Le lycée impérial

Pendant un peu plus de deux ans, Stéphane Mallarmé va enseigner l’anglais au lycée impérial d’Avignon, situé depuis le début du 19ème siècle, dans l’ancienne Maison de la Motte, constituée par la réunion, au moyen d’une galerie couverte, de la livrée d’Annibal de Ceccano (14ème siècle) et de la livrée du cardinal de Venise (début du 15ème siècle). Dès 1564, un Collège avait été installé par les Jésuites dans ces bâtiments. Ce lycée devint ensuite le lycée Mistral et fonctionna dans ces locaux jusqu’en 1960. C’est aujourd’hui l’école publique Frédéric Mistral (rue Frédéric Mistral), le musée lapidaire, installé dans l’ancienne chapelle, et la médiathèque Ceccano.

Ancien lycée impérial (2007)

Mallarmé n’a pas de licence mais uniquement un certificat d’aptitude à l’enseignement de l’anglais ; il est assimilé aux chargés de cours et son salaire annuel est de 1700 francs en 1867 puis, en 1868, de 2 900 francs, pour 15 heures de cours et 7 heures supplémentaires (chacune étant payée 100 francs par an) ; mais l’année suivante, l’horaire hebdomadaire des chargés de cours ayant été porté à 20h. par semaine, Mallarmé perd 5 heures supplémentaires et son salaire est diminué de 500 francs, ce dont il se plaint amèrement dans plusieurs de ses lettres. Il est toujours difficile de se faire une idée exacte des équivalences entre les monnaies ; on peut cependant estimer très approximativement qu’un franc de cette époque avait le pouvoir d’achat de dix euros 2008 ; le salaire de Mallarmé est donc passé de 1400 euros par mois en 1867 à 2400 euros en 1868 avant de revenir à 1800 euros en 1869.

Ancienne chapelle des Jésuites (2007)

L’enseignement de Mallarmé est apprécié diversement. Ses premières années furent très difficiles ; il est chahuté à Tournon et un rapport d’inspection de mai 1866 indique : « M. Mallarmé paraît savoir l’anglais, mais il l’enseigne avec négligence ou sans méthode » ; mais sa situation s’améliore à Avignon où Mallarmé rêvait de venir.

Charles Seignobos

L’historien Charles Seignobos qui fut son élève à Tournon en 1863, écrit en 1912 : « Il quitta Tournon, où il avait été très malheureux pour Avignon où je suis allé le voir et où il se trouva assez bien, en compagnie surtout, je crois, d’Aubanel. »

Le père de Charles Seignobos : Charles, André Seignobos (1822-1892), fut maire de Privas et député républicain de 1871 à sa mort. Il protégea efficacement Stéphane Mallarmé et intervint souvent en sa faveur. Sa mère se prénommait Dinah. Emmanuel des Essarts aurait préféré, si « l’intolérance catholique » disait-il, ne l’eût pas interdit, que la marraine de Geneviève eût été Mme Seignobos, mais elle était sans doute protestante comme son mari (qui était aussi franc-maçon).

Austin Gill (1906-1960) dans Mallarmé fonctionnaire (Revue d’histoire littéraire de la France, janvier/février 1968) indique que M. Legrand, le proviseur du Lycée d’Avignon, remarque dans son rapport de 1867 : « Monsieur Mallarmé est doux, égal, ferme, bien élevé. Il tient bien sa classe et enseigne avec beaucoup de facilité. »

En 1869 l’inspecteur général Alexander Spiers, qui avait déjà inspecté Mallarmé à Tournon en juin 1864 et qui avait alors fait un rapport très négatif, note : « M. Mallarmé est un jeune homme intelligent, instruit et consciencieux, animé du désir de bien faire. Français de naissance, il a passé un peu de temps en Angleterre après avoir étudié l’anglais en France et il a acquis une bonne prononciation de la langue, mais il fait des fautes de détail comme la plupart des maîtres qui ne sont pas du pays. M. Mallarmé a de l’autorité sur ses élèves ; il fait travailler ; mais il ne s’anime pas assez et il n’entraîne pas les jeunes gens. Ce professeur a fait de grands progrès depuis la dernière inspection que j’ai faite de ses classes et a bien profité de mes conseils ; sa méthode s’est améliorée, enfin il s’est formé. »

Charles Chassé rapporte dans Mallarmé universitaire (Mercure de France 1er octobre 1912) le témoignage de M. Monestier, collègue de Mallarmé au lycée d’Avignon qui lui écrit : « Charmant causeur, d’un caractère très doux, peut-être un peu timide, il était adoré de ses élèves qui attendaient avec une impatience très remarquée, l’heure d’entrée dans sa classe. »

Pourquery de Boisserin

Mallarmé aura parmi ses élèves Gaston Pourquery de Boisserin qui sera maire d’Avignon et député de Vaucluse ainsi que M. Leclerc du Sablon, qui deviendra doyen de la faculté des sciences de Toulouse et qui écrit à Charles Chassé : « J’ai eu en effet Stéphane Mallarmé comme professeur pendant que j’étais en 7ème, en 1869-70. Je n’ai retenu de lui que son extrême bienveillance, qui m’avait fait abandonner l’allemand pour venir à l’anglais. Je dois vous avouer d’ailleurs qu’on aurait beaucoup étonné les élèves du lycée d’Avignon si on leur avait dit que leur professeur d’anglais passerait un jour pour un grand homme. Pour ma part, ce n’est que très longtemps après avoir quitté le lycée que j’ai identifié le poète bien connu avec Stéphane, comme nous l’appelions familièrement. »

Jules Maureau, un autre de ses anciens élèves, cité par Paul Fustier dans Le pharmacien de France (1975) raconte : « Un jour on organisa au lycée une tombola. Parmi les lots, il y avait un fusil de chasse. Mallarmé le gagna. Imaginez les rires dans l’assistance et surtout parmi les élèves qui criaient ce facile jeu de mots : Tiens, il ne sera plus mal armé ! »

Une personne a commenté “6- Mallarmé à Avignon (Vaucluse) 1867-1871

  • MERY LAURENT a écrit le :

    Avez-vous des informations sur un
    BUREAU DE TABAC que Marie Mallarmé aurait sollicité et
    obtenu à ARLES, à partir de 1869 ?
    Cette source de revenus complémentaires est mentionnée dans la « Correspondance » en onze volumes.

    Cordiales salutations.

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