ami, Jean Marras. Villiers de l’Isle-Adam! Ce grand et vieux nom » m’imposait. L’homme toutefois ne répondait pas très exactement, au premier abord, à l’idée que je m’en faisais. Il était de petite taille, une figure plutôt ronde que battaient de longues mèches incessamment relevées d’une main fébrile, un petit nez rond sur une mince moustache toujours mordillée et tracassée du bout des doigts, des yeux bleus tantôt fixes d’une pensée absorbée et distraite, tantôt d’une mobilité égarée, et le teint brouillé et tacheté. Rarement tranquille et posé, il parlait par saccades, avec de sourds ricanements intérieurs où il y avait des mystères de profondeur ironique et d’arrière-pensée railleuse. Il semblait, dans tout ce qu’il disait, que sa principale préoccupation fût d’étonner et de s’étonner lui-même aux sursauts subits d’imaginations qui lui venaient. »

Villiers (1865) par Carjat

Mallarmé fit sa connaissance durant l’automne 1863 et les deux hommes, qui s’admirent réciproquement, deviennent amis ; en octobre 1864, Catulle Mendès écrit à Mallarmé : « Villiers partage absolument mon affection pour vos poèmes ; il a d’ailleurs (…) une très grande sympathie pour vous-même. » et en décembre 1865 Mallarmé écrit à Villiers : « nos deux âmes (…) s’entendent si merveilleusement ».

Le 15 juillet 1870, alors qu’éclate la guerre franco-allemande, Villiers est à Munich, en compagnie de Catulle Mendès et de son épouse Judith Gautier ; ayant réussi, avec difficulté, à quitter l’Allemagne (en passant par l’Autriche), ils se rendent à Lyon puis à Avignon où ils séjournent chez Mallarmé qui leur fait une lecture de Igitur. Catulle Mendès et son épouse rentrent à Paris alors que Villiers prolonge son séjour à Avignon, notamment pour rendre visite à sa tante Gabrielle Villiers de l’Isle-Adam, qui était religieuse au Sacré-Cœur.

Selon les éditions Sao Maï, Villiers fut un des rares écrivains, avec Mendès et Verlaine, à soutenir la Commune de Paris et fut l’auteur d’un Tableau de Paris sous la Commune, que ces éditions viennent de publier.

Mallarmé rédigea à son intention ce quatrain-adresse :

Monsieur le comte de Villiers

De l’Isle-Adam ; qu’on serait aise

D’avoir parmi mes familiers.

A Paris, Place Clichy, seize.

Atteint d’un cancer au cours de l’hiver 1888-89, Villiers tombe dans la misère ; Huysmans et Mallarmé ouvrent une souscription pour lui venir en aide ; ils s’occupent aussi de régler ses problèmes familiaux puis finalement de son enterrement, après sa mort, en août 1889. Le 5 juillet 1889, Huysmans écrit à Mallarmé : « Cher ami, je vous envoie ci-joint la misérable prébende pour notre pauvre Villiers (…) nous savons, hélas ! de quel incurable et diabolique mal il est atteint. Décidément le Très-Haut a des dispenses d’horreurs et des prébendes de souffrances spéciales pour les artistes. Ce dont, paraît-il, il faut le louer. Bien à vous, mon cher Mallarmé, bien. »

Villiers, dans Les hommes d’aujourd’hui (n°258)

On sait que, en février 1890, Mallarmé fit en Belgique une tournée de conférences sur son ami. Voici un extrait du compte-rendu qu’Émile Verhaeren fit dans L’art moderne, le 16 février 1890 : « La conférence de Stéphane Mallarmé a passé au dessus de la tête de son auditoire. Ceux qui se trou­vent de l’autre côté de la terre ne peuvent voir un serein prodige de lumière qui s’accomplirait sous notre midi. « Je suis, a dit l’illustre conférencier, un rêveur venant parler d’un rêveur. » Et cette simple phrase de début prédisait tout ce qui devait arriver.

Stéphane Mallarmé nous a montré Villiers de l’Isle-Adam, comme quelqu’un d’apparu, à la fois très vivant et très dans la gloire de la mort, déjà.


Il nous a ajouté le Villiers parlant, gesticulant, songeant à voix haute ; nous avons réentendu la voix qui pour jamais s’est tue, nous avons vu remuer les doigts qui, depuis quel temps, sont immo­biles – et même l’impression que faisait le brusque visiteur extraordinaire en apparaissant quelque part, grâce à un miracle de parler et d’attitude, nous l’avons éprouvée à tel instant, tout à coup. Villiers a été ressuscité en un superbe portrait où jusqu’au pli des vêtements, jusqu’à la manière de camper le chapeau sur la tête et de nouer le foulard autour du cou, tout était exact.
»

Une partie de cette conférence, reprise plus tard dans Vers et prose (1893) puis dans Divagations (1897), évoquait l’arrivée de Villiers à Paris : « Nul, que je me rappelle, ne fut, par un vent d’illusion engouffré dans les plis visibles, tombant de son geste ouvert qui signifiait : « Me voici », avec une impulsion aussi véhémente et surnaturelle, poussé, que jadis cet adolescent ».

Les principales œuvres de Villiers sont romanesques : Isis (1862), Contes cruels (1883), L’Ève future (1886), Histoires insolitesElën (1865), La Révolte (1870), Axël (1890, éd. posthume). (1888) et théâtrales :

9 ont commenté “10- Les ami-e-s de Mallarmé

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Pouvez-vous donner une explication HISTORIQUE (datée) du fait que Anne Rose Suzanne Louviot, née ‘en 1849, soit la « fille naturelle » de F.C. de Canrobert qui, de 1835 à 1849 sert en Algérie ?
    Il est rappelé à Paris (1850-1851 / coup d’état / aide de camp du prince président) ; il participe à la guerre de Crimée et est rappelé par l’empereur à Paris (1856)
    Ce n’est qu’en 1859 qu’il devient gouverneur militaire de Nancy où il demeure jusqu’en 1862 (attesté par « L’Almanach de la Meurthe » pour ces années.
    C’est Méry elle-même qui raconte « pris par elle à quinze ans » (sic) ; « mariée par lui à un paysan »… etc

    « Les mauvaises langues » sont souvent de « mauvaises sources » d’information, surtout lorsqu’on ne vérifie rien.

    Heureusement, il y de sérieuses publications sur tous ces sujets, et qui ne manquent pas de citer leurs références.

    Ce qui manque regrettablement à vos travaux, par ailleurs amusants.

    Cordiales salutations.

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  • Joël Goffin a écrit le :

    Je vous suggère le parcours de mon site bruges-la-morte.net

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  • Jack Klempay a écrit le :

    Pouvez-vous partager la source de vos informations sur l’amitié entre Mallarmé et Nina de Callias? Je m’intéresse surtout aux versions différentes du sonnet.

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  • a écrit le :

    Can you tell me if you’ve any idea if this gentleman may have been related to an arm of the Desessarts family that immigrated to the United States & took up residence in Louisiana, first in New Orleans–also having a plantation in St. Domingue–& then in the Opelousas, LA area? The most notable of this line was Denis Richard Dechanet dit Desessarts, who was a French actor who came to the United States & helped found the theater in New Orleans. His son, Hilaire, owned a sugar plantation & was the patriarch of a family line from which I descend. Thank you!

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  • Musée Stéphane Mallarmé a écrit le :

    Bonjour Mr
    La photo de la tombe en présent sur votre site est celle d’ Olivier Larronde et Jean Pierre Lacloche. Si vous le souhaite je peut vous envoyer la photo de la tombe de Misia

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