La Maison du Portail Matheron

En octobre 1867, après avoir passé une année sombre à Besançon, Mallarmé est nommé professeur d’anglais au lycée impérial d’Avignon. Voir Mallarmé à Besançon.

Pendant son séjour avignonnais, Stéphane Mallarmé (qui est avec son épouse Marie Gerhard et avec sa fille Geneviève, née à Tournon en 1864) habite, du 26 octobre 1867 au 29 mai 1871, dans une maison du 18ème siècle, située au n° 8 Place du Portail Matheron (aujourd’hui rue du Portail Matheron) et appelée à cette époque «la maison du crime »

La place du Portail Matheron au 19ème siècle

En effet, le 26 germinal an X (soit le 16 avril 1802, jour du Vendredi Saint), la propriétaire, Mme Catherine Pical et sa fille aînée Marie-Catherine y furent assassinées par leur ancienne domestique : Marguerite Assela, de Tarascon. Le vol n’était pas le seul mobile du crime, comme on le crut d’abord, car la coupable, découverte, déclara s’être vengée d’avoir été dénoncée par la propriétaire puis internée dans la Maison du Bon Pasteur, où l’on enfermait les prostituées. Elle fut guillotinée l’année suivante.

Immeuble 8 Portail Matheron (2007)

Cette habitation comprend deux appartements sur rue et deux maisons à l’arrière donnant sur la droite du jardin. Il est dit généralement que Mallarmé occupait un des deux appartements sur la rue. Mais je pense qu’il s’agit d’une simple supposition liée au fait que, en 1948, la municipalité d’Avignon fit poser une plaque commémorative sur la façade de cette maison à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Mallarmé. Cette plaque porte cette sobre inscription : « Le poète Stéphane Mallarmé professeur au lycée habita cette maison de 1867 à 1871. »

Statue de Félix Gras (Rocher des doms, Avignon)

En fait, si l’on en croit le félibre Félix Gras, Mallarmé habitait une des maisons qui donnent sur le jardin. En effet, l’écrivain Jules Boissière écrit à Mallarmé le 13 février 1896 : «Nous avons parlé de vous avec Félix Gras qui, presque enfant [Félix Gras avait quand même 23 ans quand Mallarmé arriva à Avignon !], vous connut au temps de votre séjour en Avignon (…) et Félix Gras nous racontait comment -en un temps où vous n’étiez guère plus fortuné que d’autres professeurs, nos amis- vous aviez su vous créer un charmant lieu d’asile non loin des remparts, trouver une jolie maisonnette que précédait un aimable jardin, enfin vous arranger un retrait de poète, à peu de frais. ».

Jardin de l’immeuble 8 Portail Matheron (2007)

Il ne peut s’agir que de la seconde maison, la seule des deux à avoir aussi cet « escalier obscur » dont parle Mallarmé dans une lettre du 14 novembre 1869 à son ami Henri Cazalis.

Ceci coïncide parfaitement avec le témoignage d’un enfant de Tournon : l’écrivain-inspecteur des Beaux Arts Gabriel Faure (1877-1962) selon qui « Les Félibres parlaient souvent de la conversation agréable, un peu attristante de Mallarmé, de son tabac oriental, de son appartement plein de cafards, et tel qu’il fallait mettre les pieds des lits dans des assiettes d’eau pour empêcher les scorpions d’y grimper. » On voit mal en effet des scorpions atteindre un appartement situé au premier ou au second étage mais ils peuvent parfaitement entrer dans une maison située de plain pied avec le jardin et de là gagner les chambres situées au premier étage.

La maison dans le jardin (2007)

Dans le jardin, où il y avait une vigne et des lauriers, Mallarmé installe un hamac et le 3 mai 1868 il demande à son ami Eugène Lefébure : « l’adresse du magasin où [Cazalis] a acheté son hamac ». C’est bercé par ce hamac, qu’il écrit une première version du sonnet en -yx. (voir Commentaire du sonnet en -yx)

La pendule de Saxe (Musée de Valvins)

D’ailleurs, dans sa correspondance Mallarmé parle toujours de « la maison », dans laquelle se trouvaient sans doute, si l’on en croit ses textes en prose, regroupés dans Divagations (publié en 1897) la glace vénitienne ainsi que la petite pendule de Saxe évoquée par Mallarmé dans Frisson d’hiver. Il y avait, peut-être aussi une banquette et des chaises paillées (de style provençal), que l’on peut voir actuellement, avec la pendule de Saxe, au musée Mallarmé de Valvins.

Théodore Aubanel

La petite-fille de Théodore Aubanel : Marie Théodore-Aubanel précise dans une conférence prononcée en 1960 devant l’Académie de Vaucluse : « Mon père m’a parlé souvent du logis 8 place du Portail Matheron, où souvent il jouait avec Geneviève [la fille de Mallarmé]. Le jardin agréable et mystérieux, avec la touche vive de beaux lauriers rose. Mais ce qui s’inscrivit surtout dans sa mémoire de tout petit enfant, c’est la gentillesse du poète. Il avait acheté un beau cheval blanc, en carton pâte où chez lui il faisait caracoler Jean-de-la-Croix (le fils de Théodore et le père de Marie).

Geneviève Mallarmé en 1869

L’écrivain local Félix Goumarre évoque lui aussi, dans Avignon. Questions locales (1940), la personnalité de Mallarmé : « Ma mère nous racontait que le magasin de son père Pierre Bourgeois, épicier place du Portail Matheron, avait souvent la visite d’un étranger habitant le quartier, un monsieur fort original et extrêmement poli. »

Une personne a commenté “6- Mallarmé à Avignon (Vaucluse) 1867-1871

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Avez-vous des informations sur un
    BUREAU DE TABAC que Marie Mallarmé aurait sollicité et
    obtenu à ARLES, à partir de 1869 ?
    Cette source de revenus complémentaires est mentionnée dans la « Correspondance » en onze volumes.

    Cordiales salutations.

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