Emmanuel des Essarts (1839-1909)


Normalien, agrégé de lettres, docteur ès lettres (en 1871), Emmanuel des Essarts eut une carrière universitaire relativement brillante, qu’il finit comme doyen de la faculté des lettres de Clermont-Ferrand mais il ne fut jamais le poète célèbre qu’il rêvait de devenir.


Une belle carrière poétique lui était pourtant promise par le prix Véron, obtenu en 1857, alors qu’il avait 18 ans, ainsi que par Victor Hugo et par Théophile Gautier, fréquentés assidument dans le salon de son père Alfred des Essarts, lui-même écrivain et conservateur de la bibliothèque Sainte Geneviève (de 1846 à 1884) qui disait volontiers : « Mon meilleur ouvrage, c’est mon fils » !


En octobre 1861, il est nommé professeur au lycée de Sens, que Mallarmé a quitté l’année précédente, après avoir obtenu le bac en novembre 1860 et des professeurs du lycée, avec qui Mallarmé est resté en contact, le mettent en relation avec ce « poète immoral » à qui il écrit, le 11 décembre 1861 :


Car par la ville plus d’un blâme

Ta gaîté qui sent le printemps.


Plus sérieusement ( ?) Le journal des baigneurs de Dieppe ( ??) publie le 6 juillet 1862, un poème de Mallarmé, intitulé Contre un poète parisien, dédicacé « à Emmanuel des Essarts » (qui vient de publier les Poésies parisiennes) et dans lequel Mallarmé oppose « Dante, au laurier amer » ou « Anacréon, tout nu » au poète parisien « qui polke avec un habit noir. »

Emmanuel des Essarts

Le 11 mai 1862, Emmanuel des Essarts organise une promenade dans la forêt de Fontainebleau et fait connaître à Mallarmé Henri Cazalis et Henri Regnault, qui ont été ses condisciples au Collège Napoléon, ainsi que Nina Gaillard : la jeune fille dont il est amoureux et Ettie Yapp, aimée par Henri Cazalis. Est aussi de la promenade Isabelle Yapp, la jeune sœur d’Ettie. Tous ces jeunes gens sont chaperonnés par Mme Yapp et Mme Gaillard. Cette promenade, que des Essarts et Mallarmé célèbreront dans une scie intitulée Le carrefour des demoiselles ou l’absence du lancier ou le triomphe de la prévoyance ou Monsieur Mallarmé dans la forêt restera très présente dans l’esprit de Mallarmé et sera souvent évoquée dans sa correspondance.


Un peu bizarrement, Mallarmé, qui est plus jeune et beaucoup moins diplômé, se moque souvent de son ami qu’il appelle Polichinelle ou Emmanuelcinella ; il faut dire que des Essarts est petit et gros, myope et bredouilleur ; il faut dire que des Essarts a besoin de respectability comme il le dit lui-même dans une lettre de novembre 1864 et que Mallarmé se plaint qu’il ait préféré « se montrer aux préfets plutôt que de s’arrêter à Tournon » (lettre à Cazalis du 26 décembre 1864) ; il faut dire surtout que des Essarts fait de forts mauvais vers. À propos de son recueil Élévations, paru en 1864, Mallarmé écrit à Lefébure en février 1865 « je ne puis souffrir sa poésie qui dément tout ce que je pense de cet art » et Arthur Rimbaud dans sa lettre du 15 mai 1871 à Paul Demeny (dite Lettre du voyant) classe Desessarts parmi « les morts et les imbéciles ».


Mais Mallarmé l’aime beaucoup et le reverra avec plaisir lorsqu’il fera une cure à Royat en 1888, même si des Essarts, marié et père de famille, adjoint au maire de Clermont-Ferrand, ait l’air « très-notaire » comme Mallarmé l’écrit le 20 août 1888 dans une lettre à sa femme et à sa fille.

9 ont commenté “10- Les ami-e-s de Mallarmé

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Pouvez-vous donner une explication HISTORIQUE (datée) du fait que Anne Rose Suzanne Louviot, née ‘en 1849, soit la « fille naturelle » de F.C. de Canrobert qui, de 1835 à 1849 sert en Algérie ?
    Il est rappelé à Paris (1850-1851 / coup d’état / aide de camp du prince président) ; il participe à la guerre de Crimée et est rappelé par l’empereur à Paris (1856)
    Ce n’est qu’en 1859 qu’il devient gouverneur militaire de Nancy où il demeure jusqu’en 1862 (attesté par « L’Almanach de la Meurthe » pour ces années.
    C’est Méry elle-même qui raconte « pris par elle à quinze ans » (sic) ; « mariée par lui à un paysan »… etc

    « Les mauvaises langues » sont souvent de « mauvaises sources » d’information, surtout lorsqu’on ne vérifie rien.

    Heureusement, il y de sérieuses publications sur tous ces sujets, et qui ne manquent pas de citer leurs références.

    Ce qui manque regrettablement à vos travaux, par ailleurs amusants.

    Cordiales salutations.

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  • Joël Goffin a écrit le :

    Je vous suggère le parcours de mon site bruges-la-morte.net

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  • Jack Klempay a écrit le :

    Pouvez-vous partager la source de vos informations sur l’amitié entre Mallarmé et Nina de Callias? Je m’intéresse surtout aux versions différentes du sonnet.

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  • a écrit le :

    Can you tell me if you’ve any idea if this gentleman may have been related to an arm of the Desessarts family that immigrated to the United States & took up residence in Louisiana, first in New Orleans–also having a plantation in St. Domingue–& then in the Opelousas, LA area? The most notable of this line was Denis Richard Dechanet dit Desessarts, who was a French actor who came to the United States & helped found the theater in New Orleans. His son, Hilaire, owned a sugar plantation & was the patriarch of a family line from which I descend. Thank you!

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  • Musée Stéphane Mallarmé a écrit le :

    Bonjour Mr
    La photo de la tombe en présent sur votre site est celle d’ Olivier Larronde et Jean Pierre Lacloche. Si vous le souhaite je peut vous envoyer la photo de la tombe de Misia

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