Ayant passé une année à Londres, (où, après la mort de son père, le 12 avril 1863, il se marie, le 10 août 1863, avec Maria Gerhard), Stéphane Mallarmé obtient de justesse un certificat d’aptitude pour l’enseignement de l’anglais le 17 septembre 1863 et il est nommé chargé de cours d’anglais au Lycée impérial de Tournon sur Rhône (Ardèche) le 3 novembre 1863.

Stéphane Mallarmé et Marie passent d’abord quelques semaines à l’hôtel puis, en décembre 1863, s’installent, très près du lycée, dans une maison qui fait l’angle du 6 rue de l’Ile et du 19 rue de Bourbon, actuellement rue Joseph Parnin à Tournon-sur-Rhône.

19 rue Joseph Parnin (Tournon)

Mallarmé ne se plait guère à Tournon, qui est alors une petite ville de 5 000 habitants ; Il faut, à cette époque, trois heures pour aller à Lyon, en train, cinq à six heures pour gagner Avignon, en train ou en bateau et vingt heures pour rejoindre Paris, en train.

Dès le 9 décembre 1863, il écrit à Henri Cazalis : « Je suis perclus de rhumatismes et par eux cloué à mon fauteuil. Je paie une dette à l’affreuse bise qui désole éternellement Tournon. Il fait un vent à décorner les maris de quatre lieues à la ronde (…) il y a à la fenêtre des corbeaux qui me couvent, et espèrent ».

Et le 30 décembre 1863 il écrit au même : « Tournon est sur la route de tous les vents d’Europe : c’est un relais et leur rendez-vous. » En août 1864, il écrit, toujours à Cazalis : « Mon ami, je suis éteint absolument. Pense que j’ai un an de Tournon sur l’esprit. (…) Demain, je fuirai L’Ardèche. Ce nom me fait horreur. Et pourtant il renferme les deux mots auxquels j’ai voué ma vie : Art, dèche… ».

À 21 ans, timide, peu doué pour l’enseignement, mal apprécié de ses élèves et de ses supérieurs, Mallarmé vit à Tournon une crise morale dont les premières manifestations ont eu lieu à Londres et qui se poursuivra à Avignon, jusqu’à l’écriture d’Igitur en 1869. (Voir Igitur ou la folie d’Elbehnon)

 

Lycée de Tournon

Le mercredi 23 mars 1864, il écrit à Henri Cazalis : « Je n’ai pas écrit depuis longtemps, parce que le spleen m’a entièrement envahi. (…) Ah ! mon ami, comprends qu’ici on se laisse aller aux derniers découragements. L’action est nulle : on tourne dans un cercle étroit comme des chevaux idiots d’un cirque de foire, au son de quelle musique, grand Dieu ! Sans les tribunaux, je mettrais le feu aux ignobles maisons que je vois irrévocablement de ma fenêtre, à chaque heure du jour, bêtes et niaises ; et comme je logerais une balle par instants dans le crâne abêti de ces misérables voisins qui font tous les jours la même chose et dont les vies fastidieuses combinent pour mes yeux larmoyants l’épouvantable spectacle de l’immobilité, qui verse l’ennui. »

Et le 11 avril 1864, il écrit au stendhalien Albert Collignon : « Je me sens cependant bien mort : l’ennui est devenu chez moi une maladie mentale et mon atonique impuissance me rend douloureux le plus léger travail. »

Cette angoisse existentielle sera aggravée par la prise de conscience du Néant, dont parle Mallarmé, dans une lettre d’avril 1866, à Cazalis, après ses vacances, en mars 1866, à Cannes chez son ami Eugène Lefébure.

Eugène Lefébure

Laissez un commentaire

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong> 
requis