Geneviève à Tournon

Pourtant, après la naissance de Geneviève, le 19 novembre 1864 et surtout après son installation, en octobre 1865, dans une autre maison, devant le Rhône, au 2 allée du château à Tournon, la situation morale de Mallarmé s’améliore un peu.

2 allée du château (Tournon)

A propos de cette maison, le romancier et historien Raoul Stéphan écrit dans La revue bleue, en février 1939 : « A l’un des endroits les plus resserrés de la vallée du Rhône (…) se dresse un vieux château féodal restauré du 15ème siècle, qui fut la résidence des seigneurs de Tournon (…) Il se dresse sur un piédestal de granit qui venait jadis tremper ses pieds dans le Rhône. Mais au milieu du siècle dernier, pour construire la route nationale du Teil à Lyon, on a taillé dans ce promontoire de pierre, et contre son flanc, une maison modeste s’est élevée. Cette maison porte une plaque de marbre, qui a été placée par les soins de M. Gabriel Faure, où l’on peut lire ces mots : En cette maison élevée sur les ruines de la Tour du château où Pierre de Ronsard rejoignit en août 1536 le dauphin (François de France) mourant, Stéphane Mallarmé composa ses plus beaux poèmes. 1863-1866 ».

Néanmoins, ses rapports d’inspection de l’époque restent très mauvais. Un rapport de mai 1866 indique : « M. Mallarmé paraît savoir l’anglais, mais il l’enseigne avec négligence ou sans méthode (…). La pratique de la langue est à peu près nulle dans ses cours. (…) Esprit cultivé mais prétentieux ».

Il est aussi chahuté par ses élèves et dans une lettre d’avril 1866 à son ami Henri Cazalis il écrit : « Que d’impressions poétiques j’aurais, si je n’étais obligé de couper toutes mes journées, enchaîné sans répit au plus sot métier et au plus fatigant, car te dire combien mes classes, pleines de huées et de pierres lancées, me brisent serait désirer te peiner. Je reviens hébété.»

Tournon vue de Tain l’hermitage

Sa réputation devient encore plus mauvaise quand les parents d’élèves prennent connaissance de ses œuvres poétiques ; en effet dix poèmes de Mallarmé (dont Brise marine, Don du poème, L’azur) écrits à Tournon, furent publiés le 12 mai 1866 dans la onzième livraison du premier recueil du Parnasse contemporain, revue dirigée alors par Catulle Mendès : poète et romancier ; époux (de 1866 à 1873) de Judith Gautier, fille de Théophile Gautier.

Voici le début de Brise marine :

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.

Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres

D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !

Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce cœur qui dans la nuit se trempe

Le sous-préfet : le marquis de l’Angle-Beaumanoir menace de retirer son fils du lycée. Ce fils : Raoul de l’Angle-Beaumanoir deviendra poète et essayera par la suite de redresser les torts de son père ; il écrira plusieurs lettres à Mallarmé qu’il appelle : « mon cher Maître et Ami » et fréquentera les mardis de la rue de Rome.

En 1948, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Mallarmé, le Conseil Municipal a tenu à honorer « un de ses plus illustres enfants » en donnant son nom à la place par laquelle on accède à l’entrée d’honneur du Lycée et qui, par un juste retour des choses, étant auparavant la place de la sous-préfecture.

Sur la façade du lycée, à quelques pas de la statue du cardinal François de Tournon, ses traits se perpétuent grâce à un médaillon qui est l’œuvre du sculpteur Marcel Gimond. C’est pour financer la réalisation de ce médaillon que Picasso fit un célèbre dessin de Mallarmé, qui fut ensuite vendu aux enchères. (Voir Portraits de Mallarmé)


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